GRIPPE. — INFLUENZA
Description. — La grippe ou influenza est une affection essentiellement épidémique, contagieuse, infectieuse, microbienne, qui intéresse surtout Tappareil respiratoire, et qui présente, en outre, une foule de localisations et de symptômes dont les caractères et Tintensité sont variables suivant les épidémies.
La grippe éclate après une période d*incubation fort courte, de quelques heures à un jour. Souvent, le début est brusque, et c*est au milieu de ses occupations, en pleine santé, qu'un individu est frappé d'une violente céphalalgie, de douleurs articulaires, de frisson, de défaillance, d'hallucinations, d'état syncopal. Plus habituellement le début est moins subit et la grippe s'annonce comme un rhume vulgaire.
Je décrirai deux formes de grippe : l'une légère, de moyenne intensité; l'autre grave, en tenant compte, bien entendu, de tous les intermédiaires.
La forme légère ou de moyenne intensité, ressemble à une bronchite dont les phénomènes généraux prendraient une violence insolite; l'économie entière est envahie comme dans les grandes pyrexies ! c'est pendant plusieurs jours un affaiblissement musculaire et une lassitude, avec céphalalgie intense frontale ou occipitale, êpicrànie, douleurs réveillées par chaque secousse de toux ; crampes dans les membres et frissons répétés. En même temps apparaissent des catarrhes oculaire, nasal et pharyngé; parfois ces localisations font défaut et la grippe débute par un catarrhe laryngé et bronchique, accompagne de raucité de la voix et de quintes vu toux fort douloureuses. L'expectoration, d'abord aérée, devient plus épaise ; la poitrine est encombrée de râles ronflants et sibilants ; la fièvre est vive le soir, et tombe le matin. Parfois la fièvre est insignifiante, néanmoins les sym-
lALADIES IUFECTIEUSES PROPRES A L'HOMME. 249
pMmes douloureux, les maux de tôle, les douleurs Musculaires du cou, du racbis, des côtes, des lombes, tes douleurs péri-arficulaires, peuvent revêtir durant foote la maladie une notable intensité. Chez quelques 'naïades, ce sont les troubles digestifs, nausées, vomissements, état gastrique, état bilieux, qui dominent la Scène. Après une huitaine ou une quinzaine de jours, des Symptômes critiques, tels que sueurs, diarrhée, épistaxis» berpès labial, annoncent parfois la guérison.
La forme grttve de la grippe est caractérisée soit par i*«xagération des troubles que je viens de décrire, avec tendance au délire et aux syncopes, soit par la prédomi- ^^ance de lésions et de symptômes qui donnent à cha(}ue épidémie une physionomie particulière.
Du reste, la plupart des maladies épidémiques, la fièvre typhoïde, la coqueluche, la dysenterie, la scarlatine, les oreillons, etc., sont sujettes à ces variations sympto- Traatiques qui impriment aux épidémies leur cachet spécial (génie épidémique), et qui se rattachent aux conditions climaloiogiques, telluriques, atmosphéri(|ues (cir- ^^Mtmfiua), au milieu desquelles se modifie où s*accroit la ^ÎTolencedes agents pathogènes. Cette diversité dans l'apparition des lésions et des symptômes, suivant les épidémies, et suivant les individus, avait engagé les auteurs ai décrire des grippes graves à prédominance nerveuse, à prédominance thoracique, à prédominance abdominale. Bien que cette division soit un peu artificielle, je m'y conformerai pour les besoins de la description.
Grippe à prédominance nerveuse. — Dans quelques cas, ïw symptômes nerveux d'origine cérébrale ou cérébrofinale revêtent une telle intensité qu'ils semblent résumer su eta toute Tinfection grippale. La céphalalgie peut être terrible, gravative, lancinante, comparable à des coups de marteau, avec douleurs orbitaires, sensation do constnction et d'écrasement aux tempes. Parfois la douleur detète est accompagnée de vomissements, de somnolence, ^ photophobie, et l'idée d'une méningite se présente
naturellement à l'esprit. Le plus souvent heureuseme:-^^ ^ent il n*est pas question de méningite, il ne s*agit que ^^jed( pseudo-méningite; mais dans quelques cas, et ils <^ i^ sont pas absolument rares, puisque j'en ai observé cir m: -=^inq, une vraie méningite se déclare et le malade meurt "^ ' quelques jours. Habituellement cette méningite grip\ est la conséquence d'otite grippale suppurée (Weich* bftum), de pneumonie, de broncho-pneumonie, les ag( pathogènes primitivement fixés au nez, à Foreille, poumon, ayant émigré vers le cerveau.
Dans quelques circonstances, la grippe détermim polynévrite, la paralysie ascendante, la méningo-myé la polymyéiito ; les observations déjà nombreuses ei quelques cas suivis d'autopsie (Laveran et Leydi Lépine*, Mossé), permettent de bien décrire aujoun ces complications nerveuses de l'influenza. Mossé trois observations' qui prouvent que les gens atteintes de grippe peuvent être pris dans le cours ou dans la convalescence de leur maladie, de symptômes nerveux relevant de névrites périphériques^ d'accidents de méningo-myéli^ à début buJbo-spinal, intéressant plus spécialement 1^ renflement dorso-lombaire de la moelle épinière, et ^.^ paralysie ascendante progressive, à type mixte, polynévi'^" tique et spinal, aboutissant h la paralysie générale êpinn^^^'
Toutefois les polynévrites grippales sont plus fréquent-^s que les myélites, aussi les accidents nerveux, qui para * ^" sent, a priori, d'origine spinale, sont-ils le plus souv^ ■** curables, môme quand ils sont très accentués. Aux ivc^ ^' blés nerveux appartiennent également la paralysie de . vessie, les douleurs rachialgiques, les névralgies parf^^*^ si violentes dans la sphère du nerf trijumeau.
Chez certaines personnes on observe des symptômes "^^ dépression, d'anéantissement qui, au premier abord, sii^^^^"
1. Rapport de Grasset et Laveran sur les myélites infectieuses. ^ *^^ grés de Bordeaux, 1895.