GRAVIERS ET CALCULS DU RL
Les sels que charrie l*uriue, en se précipitant , forment dans le rein des concrétions qui, suivant leur volume, sont désignées sous le nom d'infarctus, de sable, de gravelle, de calculs. Les infarctus sont des dépôts inlracanaiiculaires plus fréquents dans la substance médullaire que dans la substance corticale ; ils sont calcaires ou uratiques; on les observe surtout chez les nouveaunés et chez les goutteux ; ils seront étudiés dans un autre chapitre avec le rein goutteux.
Les graviers, les calculs, n'existent que très rarement dans la substance même du rein, c'est dans les calices et dans le bassinet qu'on les trouve toujours. Us peuvent avoir toutes les dimensions, depuis le sable, depuis les petits graviers pas plus gros que des tètes d'épingle, jusqu'aux calculs qui atteignent la dimension d'un œuf de poule. Le nombre de graviers varie conune leur volume. Us siègent dans les dépressions qui entourent les papilles, dans les calices, dans les bassinets, sur lesquels ils semblent parfois se mouler, et jusque dans les uretères, dont ils peuvent prendre la forme. Les petits graviers sont arrondis, polyédriques, irréguliers, framboises à facettes; le gros calcul est mamelonné, en forme de sablier, anguleux ou ramifié comme une branche de coraiM, épousant les formes des calices et du bassinet.
1. Rayer. Atlas, pi. XIV, fig. 11, 22, 29. — Torrès. Th. de doctoni, 1878, pi. I et suivantes. Il existe de belles collections au musée Dupuyliuu et à riiôpilai Mecker (collection Guyon).
XALADIES DES REIKS. 171
Le gros calcul est parfois solitaire, mais plus souvent il eisi accompagné d'un ou plusieurs petits graviers. La lithiase est limitée à un seul rein dans la moitié des cas environ.
Pathogénie. — H est d*usage de décrire une lithiase secondaire et une lithiase primitive. La lithiase secondaire est celle qui survient dans le cours de lésion suppuré^ du rein. Qu'une pyélo-néphrite se déclare, au cours de la tuberculose rénale ou de la dégénérescence polykystique du rein, ou à la suite d'une infection urinaire ascendante, la suppuration et la fermentation de l'urine fourniront un terrain des plus favorables au développement des calculs secondaires: les phosphates vont imprégner la matière nécrosée, les déchets organiques vont se calcifier et la concrétion phosphatique est constituée. Litten a reproduit expérimentalement le processus de ces calcifications; il a interrompu pendant quelques jours la circulation dans le rein d'un chien, et déjà les épithéUums se calcinaient et les canalicules urinifères étaient remplis de sels calcaires. Les calculs secondaires sont donc presque toujours composés de sels de chaux; carbonate et phosphate ammoniaco-magnésiens; ils sont grisâtres, crayeux, ils sont friables, ils se brisent et s'émiettent facilement; ils expliquent les coliques néphrétiques qui surviennent parfois chez les gens atteints de lésions suppuratives du rein.
Les calculs primitifs ont une autre composition et une autre origine ; ils sont presque toujours uriques et oxaliques, composés de sels d'urate et d'oxalate. Ces calculs, petits ou gros, sont durs et résistants; les petits graviers sont arrondis, Usses, brunâtres; ils sont mûriformes et rougeâtres si l'acide oxalique domine ; les gros calculs sont ramifiés comme une branche de corail ou ih sont massifs, et rappelant le moule du bassinet. Les gravelles urique et oxalique se confondent, l'acide oxalique dérivant directement de l'acide urique par une oxydation plus complète. Cette gravelle urique est favo-
risée par l*alimentation généreuse, par le défaut d'exercice, par l'insuffisance des fonctions de la peau, en un mot par toutes les circonstances capables d'augmenter la quantité d'acide urique ; elle est également favorisée par toutes les causes qui provoquent rinsuffisance des mutations nutritives et qui aboutissent à amoindrir la solubilité de l'acide urique (Bouchard*). Tout cela est vrai théoriquement» mais en pratique nous voyqns à chaque instant des gens vivre dans les meilleures conditions hygiéniques possibles, ce qui n'empêche chei eux ni la formation des graviers, ni les coliques néphrétiques.
Dans la très grande majorité des cas, ce qui domine rétiologie de la lithiase rénale primitive, en dehors de toute cause adjuvante, c'est la transmission hérédUalre de la diathèse urique ou uricémique, c'est la transmission de la diathèse goutteuse. Ce côté de la question a été suigulièrement élucidé par Trousseau. La gravelle rénale peut se transmettre directement, un père graveleux peut engendrer des enfants qui sont graveleux, mais ce qoi transmet surtout, c'est la prédisposition spéciale qui traduit chez les descendants par les diverses manifestations de la diathèse : goutte, asthme, migraine, obésité, eczéma, lithiase biliaire, lithiase intestinale, et j'y u ajouté la lithiase appendiculaire, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en lisant le chapitre consacré à l'appendicite.
Tel individu qui a eu pendant son adolescence» migraine, hémorrhoides ou eczéma, pourra avoir plus tard des rhumatismes >, de la goutte, de l'asthme, des coliques néphrétiques. En somme la lithiase urinaire est très fréquemment liée à la diathèse goutteuse : « J'ai la néphrétique et tu as la goutte, écrivait Érasme à l'un de ses amis ; nous avons épousé les deux sœurs. »
La fréquence plus grande de la gravelle, dans certains