Pitres. Considér. sur l'agraphie. Revue de méd
2. De Finance. État mental des aphas. Thèse de Pans, 1878, n° tfL - Sazie Troubles intellectuels dans Vaphasie. Thèse de Pans, 1879, W 243.
ou la phrase inintelligibles, c'est de la paraphasie. Cette substitution, il la fait également quand il écrit. Parfois les modes divers du langage sont isolément atteints1. Lassègue parle d'un musicien aphasique qui ne pouvait ni lire ni écrire, mais qui notait une phrase de musique qu'il entendait chanter. La mimique n'est pas toujours perdue chez l'aphasique; elle est parfois exagérée. L'aphasie que je viens de décrire, qui est la plus anciennement connue et la plus fréquente, â reçu le nom d'aphasie motrice, ce qui la distingue des aphasies sensorielles que nous allons maintenant étudier.
Certains individus ne sont pas à proprement parler aphasiques, car ils peuvent parler et écrire, mais ils sont atteints, suivant l'expression de Kussmaul2, de cécité verbale ou de surdité verbale. Chez le malade atteint de surdité verbale*, l'ouïe a conservé sa finesse, puisque le lie tac d'une montre est facilement perçu, l'intelligence est intacte et le sujet répond nettement à haute voix aux questions qu'on lui adresse par écrit ; mais si l'on vient à lui parler, il ne comprend plus rien, il entend une succession de bruits, mais ces bruits ne revêtent pas pour lui la forme de mots, ils sont saiL signification pour son intelligence.
Dans la cécité verbïle, le malade est capable de parler et d'écrire, mais il est incapable de se lire, de même qu'il est incapable de lire quoi que ce soit; les lettres ne représentent plus à son esprit qu'une succession de traits sans signification, de même que dans le cas de surdité verbale les mots ne représentent plus qu'une succession de bruits. En pareil cas, l'association est rompue entre le signe conver tionnel (mot parlé ou mot écrit) et l'idée. Dans l'aphasie proprement dite, aphasie motrice, celle que nous avons étudiée en premier lieu, le malade est incapable de transformer son idée en signes extérieurs, mais ces signes extérieurs (paiole, écriture), il les perçoit parfaitement, tandis
1. Proust. De l'aphasie. Arch. gén. de méd., 1872. — Grasset. L'écriture ehez l'aphasique. Montpellier médical, 1873, n* 2.
2. Kussmaul. Les troubles de la parole. Traduit par Rueff. Paris, 1884. S. Giraudeau. Revue de méd.t 1882,
que dans les aphasies sensorielles, dans la cécité et dans la surdité verbales, l'appareil de réception qui dans le cerveau doit recevoir ces signes et leur donner leur valeur, cet appareil de réception et d'élaboration est supprimé. Dans le premier cas, il y a trouble dans l'appareil qui élabore en transmettant; dans le second cas, il y a trouble dans l'appareil qui élabore en recevant.
Pathogénie. — On a tracé des schémas destinés à faciliter l'explication des différents modes de l'aphasie et l'explication de leurs différents modes de production. Voyons comment on peut interpréter la pathogénie des aphasies1. Le langage parlé, qu'il s'agisse de langue française, allemande ou chinoise, peu importe, le langage parlé est constitué par une série de sons conventionnels qui forment la parole, de même que le langage écrit est constitué par une série de signes conventionnels qui forment Y écriture. Ces sons conventionnels qui forment la parole, et ces signes conventionnels qui forment l'écriture, sont appris et sont retenus grâce à la mémoire. C'est la mémoire qui joue le rôle principal dans ce premier acte du langage. L'ouïe perçoit des sons, l'agencement de ces sons produit le mot, et l'empreinte des mots avec l'idée qui s'y rattache va s'emmagasiner dans un certain territoire cérébral qui correspond peut-être à la première circonvolution temporale gauche. C'est ce qu'on appelle la mémoire auditive, c'est-àdire la mémoire des sons conventionnels perçus par l'ouïe et destinés à former le langage parlé.
Supposons, ce qui s'est du 'reste souvent réalisé, supposons la destruction, le ramollissement du territoire cérébral qui correspond à la première circonvolution temporale gauche, centre de la mémoire auditive. Quelle sera la situation du malade? Le malade sera dans la situation d'un homme qui a conservé toutes ses facultés, qui peut parler, qui peut écrire, qui peut lire, qui comprend ce qu'il lit,
1. Ballet. Les diverses formes de l'aphasie. Thèse d'agrég. Paris, 1886. Grasset. Maladies du système nerveux, 1886, p. 16i.
mais qui ne comprend plus rien de ce qu'on lui dit; il ne comprend pas plus que si on lui parlait hébreu, lui qui ne sait que le français. Les mots ne représentent pour lui que des sons; en perdant la circonvolution temporale, il a perdu la mémoire de la valeur et de l'agencement de ces sons qui forment le langage parlé; il est atteint de surdité verbale. C'est là une aphasie sensorielle,
La même remarque s'applique au langage écrit. L'écriture, avons-nous dit, n'est que la réunion conventionnelle d'un certain nombre de signes; l'œil perçoit ces signes comme l'ouïe perçoit les sons, puis la valeur et l'agencement de ces signes vient impressionner un territoire cérébral qui siège au niveau du lobule pariétal inférieur, ou lobule du pli courbe, du côté gauche. C'est là que la mémoire visuelle emmagasine l'empreinte des signes conventionnels que forme l'écriture.
Eh bien, supposons, le cas s'est plusieurs fois présenté, supposons la destruction de ce lobule pariétal inférieur, centre de la mémoire visuelle. Quelle sera la situation du malade? Le malade sera dans la situation d'un homme qui a conservé toutes ses facultés, qui peut parler, qui peut écrire, qui comprend ce qu'on lui dit, mais qui ne comprend plus rien à ce qui est écrit : placé en face d'une écriture, la sienne ou celle d'autrui, il ne comprend pas plus, que si l'on mettait sous ses yeux un texte hébreu, lui qui ne lit que le français. L'écriture ne représente pour lui qu'une série de signes sans valeur. En perdant son lobule pariétal inférieur gauche, il a perdu la mémoire de la valeur des signes écrits, il est atteint de cécité verbale. C'est encore une aphasie sensorielle.
Les territoires cérébraux que nous venons d'étudier, dans lesquels s'emmagasinent les mémoires auditive et verbale, forment l'appareil de réception du langage. C'est par ce premier acte cérébral que commence l'éducation du langage chez le petit enfant dont le cerveau est en voie d'évolution, ou chez l'individu qui apprend une langue nouvelle. Voilà donc cet enfant, ou cet individu, munis de l'appareil né-
cessaire pour comprendre le langage des autres S mais pour qu'ils communiquent avec leurs semblables, pour qu'ils parlent et pour qu'ils écrivent, il faut qu'ils revêtent leurs idées des signes extérieurs conventionnels qui constituent la parole et l'écriture. C'est ici qu'intervient l'éducation d'un nouveau territoire cérébral, la circonvolution de Broca, ou troisième circonvolution frontale gauche. Il ne s'était agi iusqu'ici que des centres d'élaboration sensorielle, maintenant il va être question d'un centre d'élaboration motrice. C'est lentement, après un long apprentissage, que l'entant va façonner ce centre moteur de coordination, pour arriver à parler ou à écrire : ce territoire de coordination motrice se développe parallèlement aux territoires d'élaboration sensorielle La circonvolution de Broca conserve l'empreinte, la mémoire de la coordination des mouvements nécessaires a la parole et à l'écriture; l'ordre d'exécuter ces mouvements, tout coordonnés, est transmis aux cellules cérébrales des territoires voisins (zone motrice), et alors entrent en action les nerfs, les muscles, les organes, qui transmettent le langage parlé, le langage écrit et le langage mime.
Eh bien, supposons, ce qui s'est si souvent présente, supposons la destruction, le ramollissement de la circonvolution de Broca. Quelle sera la situation du malade? Le malade sera dans la situation d'un homme qui a conserve ses facultés intellectuelles, qui comprend ce qu'on dit, qui comprend ce qu'il lit, mais qui ne peut plus traduire sa pensée ni parla parole ni par l'écriture, il a perdu le territoire cérébral dans lequel la pensée revêt les signes extérieurs par lesquels l'homme communique avec ses semblables • il est atteint d'aphasie motrice et d'agraphie.
On a voulu dissocier l'aphasie et l'agraphie, on a voulu localiser l'agraphie aux lésions de la circonvolution frontale moyenne gauche. Mais il est peu probable qu'il y ait une localisation spéciale pour l'agraphie; l'aphasie et 1 agraphie font partie du même complexus*. A mesure, dit Dejenne,