Annales de l Institut Pasteur ^ 1896, p
HALADIES INFECTIEUSES PROPRES Â I/IIOMME. 237
antre chose qu'une anse intestinale artificielle, où ils ont réalise un choléra simplifié sans concurrence microbienne ni Mtion de sucs digestifs. Cette expérience montre à révidence Texistence, du poison cholérique soluble et elle nous enseigne que pour obtenir un sérum efficace contre llofection cholérique expérimentale, c'est un sérum antitorique qu'il faut préparer comme pour la diphthérie et non un sérum anti-microbien. Ce sérum antitoxique ces auteurs l'ont obtenu, en injectant progressivement à des chevaux une toxine cholérique très active produite par un vibrion à Timlence exaltée. Ce sérum à dose minime ne guérit pas seulement la péritonite cholérique des cobayes, mais il prévient le choléra intestinal des jeunes lapins qu'aucun sérum jusqu'ici n'avait pu empêcher.
Dîapwttie bactériologique du choléra, — Ce diagnostic est de la plus extrême importance. Dans un cas suspect, il faut d'abord examiner les selles, y chercher le bacille, pois faire des cultures sur bouillon, sur gélose et glycérine peptonisés (Koch). Sur le bouillon, on voit se former an bout de 13 heures, à la température de 37 degrés, un mince voile qui contient en abondance les bactéries recourbées. Sur gélose, la culture est moins caractéristique, mais elle se développe presque aussi vite. Sur gélatine on obtient après deux ou trois jours de séjour à l'étuve, à la température de 22 degrés, l'aspect si spécial que j'ai déjà indiqué.
La variation des caractères du bacille du choléra suivant l68 épidémies, montre combien le diagnostic bactériologique est souvent délicat. Un vibrion extrait de l'intestin d'un malade au début d'une épidémie, ou extrait d'une eau potable, est-il bien un bacille cholérique légitime ? Koch 6n ces dernière» années a conseillé, pour assurer le diagnostic, de s'appuyer sur deux caractères : la réaction du ^oUra^roth et la réaction d'immunité sur les animaux vaccinés, mais la réaction du choléra-roth peut par exception faire défaut, et nous avons insisté plus haut sur la variabilité de la virulence suivant la provenance du microbe.
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PfeiflTer et Issaêf ont cm, il y a deux ans, aToir trouTé un caractère spécifique dans la réaction d'immonité des cobayes préalablement vaccinés. Si Ton vaccine des cobayes neufs avec un vibrion légitime, l'immunité chez ces animaux persiste pendant trois mois environ. Si un animal vacciné depuis moins de trois mois par inoculation d*un bacille cholérique ne résiste pas à Tinjection intrapéritonéale d'un vibrion suspect, ce vibrion ne doit pas être considéré comme cholérigène; si au contraire l'animal résiste, le vibrion examiné est bien celui du choléra. Dans le péritoine de l'animal inoculé les vibrions s'agglutinent et se déforment en granule. Pour Pfeiifer et Issaêf le sérum d*un cobaye vacciné contre un vibrion cholérique authentique, doit de plus conférer Timmunité, contre tous les vibrions qui aspirent à être considérés comme cholérigènes. L'ensemble de cette réaction constitue le phénomène de Pfeifier. Ce phénomène peut rendre les plus grands services pour le diagnostic du bacille cholérique, mais sa sûreté n*est pas absolue. Le vibrion de Massouah, devenu classique pour sa toxicité, tue les cobayes traités préventivement par le sérum d'un animal immunisé contre le vibrion de Hambourg. Si Ton s'en rapportait à la loi de Pfeifier, ce bacille si actif de Massouah, devrait être exclu du groupe des vibrions cholérigènes. En raison de la variété des races du vibrion cholérique, la réaction d'immunité ne présente pas la même rigueur que pour la fièvre typhoïde, dont le bacille est toujours semblable à lui-même.
Choléra asiatique et choléra nostras. — Jusqu'à Tannée 1892, la distinction entre ces deux choléras semblait très nette. Le choléra asiatique, contagieux, épidéroique, foudroyant, était caractérisé par la présence du bacille virgule dans les selles et dans le contenu intestinal. Le choléra nostras, au contraire, en général bénin, entraînant rarement la mort, peu contagieux, nullement épidémique, mais endémique dans nos pays à l'époque des grandes chaleurs, paraissait dû soit au bacille de Finkleret
hkfff soitaubacterium coli commune (Girode et Gilbert). Lt question est bien moins claire aujourd'hui depuis l'épidânie de Paris et de la banlieue de Paris en 1892, et je vais citer quelques faits qui attesteront la vérité de cette assertion. A la fm de mai 1892, j*ai observé dans mon service de l'hôpital Necker quatre cas de choléra; trois malades ont survécu, le quatrième est mort. L'examen bactériologique des selles et du contenu intestinal a été fait par mon ancien interne Rénon, sur ces quatre malades. Cet examen a révélé deux fois le bicterium coli commune seul, une fois le bacille virgule seul, et une fois le bacille virgule associé au bacteriuni coK commune*. — J'aurais pu croire que les cas à badUe virgule étaient plus graves que ceux à bacteriiiin cou commune : nullement, les symptômes étaient aussi graves dans les deux cas; cliniquement, rien im pounit les distinguer, et le malade qui a succombé travail justement que du coli-bacille sans bacille virgule. A la même époque, M. Netter observait de nombreux décès parmi les cholériques atteints seulement du bacteriuni coli conimone*. Cette année (1895), Giraudeau et Rénon^qui examinent presque tous les cas de choléra existant à Paris et dans la banlieue, n'ont pas trouvé en deux mois et demi un seul cas de choléra à bacille virgule : tous leurs nialddos présentent le bacterium coli commune, et plusieurs sont morts avec les symptômes et les lésions du choléra indien. 6inudeau et Rénon ont même observé un exemple de contagion que je rapporte en quelques mots : Un malade Hnn de Nantes, où sévissait le choléra, entre à riiôpilal et y meurt : ses selles et son intestin contiennent du coll4)adlle très virulent, puisqu'il tue un cobaye en S heures. L'infirmier qui soigne ce malade meurt du clioïfe deux jours après, et c'est encore le coli-hacille seul qu'on trouve dans ses déjections et dans son intestin.
1. iUiMm. Étude aur quatre cas de choléra {Annales de V Institut ''^«««r, 1891).
^ SoeOtf méMeaU deê hâpilaux, 189!2.
Le choléra à coli-bacille peut donc tuer aussi sûrement et aussi rapidement que le choléra à bacille virgule ; il est aussi contagieux que lui. Doit-on lui donner dès lors le nom de choléra nostras? 11 faut se rappeler que le syndrome du choléra, tel que nous le produirons plus loin, peut être occasionné par des infections et par des intoxications différentes, Tcmpoisonnement dû à Fémëtique, pour ne prendre qu'un exemple. Pendant une épidémie, il est donc souvent difficile de faire le départ des cas de choléra vrai et de pseudo-choléra. Espérons que les nouvelles méthodes de séro- diagnostic préconisées en ces derniers temps et que nous allons étudier plus loin, nous éclaireront sur ce point encore obscur.
Ânatomie pathologique. — Les cadavres des cholériques présentent une rigidUé toujours très prononcée, et une teinte cyanique aussi accusée que celle des dernières heures de la vie. Tous les tissus sont exsangues, et celte sécheresse frappe d'autant plus qu'on examine un organe habituellement gorgé de sang, le foie, les reins par exemple. La petite quantité de sang contenue dans les vaisseaux, dans le cœur, est visqueuse, brunâtre, liquide ou prise en caillots mous et noirs.
Les lésions de l'intestin sont constantes, mais, d'après Kelsch et Vailland S il n'existerait aucun rapport entre leur intensité et la durée de la maladie. Elles occupent surtout l'intestin grêle et vont en augmentant à mesure qu'on approche du caecum. La muqueuse intestinale est pâle, décolorée, ou, au contraire, offre par places une teinte hortensia des plus nettes. De nombreuses arborisations vasculaires se remarquent sur cette membrane. Sa surface libre est hérissée de petites saillies transparentes, du volume d'un grain de millet, s'affaissant lorsqu'on les pique : elles laissent sourdre alors un liquide incolore. Ceite psorentérie, regardée comme caractéristique du choléra par Serres, est commune à toutes les diarrhées intenses. Dans certains cas la muqueuse intestinale présente çà et