U. MÉNINGITE TUBERCULEUSE
La désignation de méningite englobe l'inflammation de l'arachnoïde, du tissu cellulaire sous-arachnoïdien et de la pie-mère, mais elle ne s'adresse pas à l'inflammation de la dure-mère, qui sera décrite plus loin dans un chapitre
spécial. . ,
Pour la facilité de la description, on peut diviser en deux grandes classes l'étude des méningites aiguës : a les méningites non tuberculeuse, b la méningite tuberculeuse. Nous allons les décrire successivement, en commençant par la méningite tuberculeuse.
Étiologie. — La désignation de méningite tuberculeuse ne comprend pas indistinctement tous les cas de tuberculose méningée; il y a des tubercules qui s'agglomèrent sous forme de tumeur volumineuse, et qui provoquent les symptômes des tumeurs cérébrales sans susciter de phénomènes méningitiques. La méningite tuberculeuse, de son côté, se présente sous des aspects variés : tantôt elle lai partie, à titre d'épiphénomène, de l'envahissement gênerai de l'économie par tuberculisation aiguë, et dans ce cas el e n'a qu'une importance secondaire; tantôt elle domine la situation et paraît être la maladie tout entière; c'est cette dernière qu'on a l'habitude de décrire sous le nom de méningite tuberculeuse.
La méningite tuberculeuse est presque toujours accompagnée de tuberculose pulmonaire ou abdominale. On l'observe à tous les âges, mais elle est surtout fréquente chez l'enfant de deux à sept ans. Elle est héréditaire comme toutes les manifestations de la tuberculose, et il n'est pas rare que dans une famille plusieurs enfants soient emportes à peu près au même âge par la méningite. Le traumatisme céphalique, les chocs reçus sur la tête, ont une influence incontestable sur le développement de la tuberculose méningée, dp xnème que le traumatisme a une influence incon-
testable sur le développment de la tuberculose pulmonaire.
Martin1, Vaudremer et Martin2, Sicard3, ont reproduit expérimentalement la méningite tuberculeuse en injectant des bacilles par la voie sanguine, ou dans le liquide céphalo-rachidien. Les toxines sécrétées par le bacille jouent un rôle important dans l'évolution du processus méningé. Armand Delille a pu avec les poisons caséifiant et sclérosant d'Auclair reproduire expérimentalement les lésions de la méningite tuberculeuse4. Le système lymphatique ne semble servir de voie d'apport dans cette infection expérimentale que lorsque les leucocytes émigrent de cavités très contiguës (cavités nasale5, oculaire, auriculaire). La méningite tuberculeuse peut être consécutive à l'infection tuberculeuse plus ou moins latente de la cavité naso-pharyngée, lésions adénoïdes et tuberculeuses que j'ai décrites au tome II dans un chapitre consacré à la « tuberculose larvée des trois amygdales ». Une fois dans la place, le bacille de Koch et ses toxines paraissent avoir le liquide céphalo-rachidien pour principal vecteur.
Anatomie pathologique. — La méningite tuberculeuse aiguë est généralement plus accusée à la base qu'à la convexité du cerveau : elle affectionne la scissure de Sylvius. L'exsudat est plus ou moins abondant, grisâtre, purulent, et parfois comme lardacé. La méningite est habituellement diffuse et, dans quelques cas, localisée (Voir le chapitre consacré à l'épilepsie jaksonienue). Les granulations tuberculeuses, grises, demi-transparentes, siègent de préférence sur la gaine lymphatique des vaisseaux de la pie-mère; on en trouve un peu partout ; elles sont plus confluentes à
1. Louis Martin. Méningite tuberculeuse expérimentale. Soc. de trial, 5 mars 1898.
2. Louis Martin et Vaudremer. Études sur la pathogénie et la méningite tuberculeuse. Soc. de biol., 19 novembre 1898.
3. Sicard. Méningite tuberculeuse expérimenlale. Presse méd., 7 février 1900.