La Presse médicale, 16 septembre
douleurs de la nuque, paralysie des membres droits et du facial inférieur. A ces symptômes font suite la raideur de la nuque et du tronc (opisthotonos), du strabisme convergent, de la rétention d'urine. On note une éruption d'herpès autour des lèvres. Le petit malade s'émacie, les yeux s'excavent. Netter fait la ponction lombaire et recueille du liquide purulent. L'enfant succombe dans le coma. A l'autopsie, on trouve une méningite cérébro-spinale. A l'examen bactériologique faite par Netter, « la culture sur différents milieux décèle le staphylococcus pyogenes aureus, à l'état de pureté, avec ses caractères normaux, aussi bien sur bouillon que sur gélose, sérum ou gélatine1 ».
Dans la même séance de la Société médicale des hôpitaux, Antony rapporte deux cas de méningite cérébro-spinale, par staphylocoque doré, « sans qu'on ait pu trouver chez les malades un point suppuré qui pût être considéré comme l'origine de l'infection staphylococcique ». Il s'agissait donc, comme dans le cas de Netter et Josias, de méningite cérébro-spinale primitive staphylococcique.
Ètiologie. — Pathogénie. — Dans sa forme épidémique, parfois terrible, la méningite cérébro-spinale, frappe l'élément militaire plus que l'élément civil. Elle est importable et contagieuse; les relations des épidémies passées montrent qu'elle se déplace avec nos régiments à Rome, en Algérie, etc. Les épidémies se développent lentement, progressivement, frappant d'abord une caserne, quelques maisons, un quartier, « le troisième étage du bâtiment nord, et le deuxième étage du bâtiment sud » (Lemoine), et rayonnant de là sous formes de foyers secondaires.
Un fait est important à signaler, c'est que la méningite cérébro-spinale épidémique est souvent associée à une constitution médicale régnante. Ainsi, en 1848, Michel Lévy constata la coexistence de la méningite et de la grippe; dans l'épidémie de Rastadt,^en 1864, la méningite coïncida
1. Netter. Méningite cérébro-spinale suppurée due au staphylococcus pyogenes aureus. Soc. tnéd. des hôpit., séance du 5 mai 1899.
avec la fièvre typhoïde; on a signalé sa coexistence avec le typhus (Boudin), avec les oreillons (Massonaud)1, avec la rougeole (Vallin), avec la scarlatine (Laveran). A ce sujet le mémoire de Lemoine est des plus intéressants2 : dans l'épidémie qu'il a observée à Orléans, en 1886, la méningite cérébro-spinale évoluait en même temps qu'une double épidémie de scarlatine et de pneumonie; les malades atteints de méningite présentaient des maux de gorge rappelant la scarlatine, et à l'autopsie des malades que la méningite enlevait (dans la proportion de 50 pour 100), on constatait surtout le pneumocoque.
Pendant notre petite épidémie parisienne, sur c21 cas de méningites cérébro-spinales observées depuis le commencement de 1899, Métier répartit ainsi sa statistique3 : 7 fois le pneumocoque, — G fois le diplocoque de Weichselbaum (méningocoque), — k fois le streptocoque dérivé du pneumocoque, — 3 fois le streptocoque pyogène, — 1 fois le staphylocoque. — Ajoutons encore les méningites cérébrospinales à bacille tuberculeux, à bacille d'Eberlh, à infections associées, et on conviendra que la question s'est singulièrement élargie.
Tout ceci prouve donc, ainsi que je le disais au début de ce chapitre, que la méningite cérébro-spinale ne forme pas une entité morbide nettement définie. Elle peut être morcelée en plusieurs variétés, Dans une de ses variétés, qui est la plus importante, surtout en temps d'épidémie, le méningocoque de Weichselbaum paraît êlre l'agenl spécifique, c'était le cas pour nos deux malades. Mais dans les autres variétés, abstraction faite de toute question d'épidémicité, lésions et symptômes sont sous la dépendance d'agents pathogènes d'espèces différentes : pneumocoque, streptocoque, staphylocoque, bacille de Koch, bacille d'Eberth, etc. Plusieurs de ces méningites cérébro-spinales peuvent êlre