Briquet. Traité de Vhijstérie. Paris
nerveuse, elle est sujette aux suffocations, aux palpitations aux maux de tête, aux crises de larmes ; son caractère change, son appétit devient capricieux, elle s'achemine lentement vers l'hystérie confirmée.
Souvent, certains stigmates de l'hystérie, le clou hystérique, la boule hystérique, précèdent l'attaque convulsive. Parfois au contraire l'hystérie, convulsive ou non convulsive, éclate sans cause appréciable chez des gens indemnes jusque-là de toute tare nerveuse, chez des hommes qui semblaient le moins prédisposés à l'hystérie. Toutefois, en fouillant avec soin les antécédents de ces malades, il est rare qu'on ne retrouve pas quelques signes précurseurs.
D'après M. Babinski1, « l'hystérie est un état psychique rendant le sujet capable de s'auto-suggestionncr. Elle se manifeste principalement par des l roubles primitifs et accessoirement par des troubles secondaires. Ce qui caractérise les troubles primitifs, c'est qu'il est possible de les reproduire par suggestion avec une exactitude rigoureuse chez certains sujets et de les faire disparaître sous l'influence exclusive de la persuasion. Ce qui caractérise les troubles secondaires c'est qu'ils sont étroitement subordonnés à des troubles primitifs. »
Pour M. Babinski la suggestion est l'acte par lequel on cherche à faire accepter à autrui, ou à lui faire réaliser une idée manifestement déraisonnable, tandis que la persuasion est l'acte par lequel on cherche à faire admettre à autrui ou à lui faire réaliser une idée éminemment sensée et raisonnable.
Les symptômes hystériques seraient donc le résultat d'une suggestion ou d'une auto-suggestion; ce sont des phénomènes que la volonté peut reproduire. De même, ils pourront disparaître sous l'inlluence exclusive de la persuasion, et c'est là un caractère presque essentiel à l'hystérie, car les autres troubles psychiques, la maladie du doute et la neurasthénie, peuvent être améliorés parla persuasion, mais ne peuvent pas être guéris par elle.
1. Babin*l<i. Société de Neurologie, 7 novembre 1901; Société de l'Iniernat, 28 juin li/06.
Ceci étant dit, étudions l'hystérie convulsive e! 11011 cuavulsive.
Hystérie convulsive. — L'hystérie convulsive procède par attaques. L'attaque d'hystérie se comporte différemment selon les cas, et l'on en peut décrire deux variétés : l'une est l'hystérie vulgaire, l'hystérie commune, la petite hystérie; l'autre, beaucoup plus rare, est la grande hystérie, Yhystérie épileptiforme. Décrivons ces deux variétés*
a. Petite hystérie, hystérie vulgaire. — L'attaque est presque toujours annoncée, quelques heures ou quelques jours à l'avance, par des prodromes, tels que palpitations, bâillements, lassitude, malaise, pleurs ou rires sans motif, constriction du thorax et du cou (boule hystérique).'
Le plus souvent, l'attaque débute par une aura. L'aura est complète ou incomplète. L'aura complète est caractérisée par une sensation douloureuse qui part de l'ovaire (ovarie), gagne le creux épigastrique (constriclion épigastrique), remonte le long du sternum (sensation de boule), arrive au pharynx, au larynx {strangulation) et se termine par des phénomènes céphaliques (sifflements d'oreilles, obnubilation de la vue), qui sont plus marqués du côté d'où est partie l'aura. A ce moment l'attaque commence, la malade tombe; mais, contrairement à l'épileptique, elle a le temps de choisir le lieu de sa chute et elle ne perd pas connaissance, au moins au début de l'accès. Elle pousse des cris, de vraies vociférations, elle suffoque, elle a la figure congestionnée et les veines cervicales très distendues; elle porfe violemment la main à son cou, comme pour arracher tout objet qui pourrait gêner la respiration et, au milieu des sanglots et du hoquet, les convulsions apparaissent.
Les mouvements convulsifs sont essentiellement cloniques, ils sont très étendus, désordonnés : tantôt ce sont des contorsions qui agitent les membres et déplacent le corps tout entier; tantôt les mouvements convulsifs sont plus cadencés, ils prédominent dans les muscles du ^bassin (hystérie libidineuse) ; le tronc est le siège d'une sorte de balancement (mouvements de salutation); parfois la tète,
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violemment secouée, va heurter les objets environnants. La figure n'est pas grimaçante comme dans l'épilepsie; l'abdomen est distendu par des gaz, la perle de connaissance est généralement absolue. Après une durée qui varie de quelques minutes à plusieurs heures, durée qui dépend du nombre d'accès qui se suivent, les mouvements se calment, ia physionomie trahit les expressions diverses de la peur, de la colère, de la volupté, et l'attaque se termine par d'abondantes larmes ou par l'émission d'urines incolores.
Les attaques d'hystérie ne sont pas toujours aussi violentes et aussi complètes; il en est où les malades perdent à peine connaissance, entendent ce qu'on dit et savent ce qui se passe autour d'elles. Dans l'hystérie, comme dans l'épilepsie, les attaques peuvent se répéter coup sur coup pendant plusieurs jours, les évacuations sécrétoires qui marquent la fin de l'accès font défaut, et la malade sent que l'attaque doit recommencer. Contrairement à l'épilepsie, les accès d'hystérie n'ont pas lieu la nuit. Il est souvent possible de provoquer ou d'arrêter à volonté une attaque d'hystérie : il suffit de comprimer fortement les ovaires, l'ovaire gauche principalement, ou bien une zone hystérogène. L'attaque d'hystérie ne se présente pas toujours au complet ; parfois elle est précédée d'une phase de convulsions toniques, spasmes de l'œsophage, de la glotte, des masséters; et celte phase peut môme, a clic seule, constituer toute l'attaque.
b. Grande hystérie, hystérie épïlepti forme '. — L'hystérie vulgaire ou pelite hystérie, celle que je viens de décrire, peut être considérée comme l'atténuation de la grande hystérie. La grande hystérie, ou hystérie épilepliforme, infiniment plus rare, diffère de la petite attaque en ce qu'elle commence par une phase épileptiforme ; voici comment elle procède : la crise, précédée d'une aura et des prodromes déjà décrits, éclate et se compose de quatre périodes qui se succèdent dans l'ordre suivant :
\. Ridw?r. Étude clinique sur la grande hystérie. Paris, 1885.
1° La première période, épileptoïde, simule absolument une attaque d'épilepsie, avec convulsions toniques, convulsions cloniques et résolu! ion.
2° Après cette période épileptoïde qui dure de trois à quatre minutes, tout le reste est de l'hystérie pure. Il y a d'abord une phase de contorsions, de grands mouvements, de clownisme (Charcot) ; la malade s'appuie sur la tête et sur les pieds en forme de pont, ou bien elle exécute un balancement rhythmé de la partie supérieure du corps, uno sorte de salutation, etc.
3° Puis survient la phase des attitudes passionnelles qui se manifestent sous l'empire d'hallucinations tristes ou gaies (frayeur, amour, volupté).
4° La période terminale est celle des hallucinations avec visions effrayantes (rate, vipères, animaux noirs).
La succession de ces attaques constitue un état de mal qui peut durer plusieurs semaines avec cent attaques par jour; iln'yapasicî d'élévation de tempérai me comme dans l'état de mal épileptique, et la compression de l'ovaire peut arrêter la grande attaque d'hystérie comme elle arrête la petite attaque. L'attaque d'hystérie épileptiforme revêt encore d'autres formes plus rares; telles sont : la forme sy?icopale (Briquet), la syncope constituant toute l'attaque, la forme cataleptique (Usègue), la léthargique, le coma et la léthargie survenant comme terminaison de l'attaque.
Hystérie non convulsive. — Les manifestations non convulsives de l'hystérie sont extrêmement multiples : les paralysies, les troubles trophiques, les atrophies musculaires, les contractures, les tremblements, lès anesthésies, les névralgies, les congestions avec ou sans hémorrhagie, les troubles respiratoires, digestifs et urinaires, les désordres des organfcs génitaux et des organes des sens, les troubles intellectuels, l'altération des facultés mentales, tout cela se rencontre dams l'hystérie. Ces manifestations multiples de l'hystérie peuvent être étudiées successivement, et sans or Ire, car elles ne suivent aucune règle dans leur époque d'apparition.
820 MALADIES DU bi&ïvïus NERVEUX.
Paralysies. — Les paralysies hystériques atteignent les muscles de la vie organique aussi bien que les muscles de la vie de relation, elles ont été notées 139 fois sur 450 ma-" lades (Briquet1). Les paralysies à forme hémiplégique2 ou paraplégique? sont les plus fréquentes ; parfois un seul membre est atteint (monoplégie), surtout le membre supérieur3. Les paralysies hystériques succèdent à une attaque ou surviennent en dehors de toute manifestation convulsive : un traumatisme, même léger, une émotion, une frayeur en sont souvent la cause déterminante. Suivant le cas, leur apparition est brusque ou graduelle, elles sont mobiles, paraissent et disparaissent avec une égale facilité, persistent indéfiniment ou guérissent brusquement. Une paralysie accompagnée d'anesthésie, l'anesthésie prenant la forme de contours perpendiculaires à l'axe longitudinal du membre, avec contractilité électrique normale, rétlexes exagérés, normaux ou diminués, tels sont les caractères des paralysies hystériques4.
Entre autres caractères distinctifs pour lesquels je renvoie le lecteur au chapitre de l'hémorrhagie cérébrale, l'hémiplégie hystérique diffère de l'hémiplégie par lésion cérébrale en ce qu'elle atteint rarement la face; c'est là un signe distinct it bien important à connaître. Toutefois, ce signe distinctif n'est pas absolu, car on a publié des observations d'hémiplégie hystérique dans lesquelles la face était légèrement déviée. Mais, répond Charcot, on a commis une erreur, on a pris pour une hémiparalysie faciale ce qui est une contracture, un hémispasme, a Dans l'hémiplégie hystérique il n'existe jamais, du côté paralysé, de participation du facial inférieur comparable à celle qui se voit dans l'hémiplégie vulgaire, Les déviations de la face qui se surajoutent à l'hémiplégie
1. Briquet. Traité clinique et thérapeut. de l'hystérie. Paris, 1859.
2. Goronel. De V hémiplégie hystérique. Th. de Paris, 1S75. — Desbi o: se. Th. de Paris, 1876. — Chevalier. Th. de Paris, 1887.