Jaccoud. Cliniques de la Charité, p
i. Clinique médicale de l'Hôtel-î/i'eu, 1897. Un cas de chorée mortelle, g» leçon.
mille gesticulations involontaires ; il s'asseyait sur son ht comme mû par un ressort, il se renversait brusquement et se serait blessé, n'étaient les infirmiers qui veillaient sur lui. Sa tête battait les oreillers; les traits du visage exécutaient les grimaces les plus variées; les muscles de la langue et du pharynx participaient à ces mouvements désordonnés; aussi la déglutition était-elle extrêmement difficile et la parole était réduite à quelques grognements inintelligibles. En différentes régions, aux coudes, genoux, hanches, talons, la peau était d'une rougeur érythémateuse.
Le malade étant incapable de nous donner des renseignements, nous avons interrogé les parents. Ils nous ont appris que cette chorée avait débuté, il y a cinq jours, par le côté gauche du corps et s'était rapidement généralisée; ils nous ont appris également, et ceci a une importance de premier ordre, qu'une dizaine de jours avant l'apparition de la chorée, leur enfant avait éprouvé quelques désordres intellectuels; il s'était mis à tenir des propos incohérents, il parlait seul, il divaguait et manifestait une violente irritation; brusquement il interrompait une conversation commencée et passait à un autre sujet ; il se plaignait amèrement des uns et des autres, alors qu'une enquête prouvait que ses griefs étaient purement imaginaires. Plusieurs fois, il fut pris d'hallucinations de la vue et de l'ouïe. Il revint un jour chez lui, la figure bouleversée, racontant qu'il venait de voir son père en lutte avec plusieurs hommes qui lui étaient inconnus. Au moment où il faisait ce récit, arriva son père qui eut grand'peine à le convaincre que cette scène et cette lutte n'existaient que dans son imagination. Le lendemain, il s'interrompit au milieu du repas, affirmant qu'il entendait, dans une pièce voisine, des gens qui ne cessaient de l'insulter. Cet état mental avec hallucinations de la vue et de l'ouïe dura quatre à cinq jours et fil place à une stupeur, à une mélancolie profonde. Ce jeune homme devint morose, taciturne, ne parlant pas, ne mangeai! ! presque plus, et c'est alors qu'éclata la phase choréique dont je parlais il y a un instant, phase choréique précédée
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d'une phase mentale. C'est dans ces conditions que ce choréique est arrivé dans mon service, l'air hébété et incapable de faire le moindre effort intellectuel. Le pouls était accéléré, l'insomnie absolue; il. y avait incontinence de matières fécales. Les urines ne contenaient ni albumine ni sucre. Le malade n'avait pas eu de rhumatisme antérieur, le cœur était sain.
J'eus la plus mauvaise impression et je fis part à mes élèves de l'extrême gravité du pronostic, je crus même pouvoir annoncer que ce jeune homme ne survivrait que quelques jours à la terrible affection dont il était atteint. Cette gravité extrême du pronostic ne m'était pas suggérée par l'intensité des mouvements choréiques, car on voit des chorées, et des plus violentes, qui se terminent par la guérison; mais elle m'était inspirée par l'association de l'état mental et de la chorée, association, j'essayerai de le démontrer plus loin, qui est toujours ou presque toujours de funeste augure. En face de notre malade, mes souvenirs se reportaient bien loin en arrière; je me rappelais une jeune fille, atteinte elle aussi de chorée associée à des symptômes de manie aiguë, que j'avais vue succomber en une quinzaine de jours, dans le service de mon maître Trousseau. Je crus bien faire en prescrivant les douches froides, l'emmaillotement dans des draps mouillés, les bromures et l'antipyrine, médicament qui réussit si bien dans la chorée simple. Tout fut inutile; en peu de jours les événements graves se précipitent, la température s'élève, le pouls atteint 1-50 pulsations, le cœur est irrégulier et comme affolé. A l'intensité des mouvements choréiques succède un calme relatif, qui n'est en somme qu'une amélioration factice; le malade, plongé dans la stupeur, pousse par intervalles quelques cris inarticulés ; l'amaigrissement fcit des progrès si rapides que les masses musculaires
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