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DE L'APHASJE. — ANCIENNE ET NOUVELLE DOCTRINE

Description. — Dans le chapitre précédent, en étudiant le ramollissement cérébral, je viens de dire que l'oblitération de l'artère sylvienne gauche, par embolie ou par thrombose, peut être suivie d'hémiplégie droite et d'aphasie.

Qu'est-ce donc que Ya/.hasiel C'est la perte de la parole; c'est plus encore : l'aphasie, quand elle est complète, n'est pas seulement la perte de la parole, c'est la perte de l'écriture, des gestes, de la mimique, c'est, en un mot, la perte du langage, ce mot langage étant pris ici dans son acception la plus large. Cette question du langage a été fort bien exposée par Gratiolet; il existe un langage naturel par lequel se trahit l'état inlérieur de l'individu, à son insu et en dehors de sa volonté, et il existe un langage artificiel par lequel la pensée revêtue d'une certaine forme est exprimée sous cette forme qui est, suivant le cas, la parole, récriture ou le geste. Eh bien, l'aphasique conserve le langage naturel ; car, s'il éprouve un sentiment de joie, de tristesse et de colère, ce sentiment se trahit à son insu dans toute sa personne, mais le langage artificiel îui fait défaut, et, si vous lui demandez de simuler ce même sentiment au moyen de la parole, de l'écriture, et de la mimique, il en est tout aussi incapable que de vous dire le nom d'un objet dont il connaît parfaitement l'usage, et il a conscience de cette incapacité, qui se traduit par des gestes d'impatience.

Au moment où l'aphasie se déclare, le malade éprouve habituellement quelques troubles intellectuels (perte de la mémoire, hébétude); ces troubles sont généralement passagers, l'aphasique conserve la volonté et l'entendement, il peut concevoir et associer des idées, mais il a perdu le moyen de les communiquer à ses semblables, et, quand il veut transformer ses idées en signes extérieurs, leur adapter les mots propres, ou les reproduire par l'écriture, il en est incapable.

L'aphasique n'a que quelques monosyllabes ou un mot à son service, et ce mot, souvent sans signification, il l'arti-

cule parfaitement et il le répète invariablement à propos de tout; l'un ne sait dire que le mot oui, un aulre le. mot tan; un malade de Trousseau ne savait dire que cousisi. Montrez à l'aphasique un couteau, un crayon, il connaît très bien cet objet dont il sait l'usage, mais il ne peut revêtir du mot propre l'idée qu'il s'en fait; qu'on lui dise le nom de l'objet, et il manifeste aussitôt par ses gestes la satisfaction qu'il éprouve à retrouver ce nom; mais qu'on lui demande de répéter le mot couteau ou crayon, il en est souvent incapable, ou bien, après quelques efforts, il lance un mot quelconque, le mot cousisi, ou, comme un autre malade de Trousseau, le mot de Cambronne. L'appareil phonateur est intact, mais l'appareil qui transforme l'idée conçue en signe extérieur fait défaut. A la longue le malade retrouve le fonctionnement de cet appareil, mais, quand la lésion a été profonde, l'aphasique ne guérit pas complètement, il reste boiteux du cerveau (Trousseau). On conçoit donc qu'on ait soulevé la question de capacité testamentaire des aphasiques. Dans quelques cas, avons-nous dit, le trouble du langage, lié à un défaut de transmission, se traduit par Yagraphie; le malade ne sait plus écrire. La paralysie du bras droit, souvent associée aux troubles aphasiques, ne permet pas toujours de bien constater ce symptôme, mais même si la paralysie est très peu prononcée ou nulle, le malade atteint d'agraphienepeut pas plus écrire (delà main droite ou de la main gauche) que l'aphasique ne peut parler. L'agraphiepeut exister seule ou coïncider avec l'aphasie proprement dite1. A côté de l'aphasie que je viens de décrire, et qui peut servir de type parce qu'elle représente le cas le plus habituel, il y a des variétés : chez certains sujets les facultés intellectuelles sont compromises, ce qui s'explique par l'étendue de la lésion cérébrale *; chez d'autres, l'aphasie est incomplète, et le malade substitue, au milieu d'un mot ou d'une phrase, des lettres ou des syllabes qui rendent le mot

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