Olivier. ArcK de tnéd. miHiaire. iuilietlfip
Après être resté longtemps confiné dans rJnde, où il est endémique, et qui est son berceau, le choléra fit en 1818 une explosion qui envahit quelques contrées asiatiques
Depuis cette époque les deux continents ont été fréquemment visités par le terrible fléau, et Tou sait quels épouvantables ravages fit le choléra en France lors des épidémies de 1852, 1849, 1855^ Depuis quelques années, le choléra, qui nous a plusieurs fois visitées, a revêtu des formes plus atténuées, j'ajouterai même qu'il s'est établi entre le choléra dit indien et le choléra dit nostras une sorte de piromiscuité que les études bactériologiques ne sont pas en train d'élucider.
£tiologie. — Dans l'Inde, où le choléra est endémiqiLe, il est probable que le poison est engendré et entretenu par des conditions telluriques spéciales, par l'infection des eaux, infection dont nous allons étudier plus loin la nature. De ces foyers endémiques, le choléra fait parfois explosion à l'état épidémique, et l'épidémie est provoquée par les grandes agglomérations d'individus, vivan t dans des conditions hygiéniques défectueuses, comme on l'a plusieurs fois observé au moment des grands pèlerinages des mahométans^.
En quittant le foyer épidémique, ces individus transportent le choléra avec eux par terre ou par mer, et ils le sèment pour ainsi dire sur le passage, comme autant de foyers épidémiques secondaires, qui peuvent à leur tour devenir l'origine de terribles épidémies. Les agents de transmission du choléra sont nombreux ; il faut placer en première ligne les malades atteints du choléra ou de diarrhée spécifique, les linges, les objets d'habillement et de literie imprégnés de déjections cholériques. Le foyer cholérique une fois formé, les eaux potables et les fosses d'aisances sont des agents actifs de diffusion, tandis que
1. Laveran. Arl. Gnoi.éRA in Dict. encycl. des se. méd. — Proust. La défense de l'Europe devant le choléra^ Paris, 1892. — Legrand. Prophylaxie sanitaire du choléra^ Paris, 1890.
2. A. Proust. Choléra, étiologie et prophylaxie, Paris, 1883.
l'atmosphère n-a qu'une action très limitée. Ces particularités expliquent pourquoi les terrains d*alluvion qui se laissent pénétrer par les eaux et par les matières organiques sont plus favorables à ladifl'usion du choléra que les terrains compacts. Ces conditions telluriques ont une grande importance quand elles concernent les couches superficielles du soK celles qui sont en rapport direct avec les maisons et les habitations.
Une épidémie de choléra peut se réveiller dans une même localité à des mois et même à des années de distance. On explique ces reviviscences par la survivance du germe cholérique dans les eaux potjables et dans le sol des localités atteintes. En 189.3, BIM. Blachstein et Sanarelli ont rencontré le bacille cholérique dans les eaux de la Seine huit mois après la fin de l'épidémie.
On a souvent signalé de petites épidémies de choléra autochthone, développées sur place, en dehors de toute contagiosité apparente. La présence fréquente de vibrions dans les eaux (MetchnikofI), si souvent constatée en ces derniers temps, en dehors même de toute constitution cholérique, nous rend compte de l'origine de ces épidémies, dont la genèse semblait tout d'abord incompréhensible. Les vibrions hydriques sont de provenance intestinale ; ils sont déversés dans les eaux par l'homme et par les animaux domestiques, qui à l'état de santé peuvent souvent les porter à l'état saprophy tique dans leur tube digestif.
II est des localités réfractaires, où le choléra peut ne produire que quelques cas isolés sans réussir à créer de foyers épidémiques. Lyon et surtout Versailles sont connues pour leur immunité. Pourtant, en 1895, Sanarelli a souvent retrouvé le bacille virgule dans des eaui de fontaine de Versailles, et Metchnikoff a vu quelques gouttes contenant ce même microbe, produire par ingestion un choléra typique chez l'homme. C'est que dans l'étiologie du choléra, le bacille virgule n'est pas tout : à côté des causes prédisposantes tirées de l'état physiologique, pathologique et social de l'individu, telles
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que misère, alcoolisme, troubles intestinaux, encombrement duu les asiles d'aliénés, dans les bagnes, etc., il faut compter avec une cause prédisposante créée par la flore ÎDtestinale des individus habitant certaines régions. Netchnikoff* a montré que la réceptivité cholérique est surtout affaire d'associations microbiennes. Le vibrion cholérique reste inactif ou devient dangereux, suivant qu'il rencontre dans le tube digestif une flore micro- •IxeDne favorisante ou empêchante. Metchnikofl* a vu que de jeunes lapins préparés par l'ingestion de microbes CiTorisants, tels que torula, sarcine et bacille coliforme, mouraient beaucoup plus facilement lorsqu'on leur iaistit avaler ensuite le bacille cholérique.
Bactdriologie. — L'épidémie de clioléra qui a frappé Itgvpte et une partie de l'Europe, il y a quelques années, tfoomi l'occasion de rechercher quel pouvait être l'agent infectieux de cette maladie. Koch a constamment trouvé diDs le contenu de l'intestin grêle, ainsi que dans ses pinds, un micro-organisme m forme de bacille très court, légèrement recourbé ar lui-même : c'est le badUe virgule. Ge bacille virpài se retrouve dans les leUes des cholériques en grande quantité» et se colore très facilement, soit pv la fuchsine de Ziel, soit pv le violet de gentiane. Il peut être vu à un tortgrosûeement, sans coloration ; siiui examiné, il est extrêmement mobile; il n'a pas Umjours la forme recourue : les bacilles jeunes tout presque droits. Deux bacilles virgules juxtaposés
t Mttefaiiikoff. Annain de VlnstUut Pasteur, 189i et 1893.
Bacilles du choiera. — A gauche de la préparation on voit le bacille virgule des selles cholériques. — A droite de la préparation on voit les spirilles cholériques, ou filaments spirales, plus fréquents dans les cultures âgées.
234 MALADIES GÉNÉRALES ET mFEGTIEUSES.
bout à bout prennent la forme d'un S; dans les culluc âgées, plusieurs bacilles virgules juxtaposés bout à bci donnent l'image de la spirille cholérique. Le bacille virgr présente à ses extrémités des cils ondulés, en noniK -^^J variable suivant les épidémies.
On peut facilement cultiver le bacille du choléra, d^^- ^3 le lait, le bouillon, sur gélose, sur pomme de terre, ^ s» gélatine. La culture sur ce dernier milieu est carac^ii^^^^'É ristique : les tubes maintenus à l'étuve à 22 degrés, pd- -^ê^ sentent à la surface de la gélatine une sorte de bun-^^jfe d'air ; la gélatine se liquéfie en forme d'entonnoir et à ^^ profondeur se développent des colonies terminées à ^^ partie inférieure sous forme de torsade : la liquéfactr-^^^ de la gélatine n'est complète qu'au bout de 6 à 7 jours-
A la température de 50 à 37 degrés, le bacille du choléra acquiert son maximum de vitalité, mais il peut également se cultiver malgré le froid, ce qui expliquerait l'apparition des épidémies cholériques en toute saison.
La réaction de l'indol nitreux appelé encore choléraroth est une des plus typiques. En versant des acides minéraux purs ne contenant pas d'acide nitreux tels que l'acide sulfurique ou l'acide chlorhydrique, on observe une une coloration rose violette.
C'est dans le liquide à grains riziformes de l'intestin grêle et quand les cas ont été foudroyants ou très rapides qu'on trouve surtout le bacille; quand le choléra dure plus longtemps, quand le malade meurt dans la période algide, le bacille est associé à d'autres micro-organismes qui rendent sa recherche plus difficile; du reste, plus la durée de la maladie est longue, plus les microbes étrangers au choléra augmentent; le bacille virgule disparaît même complètement dès la période de réaction. Le bacille cholérique, localisé d'abord dans le liquide intestinal, pénètre ensuite dans la muqueuse après la chute de l'épil hélium : de là il peut gagner le foie, les poumons : il existe très rarement dans le sang.
Non seulement, Koch a pu isoler et cultiver le microbe
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<iu choléra, mais en le faisant ingérer à divers animaux, après avoir rendu alcalin le contenu de restomac, il a donné naissance à des accidents cholériformes. Les cobayes sont sensibles à rinjection inlra-péritonéale du l)acille virgule, et ils meurent en moins de 24 heures avec un refroidissement progressif de leur température centrale. A Tautopsie on trouve une couleur hortensia de l'intestin, avec un dépôt fibrineux sur le foie; la sérosité jiéritonéale contient quelques microbes du choléra.
Hafilrine, en appliquant au choléra asiatique la méthode d'exaltation et d'atténuation du virus qui a servi à l'étude du cliarbon et du choléra des poules, a pu obtenir une atténuation remarquable du bacille en le cultivant à la température de 39 degrés dans une atmosphère constamment aérée. Un cobaye ayant subi deux inoculations de ce virus atténué, est préservé contre toute infection cholérique, de quelque façon qu'on essaye de la produire : l'animal est donc vacciné*. Celte méthode. indiquée autrefois par Ferran en Espagne, est encore à l'étude chez l'homme.
Dans les laboratoires, on manie la virulence du vibrion cholérique en inoculant ses cullures dans le tissu cellulaire et surtout dans le péritoine des cobayes. La péritonite cholérique expérimentale amène rapidement la mort de l'animal.
Nous avons vu comment Metchnikoff était parvenu à déterminer par association microbienne un choléra intestinal chez les jeunes lapins.
Les bactériologistes qui, en ces dernières années, ont étudié les vibrions cholériques, isolés au cours d'épidémies observées en divers points du monde (aux Indes en Cochinchine, à Massouah, à Constantinople, à Rome, à Hambourg, à Paris, etc.), ont constaté entre ces vibrions cholériques des variations morphologiques et biologiques. A côté du premier type court, recourbé, décrit par Koch
1. fiaflftrine. 1^ choléra asiatique chez le cobaye. Société de biologie, 1892.
aux Indes, on rencontre des types de vibrions à peine recourbés ou des types allongés et minces. Le nombre des cils est variable ; les vibrions de Hambourg et de Courbevoie n*en ont qu*un ; ceux de Massouah et de Calcutta en ont quatre. Les caractères de culture sur gélatine peuvent présenter des variations. La virulence pour les animaux n'est pas plus constante. Entre le vibrion de Massouah qui est d'une virulence extrême et celui de Rome ou de Lisbonne qui est d'une virulence nulle, il y a place pour tous les intermédiaires. La réaction du choléi-a-roth peut manquer par exception, il est vrai. Le microbe du choléra n'est donc pas comme le bacille d'Eberth toujours semblable à lui-même; il présente quelques modifications suivant le terrain épidémique, mais ce fait n'enlève rien à l'unité bactériologique du choléra. Les divers échantillons étudiés ne sont que des races d'une même espèce.
Le bacille cholérique est redoutable par le poison qu'il élabore ; il se rapproche en cela des bacilles de la diphthérie et du tétanos, qui élaborent eux aussi des toxines. (( Le choléra est un empoisonnement aigu, causé par l'absorption d'une substance spéciale élaborée dans l'intestin par le bacille virgule de Koch. » (Metchnikoff, Roux et Taurelli-SaHmbeni*).
Pétri, HuefTe, Gamaleia, ont décrit diverses toxines du choléra. Pfeiffer a récemment soutenu que la toxine cholérique était adhérente au corps même des vibrions, d'où elle ne sortirait qu'à la mort de ceux-ci; JBehring et Ransom ont admis, au contraire, un poison soluble sécrété par le microbe et dififusible de son vivant. Dans un travail remarquable et plein de promesses thérapeutiques, MetchnikofT, Roux et Taurelli-Salimbeni viennent de trancher le différend. En faisant vivre dans le péritoine de cobayes le bacille du choléra enfermé dans des sacs de coUodion, complètement clos, ils ont montré que la toxine seule diffusait dans l'organisme de l'animal et le tuait sans intervention microbienne. Ce sac n'est