‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 18 sur 198 · Jaccoud. Clin, méd., 1887, p · texte numérisé non relu

Jaccoud. Clin, méd., 1887, p

nÈVRES ÉRUPTIVES. 47

Dans des circonstances beaucoup plus rares, la néphrite scarlatineuse est fort grave, elle revêt en peu de jours les allures de l'urémie aiguë. Tantôt ce sont les troubles gastro-intestinaux, les vomissements, la diarrhée, qui sont les premiers à paraître, tantôt ce sont les troubles dyspnéiques avec ou sans épanchement pleural, avec ou sans œdème broncho-pulmonaire, qui dominent la scène ; dans quelques cas, l'urémie se révèle d'emblée par des symptômes nerveux, céphalée, convulsions et coma qui enlèvent rapidement le malade. L'œdème de la glotte peut apparaître également comme manifestation initiale de la néphrite scarlatineuse. Chez quelques malades on observe des épistaxis abondantes, des troubles visuels, l'amblyopie, l'amaurose.

La néphrite scarlatineuse peut exister à l'état épidémique, tantôt associée à des scarlatines avérées, tantôt à l'état de scarlatine fruste. Fiessinger a publié à ce sujet un intéressant mémoire*. Dans ce mémoire il est question d'une épidémie de néphrite aiguè; certaines de ces néphrites étaient indépendantes de la scarlatine, d'autres lui étaient associées.

La scarlatine est assez souvent l'origine de néphrite chronique, de maladie de Bright, et Ton ne s'explique pas trop, qu'une opinion contraire (Bartels, Charcot), ait pu être soutenue il y a quelques années. Non seulement la néphrite aigué de la scarlatine peut aboutir à la néphrite chronique, mais il y a des cas où la néphrite paraît s'installer d'emblée à l'état de néphrite chronique. On voit des scarlatineux, adultes ou enfants, chez lesquels la phase initiale de la néphrite scarlatineuse est si peu bruyante, qu'elle passe pour ainsi dire inaperçue. On voit des scarlatineux, enfants ou adultes, chez lesquels les symptômes de la néphrite se réduisent à l'albuminurie avec quelques œdèmes légers et fugaces; ces cas-là,

1. Fiessinger. Mal. de Bright épidémique et scarlatine. Gazette médicale, 1891, n** il et 42.

on a trop souvent la mauvaise habitude de les considérer avec quelque dédain, on ne s'en inquiète pas, on les décore du nom o d'albuminurie précoce » et Ton croit que cela suffit. Et trois mois, six mois plus tard, on constate de l'œdème aux paupières, de la bouffissure au visage, et l'albuminurie reparait, si tant est qu'elle ait jamais disparu. Cet épisode subaigu peut lui-même passer inaperçu si l'enfant est éloigné de sa famille, s'il est ' interné dans un collège, et les choses vont ainsi, presque insidieusement, jusqu'au jour où des symptômes de plus grande importance donnent l'éveil.

La scarlatine est donc une cause fréquente de maladie de Bright. Je pourrais citer vingt observations à l'appui de cetle assertion; qu'il me soit permis d'en résumer quelques-unes : J'ai vu avec Charrier un enfant de six ans, qui avait élé atteint deux ans avant, d'une néphrite légère survenue dans le cours d'une scarlatine; depuis cette éf>oque, l'enfant n'avait jamais complètement guéri, il faisait par moments des poussées d'albuminurie, des poussées d'œdème à la face, il était sujet à des troubles dyspeptiques, il était pris de vomissements, et ce n'est qu'à grand peine que l'amélioration a pu être obtenue après un régime lacté des plus sévères. J'ai donné mes soins pendant plusieurs années à un jeune garçon atteint de mal de Bright consécutif à une scarlatine datant de sept ans; son père, proviseur de l'un de nos lycées, me racontait que la néphrite constatée pendant la scarlatine ' avait été de si médiocre intensité, qu'on ne s'en était pour ainsi dire pas occupé; les symptômes ultérieurs avaient été très lents dans leur évolution, avec des temps d'arrêt bien marqués, jusqu'au moment où les accidents urémiques avaient apparu. Je reçois de loin en loin la visile d'un jeune homme, qui fait de brillantes études, malgré le régime lacté auquel je l'ai soumis depuis trois ans; ce garçon avait pris, de sa sœur, une scarlatine fort bénigne, compliquée de néphrite. Cette néphrite fut bien légère, puisque l'albuminurie en fut le seul symptôme. La

scarlatine une fois guérie, on s'est bien gardé de s'occuper de l'état des reins, mais plus tard des œdèmes sont survenus, puis des maux de tête et enfin les accidents urémiques sont devenus menaçants. Plusieurs de mes élèves ont connu un étudiant en médecine qui a longtemps suivi mon service de l'hôpital Necker; ce jeune homme a fini par succomber à une maladie de Bright, à lente évolution, qui lui venait d'une scarlatine qu'il avait contractée sept ans auparavant. Le 8 juillet 1895, un étudiant en médecine vint me consulter pour le fait suivant : sa sœur avait été atteinte de scarlatine à l'âge de douze ans, il y a maintenant sept ans; au déclin de la scarlatine était survenue une néphrite aiguë qui, paraît-il, avait complètement guéri. Après trois ans de guérison apparente, des œdèmes ont apparu à la face et aux jambes sans qu'on ait pu constater la présence d'albumine dans les urines. Mais voilà que depuis six mois Talbuminurie a refait son apparition, les petits accidents du brightisme se sont succédé et celte jeune fille esl gravement atteinte de maladie de Bright d'origine scarlatineuse.

La forme chronique de la néphrite scarlatineuse n'avait pas échappé à Trousseau dont je cite textuellement les paroles : « L'albuminurie scarlatineuse peut passer à l'état chronique et constituer alors une maladie de Bright )). La néphrite chronique d'origine scarlatineuse est acluellement admise par presque tous les auteurs, et Lécorché et Talamon en citent des observations absolument caractéristiques*.

En résumé, la scarlatine a sur le rein une action particulièrement nocive; sous ce rapport, je ne connais aucune maladie infectieuse qui puisse lui être comparée ; la fièvre typhoïde, la grippe, l'érysipèle, etc., sont loin d'attaquer le rein avec la même fréquence et avec la même ténacité. La toxine scarlatineuse a sur les épithé-

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