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Bull, de VAcad. de méd., 6 juin et 20 juin

MALADIES DBS REINS. 109

sont absents, que j'ai cherché, depuis bien des années, à mettre en relief quelques signes plus modestes, que j'ai nommés petits signes du brightisme, et que j'ai décrits dans le cours de cet article. Isolés, ils ont peu de valeur, de ce qu'un individu présente isolément la pollakiurie, la cryesthésie, le doigt mort, des crampes dans les mollets, des secousses électriques, des troubles auditifs, ce n'est pas une raison, il s'en faut, pour en faire aussitôt un brightique. N'exagérons rien. Mais si un malade se plaint de céphalée violente dont on ne trouve pas la cause, de grands accès d'oppression qui ne sont pas de nature asthmatique, de troubles gastriques et de vomissements répétés dont on ignore l'origine, etc., si ce malade éprouve en même temps de la pollakiurie, s'il a eu à plusieurs reprises, doigt mort, crampes dans les jambes, épistaxis matutinales, cryesthésie, troubles auditifs, démangeaisons, secousses électriques, etc., en un mot, si, par une enquête minutieuse et approfondie, on arrive à grouper quelques-uns de ces signes, qu'ils se soient présentés successivement ou simultanément, si la tension artérielle est élc\ée, si l'on constate au cœur le bruit de galop, si bien étudié par Potain, on a bien des raisons pour affirmer que cet individu est entaché de brightisme, alors même qu'il n'aurait pas d'œdèmes, alors même que ses urines ne contiendraient pas d'albumine.

Les petits signes du brightisme (petite urémie) apparaissent dans la première période de la maladie de Bright chez des gens qui n'ont pas encore eu les grands accidents brightiques, et qui ne les auront peut-être jamais. Fréquemment aussi, ils" accompagnent la maladie pendant toute son évolution. On les méconnaît faute de les rechercher. J'ai la conviction qu'un grand nombre d'individus, à peu près sains en apparence, sont entachés de brightisme.

C'est là, à mon avis, un chapitre nouveau à ajouter à la description de la maladie de Bright. Que de goutteux, ayant ou n'ayant pas eu de coliques néphrétiques, ayant ou n'ayant pas d'albuminurie, ont pendant longtemps les petits signes du brightisme, en attendant qu'éclatent (trop souvent) les

grands accidents de l'urémie ! Que de syphilitiques atteints de symptômes qu'on met sur le compte de la syphilis, et qui n'ont autre ^hose que les accidents du syphilo-brightisme, prélude d'accidents beaucoup plus graves, si ces malades ne sont pas suffisamment traités ! Que de gens ayant eu une maladie infectieuse, fièvre typhoïde, pneumonie, scarlatine, surtout la scarlatine, et chez lesquels les symptômes de brightisme évoluent insidieusement, avec rémission, pendant des mois et des années, jusqu'au jour où, faute de traitement, éclateront les grands accidents de la maladie de Bright ! Que de femmes, paraissant atteintes d'anémie ou de chloroanémie, au teint pâle et verdàtre, présentant des céphalées, de l'essoufflement, des battements de cœur, etc., passent pour des chlorotiques et sont atteintes en réalité de chlorobrighlisme, forme fréquente et spéciale sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir plus longuement ! Je répète donc que, dans bien des circonstances, c'est par la connaissance des petits signes du brightisme, avec ou sans tension artérielle et bruit de galop, qu'on arrivera à formuler le diagnostic de maladie de Bright en évolution, même en l'absence momentanée ou prolongée d'œdèmes et d'albuminurie. Ce diagnostic se fait couramment dans mon service; on me présente à chaque instant des malades chez lesquels on a dépisté la petite urémie, sans œdèmes, sans albuminurie, et trois mois, six mois plus tard, le diagnostic se trouve vérifié, le malade nous revenant cette fois avec la maladie de Bright au complet, y compris œdèmes et albuminurie.

Voilà ce que nous enseigne la clinique, voyons maintenant ce que donnent les recherches de laboratoire.

Insuffisance rénale et recherches de laboratoire. — Les travaux de laboratoire qui vont nous occuper actuellement se proposent non seulement d'arriver au diagnostic de l'insuffisance rénale, mais encore de doser le degré de celle insuffisance (Achard)1. Trois procédés visent ce but : l'étude de la toxicité urinaire; l'étude de la perméabilité des reins ; la cryoscopie.

1. Achard. Dingnoatic.de l'insuffisance rénale. Congrès de Paris, 1900.

Toxicité urinaire. — Bouchard1, à la suite de nombreuses et remarquables expériences, a posé en principe que, si Ton recueille pendant vingt-quatre heures les urines d'un adulte bien portant, et si l'on injecte une partie de ces urines, préalablement filtrées et neutralisées, dans la veine d'un lapin, il faut en moyenne 50 grammes de ces urines pour tuer

1 kilogramme ' de lapin, c'est-à-dire qu'un lapin pesant

2 kilogrammes succombe quand on injecte dans son sang 100 grammes d'urine normale. Évidemment ce n'est, là qu'une moyenne, les urines normales peuvent être un peu plus ou un peu moins toxiques; un lapin du poids de 2 kilogrammes peut succomber après l'injection de 20 à 80 grammes d'urine; de même aussi, il peut ne succomber qu'après l'injection di> 110 à 120 grammes, car il y a bien des conditions qui, même à l'état normal, font varier la toxicité des urines; mais en se plaçant dans de bonnes conditions expérimentales et en s'entourant des précautions voulues, on peut dire que 1 kilogramme de lapin est tué en moyenne par 50 grammes d'urine normale.

J'ai répété les expériences de Bouchard, et j'ai constaté, ainsi qu'il l'a observé et publié, qu'à mesure que la quantité des urines injectées augmente, l'animal est atteint de myosis, d'accélération des mouvements respiratoires, d'affaiblissement ou de disparition des réflexes oculaires, d'abaissement de la température, de raideur tétanique, de salivation, de quelques mouvements convulsifs, d'exophthalmie. Moins les urines sont toxiques, et naturellement plus la quantité à iirecter doit être grande pour arriver à tuer l'animal. On pouvait supposer, a priori, que les urines des brightiques sont peu toxiques, puisque chez eux la dépuration urinaire est insuffisante, et qu'il en faudrait injecter une grande quantité pour arriver à tuer l'animal. C'est en effet ce qu'a constaté Bouchard ; les urines de brightiques doivent être mises (à des degrés divers, et suivant certaines conditions) au nombre des urines peu toxiques ou très peu toxiques. Ces expériences, répétées ,'tvec l'urine de brighti-

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