‹ Manuel de pathologie interneChapitre 297 sur 404 · Charcot. Gazette hebdomadaire, X juillet · texte numérisé non relu

Charcot. Gazette hebdomadaire, X juillet

2. Rendu. Leçons de clinique médicale. Paris, 1S00, t. II, p. 400i

que temps après, le malade succombe et, « à la place de la méningite spinale que nous pensions être prédominante, nous avons sous les yeux une tuberculose méningée cérébrale circonscrite et symétrique, strictement limitée à la distribution des artères cérébrales antérieures. La destruction progressive et simultanée du lobule paracentral de chaque côté a déterminé la symptomatologie très spéciale de ce cas ».

(Charcot1). — L'étude précédente concernant les lésions tuberculeuses du lobule paracentral est également applicable aux lésions syphilitiques de cette même région; l'observation suivante en est la preuve : Un conlrère étranger pria Charcot de venir lui donner son avis dans les circonstances suivantes. Dînant l'avant-veille chez un ami, il avait été tourmenté par une céphalée dont il souffrait depuis plusieurs jours; il voulut rentrer chez lui à pied; mais à peine avait-il fait quelques pas dans la rue, que, tout à coup, sa jambe droite, prise de rigidité, fut en même temps secouée par des convulsions rhythmkjues précipitées et violentes. Presque aussitôt, le bras du même côté fut envahi de la même façon, et le malade tomba sans connaissance sur le trottoir. On le transporta chez lui, la perte de connaissance dura une heure, et de nouvelles attaques épileptiformes se produisirent dans la nuit ainsi que dans la journée du lendemain.

Ces nouvelles attaques n'étaient plus accompagnées de perte de connaissance et le malade pouvait assister, non sans émotion, à l'envahissement progressif et régulier des mouvements convulsifs qui, commençant toujours par le membre inférieur gauche, gagnaient ensuite le bras et le côté correspondant de la face. Cet homme était syphilitique, et, comme son attaque d'épilepsie jacksonienne débutait toujours par la jambe, Charcot porta le diagnostic de lésion syphilitique du lobule paracentral droit, et il institua en conséquence un traitement mercuriel et ioduré. Le résultat

t. Œuvres complètes de Charcot% t. Il, p. 379.

ne se fit pas attendre et la guérison survint, guérison qui longtemps plus tard ne s'était pas démentie.

(Observation personnelle1). — Un homme est transporté dans mon service le 6 novembre 1899. A peine est-il arrivé qu'il a devant nous une attaque d'épilepsie jacksonienne : la tête se tourne à gauche, la jambe et le bras gauche se contracturent en extension et sont presque aussitôt agités de mouvements convulsifs; la jambe droite est à son tour agitée de quelques légères convulsions. La crise dure une demi-minute sans que la face y participe et sans que le malade perde connaissance. Cet homme s'était toujours bien porté; à peine avait-il éprouvé, depuis un an, quelques céphalées sans importance qui avaient augmenté ces temps derniers, L'épilepsie partielle avait éclaté brusquement la veille. Depuis lors, le malade avait une douzaine de crises par heure, trois cents crises par vingt-quatre heures! Malgré tout, il avait conservé son entière connaissance, mais son anxiété était profonde. Bien que le bras parût être pris en même temps que la jambe, ou peu s'en faut, je localisai la lésion au niveau du lobule paracentral droit, et dans sa partie la plus élevée, pensant, étant données les convulsions de la jambe droite, que le lobule paracentral gauche était sans doute, lui aussi, affleuré par la lésion. Quant à la nature de cette lésion, il me fut impossible de la diagnostiquer. Un traitement mercuriel intense n'ayant donné aucun résultat, je fis pratiquer l'opération par Marion et le diagnostic topographique se trouva absolument vérifié : dans la partie la plus élevée des circonvolutions motrices, vers l'extrémité supérieure de la scissure de Rolando, en plein lobule paracentral droit, à la surface de l'écorce, était une tumeur dure, du volume d'une cerise. L'ablation en fut facile. Les caractères microscopiques de cette tumeur n'avaient rien de caractéristique; l'absence d'adhérence à la dure-mère, le siège, le volume, l'aspect mûriforme, la

1. Cette observation a été publiée par mes élèves Apert et Gandy. Arch. de méd., juillet 1900.

délimitation nette constatés ici, s'observent dans les cas les plus divers. L'examen histologique n'a pas permis de préciser nettement la nature de cette tumeur ; elle était surtout fibromateuse. La planche ci-dessous en reproduit la topographie et la dimension.

Coupe antcro-poslérieure (grandeur nature). — Elle permet de voir la forme ovoïde de la tumeur et son aspect lobule.

Nous voilà bien fixés, je pense, sur les relations qui existent entre l'épilepsie jacksonienne crurale et les lésions du lobule paracentral, quelle que soit la nature de ces lésions. Quand l'accès d'épilepsie jacksonienne débute par la jambe, soit qu'il y reste confiné, soit qu'il s'étende, c'est que la lésion cérébrale (tuberculome, syphilome, gliome, fibrome, ostéome, tumeur parasitaire) est localisée à la région paracentrale.

Étudions maintenant la localisation des circonvolutions motrices dont la lésion provoque l'épilepsie partielle brachiale. Voici une observation qui en donne une idée des plus nettes (Chantemesse1) : Une femme de vingt-huit ans, de bonne santé, raconte qu'elle a ressenti, un jour en se levant, des fourmillements et des secousses convulsives dans le bras gauche, puis les secousses ont gagné la jambe du même côté et la malade a perdu connaissance. Le lendemain, même accès d'épilepsie jacksonienne débutant par le bras gauche et laissant un certain degré de paralysie.

1, Ta. de doctorat de Chantemesse, 1884, p. 91.

k l'entrée de la malade à l'hôpital, on constate une paralysie du bras gauche avec contracture et flexion du coude; ces symptômes sont beaucoup moins accusés à la jambe; la face et la langue sont légèrement déviées du côté droit. Quelques jours plus tard, la malade succombe dans le coma. A l'autopsie, on trouve des lésions de méningo-encéphalite tuberculeuse, concentrées sur les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes droites, à peu près dans toute leur hauteur, la région paracentrale restant indemne. Cette localisation était bien en rapport avec l'apparition des symptômes, l'épilepsie jacksonienne débutant toujours chez cette femme par le bras gauche.

.J.-B. Charcot l a publié l'observation d'un homme de cinquante ans, atteint d'épilepsie jacksonienne débutant par le bras droit et accompagné de parésie de ce bras. Le malade ayant succombé, on trouva à l'autopsie un sarcome situé à la partie supérieure gauche du sillon de Rolando, envahissant les deux tiers supérieurs de la circonvolution frontale ascendante, et la moitié antérieure des deux tiers supérieurs de la circonvolution pariétale ascendante. Le lobule paracentral était respecté. Ces observations, et bien d'autres que je pourrais citer, montrent les relations qui existent entre l'épilepsie jacksonienne brachiale et la localisation de la lésion aux circonvolutions frontale et pariétale ascen dantes. Quand l'épilepsie débute par le bras, la lésion cérébrale (syphilis, tuberculose, gliome, sarcome, etc.) peut être localisée à cette portion de la zone motrice.

Enfin il est des cas où l'épilepsie jacksonienne débute nettement par la face. Milion2 a publié une observation concernant un cas d'épilepsie jacksonienne débutant par la face du côté gauche; on trouva à l'autopsie un gros tubercule sous-cortical siégeant à droite, au niveau de la fusion du pied de la frontale ascendante avec le pied de la pariétale ascendante, centre cortical des mouvements de la face.

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