OREILLONS
n est tout d'abord nécessaire d'établir une différence bien tranchée entre la parotidite et les oreillons. Celte différence n'est pas exclusivement basée sur le siège anatomique de la lésion, car dans les deux cas le tissu cellulaire de la parotide peut être aussi bien en cause que son tissu glandulaire, la différence porte sur la nature même de la maladie.
La dénomination de parotidite s'applique aux inflammations parotidiennes qui surviennent quelquefois dans le cours ou dans le déclin des fièvres graves et des maladies infectieuses : scarlatine, rougeole, variole, fièvre typhoïde, dysenterie, diphlhérie, fièvre puerpérale. Ces parotidites, qui se terminent souvent par suppuration, par fonte putride de la glande, par gangrène, sont à la fois l'indice et le résultat d'un mauvais état général, et leur apparition est habituellement d'un funeste augure. Il y a également des parotidites qui sont associées aux stomatites (stomatite mercurielle), accident purement local, l'inflammation s'étant propagée par le canal de Sténon jusqu'à la glande. Toutes ces inflammations parotidiennes, d'origine diverse, dues aux agents habituels de la suppuration, n'ont rien de commun avec les oreillons.
Les oreillons, qu'on a comparés à juste titre aux fièvres éruptives, qu'on a nommées fièvre ourlienne, et qu'on peut ranger dans le cadre des maladies infectieuses, les oreillons sont une maladie spécifique, épidémique, contagieuse, dont nous allons étudier les principales localisations.
Description. — Les oreillons, les ourles, sont caractérisés par un engorgement fluxionnaire des glandes parotides, et l'on peut ajouter des glandes salivaires en gêné-
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rai, car les glandes sous-maxillaires et linguales sont souvent atteintes. Après une incubation dont la durée oscille entre deux et trois septénaires, quinze à dix- Iniit jours, en moyenne, les oreillons débutent par un côté et ne tardent pas à envahir le côté opposé; ils s'annoncent par une douleur plus ou moins vive à la région parotidienne ; la mastication devient difficile, la sécrétion salivaire diminue, la tuméfaction s*emparc de Il région parotidienne, envahit parfois les régions voisines, le cou et la face, de façon à défigurer le malade, et s'étend jusqu'aux amygdales et jusqu'au pharynx (angins ourlienne). Il y a même des cas où Tangine ourlienne et la tuméfaction des amygdales précèdent la localisation parotidienne. La peau de la face conserve sa coloration . normale ou bien rougit légèrement.
Dans quelques cas, les symptômes locaux des oreillons sont précédés d'une fièvre assez intense, avec frissons, céphalalgie, courbature, insomnie (fièvre ourlienne). A la pàîode d'état, surtout chez les enfants, on observe sourent un mouvement fébrile, accompagné ou non de Tomissement, et dont la durée ne dépasse pas vingtqnalre ou quarante-huit heures ; la maladie décroît vers le quatrième jour et la guérison survient du sixième au huitième jour. C'est ainsi que les choses se passent le pins habituellement, du moins chez les enfants.
Orchite ourlienne. — Chez les adolescents et chez les adultes, plus souvent que chez les enfants, au moment où les engorgements parotidiens se dissipent, que les oreillons aient été légers ou intenses, on peut voir survenir des manifestations tesHculaires que leur fréquence doit faire regarder comme un symptôme et non pas comme une complication. Sur 432 cas d'oreillons observés chez des militaires, Torchite simple ou double a été notée 156 fois (Laveran^). La fréquence de Torchite est variable avec les épidémies. Ainsi à Digne, en 1892, on noie
1. Soc. Mtftf. deê hâp,, mai 1878, et DicL enc, des $c. méd.^ art.
4 orchites sur 9 oreillons et à Saintes, la même ann G orchites sur 93 oreillons. A Libourne, en 1889, on n«^ -^^^. une orchite sur 40 oreillons et à Épinal, la même ann» mt:^^^^ 8 orchites sur 26 oreillons. Dans Tépidémie parisienc"'*^ ^t\t^^ de 1892 Catrin a observé 43 orchites sur 159 oreillon: ^^ *^^^. '
L'orchite ourlienne peut présenter tous les degr(^s d' * -fc> ^ ^^' Icnsité. 11 y a des fluxions testiculaires ourliennes qui M M-^^ ^^ méritent même pas le nom d'orchite; Tépididyme ou ^-^ ^^ testicule sont à peine douloureux, à peine tuméfiés,^ ^ ^s, la fièvre est nulle ou insignifiante, et ces orchites avort» 9""^ rteeî ont ceci de particulièrement intéressant, qu'elles ne so ^ ^ ^^^ pas suivies d'atrophie lesticulaire (Catrin). Plus souve:^^"^^^®^* l'orchite ourlienne est associée à une forte fièvre ar- .i^ ^^^ vives douleurs testiculaires; le testicule acquiert trois ^s k^^is e quatre fois son volume normal, la peau du scrotum • .^n*"^ es rouge et tendue, mais en quatre ou cinq jours la tuntf^ *-^ ^^^ faction diminue et la résolution ne tarde pas à se faiii-^^^^''^
Enfin . dans quelques circonstances, l'orchite est anno ^"■^ ^non cée par une fièvre violente, avec symptôme nertem ^^'^^^^^ anxiété, agitation, délire, état typhoïde, c'est le feb^^'^^^^^A icsticularis de Norton; en voici un exemple cité p^ Par
Trousseau : «En 1832, dit Trousseau, je donnais des soi ^c^-^soins à un homme de trente-cinq ans environ, qui était atte'^^ ^^feint d'oreillons. Les choses se passèrent fort régulièremeK ^^ '^nt; la douleur avait diminué, et la tuméfaction de la régii'^^^on parotidienne commençait à décroître. J'avais vu le mala^ ^ ^i^de le matin; il était aussi bien que j'avais le droit - de
l'espérer, lorsque, à la fm de la journée, je fus mair^ -•ndë précipitamment. Je le trouvai dans une anxiété inexj niable, le visage pâle, grippé; le pouls petit, fréque inégal; les extrémités froides. 11 n'y avait ni vomis ments, ni diarrhée, ni lésions appréciables du côté poumon ou du cœur. J'allai à l'indication : je donnai i'éther, des boissons chaudes aromatiques; je proi nai des sinapismes, et j'attendis avec anxiété l'iss
1. Les oreillons et leurs complications. Gazette des hôpitaux^ 18^*^ pages Ul et 773.
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«d'une maladie qui s'annonçait sous d'aussi tristes auspices. Le lendemain matin, je fus agréablement surpris en 'Cirouvant le malade avec une fièvre véhémente, le pouls large» la peau ouverte; le visage était coloré et la conteviance vivace. Mais le scrotum était tuméfié ; l'un des tesiJcules, et surtout Tépididyme, était gonflé, douloureux; <;'ét aient tous les accidents de Torchite blennorrhagique la plus aiguë. Je me rappelai les faits rapportés par Borsieri, le febris testicularis de Morton ; j'étais rassuré. Je ^respectai la manifestation locale qui avait débarrassé J'économie menacée : peu de jours suffirent pour la guésison de cette complication métastatique et pour le rétablissement complet. ))
Parfois l'orchite et Toreillon semblent éclater en même ^emps, dans quelques cas rares l'orchite précède l'appa- :arition des oreillons, il y a même des cas où les oreillons s^vêtent une forme fruste, la manifestation testiculaire ^constituant à elle seule toute la maladie, et les mani> iffestations parotidiennes faisant défaut. Ces faits sont j[>lus ou moins fréquents, suivant les épidémies. Voici ^mae belle observation d'oreillon fruste rapportée par Trousseau : « En 1853, dit Trousseau, je fus mandé, par ~Maon honorable ami le docteur Moynier, auprès d'un ^eune écolier de dix-sept ans qui lui donnait les plus ^ives inquiétudes. Le jeune homme avait été pris tout à «oup, au milieu d'une santé qui semblait être assez bonne (du moins c'était ce que disaient les parents et le chef d'institution), avait été, dis-je, pris d'une fièvre ardente, avec fréquence extrême du pouls, tendances à la lipothymie, délire, carphologie, vomissement, selles séreuses et involontaires; cela ressemblait aux mauvais jours du troisième septénaire de la fièvre putride, ou au début de ces scarlatines malignes qui tuent les malades en quelques heures. Vous comprenez, toute l'épouvante de la famille et du médecin en présence d'aussi formidables symptômes. M. Andral avait vu le jeune malade dès les premiers jours des accidents, et, comme M. Moynier, il avait
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compris le danger sans en pouvoir reconnaître la cause. Ces deux messieurs avaient pensé qu'avant tout il fallait aller au secours de la vie menacée : l'opium à faible dose, le sulfate de quinine à dose assez élevée, les boissons légèrement cardiaques furent très judicieusement conseillés.
« Le lendemain matin, quand je me trouvai réuni à mes deux confrères, l'état du malade n'avait pas notablement changé, mais peut-être était-il un peu moins mauvais. On nous parla d'un petit accident dont on s'était aperçu pendant la nuit; le scrotum était gonflé, l'un des testicules tuméfié et douloureux. C'était la seule lésion organique un peu notable, et certes elle n'était guère de nature à nous rendre compte de l'appareil symptomatique si terrible dont nous étions témoins. L'histoire de mon autre malade me revint soudainement en mémoire; je dis le fait à mes collègues. Je me hasardai à porter un pronostic un peu moins grave, supposant qu'il s'agissait d'une métastase des oreillons. Les parents, le chef d'institution, interrogés, répondirent que le jeune malade n'avait rien eu les jours précédents qui ressemblât aux oreillons. Il me fallut céder devant des assertions aussi nettement formulées, et la médication de la veille fut continuée. Le lendemain, le gonflement du testicule et de l'épididyme était beaucoup plus manifeste; le délire avait cessé, aussi bien que les vomissements et la diarrhée; la fièvre était encore vive, mais le pouls avait de l'ampleur, et la peau était halitueuse.
« Quelques jours à peine s'étaient écoulés, que le jeune malade était rendu à sa famille et à la santé. Alors nous l'interrogeâmes avec soin. 11 nous raconta que, deux ou trois jours avant le début des accidents, il avait eu du malaise avec douleur de gorge et gonflement vers Voreille à V angle de la mâchoire; qu'il avait été se promener dans la forêt de Saint-Germain, où il avait été saisi par le froid; que le gonflement avait diminué le lendemain, et que le jour suivant les accidents terribles signalés plus haut s'étaient manifestés. » U s'agissait de la forme fruste des
oreillons, la localisation sur les glandes salivaires pouvant pisser inaperçue ou se faire aux glandes sous-maxillaires d*Diie façon presque latente.
Telle est la description de Torchite ourlienne sous toutes ses formes. Quant à la localisation de cette orchite, on aurait tort de dire qu'elle se localise exclusivement nr le testicule; elle peut se localiser à répididyme, et même dans les cas, qui sont du reste les plus nombreux, oùle testicule paraît seul envahi, il est rare que l'épididjme n'ait pas été effleuré au début. Sur les 45 cas d'oréàit ourlienne rapportés par Catrin, l'épididyme avait toujours été atteint toutes les fois qu'on avait pu ohscrvor le début de l'orchite.
Bien que l'orchite ourlienne ne présente qu'une durée éphémère, elle est néanmoins suivie quelquefois d'une atrophie taticulaire qui s*établit lentement, progressivement, après la guérison apparente, et qui chez certains njets aboutit à l'impuissance et aux signes de féminisme. QÛnd l'atrophie est complète, le testicule, presque réduit i ion enveloppe, est mou, du volume d'une fève; il conlerre sa forme et ne présente ni l'induration, ni les irrégolirités du testicule syphilitique.
Les orchites très légères, les simples fluxions ourliennes testiculaires ne sont jamais suivies d'atrophie ; il n'en est pas de mène des orchites intenses. Il est intéressant de savur ce que deyiennent ces atrophies testiculaires, quelques mois ou quelques années plus tard, et on voit que fort souvent, heureusement, les testicules, après une période prolongée pendant laquelle l'atrophie était manifeste, récupèrent leur consistance et leur volume. Catrin t revu, sept à onze mois après leur maladie, 57 jeunes soldats, sur 45, qui avaient été atteints d'atrophie testiculaire ourlienne; sur ces 57 hommes, 15 avaient des testicules absolument normaux, 16 préseut.iient une atrophie notable, 5 ne montraient que dos modifications insignifiantes, et 4, pendant une période de plusieurs mois, avaient vu leurs testicules s'atrophier,
mais avaient fini par récupérer l'intégrité de la fonction.
Malassez a eu l'occasion de faire l'examen d'un testicule ourlien atrophié : l'épididyme était sain; les tubes séminifères étaient réduits à la moitié de leur volume, certains étaient transformés en cordons pleins, ou n'avaient plus à leur centre que quelques débris épithéliaux; c'est, on le voit, un type d'orchite parenchymateuse, les vaisseaux et le tissu conjonctif étant à peu près indemnes*.
On a cité quelques observations dans lesquelles les mamelles, les ovaires, les grandes lèvres étaient le siège de fluxions ourliennes*.
La description précédente s'adresse à l'évolution classique des oreillons avec ou sans orchite. Mais la fièvre ourlienne ne répond pas toujours à la description que je viens de lui donner. Ici comme dans toutes les maladies épidémiques, il y a des formes légères, des formes atténuées, abortives, qui n'en sont pas moins fort contagieuses. Ainsi certaines personnes, pendant une épidémie d'oreillons, n'ont qu'un léger malaise et un gonflement parotidien qui passe presque inaperçu. Dans d'autres cas, les glandes parotides sont respectées et la fluxion se localise aux glandes salivaires, sous-maxillaires et sub-linguales; ce fait est même assez fréquent. A voir la région sous-maxillaire tuméfiée, avec tumeurs douloureuses, on croirait presque à des adénites sous-maxillaires ; mais ici comme dans les autres formes, rorchite peut faire son apparition.
GomplicationB. — Les oreillons sont parfois suivis de complications : l'albuminurie peut être intense (Stoïcesco), elle est plus ou moins fréquente suivant les épidémies, elle est presque toujours l'indice d'une néphrite légère et fugace, parfois cependant la néphrite est assez violente pour causer la mort par urémie (cas de Colin, de Catrin, de Demmc, de Lekoy). Dans quelques