‹ Manuel de pathologie interne. v. 3 (volume 2)Chapitre 29 sur 246 · Jaccoud. Clinique^ 1887, p. S · texte numérisé non relu

Jaccoud. Clinique^ 1887, p. S

IIÂLADIES DES REINS. i05

Voligurie et Yanurie se rencontrent asseï fréquemment dans le cours du mal de Brigfat; elles sont la cause directe et rapide des accidents urémiques. Ainsi que je le disais plus haut, ce n'est pas retendue de la lésion qui est à elle seule cause de Toligurie ou de l'anurie brightique. Si Toligurie marchait parallèlement atec Tenyahissement des lésions rénales, on n'aurait pas, ainsi qu'on l'observe quelquefois, des périodes d'oligurie, alternant avec des périodes où la sécrétion urinaire est normale ou supérieure à la normale. Il faut donc admettre que la sécrétion urinaire, chez le brightique, est sous la dépendance non seulement des lésions du rein, de l'encombrement des tubuli, mais encore d'une intoxication qui, par moments, modifie ou anéantit les fonctions des reins. Voilà pourquoi l'anurie brightique est tellement difficile à combattre, par la saignée, par les boissons, ou par les moyens diurétiques. Et c'est parce que j'ai fréquemment échoué en donnant aux brightiques anuriques ou oliguriques tous les diurétiques connus, la digitale, la caféine, la théobromine, que j'ai voulu essayer un diurétique d*un autre genre, celui qui, au premier abord, parait être le diurétique par excellence, le suc de la substance corticale du rein.

C'est dans ce but que j'ai fait préparer par mon interne, Rénon, le liquide suivant, auquel j'ai donné le nom de néphrine : un rein de bœuf, pris sur un animal qu'on vient de sacrifier, est reçu dans un vase stérilisé; la la substance corticale seule en est détachée avec toutes les précautions antiseptiques; elle donne environ un poids de 200 grammes. Cette substance corticale est triturée, hachée dans un mortier, additionnée de 500 grammes de glycérine neutre et de 200 grammes d'eau stérilisée, contenant 5 pour iOOO de sel marin. Le tout macère pendant cinq heures dans un vase entouré de glace. La iiltration se fait en deux temps :

i* Filtration de toute la masse, sur un filtre de papier Gliardin.

i06 MATiXniES DE L'APPAREIL URINAItlS.

S* Filtration de la partie liquide ainsi obtenue, sur une bougie Ghamberland (stérilisée à Tautoclave à ii5*). Cette filtration est due à l'air comprimé, à une pression variable. G*est le cas d'employer l'ingénieux appareil de M. d'Arsonval.

On recueille ainsi 50 à 55 grammes d'un liquide jaunâtre, transparent, visqueux, absolument stérile, et l'on pratique tous les jours, huit, dix, douze injections sou»cutanées, chaque seringue contenant 50 centigrammes de néphrine et 50 centigrammes d'eau stérilisée.

Nous sommes tellement désarmés dans les cas d'oligurie et d'anurie que j'ai cru devoir essayer ce moyen nouveau, avec l'espoir qu'il pourrait peut-être n'être paa tout à fait inutile. Il n'est pas possible de porter un jugement d'après un seul cas; mais si l'on veut bien lire les relations de l'observation que j'ai publiée à ce sujet, on y verra que la sécrétion urinaire, complètement interrompue pendant cinq jours, a reparu après des injections de néphrine. En même temps que la sécrétion urinaire reparaissait, une amélioration assez notable survenait dans l'état du malade; il sortait de son état de torpeur, il buvait volontiers son lait et sa boisson de lactose, les sueurs d'urée diminuaient. J'ai constaté très nettement qu'après chaque injection de néphrine, surtout après les premières, l'ensemble des symptômes était heureusement modifié. Sans vouloir tirer aucune autre conl'Iusion de ce fait, il est permis de croire que les iigeofions sous;Cutanées de néphrine pourront entrer dans la fliérapeutique à titre de diurétique et rendre quelques' SiU'vices dans les cas d'anurie et en particulier dans Tanurieet l'oligurie brightique*.

Depuis lors, la néphrine a été souvent employée : Gonin rapporte le cas suivant : Une femme de 49 ans, brightique depuis quelque temps, est prise d'accidents urémîques • les plus graves : dyspnée, vomissements absolument V

1. Dieulafoy. Soc. tnéd. des hôpitaux^ léance du U octobre 1S03.

incoercibles, oligurie, albuminurie abondante. Cet état ayant résisté aux émissions sanguines et autres moyens, on pratique tous les jours une injection de néphrine. L'urine atteint graduellement 800 grammes, 1600 gr., 2200 gr., 2600 gr., et les vomissements disparaissent. La médication étant abandonnée, les mêmes accidents avec oiigurie reparaissent et cèdent de nouveau à la médication*.

Schiperovitsch (de Saint-Pétersbourg) * a donné l'extrait de rein ou de rein frais, à 55 malades atteints de différentes variétés de néphrite avec ou sans urémie. Les malades n'étaient soumis à aucune médication et ils prenaient une alimentation carnée. Voici quelques-unes des conclusions données par l'auteur. Dans 4>0 pour 100 des cas, l'albumine a disparu des urines; cette médication amenait une amélioration très marquée de l'état général et la suppression des phénomènes urémiques ; la suspension de la médication amenait un retour ofTensif des accidents après un temps variable pour chaque cas ; les reins d'animaux possèdent donc des propriétés diurétiques certaines.

Les injections sous-cutanées de sérum artificiel (8 gr. de chlorure de sodium pour un litre d'eau stérilisée) sont lin bon moyen adjuvant au cas d'anurie brightique.

Le lavage du sang a été préconisé, je n'en ai pas encore fait usage.

Telles sont les différentes médications à opposer aux manifestations multiples de l'urémie.

11 faut éviter de donner aux urémiques des purgatifs violents, car le purgatif spolie l'économie d'une quantité de liquide qui eût été nécessaire à la fabrication de l'urine.

11 faut être sobre de certains médicaments, éviter les vésicatoires, qui agissent sur le rein, donner un peu

1. Gonin. Lyon méétcal, 25 novembre 189i. S. La Médecine moderne, 18 avril 1805.

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d*opiacés, réserver les injections de morphine pour la dyspnée, et ne pas oublier que les médicaments donnés à doses trop élevées et incomplètement éliminés par le rein malade peuvent provoquer des symptômes d'intoxication (Bouchard, Ghauvet^). Cette crainte cependant ne doit pas être exagérée, et au cas de néphrite syphiUUquet il ne faut pas hésiter à prescrire le mercure et l'iodure de potassium, en surveillant, bien entendu, l'action des médicaments.

Les brigh tiques, vu Tin suffisance de leur dépuration unnaire, doivent se méfier de certains aliments parfois riches en toxines : gibier, certains poissons, moules, crustacés, etc. J*ai été témoin, avec Potain et Boncour, d'accidents mortels survenus chez un brightique intoxiqué par des royans altérés*.

§ 5. REIN AMYLOIDE.

Ânatomie pathologigae. — Sous la dénomination de dégénérescence amyloïde, on désigne le dépôt dans certains organes (rein, rate, foie, muqueuse intestinale) d'une substance transparente, homogène, qui, par sa réaction chimique, se rapproche des substances amylacées, mais qui, par la présence de l'azote, se rapproche également des substances albuminoîdes. La substance amyloïde est facile à déceler dans le rein comme dans les autres organes au moyen de certains réactifs. On fait une coupe du rein, on en lave la surface, puis on badigeonne cette surface avec une solution aqueuse d'iode et d'iodure de potassium; toutes les parties saines pren-

1. Chauvet. Du danger des médicam. dans les lésions rénales. Th. de Paris, 1877.

2. Dieulafoy. BHghtiiroe et toxémie alimentaire. La pressa médi^ cale^ 1896, p. SOS.

VAUDIES DES REINS. 109

nent une teinte jaune pâle, tandis que les parties atteintes par Tamyloïde deviennent d*un rouge brun acajou et se dessinent sous forme de stries (artérioles) et sous forme de points (glomérules).

Plusieurs auteurs font rentrer le rein amyloîde dans la description du mal de Bright, et en effet, dans bien des cas, Tamyloïde du rein s'associe aux lésions parenchymateuses ou interstitielles de cet organe. MM. Gornil et Ranvier disent même que les néphrites diffuses subaiguês à gros rein sont toujours combinées avec les lésions amyloîdes des vaisseaux et des parois propres des tubuli, la néphrite parenchymateuse précédant la dégénérescence amyloîde. Ces formes mixtes, bâtardes, rentrent dans la description des néphrites brightiques. Mais il y a des cas (Gohnheim, Weigert, Straus *) où Tamyloïde du rein a été nettement isolé, il mérite alors une description spéciale.

Habituellement le rein amyloîde est gros, ou de volume normal ; sa surface est lisse, blanchâtre, jaunâtre ; à la coupe, il est cireux, lardacé, et sa capsule se détache facilement; rarement il est atrophié', Tatrophie tient alors à une atrophie rénale, antérieure à l'amyloïde.

L'examen au microscope est rendu facile par la réaction au violet de Paris qui colore en rouge violet la substance amyloîde et en bleu pâle le tissu normal. La dégénérescence amyloîde atteint, par ordre de fréquence, les glomérules, les vaisseaux droits et les capillaires intertubulaires; la membrane propre des canalicules n*est envahie que dans les cas très avancés. Aussi Tamyloïde peut-il évoluer pendant longtemps sans que la fonction rénale en soit atteinte. Quand les régions parenchymateuses accompagnent Tamyloïde, on trouve toutes les lésions décrites précédemment au sujet des néphrites.

Avec Tamyloîde des reins on constate habituellement

1. Dégénérescence amyloîde du rein sans albuminurie {Soc. méd, det^lpte., 10 juin 1881).

1 Comil «t BrtttU. Étude» iuf la pathologie du rein, 1884. p. 850.

110 MAUDIES DE L'APPAREIL UIUltAiaB.

Tamyloide de la rate, du foie, de la tunique musculaire de rintestin.

Description. — Tantôt les symptômes du rein amyloîde rentrent dans la description du mai de Bright, tantôt ils font presque défaut. Cette diversité dans rapparition et dans la succession des symptômes tient aux différents états anatomiques du rein et varie suivant que la dégénérescence amyloîde est pure ou associée à des lésions parenchymateuses plus ou moins accusées. Quand elle est pure, les symptômes peuvent se borner à quelques troubles urinaires (polyurie, abaissement du chiffre de Turée, de Tacide unque, de l'acide phosphorique et de la plupart des sels) (Lécorché *) ; quand elle est mixte, d'autres symptômes apparaissent.

La question de Yalbuminurie dans la dégénérescence amyloîde du rein mérite une mention spéciale. Pour certains auteurs, il y a toujours albuminurie dans Tamyloîde du rein ; d'autres prétendent que l'albuminurie ne survient que dans le cas où des lésions inflammatoires s'ajoutent aux lésions amyloïdes. M. Straus, dans son intéressant mémoire, a réuni des cas d'amyloïde pur avec albu^ minurie, et des cas d'amyloïde pur où l'albuminurie a manqué jusqu'à la mort. M. Straus explique cette contradiction apparente par la localisation prédominante de Tamyloïde sur les vaisseaux droits pour le premier cas et sur les glomérules pour le second cas.

Dans quelques observations on a constaté jusqu'à 10, 20 grammes d'albumine par litre. Les cylindres urinaires n'apparaissent qu'à une phase avancée de la maladie; ils sont cireux, colloïdes, mais ils ne donnent jamais la vraie réaction amyloîde.

11 est rare que le rein amyloîde parcoure toutes ses phases et aboutisse aux accidents urémiques; le malade est enlevé par d'autres complications : diarrhée incoer-

1. Traité des mal, des retnSf 1875. LetuUe. Soc. méd, de» hâpii.t 10 juiD 1887. — Lëeorché et Talamon. Traiié des mal. de BrigM^

UâLâDIES des reins. 111

cible, tuberculose pulmonaire» pneumonie, cachexie, ooma. Le pronostic est fatal.

On arrive au diagnostic du rein amyloïde en remontant à ses origines : Tout individu atteint de cachexie tuberculeuse ou syphilitique, tout enfant atteint de carie et de suppurations osseuses, de scrofulo-tuberculose gang^onnaire, est exposé à Tamyloïde du rein; Texamen des autres organes met également sur la voie du diagnostic : gros foie amyloïde, grosse rate amyloïde, diarriiée due à Tintestin amyloïde.

La dégénérescence amyloïde des reins reconnaît surtout pour cause les caries osseuses, les suppurations prolongées, la tuberculose, la syphilis. On a égalelnent incriminé la goutte, le rhumatisme chronique, Timpaludisme, l-alcoolisme. M. Gharrin, dans ses expériences sur le bacUlus pyocyaneuSf microbe du pus bleu, a vu que les lapins et les cobays auxquels il donne la maladie pyocyanique sont attemts de paralysies, de néphrite, çt à la longue, de dégénérescence amyloïde, quoiqu'il n*y ait pas de suppurations.

g 6. TUBERCULOSE RÉNALE.

Je me contente de signaler la tuberculose miliaire aiguë qui accompagne la granulie; en pareil cas, les lésions du rein ne sont qu'un épiphénomène. Dans le cas de granuUe, surtout chez Tenfant, les deux reins sont souvent criblés de tubercules miliaires. On trouve des granulations tuberculeuses dans les substances corticale et médullaire; ces granulations sont petites, transparentes, blanches, grisâtres ; elles occupent indifféremment a le tissu conjonctif périvasculaire, le trajet d'un vaisif l'emplacement d'un gloméruie ou Tespace corres-

il2 UAUDIES DE L'APPAREIL URINAIRB.

pondant à plusieurs tubes contigus i (Branlt). Cette forme de tuberculose granulique épargne Tolontiers les uretères, la vessie, les organes génito-urinaires.

La grandie rénale, simple épisode d'une infection générale aiguë, ne doit pas nous arrêter plus longtemps, ^t je vais consacrer ce chapitre à l'étude de la tmbereu^ bse chronique du rein. Que cette tuberculose aborde le rein par la voie sanguine (forme primitive); ou qu'elle débute par la vessie et par les organes génitaux, prostate, testicule, épididyme (forme ascendante ou secondaire*); qu'elle envahisse les deux reins, ou, ce qui est plus fréquent, qu'elle se cantonne à un seul rein, dans ces différents cas, les lésions aboutissent à la longue au rein tuberculo-caséeux qui va faire le sujet de cet article.

Anatomie pathologique. — Nous voici à l'autopsie; enlevons le rein tuberculeux, ce qui n'est pas toujours facile, car il faut le libérer d'adhérences nombreuses et solides, adhérences avec les ganglions lymphatiques du bile et de la chaîne lombaire, adhérences possibles avec la veine rénale, avec la veine cave et l'aorte pour le rein droit, adhérences avec l'intestin et le péritoine pour les deux reins. Une fois extirpée, la tumeur est d'autant plus volumineuse qu'elle comprend le rein et la couche scléro-adipeuse qui l'entoure. Le rein n'a pas l'aspect informe de certains cancers, sa surface est lisse, parfois bosselée par la saillie que font les cavernes et perforée par les orifices qui relient ces cavernes à l'atmosphère péri-rénale.

La capsule propre du rein est épaisse et scléreuse ; elle adhère à l'atmosphère cellulo-graisseuse périphérique» qui prend dans quelques maladies du rein une importance de premier ordre. Par son exubérance, par son développement excessif, dans lequel le processus scléreux (Albarran) et le processus adipomateux (Halle et Hartmann) sont diversement combinés, ce tissu cellulo-adipeux périrénal acquiert une épaisseur de plusieurs centimètres»

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