Tuberculose des capsules surrénales. Th. de Paris
diagnostic de la maladie d'Addison avant l'apparition de la mélanodermie. Cependant, les caractères de l'asthénie musculaire, sur laquelle j'ai longuement insisté, doivent donner de fortes présomptions en faveur de la maladie bronzée, surtout si à cette asthénie musculaire toute spéciale se joignent des troubles gastriques et des douleurs.
L'apparition de la mélanodermie fixe le diagnostic, car le syndrome est alors complet. Toutefois, en face d'un malade atteint de mélanodermie avec état anémique ou neurasthénique, il ne faut pas se hâter de conclure à la maladie d'Addison avant un examen sérieux. Certains syphilitiques (les femmes surtout) sont atteints, dès la période secondaire, d'une pigmentation de la peau du cou (syphilide pigmentaire) et de fatigue musculaire bien décrite par Fournier. Dans la cachexie palustre, la pigmentation de la peau est moins accusée, les taches des muqueuses font défaut, la rate est hypertrophiée et les causes du mal sont connues.
Les individus qui ont été soumis longtemps au nitrate d'argent, soit par les voies digestives, soit en solution appliquée sur les muqueuses, ont parfois une teinte bleutée indélébile qui est surtout accusée au visage et aux mains, régions exposées à la lumière. Dans le diabète bronzé il y a une lésion du foie et une glycosurie plus ou moins abondante. Dans les formes frustes de la maladie d'Addison le diagnostic est d'une grande difficulté.
Il ne faut pas confondre la maladie d'Addison avec la maladie des vagabo?ids ou mélanodermie phtiriasique dans laquelle la peau est pigmentée par les pediculi corporis dans les parties qui sont en contact avec les vêtements. La présence des parasites et les lésions de grattage indiquent le diagnostic. Cependant ce diagnostic peut être rendu difficile par la pigmentation de la muqueuse buccale, qui peut exister dans la mélanodermie phtiriasique1. Nous en avons observé un cas à l'Hôtel-Dieu. En pareil cas le diagnostic
1. Worth. Thèse de Paris, 1907. De la pigmentation des muqueuses dans la mélanodermie phtiriasique et du diagnostic différentiel de cette affection avec la maladie d'Addison.
pourrait être un instant hésitant avec la maladie d'Addison, mais on ne trouve pas les autres signes cardinaux de la maladie d'Addison : asthénie, troubles gastro-intestinaux, douleurs et hypotension artérielle. On peut voir survenir des symptômes pseudo-péritonéaux qui ne sont pas sans analogie avec l'appendicite. Nous avons constaté ce fait à l'Hôlel- Dieu et h relation en a été faite par un de mes chefs de clinique Nattan-Larrier1.
Anatomie pathologique. — Les lésions essentielles de la maladie d'Addison siègent dans les capsules surrénales et dans les plexus nerveux du voisinage; mais peu importe la nature de la lésion, ce qui importe c'est son siège.Rn effet, les altérations des capsules sont fort diverses; les lésions tuberculo-scrofuleuses sont les plus habituelles, puis viennent le cancer, les suppurations, la dégénérescence kystique, l'échinocoque, les surrénalitcs scléreuses2. La lésion est presque toujours bilatérale. Les capsules sont souvent hypertrophiées, adhérentes aux organes voisins : dans le cas de dégénérescence tuberculeuse, elles sont mamelonnées, déformées, et converties. en une matière lardacée avec parties opaques, jaunâtres, granulations tuberculeuses, masses caséeuses crétacées et îlots ou travées de substance conjonctive. Dans un certain nombre d'autopsies, on a constaté également des lésions des ganglions semi-lunaires et des plexus solaires (sclérose, dégénérescence graisseuse). La mélanodermie est due à l'accumulation de pigment dans le corps muqueux.
Étiologie. — Pathogénie. - La maïaiïie d'Addison est plus fréquente entre vingt et quarante ans; la tuberculose surrénale est tantôt primitive et survient en pleine santé; tantôt elle survient chez un individu déjà tuberculeux. Dans un cas de Jacquet et Sézary5, il s'agissait d'une lésion syphilitique, les tréponèmes abondaient dans les deux glandes. En
1. Nattan-Larrier. Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu. Conférences du mercredi, 1905, p. 250.