BouvereL Neurasthénie
et trop étroit (casque neurasthénique de Chareot), elle suit une ligne circulaire passant par les tempes. Chez d'autres, elle est limitée à l'occiput (plaque occipitale), elle siège entre les sourcils, ou enfin elle est hémilatérale. Ordinairement diurne, elle se manifeste au réveil, elle continue toute la journée avec une légère diminution après les repas ; elle cesse la nuit alors même que le malade a de l'insomnie. Elle est accrue par les excitations sensorielles : bruits, odeurs fortes, et par les fatigues intellectuelles. Parfois elle s'accompagne d'hyperesthésie du cuir chevelu et de craquements au niveau des articulations occipitales. La rachialgie est souvent associée à la neurasthénie ; parfois même, la rachialgie existe seule, elle est même limitée au sacrum (plaque sacrée) ou au coccyx, elle se traduit par une sensation de pression ou de chaleur, qu'on réveille par la percussion de la colonne vertébrale.
La dépression mentale ne manque presque jamais : le malade n'a plus les mêmes facultés d'attention ni la même volonté. Le moindre travail devient pénible, la mémoire est diminuée, surtout la mémoire des noms propres; le neurasthénique est morne, découragé, il recherche l'isolement; souvent il passe son temps à lire des ouvrages de médecine ou à écrire de longs mémoires destinés à son médecin. Le matin au réveil il se sent fatigué, et cette fatigue est souvent réelle, car elle se traduit par une diminution de la force musculaire appréciable au dynamomètre.
Les troubles gastriques sont également constants; dyspepsie flatulente, gonflement après les repas, bouffées de chaleur, somnolence, constipation, colique pseudo-membraneuse, pouvant faire penser au cancer du rectum, dilatation de l'estomac, telles sont les manifestations gastriques habituellement accompagnés d'amaigrissement et de la dé coloration des téguments.
A côté de ces stigmates se placent une foule de maniiestations morbides variables suivant les sujets, et pouvant atteindre tous les appareils. Tcl'cs sont l'insomnie1, les ver-
1. Maurice de Fleury. Vinsomnie et son traitement. Paris, 1S94
m MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX.
tiges, l'agoraphobie, la claustrophobie, les troubles de la sensibilité cutanée, les douleurs névralgiques, les sensations de chaud et de froid; la pesanteur des paupières, l'asthénopie accommodai rice, l'hyperacousie, les bourdonnements et les sifflements d'oreilles ; les secousses musculaires et le phénomène du dérobement des jambes.
Dans la sphère circulatoire, la pseudo-angine de poitrine survient parfois périodiquement, avec agitation et gêne de la respiration; la fréquence du pouls, les accès de palpitations, le refroidissement et la pâleur des extrémités sont également des symptômes fréquents.
Les sueurs profuses, ou au contraire la sécheresse de la peau et des muqueuses, les pertes séminales, l'impuissance, l'augmentation des urates et de l'acide urique dans les urines, doivent également être signalées.
Pitres admet six formes de neurasthénie, suivant la prédominance des symptômes sur tel ou tel appareil : 1° forme cérébrale; 2° forme spinale ou rachialgique; 5° forme névralgique; 4° forme cardialgique; 5° forme gastro-intestinale; 0° forme générale. Blocq1 admet en outre une neurasthénie locale, souvent caractérisée par des zones douloureuses sans lésions organiques. Inutile de dire que ces formes sont souvent combinées. La neurasthénie évolue rarement d'une façon aiguë, elle a ordinairement « une allure circulaire2 », même quand elle est consécutive à un traumatisme. Elle dure des mois et des années, mais elle est susceptible de guérison complète, sauf les cas où elle est héréditaire; elle conduit alors à un état hypochondriaque souvent irrémédiable.
Diagnostic. — La diversité des formes et des symptômes de la neurasthénie lui donne les apparences d'un grand nombre de maladies : elle peut simuler la paralysie générale, mais elle ne présente pas, comme elle, les troubles pupilîaires, l'embarras de la parole et le tremblement; souvent