‹ Manuel de pathologie interneChapitre 51 sur 404 · Lépioe. rtev. de méd · texte numérisé non relu

Lépioe. rtev. de méd

J'ai vu un médecin étranger, très expert dans les travaux de laboratoire, qui, faisant l'analyse de quelques urines, eut un jour l'idée d'examiner la sienne. Il fut fort surpris de trouver 50 centigrammes d'albumine. Sa santé est aussi bonne que possible, son urine continue à être normalement toxique, ainsi que je m'en suis assuré expérimentalement, et il n'a jamais éprouvé le moindre symptôme brightique.

Un de mes amis avait éprouvé autrefois de vives inquiétudes, parce que sa fillette, dès l'âge de quatre ans, avait 20 ou 30 centigrammes d'albumine* cet état a duré seize ou dix-sept ans, la jeune fille est maintenant mariée depuis plusieurs années, elle n'a jamais eu le moindre symptôme brightique.

Au nombre des faits qui rentrent dans cette catégorie, je n'en connais pas de plus intéressants que ceux qui ont été rapportés à la Société clinique de Londres par Hawkins; l'un de ces faits concerne un homme robuste, âgé de quarante-neuf ans, et fortement albuminurique depuis vingtcinq ans; l'autre concerne un médecin, qui est resté albuminurique pendant quarante-trois ans, sans devenir brightique, alors que Bright, qu'il avait consulté plus de trente ans avant, lui avait prédit une mort inévitable à bief délai.

Je crois inutile de multiplier les exemples; il en a été du reste publié de tous côtés. La difficulté commence quand il s'agit d'interpréter ces faits. Noorden l a essayé de classer ces albuminuries en plusieurs groupes, suivant que l'albumine constatée dans l'urine est absolument pure ou associée à de la globuline ou à de la inueine, suivant aussi que l'albumine se rencontre le matin ou à toute heure du jour, suivant que l'albuminurie parait indépendante de toute cause extérieure, ou suivant qu'elle oscille avec les repas, avec les exercices musculaires, avec un malaise, avec une fatigue, etc. (albuminurie intermittente, albuminurie cyclique8.)

1. Travail résumé dans la àem. mea., iy mai 1886. — Dubreuilh. Albuminurie interm. Revue de médn août 1887.

2. Marie. Albuminurie cyclique. Semaine médical*, 18%, p 19 — kiuo T«n. C4>nçrè$ d* ATan/**. 1* »*>'»* 1890.

Teissier classe ces albuminuries de la façon suivante1 : 1° albuminuries intermittentes, irrégulières, dites des sujets en apparence bien portants; 2° albuminuries des adolescents, albuminuries généralement intermittentes et cycliques; 3° albuminuries d'ordre digestif ou hépatique; 4° albuminuries d'ordre névropathique, parmi lesquelles nous réserverons une place spéciale à l'albuminurie de la station debout ou orthostatique.

Quoi qu'il en soit, ces albuminuries, fréquemment légères, tantôt intermittentes, tantôt continues, ces albuminuries, quels que soient leur mécanisme et leur origine, sont parfaitement compatibles avec l'état de santé. Ceci vient encore confirmer la dissociation des actes morbides du rein sur laquelle j'ai tout spécialement insisté dans l'une de mes communications à l'Académie. Il est important de faire le diagnostic entre les albuminuries non brightiques et les albuminuries brightiques, car le pronostic en est tout différent. L'absence de cylindres granuleux dans l'urine, l'absence totale des petits accidents du brightisme, la toxicité normale des urines, la perméabilité physiologique du rein, sont les indices qui témoignent des albuminuries non brightiques.

Linossier et Lemoine donnent les caractères différentiels suivants2 :

1° Avec des reins tout à fait normaux, l'orthostatisme ne trahit son action fâcheuse que par une diminution modérée de la sécrétion aqueuse. L'excrétion des éléments solides de l'urine ne subit aucune modification régulière ; l'urée seule est éliminée en plus grande abondance, mais il s'agit évidemment d'une exagération dans sa production plutôt que d'une élimination excessive.

2° Si les reins sont insuffisants, la diminution de la sécrétion aqueuse par la position debout est bien plus accentuée que quand les reins sont normaux; si bien qu'une exagération de Yoligurie orihostatique peut être considérée comme un signe d'insuffisance fonctionnelle du rein. Elle

Page 1