‹ Manuel de pathologie interne. v. 3 (volume 2)Chapitre 38 sur 246 · Corail. Leçons sur la syphilui · texte numérisé non relu

Corail. Leçons sur la syphilui

peuvent se cantonner à un rein, à une partie du rein; dans d*autres cas elles se généralisent et peuvent aboutir à Tune des variétés du petit rein scléreux et atrophié.

Dans cette dernière variété de syphilis rénale tardive^ les symptômes brightiques peuvent être nuls ou lents dans leur évolution ; le champ de la dépuration urinaire étant longtemps à peu près conservé, le malade n-éprouTe pas de grands accidents urémiques. C*est en pareille circonstance qu*on observe le syphilo-brightisme, caractérisé' par quelques-uns des petits accidents du mal de Brig^t, avec ou sans albuminurie. Dans quelques cas néanmoins. sous rinfluence d*une cause surajoutée, d'un refroidi»^' sèment, les reins déjà malades deviennent le siège d*ane' poussée congestive, phlegmasique, diffuse, généralisée, et Ton voit alors apparaître des œdèmes, de la dyspnée, des troubles gastriques, avec albuminurie abondante, autant de symptômes qui simulent une néphrite aigué et qui ne sont qu'un épisode aigu survenant dans le cours d'une néphrite chronique syphilitique.

Dans d'autres cas enfin, la syphilis rénale chronîqae prend les allures d'une maladie de Bright vulgaire, à marche lente et progressive. En voici une observation qui peut servir de type : Un homme âgé de quarante ans» gardien de la paix, entre dans mon service à l'hôpital Necker, avec un mal de Bright pour lequel il a déjà été soumis au régime lacté sans amélioration. On trouve chez ce malade presque tous les petits accidents du brightisme : crj'esthésie, crampes des mollets, doigt mort, démangeaisons. Le malade se plaint de douleurs lombaires, de troubles visuels, de céphalée atroce. Les paupières et les malléoles sont œdématiées ; l'artère temporale est très distendue, le cœur est hypertrophié; on constate un bruit de galop. Les urines contiennent 85 centigrammes d'albumine par litre. Le malade fait remonter l'origine de ses accidents à un an environ. Vers cette époque il avait été vu par mon interne. Charrier, et reconnu brightique. Le malade a eu la syphilis il y a seize

ans ; cette maladie avait été diagnostiquée et soignée à plusieurs reprises à l'hôpital du Midi. Je soumets le malade au régime lacté, aux frictions mercuri elles et à l'iodure de potassium (5 grammes, puis 6 grammes par jour). Nous voyons alors décroître et disparaître les symptômes avec une rapidité à laquelle nous ne sommes pas habitués dans le mal de Bright non syphilitique. Voici par exemple la marche décroissante de Talbumine :

9 avril 0,85 centigrammes d'albumine.

16 avril 0,50 — —

21 avril ..... 0,20 — —

27 avril disparition totale de l'albumine.

Les symptômes aussi, disparaissent rapidement les uns après les autres, et le malade quitte l'hôpital après un mois de traitement, indemne de tout mal, du moins en apparence. Ce qui permet d'admettre, dans ce cas, la nature syphilitique des lésions et l'efficacité du traitement, c'est que le malade était déjà soumis au i«L§ime lacté avant le traitement mercuriel et ioduré, ce qui n'empêchait pas le mal de faire des progrès. Tout a changé à dater du traitement spécifique.

Chez quelques malades, la néphrite syphilitique, associée ou non à la dégénérescence amyloïdCf parcourt son évolution jusqu'au stade ultime de la désorganisation rénale, et le malade succombe soit aux accidents urémiques consécutifs à sa néphrite chronique, soit à la cachexie syphilitique, le foie, la rate et l'intestin, participant souvent à Tamyloïde et apportant leur contingent au processus cachectisant.

Syphilis héréditaire. — Je dois enfin dire quelques mots de la syphilis rénale héréditaire; nous sommes assez peu fixés à ce sujet. Elle peut être précoce et survenir dans le cours de la première année de la naissance, ou n'apparaître que tardivement, quinze et vingt ans plus tard (Fournier) *. Elle se traduit par des symptômes qui rappellent la syphiHs rénale acquise.

1. Fournier. Congre» de dermatologie et typkiltgraphte. Paris, 18S9.

Diagnostic. — Le diagnostic de la syphilis rénale doit être fait aux différentes périodes de Tinfeclion syphilitique. Quand les symptômes de néphrite surviennent dès les premiers mois, dès la première année de la syphilis, il est tout naturel de mettre la néphrite sur le compte de la syphilis, si le sujet contaminé était indemne antérieurement, de tout symptôme brightique; mais si les symptômes bnghtiques éclatent plusieurs années après Tinfection syphilitique, le diagnostic pathogénique s*impose a^vec moins d*évidence.

Traitement. — En face d*une syphilis rénale, ou supposée telle, on doit prescrire les préparations mercuri elles et Tiodure de potassium, auxquels on adjoint la diète lactée. 11 faut procéder avec prudence, il faut ta ter le pouvoir d'élimination des reins, mais il est nécessaire d'agir. Les craintes de Hardy et de Senator étaient fort exagérées; les observations ne manquent pas de syphilis rénale guérie par le traitement an ti syphilitique^, j'en ai cité plusieurs dans le courant de cet article, il ne faut donc pas priver les malades de cette chance de guérison. Mais les résultats obtenus me paraissent très variables, suivant qu'on a affaire à une néphrite syphilitique précoce ou à une syphilis rénale tardive. Les lésions de néphrite précoce sont des lésions aiguës, généralisées, qui frappent en bloc les deux reins et qui les atteignent surtout dans leur substance glandulaire; aussi ces néphrites sont-elles parfois terribles, rapides dans leur évolution et peu accessibles au traitement ; je dirai même qu'on est forcément un peu timide, et avec raison, dans l'administration de médicaments qu'on sait devoir être difficilement éliminés par des reins si envahis et qui fonctionnent si mal. Aussi en pareil cas il faut s'inspirer non seulement du traitement spécifique, mais du traitement des néphrites en général» tel que je l'ai exposé aux articles concernant les néphrites aiguës et chroniques. Je pense même que tout individu

1. I^corché et Talamon. Syphilis brightique précoce {Médeeîm» modernCf septembre 1801).

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qui vient d*aYoir un chancre syphilitique, devrait être soumis immédiatement, et pendant la première année de son infection, à un régime alimentaire dans lequel le lait aurait la plus grande part; ce serait là une prophylaxie bien comprise. Le traitement spécifique me paraît beaucoup plus actif dans la syphilis rénale tardive, celle qui ménage une partie des reins, qui limite ses lésions, et qui procède avec lenteur. En pareil cas, le traitement mercui iel et ioduré, peut arrêter le processus syphiUtique rénal, et amener la guérison.

Résumé de la question, — En résumé, la syphilis peut attaquer le rein à toutes les périodes. La syphilis rénale précoce, celle qui survient dès les premiers mois de l'infection, détermine une néphrite aiguë à gros rein blanc, parfois légère et fugace, parfois intense et durable, parfois suraiguê, terrible et mortelle. Les symptômes dominants de ces néphrites aiguës, précoces, sont Talbuminurie, Tanasarque rapide, les épanchements dans les séreuses, l'urémie dyspnéique et gastro-intestinale. La syphilis rénale tardive, détermine des lésions scléreuses, scléro-gomraeuses, amyloïdes ; révolution lente et progressive de cette syphilis rénale tardive rappelle révolution du mal de Bright vulgaire, avec ses petits accidents et ses grands accidents urémiques. Le traitement spécifique a plus de prise sur les formes tardives que sur les formes précoces.

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