Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, t. VII, 7e leçon
3. Thèse de M. Galtier-Boissière. Manifestation de la syphilis sur la voûte du crâne, p. 56.
4. Annales de dermatologie et de syphihgraphie, 1886, p. 269.
des attaques convulsives suivies d'hémiplégie gauche. Le iront présente trois larges pertes de substance qui laissent échapper un pus épais et fétide. Les attaques convulsives se répètent et la malade meurt. A l'autopsie, on trouve un séquestre dont le diamètre est de 8 centimètres sur 10. Audessous, la dure-mère est ulcérée et perforée. Un foyer de suppuration et de gangrène a détruit les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes.
En résumé, les contractures, l'hémiplégie, l'épilepsie jacksonienne sont les symptômes habituels, lorsque des lésions de la région rolandique sont associées à l'ostéosyphilome de l'os pariétal.
Bon nombre de cas échappent à une description méthodique; ces cas concernent les ostéosyphilomes à point de départ externe ou interne qui se disséminent un peu partout, nécrosant la voûte sans la perforer ou ne faisant qu'effleurer les lobes cérébraux : la céphalée, les vertiges, les étourdissements, L'affaiblissement intellectuel, les troubles de la parole, l'amnésie, les vomissements, les contractures, les paralysies, les convulsions épileptiformes se succèdent ou se combinent, conduisant progressivement le malade à la déchéance et à la cachexie.
Évolution. — A quelle époque de l'infection apparaît l'ostéosyphilome? L'ostéosyphilome gommeux du crâne rentre dans le cadre des lésions dites tertiaires. D'une façon générale le tertiarisme éveille l'idée de lésions syphilitiques tardives apparaissant bien des années après l'infection syphilitique. Cela est vrai dans la grande majorité des cas, l'accident tertiaire est un accident qui survient cinq ans, dix ans, vingt ans, trente ans, et plus même, après le chancre. Mais cette règle est loin d'être absolue, elle comporte de très nombreuses exceptions. Bon nombre de lésions qualifiées de tertiaires peuvent apparaître dès la première année de l'infection syphilitique; c'est une des formes de la syphilis dite maligne qui peut engendrer prématurément des gommes et des lésions phagédéniques; telles sont encore les artérites cérébrales qui, dès la pre
mière année, peuvent aboutir soit à un anévrisme mortel, soit à l'oblitération d'une artère avec toutes ses conséquences.
La syphilis nécrosante et perforante du crâne, qui fait l'objet de ce chapitre, est, elle aussi, une manifestation essentiellement tertiaire et à longue échéance; elle peut cependant se produire d'une façon précoce, dès la première ou dès la seconde année de l'infection. L'observation suivante qui m'a été donnée par MM. Critzman et Nattan- Larrier en est la preuve : un homme de quarante-cinq ans est atteint en janvier 1901 d'un chancre syphilitique de la langue, suivi de roséole typique. En février survient une iritis syphilitique. En avril, des syphilides papulo- végétantes se déclarent au scrotum et bientôt après on constate une épididymite. Les injections de benzoate de mercure ont raison de ces accidents. En mai, la face et le cou sont envahis par une éruption confluente de syphilides papulosquameuses. Bien que le traitement ait été continué, le malade s'aperçoit, en avril 1902, c'est-à-dire quatorze mois après le chancre, d'une tuméfaction à la région pariétale droite. 11 part pour le Portugal et cesse tout traitement. La tumeur se ramollit, s'ulcère, et il en sort une substance comparable à du mastic. Au retour à Paris, on constate une ulcération profonde et suppurante. L'exploration au stylet permet de s'assurer que l'os est dénudé et une lamelle osseuse se détache. Malgré un traitement par l'huile grise, la nécrose continue et l'on enlève plusieurs petits séquestres. En janvier 1903, la table interne de l'os se nécrose à son tour et un gros séquestre se forme. Le malade est terrorisé et réclame une intervention chirurgicale. Le 26 février M. Legueu enlève à la gouge un séquestre de la dimension d'une pièce de 2 francs. Après l'opération, la perte de substance a le diamètre d'une pièce de 5 francs. Sous l'influence d'injections journalières de 4 centigrammes de bi-iodure d'hydrargyre, le processus nécrosant s'arrête et une cicatrice se forme au-dessus de la dure-mère. En résumé, il s'agit ici de syphilis maligne, la lésion nécrosante
et perforante de la voûte ^crânien ne ayant débuté quatorze mois après le chancre.
Dans un cas de Vedrennes1, l'apparition de l'ostéosyphilome est encore beaucoup plus précoce, puisqu'elle se fait un mois et demi après le chancre. Sur le front, apparaît un abcès symptomatique d'une nécrose du frontal; la céphalalgie est violente, une ulcération se creuse et, sept mois après, on extrait des séquestres venus de la table externe de l'os. L'année suivante, douze mois après le début des accidents, il y a un commencement d'aphasie, avec parésie des membres du côté droit, délire et convulsions. Le malade est sans connaissance, la respiration est saccadée, le pouls est à 140, les membres sont dans la résolution, on n'a plus d'espoir que dans la trépanation. On applique le trépan au centre de la nécrose, qui occupe le milieu du front en empiétant sur la gauche. A peine le disque osseux est-il enlevé que le patient revient à lui et répond aux questions qu'on lui adresse. C'est une vraie résurrection. Les jours suivants, on dut extraire plusieurs séquestres. Le malade eut la vie sauve, son intelligence resla en apparence intacte, car il pouvait jouer aux échecs, mais il resta aphasique et paralysé du côté droit.
Diagnostic de l'ostéosyphilome crânien. — Deux cas peuvent se présenter. Dans le premier cas, l'ostéosyphilome se développe à la profondeur de la voûte crânienne et il échappe alors à tout contrôle puisqu'il ne se traduit extérieurement par aucune saillie. En pareille circonstance, la céphalalgie progressive, les paroxysmes douloureux de la nuit, la localisation d'une douleur plus vive provoquée par la percussion en un point du crâne, sont autant de signes qui ont une grande valeur quand ils existent chez un ancien syphilitique ou chez un syphilitique actuellement en proie à d'autres manifestations de la vérole; ils permettent presque d'affirmer l'existence de l'ostéosyphilome profond, ils permettent du moins de le soupçonner, et c'est une