Achard, loco citato
3. Achard et Castaigne. Diagnostic de la perméabilité rénale. Bulletin de la Soc. méd. des hôp., 30 avril 1897.
d'appréciation qui sont : 1° le début de l'élimination qui à l'état normal se fait déjà après une demi-heure et qui à l'étal pathologique peut être relardé de une ou plusieurs heures; 2° la durée de l'élimination qui, chez les sujets normaux, varie de trente-cinq heures à soixante heures, et qui, à l'état pathologique, peut être abrégée ou prolongée ; 3° la quantité de substance éliminée qui est pour Achard et Clerc l'élément le plus important de l'épreuve. Ce dernier élément esl le moins facile à apprécier et sa recherche complique un peu le procédé. Il faut recueillir exactement la totalité des iirid.es et pratiquer le dosage du bleu éliminé par les procédés chromométriques. A l'étal normal, le taux d'élimination dans les vingt-quai re premières heures (bleu et chromogène réunis) atteint au moins la moitié de la dose injectée, soit 25 à 30 milligrammes. La quantité éliminée dans les vingt-quatre premières heures est la plus intéressante, néanmoins on continue les dosageâ toutes les vingt-quatre heures, s'il y a lieu, jusqu'à la lin de l'élimination; 4° le rythme de l'élimination, qui, à l'état normal, est d'abord régulièrement croissant, pour devenir régulièrement décroissant après avoir atteint un maximum. Chauffard a montré qu'une élimination discontinue avec interruptions intermittentes caractérise l'insuffisance hépatique.
Les résultats pathologiques fournis par l'épreuve du bleu de méthylène sont les suivants : dans les néphrites interstitielles, la perméabilité au bleu esl diminuée; cependant on a rapporté quelques cas où elle était à peine troublée; on cherche à expliquer ce fait en supposant qu'il reste encore une petite portion du parenchyme capable d'éliminer la substance colorante. Dans les néphrites parenchymatc au contraire, Bard\ puis Léon Bernard2, Widal3, Achard et
1. Bard. De l'excès de perméabilité du rein dans les néphrites épithéliaîes. Gaz. hebdom. de médecine et de chirurgie, 27 mai 1897.
2. L. Bernard. Les fonctions du rein dans les néphrites chroniques. Bull, de la Soc. des hôpit., 26 janv. et 9 fév. 1900, et Th. de Pari;, 1900.
3. F. Widal. Les fonctions rénales dans les états urémiques. Bull, de la Soc. des hôpit., 2 février 1900.
DIEULÀFOY, PATHOL. T. III. $
Clerc ont montré que la perméabilité au bleu de méthylène reste normale et peut même être exagérée.
En somme, l'épreuve du bleu de méthylène donne souvent une idée de la perméabilité générale du rein ; mais, comme Font montré Bernard et Widal, les troubles de l'élimination du bleu dans les néphrites sont loin d'être toujours proportionnels au degré de la lésion rénale et à l'intensité des symptômes urémiques. Widal a rapporlé l'observation d'un malade atteint de néphrite syphilitique parenchymateuse qui, en proie à des accidents de grande urémie, présentait une perméabilité normale au bleu de méthylène. Pour interpréter ces faits, il faut se rappeler que la perméabilité des épithéliums rénaux est, comme l'a avancé Lépine, variable pour les différentes substances qui les abordent; il faut se rappeler, d'autre part, que le bleu de méthylène est une substance qui peut subir une réduction considérable dans l'intimité de l'organisme de certains sujets. Bard et Bonnet ont montré qu'il pouvait y avoir dans certains cas dissociation entre l'élimination du bleu et celle de l'iodure de potassium. Widal et Ravaut1 ont constaté semblable dissociation pour l'élimination du salicylate de soude. Ils ont montré d'autre part que le salicylate de soude injecté à la dose de 50 centigrammes sous la peau a l'avantage de s'éliminer d'une façon plus rapide que le bleu de méthylène ou l'iodure de potassium, soit en quinze ou vingt heures à l'état normal. La quantité éliminée peut être dosée avec grande précision dans l'urine émise à chaque miction. Au total, l'élimination de ces substances par les reins ne donne pas au diagnostic de l'insuffisance rénale des résultats assez précis pour qu'il soit permis de juger le degré de cette insuffisance.
Il n'en est pas de même de l'élimination parle rein d'une substance naturelle comme le chlorure de sodium. Au cours de la néphrite épithéliale, l'élimination du bleu de méthy-
1. Widal et Ravaut. Perméabilité pleurale au salicylate de soude. BulL de la Société médicale des hôp., 6 juillet 1900.
lène peut être normale alors que l'élimination des chlorures est très troublée,
Widal1 a montré que Ton pouvait observer une dissociation des troubles de la perméabilité, même entre les substances naturellement éliminées, entre l'urée el le chlorure de sodium, par exemple, et qu'il existait pour le rein une fonction d'élimination des chlorures bien spécialisée, pouvant èlre (roublée pour son propre compte, alors que les autres fondions demeuraient encore intactes.
La perméabilité du rein aux chlorures est la plus intéressante à connaître, car de la rétention de ce sel peut dépendre, nous l'avons vu plus haut, l'apparition de l'œdème avec toutes ses conséquences. Il suffit de connaître approximativement la teneur en chlorure de sodium du régime suivi pendant plusieurs jours par le malade et de la comparer avec la quantité de chlorures éliminée par les urines pour en déduire le degré de perméabilité rénale.
Toxicité du sérum. — Les recherches sur la toxicité du sérum normal ou pathologique injecté dans les veines ou dans le tissu cellulaire sous-cutané ont donné jusqu'ici des résultats contradictoires. Widal, Sicard et Lesné2 ont étudié par la méthode des injections inlra-cérébraîes le sérum des sujets normaux ou urémiques. Leurs expériences ont. montré que, dans le sérum de tous les hommes bien portants ou en-proie à des accidents urémiques, existait un poison convulsivant dont la présence peut être révélée par Linoculation dans le cerveau du cobaye et ne l'est pas par l'inoculation dans le cerveau du lapin. Les cellules nerveuses d'animaux d'espèces voisines, telles que le cobave et le lapin, peuvent donc réagir tout à fait différemment sous l'influence d\m même poison de l'organisme. "Si le sérum des urémiques injecté dans le cerveau des lapins n'est pas plus toxique que le sérum des sujets normaux, on peut se demander si la raison n'en tient pas à ce fait!
1. Widal. Soc, méd. des hôp., 2 février 1900 el 31 juillet 1903.
2. Widal, Sicard et Lesné. Toxicité de quelques tumeurs de l'organisme inoculées dans la substance cérébrale- Soc. de biol., 23 juillet 1900.
que des poisons sensibles pour la cellule nerveuse de l'homme ne le sont peut-être pas pour la cellule d'espèce différente telle que celle du lapin.
L'expérience suivante de Widal et Lesné1 plaide en faveur de celte hypothèse. Ils ont déterminé des néphrites parenchyrnaleuses par injection d'acide chromique au lapin. Le sérum des animaux ainsi traités était toxique par injection intra-cérébrale, pour le cobaye à la dose d'un dixième de centimètre cube, et pour le lapin à la dose d'un demi-centimètre cube. Or, avant l'apparition de la lésion rénale, le sérum de ces animaux était inoffensif pour le cobaye après injection intra-cérébrale d'un quart de centimètre cube, et pour le lapin après injection intra-cérébrale d'un demi-centimètre cube.
Cryoscopie. — « La cryoscopie, dit Àchard2, a pour objet de tourner l'insurmontable difficulté que présente la comparaison chimique du sang et de l'urine, en substituant la recherche d'une qualité physique à celle d'une valeur chimique. Au lieu de doser dans le sang et dans l'urine la proportion relative de chacun de leurs matériaux, celle méthode évalue seulement la quantité totale des molécules contenues dans ces deux liquides, sans distinction de nature. Le procédé relativement simple qui permet de connaître la teneur en molécules ou concentration moléculaire d'un liquide consiste à en déterminer le point de congélation; en effet, d'après la loi de Raoult, l'abaissement du point de congélation d'une solution est proportionnel au nombre des molécules dissoutes dans l'unité de volume de dissolvant, quelles que soient la grosseur et la nature de ces molécules. Connaissant la concentration moléculaire de l'urine et celle du sérum sanguin, il est facile d'établir leur rapport ; les variations de celui-ci permettront d'apprécier les différences de concentration qui résultent de l'état pa-
1. Widal et Lesné. Perméabilité rénale et cryoscopie du sérum sanguin dans les néphrites parenchymateuses humaines et expérimentai :;. XIII3 Congrès international. Paris, 1900.