Teissier. Les albuminuries curables. Paris
t. Comptes rendus de la Soc. de Biologie, avril et mai 1903.
se combine dans ce cas à la diminution de sécrétion des éléments solides de l'urine et notamment de l'urée. Il y a donc en même temps oligiirie et htjpoazoturie orthostatique.
3° Si les reins sont plus insuffisants encore, l'influence de l'orthostatisme se traduit en outre par l'apparition d'albumine, ou l'exagération d'une albuminurie déjà existante.
Malgré tout,' le diagnostic est parfois fort difficile entre les albuminuries simples et l'albuminurie consécutive à une lésion rénale, l'un néphrite parcellaire, Cantonnée à une portion du rein (lésion tuberculeuse), peut n'avoir (pie l'ai buminurie pour unique témoin, et ce n'est que plus tard, beaucoup plus tard, qu'on s'aperçoit que cette albuminurie prise pour une albuminurie simple était en réalité le symptôme précurseur de la tuberculose rénale.
11 y a des néphrites, surtout des néphrites unilatérales, qui ne se traduisent pendant longtemps1 par aucun autre signe que par l'albuminurie. Rien ne dit même que certaines formes du mal de Bright ne soient primitivement cantonnées à un seul rein, la lésion passant plus tard à l'autre rein.
Dans ces différentes circonstances et en face d'une albuminurie d'origine suspecte, il est utile de pratiquer la séparation des urines au moyen de l'appareil de Luys, atin d'étudier respectivement la fonction de chaque rein.
Le traitement des albuminuries simples est variable. La cure de lait n'a pas ici l'importance qu'elle a dans le mal de Bright. 11 faut surveiller l'alimentation, faire un choix d'aliments basé sur l'expérience, ordonner le repos ou même la situation allongée, prescrire les préparations tanniques, les alcalins, la cure d'Ëvian.
§ 8. REIN AMYLOÏDE
Anatomie pathologique. — Sous la dénomination de dégénérescence amyloïde, on désigne le dépôt dans certains
1. Primesco. Néphrites à longue échéance et albuminuries prolongées. Thèse de Paris. 1902.
DIEULAFOY, PATliOI.. T. ïll. l(î
organes (rein, rate, foie, muqueuse intestinale) d'une substance transparente, homogène, qui, par sa réaction chimique, se rapproche des substances amylacées, mais qui, par la présence de l'azote, se rapproche également des substances albuminoïdes. La substance amyloïde est facile à déceler dans le rein comme dans les autres organes au moyen de certains réactifs. On fait une coupe du rein, et on lave la surface, puis on badigeonne cette surface avec une solution aqueuse d'iode et d'iodure de potassium ; toutes les parties saines prennent une teinte jaune pâle, tandis que les parties atteintes par l'amyloïde deviennent d'un rouge brun acajou et se dessinent sous forme de stries (artérioles) et sous forme de points (glomérules).
Plusieurs auteurs font rentrer le rein amyloïde dans la description du mal de Bright, et en effet, dans bien des cas, l'amyloïde du rein s'associe aux lésions parenchymateuses ou interstitielles de cet organe. MM. Corn il et Ranvier disent même que les néphrites diffuses subaiguës à gros rein sont toujours combinées avec les lésions amyloïdes des vaisseaux et des parois propres des lubuli, la néphrite parenchymateuse précédant la dégénérescence amyloïde. Ces formes mixtes, bâtardes, rentrent dans la description des néphrites brightiques. Mais il y a des cas (Cornheim, Weigert, Straus1) où l'amyloïde du rein a été nettement isolé : il mérite alors une description spéciale. Habit utilement le rein amyloïde est gros, ou de volume normal; sa surface est lisse, blanchâtre, jaunâtre ; a la coupe, il est cireux, lardacé,'ei sa capsule se détache facilement ; rarement il est atrophié - : l'atrophie tient alors à une atrophie rénale, antérieure à l'amyloïde.
L'examen au microscope est rendu facile par la réaction
1. Dégénérescence amyloïde du rein sans albuminurie. Soc. m éd. des hàp., 10 juin 1881.
2. Coruil et Brault. Étude sur la pathologie du rein, 1884, p. 259.
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au violet de Paris qui colore en rouge violet ia substance amyloïde et en bleu pâle le tissu normal. La dégénérescence amyloïde atteint, par ordre de fréquence, les glomérules, les vaisseaux droits et les capillaires interlobulaires; la membrane propre des canalicules n'est envahie que dans les cas très avancés. Aussi l'amyloïde peut-il évoluer pendant longtemps sans que la fonction rénale en soit atteinte. Quand les régions parenchymateuses accompagnent l'amyloïde, on trouve toutes les lésions décrites précédemment au sujet des néphrites. Avec l'amyloïde des reins on constate habi tuellement l'amyloïde de la rate, du foie, de la tunique musculaire de l'intestin.
Description. — Tantôt les symptômes du rein amyl /ide rentrent dans la description du mal de Bright, tantôt ils font presque défaut. Cette diversité dans l'apparition et dans la succession des symptômes tient aux différents états anatomiques du rein et varie suivant que la dégénérescence amyloïde est pure ou associée à des lésions parenchymateuses plus ou moins accusées. Quand elle est pure, les symptômes peuvent se borner à quelques troubles urinaires (polyurie, abaissement du chiffre de l'urée, de l'acide urique de l'acide phosphorique et de la plupart des sels) (Lécorché1) ; auand elle est mixte, d'autres symptômes apparaissent.
La perméabilité au bleu de méthylène, d'après Achard et Loeper2, serait normale, voire exagérée, dans la maladie amvloïde, ce qui pourrait servir au diagnostic différentiel d'avec certaines néphrites chroniques.
La question de l'albuminurie dans la dégénérescence amyloïde du rein mérite une mention spéciale. Pour certains auteurs, il y a toujours albuminurie dans l'amyloïde du
1. Traité des maladies des relus, 1875. — Letuile. Soc. méd. des hôp 10 juin 1887.- Lécorché et Talamon. Traité des vial. de Bright,
2. La perméabilité au bleu de méthyline dans la dégénérescence amy. loidc des reins. — Soc. de Biologie, 1900.
rem ; d'autres prétendent que l'albuminurie ne survient que dans le cas où des lésions inflammatoires s'ajoutent aux lésions amyloïdes.
Straus, dans son intéressant mémoire, a réuni des cas d'amyloïde pur avec albuminurie, et des cas d'amyloïde pur où l'albuminurie a manqué jusqu'à la mort. Straùs explique cette contradiction apparente par la localisation prédominante de l'amyloïdc sur les vaisseaux droits pour te premier cas et sur les glomérules pour le second cas. Dans quelques observations on a constaté jusqu'à 10, 20 grammes d'albumine par litre. Les cylindres urinaires n'apparaissent qu'à une phase avancée de la maladie ; ils sont cireux, colloïdes, mais ils ne donnent jamais la vraie réaction amyloïde.
Il est rare que le rein amyloïde parcoure toutes ses phases et aboutisse aux accidents urémiques ; le malade est enlevé par d'autres complications : diarrhée incoercible, tuberculose pulmonaire, pneumonie, cachexie, coma. Le pronostic est fatal.
On arrive au diagnostic du rein amyloïde en remontant à ses origines : Tout individu atteint de cachexie tuberculeuse ou syphilitique, tout enfant atteint de carie ou de suppurations osseuses, de scrofulo-tuberculose ganglionnaire, est exposé à l' amyloïde du rein ; l'examen des autres organes met également sur la voie du diagnostic : gros foie amyloïde, grosse rate amyloïde, diarrhée due à l'intestin amyloïde.
La dégénérescence amyloïde des reins reconnaît surtout pour cause les caries osseuses, les suppurations prolongées, la tuberculose, la syphilis. On a également incriminé la goutte, le rhumatisme chronique, l'impaludisme, l'alcoolisme.
Charrin, dans ses expériences sur le bacillus pyocyaneus, microbe du pus bleu, a vu que les lapins et les cobayes auxquels il donne la maladie pyocyanique sont atteints de paralysies, de néphrite, et, à la longue, de dégénérescence amyloïde, quoiqu'il n'y ait pas de suppurations.