Henriquez y Carvajal. Thèse de Paris
nouvelle intensité; la toux est fréquente, quintouse et ])énible, la voix est enrouée et parfois éteinte, la fièvre atteint son maximum et décroit plus tard quand décroit l'éruption. Suivant le cas, l'éruption apparaît le quatrième, cinquième, sixième, septième jour de la maladie; elle commence par la face, autour des lèvres, au front; elle envahit ensuite le cou, le tronc et les membres. Dans sa forme habituelle, quand on examine rexanthème sur la poitrine ou sur le ventre, plus encore qu'à la face, on voit qu'il est formé de petites saillies rouges et veloutées qui n'ont pas la rudesse des saillies qui caractérisent l'éruption scarlatineuse ; les taches morbilleuses ont la dimension d'un grain de riz, elles sont inégales, s'effacent momentanément par la pression et se groupent par plaques irrégulièrement découpées en croissants séparés par des intervalles de peau saine. Parfois cependant l'éruption est continente et la rougeur de la peau devient presque diffuse et uniforme.
L'éruption se généralise en vingt-quatre ou quarantehuit heures; elle décroît en suivant son ordre d'apparition, eu commençant" par la face, de sorte que le visage pâlit, alors que l'éruption est dans toute sa vivacité sur les membres.
Quand l'exsudat inflammatoire qui forme la tache morbilleuse s'associe à la formation de boules colloïdes dans les cellules de Malpighi*, la saillie formée par la papule donne à l'éruption un aspect qui a valu à cette forme le nom de rougeole boutontieuse.
Pendant cette période, les catarrhes arrivent à maturité {codion); la toux est moins sèche, les crachats chez l'adulte (les enfants n'expectorent pas) deviennent épais, verdàtres et nummulaires comme des crachats de phthisique, et l'on entend à l'auscultation des râles de bronchite.
La diarrhée est un symptôme qui, chez les enlants, apparaît fréquemment au moment de l'éruption; ce
1. Catrin. Altérations de la peau dans la roug"oîe {.\rch. de Kiéd, expérim.f mars 1891).
FIÈVRES ÉRUPTIYES. 73
catarrhe intestinal dure vingt-quatre heures et est parfois accompagné d'une véritable colite avec diarrhée sanglante et glaireuse.
D. — Desquamation, — Vers le huitième jour de la maladie la fièvre tombe, l'éruption tend à disparaître, en commençant par le visage. La desquamation se fait du quatrième au septième jour de l'éruption ; elle est si insignifiante qu'il n'y a pas, à vrai dire, de période de desquamation, cependant elle prend habituellement sur la peau du visage et du front un aspect furfuracé (de fur fur, son).
Rougeoles anomales et hémorrhagiques. — Je viens de décrire la rougeole classique et j'ai choisi pour cette description une rougeole de moyenne intensité; nous avons à nous occuper maintenant des formes rares que peut revêtir la rougeole :
Il y a une rougeole anomale, à forme nerveuse, plus fréquente dans le jeune âge, et caractérisée dès la période d'invasion, par des convulsions, avec délire, vomissements et forte élévation de température; l'éruption est tardive, incomplète ou méconnaissable, la fièvre persiste, la peau est Uvide et sèche, le pouls est petit et très accéléré, les urines sont rares, et la mort survient dans le coma.
Dans quelques cas, exceptionnels à la vérité, les accidents anormaux surviennent dans le cours d'une rougeole classique dont l'éruption est parfaitement normale. Voici le fait que j'ai observé : une jeune fille est prise de rougeole, l'invasion et l'éruption sont classiques. Jusqu'au deuxième jour de l'éruption tout va bien et les règles apparaissent. A ce moment la jeune fille éprouve quelques nausées; le lendemain matin la parole s'embarrasse, une paraphasie se déclare, les idées sont moins nettes, la température tombe brusquement de 59 à 36 degrés, et dès ce moment éclate une série d'attaques épileptiformes, avec perte de connaissance et coma. En quelques heures la température monte de 36 degrés à 41 ,5, les attaques se succèdent sans interruption, et la malade meurt le jour même, au milieu d'épouvantables convulsions.
C'est la laryngite érythémateuse grave de Rillet etBarthez.
Dans une autre forme, la laryngite morbilleuse est ulcéreuse (Coyne)^. Les ulcérations sont superficielles, érosives, anfractuenses, parfois serpigineuses, profondes, au point de dénuder le cartilage cricoïde et surtout Taryténoïde. Les ulcérations siègent au bord libre des cordes vocales, à leur extrémité postérieure, principalement au voisinage des aryténoïdes. Cliniquement, cette laryngite ulcéreuse apparaît pendant l'éruption de la rougeole, ou après l'éruption; elle provoque des symptômes analogues au croup, toutefois elle en diffère par une douleur localisée au larynx, par l'évolution plus lente des symptômes, par l'absence de fausses membranes et par les lésions laryngées facilement constatables au laryngoscope. Une intéressante observation de ce genre a été consignée par Cadicr dans le mémoire de fiarbier*; j'en ai observé un cas analogue dans mon service. Cette laryngite ulcéreuse est beaucoup moins grave chez l'adulte que chez l'enfant; elle peut, chez ce dernier, nécessiter la trachéotomie.
Les laryngites morbilleuses sont parfois membraneuses. La fausse membrane est non-diphthérique ou diphthérique. Quelques observations de laryngite membraneuse non diphthérique ont été rapportées (Martin) ; il s'agit en pareil cas de pseudo-diphthérie due au streptocoque et au staphylocoque'. Ce sont là des exceptions; habituellement le croup morbilleux est un croup diphthérique que nous allons étudier.
D'une façon générale, la rougeole se prête admirablement à la généralisation du bacille diphthérique, au pharynx, aux bronches, aux fosses nasales, à la bouche, à la peau, mais le larynx est son siège favori. Aussi, le croup d'emblée, si rare dans la diphthérie primitive, est-il assez fréquent dans la diphthérie secondaire morbil-