‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 132 sur 198 · RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU · texte numérisé non relu

RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU

Les manifestations aiguës du rhumatisme ont pour î fi< articulations une prédilection hien marquée, c'est le

rhumatisme articulaire proprement dit, et bien qu'ell^Hes atteignent souvent et en même temps un grand nomii^^re d'organes (rhumatisme viscéral), il est d'usage de décr^Bre toutes ces manifestations sous le nom de rhumati* .^iig

articulaire aigu. Habituellement la série morbide débi =ite

par les articulations et n'atteint les organes qu'en sec( heu, mais il y a des exceptions et nous verrons, dans cours de cet article, le rhumatisme dit articulaire frap d*abord la plèvre, le poumon, le cœur, avant d'attein les jointures. L'étude du rhumatisme articulaire ai. comporte donc la destruction de toutes les manifestatL aiguës de l'afiection rhumatismale.

Étiologie. — Bien que se développant en tous psiyscl en toutes saisons, le rhumatisme articulaire aigu a "^inc prédilection marquée pour les contrées tempérées et jpoi/r la saison d'été (Besnier) * ; Stoll a même décrit des éf^idé-

i. Besnier, art. Rhumatisme, in Diction, encyclopéd, des se. méd.

^ de rhumatisme pendant la période estivale. Kelsch,

^n étudiant le rhumatisme dans Tarmée française, a vu

^e les recrudescences coïncident surtout avec la fin de

i*bi?eret le conunencement du printemps*. Le froid.

Surtout le froid humide, est la cause occasionnelle la

plus habituelle, tantôt le refroidissement agit brutale-

Osent sur le corps en sueur, et le rhumatisme éclate sans

larder, tantôt l'économie se laisse imprégner à petite

ciof», comme cela arrive chez les individus qui habitent

^es lieux humides, un appartement fraîchement replâ-

^Jéf une maison récemment construite. Les fatigues, les

^xcès sont des causes prédisposantes, le traumatisme,

'^one entorse, une luxation a plusieurs fois été la cause

c^'one attaque de rhumatisme (Yerneuil, Potain).

Chez les sujets qu'atteint le rhumatisme, faut-il admettre '^jne prédisposition héréditaire ou acquise? La réponse à ^sette question supposerait connue la pathogénie des malades rhumatismales ; l'affinité pathologique que présente Je ifaumatisme avec la goutte, la gravelle, Tobésité, le dia- ])ète *, laissent bien entrevoir que des troubles nutritifs fie même famille président à l'évolution de ces états mor- Indes, mais en admettant que le rhumatisme relève de la ^fscrasie urique, cela n'avance pas beaucoup la question, «t la nature intime de la maladie est encore inconnue.

Toutefois, le rhumatisme articulaire aigu, a tous les attributs d'une maladie infectieuse microbienne : ses localisations sur l'endocarde, sur les séreuses, la rappro- ^lent des autres rhumatismes, dits rhumatismes ini'eclieiix dans lesquels l'origine microbienne ou toxiinfectieuse est connue; mais, malgré le désir qu'ont plusieurs auteurs de classer le rhumatisme au rang des maladies microbiennes', son agent pathogène est encore à trouver. La première attaque de rhumatisme se

1* Kelsch. Traité des maladies épidémiques, 189i. 3. Boucbard. Maladies par ralentissement de la nutrition, p. 329. 3. Tiibonlet. Revue de médecine^ août 1892. — Barbier, Gaz, hebdomadaire, il octobM 1893.

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montre habituellement de 15 à 30 ans : les récidives sont fréquentes.

Symptômes. — Le rhumatiame articulaire aigu, fièvre rhumatismale des auteurs anglais, a rarement une invasion soudaine et violente. Souvent le sujet éprouve d*abord quelques douleurs erratiques avec ou sans frisson, la fièvre s'allume et la localisation articulaire se confirme. Assez souvent également, dans un tiers des cas, pour ne pas dire plus, le rhumatisme débute, par une angine fébrile avec ou sans albuminurie ^ Cette angine, plus ou moins douloureuse, avec rougeur de la gorge, tuméfaction des amygdales, peut même précéder de plusieurs jours Tapparition des douleurs articulaires. Les cous-depied et les genoux sont habituellement pris les premiers, puis viennent les coudes, les épaules, le poignet. Lorsque les petites articulations, celles des mains, des pieds, du rachis, sont envahies, cela prouve en général que l'attaque de rhumatisme sera longue et intense.

Dès le début, la douleur est le symptôme dominant; elle acquiert plus ou moins vite toute son intensité; elle se déplace avec la fluxion rhumatismale, elle passe d'une jointure à une autre, reparait sur une articulation qu'on croyait dégagée, se généralise parfois aux petites articulations du rachis, des côtes, de la mâchoire, et inflige au patient de véritables tortures. Le moindre mouvement de la jointure malade, la pression des couvertures, l'ébranlement du Ht, tout réveille la douleur.

Les articulations frappées par le rhumatisme sont déformées et tuméfiées. Au niveau des grandes jointures, au genou par exemple, les tissus superficiels sont le siège d'une fluxion blanche (Trousseau), tandis qu'au poignets, aux cous-de-pied la peau est rosée et sillonnée de tramées rougeâtres qui indiquent le trajet des gaines tendineuses envahies par la fluxion rhumatismale. Aui mains, la face dorsale est œdématiée et arrondie, les

1. De Saint-Germain. Élude clinique et expérimentale sur la pathogénie du rhumatiame articulaire aigu. Thèse de Paris, 189S.

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^^igs sont écartés, immobiles et tuméfiés en forme de ^^seau. La température locale est plus élevée de quelques dixièmes au niveau des articulations malades. Les épan- ^'l^ments sont très abondants dans quelques articulations; au genou, Thydarthrose peut dépasser 60 et ^0 grammes, et quand elle atteint ces fortes proportions, «Ue devient elle-même une cause de vive douleur qu*on peut faire disparaître par Taspiration du liquide^.

Quand on étudie de près le rhumatisme articulaire, on voit que, dans bien des cas, les tissus péri-articulaireSf les bourses séreuses, les gaines tendineuses, les tendons d'insertion des muscles sont au moins aussi envahis que l'articulation proprement dite. Ainsi, au genou, il existe de nombreux foyers douloureux péri-articulaires qu'on peut mettre en évidence par la plus légère pression à la partie interne de l'articulation, les trois tendons qui forment la patte d'oie s'unissent sur la crête du tibia après avoir contourné la tubérosité interne de cet os ; à ce niveau existent deux gaines tendineuses, Tune au-dessous du muscle couturier, l'autre au-dessous du tendon de la patte d'oie; cette région est un des foyers douloureux les plus fréquents. Â la partie interne du ^enou on observe également un point douloureux sur la tête du péroné, où s'insère le muscle biceps dont le tendon glisse sur une bourse séreuse. Les points douloureux sont très fréquents dans le creux poplité ; on trouve aussi un foyer de douleurs à l'insertion du tendon, ^a triceps sur la rotule ; il y a là deux bourses séreuses : l'une entre les fibres superficielles et profondes du tendon, l'autre entre le tendon et l'aponévrose d'enveloppe. Ces ^vers points douloureux forment autour de l'articulation ^u genou une sorte de couronne douloureuse, bien propre ^ faire croire que l'articulation elle-même est malade, Silors qu'elle est parfois indemne ou peu envahie. Même remarque pour le cou-de-pied; derrière la malléole externe passent les tendons des muscles péroniers laté-

!• Biealafoy. Traité de VaspiratioHj p. 351.

raux dont la synoviale commune se bifurque pour accompagner ces tendons; on peut parfois suivre leur trajet douloureux jusqu'à Tapophy se du cinquième métatarsien, où s'insère le court péronier, et jusqu'à la base du premier métatarsien, où s'insère le long péronier.

Dans quelques cas, les douleurs péri-articulaires portent sur l'insertion d'un muscle sans qu'on puisse invoquer la présence d'un tendon et d'une bourse séreuse ; c'est ce qu'on voit pour l'insertion du deltoïde à l'humérus. Du reste les muscles eux-mêmes sont souvent endoloris au-dessus et au-dessous de l'articulation malade.

En somme, le rhumatisme dit articulaire n'atteint pas seulement la synoviale et les ligaments intra- articulaires, il atteint également les parties péri-articulaires, tendons, bourses séreuses, gaines tendineuses, insertions musculaires, tissu cellulaire.

Le rhumatisant a le visage d'un blanc mat, ce qui s'explique par la rapide et grande diminution des globules rouges du sang; cette anémie rhumatismale se traduit également par un bruit de souffle cardiaque. Les sueurs sont généralement très abondantes ; elles sont persistantes et empreintes d'une odeur aigre qui est due à leur grande acidité. Vœdème est fréquent aux mains et aux pieds, parfois il est plus généralisé. La fièvre a une intensité variable ; le pouls est large et résistant, et se maintient entre 90 et 100. Dans les cas intenses, la température vespérale atteint 30 et 40 degrés et la rémission matinale est faible; dans les cas plus légers, la température du soir est moins élevée et les rémissions sont plus accentuées; le cycle fébrile n'a du reste aucune régularité. Les urines sont rares, foncées, parfois albumineuses, riches en urée et en urates. Les fonctions digestives sont peu troublées, la langue reste humide, l'appétit est souvent conservé. Certains rhumatisants ont de la constipation, d'autres ont une diarrhée abondante, fluide, séreuse, comparable (( à de véritables sueurs intestinales » (Peter*).

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