‹ Manuel de pathologie interne. v. 3Chapitre 3 sur 198 · Béraud. Arc/t. génir. de méd., mars · texte numérisé non relu

Béraud. Arc/t. génir. de méd., mars

FIÈVRES ÉIIUPTIVES. 7

Au moment de la suppuration, la fièvre redouble d'intensité et la température dépasse parfois les chiffres de la fièvre d'invasion ; cette fièvre est continue avec rémission matinale et dure pendant toute la période de suppuration. Le délire est assez violent et persiste parfois jusqu'à la fin de la seconde semaine. La salivation est excessive, et de la bouche s'écoule constamment une salive visqueuse qui souille les draps et l'oreiller. Cette salivation diminue vers le onzième jour de la maladie, époque où décroît également le gonflement de la face ; alors aussi commence le gonflement des pieds et des mains, et ce gonflement des extrémités était considéré par Sydenham et par Trousseau comme un fait si nécessaire que son absence doit faire présager le plus funeste pronostic.

Pendant toute cette période les souffrances du malade sont excessives. La tuméfaction de la tête et de la face le rend méconnaissable; il ne peut ni ouvrir les yeux, ni remuer les lèvres et la langue ; des mucosités épaisses envahissent la bouche et l'arrièr'e-gorge, et la dysphagie est telle qu'il peut difficilement satisfaire la soif qui l'obsède ; la respiration est compromise, la parole est difficile, et quels que soient les soins de propreté, les draps sont continuellement fétides et souillés de pus; heureux encore si ces terribles souffrances ne conduisent pas ce malheureux au tombeau. Et tout cela pourrait être évité, si l'immortelle découverte de Jenner était plus efficacement mise en pratique !

d. Dessiccation. — Dans la variole discrète, les pustules desséchées se recouvrent de croûtes, plus ou moins épaisses, jaunâtres, d'abord molles, puis dures. Les croûtes, après leur chute, laissent à nu des cicatrices rougeâtres qui plus tard se dépriment, blanchissent et persistent parfois indéfiniment. Dans les formes confluentes, les croûtes ne sont pas isolées, elles revêtent l'aspect de larges écailles foncées, imbriquées et d'odeur fétide; les cicatrices laissées par les varioles confluentes (visage grêlé, couturé) déforment les traits de la physionomie.

La convalescence de la variole, surtout des formes confluantes, n*est pas exempte de dangers. Quelquefois, vers la quatrième semaine de la maladie, alors que la fièvre était tombée, et même après la chute des croûtes, apparaît une série de furoncles, véritable diathèse furonculaire, qui dure plusieurs mois. Cette disposition à la suppuration se traduit également par des arthrites suppurées, par des ahcès du tissu cellulaire et des muscles, et le malade succombe souvent à ces suppurations prolongées.

Variole cohérente. — On a vu, d'après la description précédente, toute la différence qui sépare la variole discrète de la variole confluente vraie. Mais cette description ne s^adresse qu'à des types, et n'englobe pas tous les cas cliniques. Ainsi, sous le nom de cohérentes, on décrit les varioles qui évoluent d'abord comme des varioles discrètes, mais dont les pustules sont si nombreuses, surtout à la face, que ces pustules, isolées au début de l'éruption, avant leur entier développement, finissent par se toucher quand elles atteignent leur maturité et arrivent ainsi à la confluence. Cette confluence secondaire est bien différente de la variole confluente vraie. Les varioles cohérentes sont nécessairement plus graves que les varioles discrètes, et la description de ces dernières ne leur est pas exactement applicable; néanmoins, il est rare qu'elles aient la gravité de la variole confluente proprement dite.

Varioloide. — Le mot de varioloîde ne signiOe pas variole bénigne, car la varioloîde peut être grave; il ne signifie pas davantage variole très discrète, car la varioloîde peut être cohérente ; cette désignation de varioloîde s^adresse à toute variole qui ne suppure pas ou qui suppure peu ; ce qui distingue la varioloîde, c'est qu'elle n'aboutit pas à la période de suppuration. Les symptômes d'invasion et d'éruption sont ceux de la variole ; ils sont même généralement atténués; puis l'éruption s'arrête en chemin, elle avorte, la fièvre secondaire n'apparaît pas, les boutons se dessèchent, c'est à peine si quelques-uns suppurent, ils se cornent sans laisser de cicatrice. Bien que

la varioloïde soit habituellement fort bénigne, elle peut néanmoins revêtir la forme hémorrhagique >. Pour certains auteurs, la varioloïde ne serait qu'une variole atténuée par une vaccine ou par une variole antérieure; pour d'autres, elle serait une forme spéciale de variole. Dans aucun cas on ne doit la confondre avec la varicelle.

Varioles hémorrhagiques. — Il faut distinguer deux formes, l'une précoce, qui précède l'éruption, l'autre tardive, qui apparaît dans le cours de l'éruption. La première est encore plus terrible que la seconde ; elle est toujours mortelle.

La variole hémorrhagique précoce ' s'annonce comme une variole ordinaire, les symptômes d'invasion sont les mêmes; toutefois, le malade présente parfois une agitation, une dyspnée, un état général, qui sont de mauvais augure. Alors apparaît un rash hémorrhagique plus ou moins généralisé, et doublé de rash purpurique; c'est une véritable hémorrhagie de la peau avec taches ecchymotiques bleuâtres, noirâtres, à l'aine, au cou, au visage, aux conjonctives, aux paupières. On dirait qu'on a plongé le malade dans une cuve de raisin (Trousseau). Le malade saigne du nez, crache du sang et rend des urines sanguinolentes ; le sang suinte par les gencives, la peau se couvre de phlyctènes remplies de sérosité noirâtre, l'agitation et la dyspnée sont extrêmes.

La langue est sèche, l'haleine fétide, la voix éteinte, le pouls filiforme ; parfois le malade conserve toute sa connaissance; pîus souvent il est plongé dans un état ataxoadynamique avec ou sans délire, avec ou sans mouvements convulsifs, et il meurt, le troisième, le quatrième, le cinquième jour, parfois avant l'apparition de l'éruption, ou du moins avec une éruption de quelques boutons à peine éclos.

La variole hémorrhagique tardive est celle qui apparaît

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