S 1. FIÈVRE TYPHOÏDE
Historique. — Sous la dénomination de fièvre typhoïde^ de dothiénentérie (Bre tonneau), de typhus abdominal, on comprend aujourd'hui toutes les variétés d'une même espèce nosologique que les anciens auteurs avaient décrite sous le nom de fièvre putride (Stoll), fièvre maligne nerveuse (Huxham), fièvre putride hémorrhagique, ataxique, ataxo-adynamique.
C'est au commencement du siècle que les progrès de Tanatomie pathologique permirent de réunir en un seul faisceau ces différentes variétés, qu'on avait considérées jusque-là comme des espèces distinctes. Dès lors la classification des fièvres entra dans une nouvelle voie.
En 1804, Prost, dans un ouvrage intitulé : la Médecine éclairée par Vouverture des corps, avait bien signalé l'inflammation et les ulcérations qu'on rencontre à l'autopsie des sujets morts de fièvre ataxique, putride, maligne, etc.; mais, pour lui, ces lésions n'étaient autre chose que le résultat d'un excès de phlogose intestinale, cause de la mort. Cette fausse interprétation enfanta la doctrine de Broussais.
En 1811, Petit et Serres, dans leur traité de la fièvre enléro-mésenlérique, se rapprochèrent de la vérité en établissant la spécificité des lésions intestinales, mais ils commirent deux erreurs : l'une fut de croire qu'il existe trois variétés de fièvre entéro-mésentérique, la simple, la boutonneuse, l'ulcéreuse, sans voir que l'aspect de la lésion varie avec l'époque de la maladie ; l'autre fut de supposer que la lésion intestinale est toute la maladie.
Brelonneau (iS'JO) est le premier qui ait rigoureusement décrit la lésion intestinale, et qui ait nettement établi les rapports qui existent entre la maladie et la lésion. 11 posa la question d^ spécificité et il réunit dans une même espèce morbide, qu'il nomma dothiénentérie {ooTn^v, bouton, IvTÊpov, intestin), toutes les variétés èparses décrites avant lui.
Alors parurent les travaux de cette pléiade d'hommes illustres, de Trousseau S de Louis 3, d'Andral, de Bouillaud, qui jetèrent un si vif éclat sur notre médecine française, et la fièvre typhoïde prit définitivement la place (lu'ellc occupe aujourd'hui dans la nosographie médicale.
La découverte du bacille typhogène est venue affirmer la spécificité de cette maladie infectieuse.
Symptômes. — Ici, comme pour les fièvres éruptives, je vais choisir pour type de ma description une fièvre typhoïde normale et d'assez forte intensité, me réservant (le revenir plus tard sur les formes spéciales et sur les complications multiples de cette grande pyrexie.
a. Début. — Période d* ascension. — Habituellement l'invasion delà fièvre typhoïde est précédée d'une période qui dure plusieurs jours, une semaine, deux semaines, et que quelques auteurs décrivent comme une période prodromique : le sujet, encore sans fièvre, ou n'ayant que quelques manifestations fébriles incomplètes ou pas-
1. Brelonneau et Trousseau. De la dothiénentérie {Arch. génér. de méd,, 1826).
2. Recherches sur la maladie connue sous le nom de fièvre typhoWe. Paris, 1829.
MAUDIES TYPHOÏDES. ICI
sagères, se plaint d'une lassitude dont il ne peut s'expliquer la cause ; à cette lassitude se joignent des douleurs musculaires, de l'inappétence, des vertiges et parfois des épistaxis. Dans d'autres circonstances, cette période prodromique fait défaut et la fièvre typhoïde débute brusquement, par des frissons et par la fièvre. Dans quelques cas, la localisation morbide s'accentue dès le début sur un point ou sur un autre ; ainsi il y a des observations, rares il est vrai, où la fièvre typhoïde a commencé par une pneumonie lobaire : « Ces pneumonies initiales, qui évoluent à la façon d'inflammations simples et primitives, marquent cependant l'invasion de la dothiénentérie. Dans le cours de la première semaine, pendant que les symptômes propres de la pneumonie s'amendent, les signes de la fièvre typhoïde (tuméfaction de la rate, taches rosées, douleur Ôiaque) se montrent successivement. » (Potain*.) Chez certains sujets, ce sont les troubles dyspeptiques ou intestinaux qui, dès le début, dominent la scène, au point qu'on pourrait prendre pour un catarrhe gastrique ou pour une simple typhlite le début de la dothiénentérie; chez d'autres, c'est une angine catarrhale qui attire seule l'attention.
Une fois déclarée, la tièvre typhoïde normale a une marche progressivement ascendante, stationnaire et descendante. Les stades d'ascension et d'état ont été réunis par M. Jaccoud* sous la dénomination de période d'infection, et le stade descendant coïncide pour lui avec la période de réparation. A chacun de ces trois stades correspond à peu près une marche parallèle de la fièvre, qui est représentée au thermomètre par des oscillations successivement ascendantes, stationnaires et descendantes (Jaccoud). Mais je m'empresse de dire que ces divisions, commodes pour la facilité de la description, ne sont pas aussi nettement tranchées en clinique, et les