Mossé. Congrès de Bordeaux, 1895, p
lAUDIES INFECTIEUSES PROPRES A L'HOMME. 251
Sentie coma, n y en a qui sont pris de vertiges, de défail-
/«Qce et de syncope. J*en ai vu qui étaient en proie au délire,
À rezdtation, aux hallucinations, à la manie aiguë. On a
mène signalé Taliénation mentale consécutive à la grippe.
L'innerration cardiaque peut être atteinte, et les maladrs
Sont pris d'arythmie, de collapsus cardiaque, de douleurs
«comparables à l'angine de poitrine.
Grippe à prédominance thoracique. — Les complica- 'tions broncho-pulmonaires entrent pour la plus large pari cians la mortalité de la grippe. Ces complications bronc^ho-pulmonairesy bronchite capillaire, fluxion de poitrine, Isroncho-pneumonies, pneumonies, sont habituellement x^ures au début des épidémies de grippe ; c'est plus tard. <]iiand l'épidémie est en plein développement, que les associations broncho-pulmonaires graves font leur apparition. Xa bronchite capillaire peut devenir rapidement purulente. La fluxion de poitrine grippale est souvent grave, elle est accompagnée de crachats hémoptoïques, de dyspnée intense et des localisations nmltiples qu'on trouvera démtes en détail à l'article Fluxion de poitrine.
La broncho-pneumonie ou pneumonie lohulaire esi une
des plus terribles manifestations de la grippe. Ici conuiio
«illeurs, cette broncho-pneumonie est caractérisée baclé-
ïiologiquement par la présence du streptocoque, auquel
s'adjoignent fréquemment le pneumocoque, le piieuino-
iNidlle, le staphylocoque. La broncho-pneumonie éclate
<lans le cours de la bronchite grippale, et sa description
ne diffère en rien de la broncho-pneumonie classique.
Dans l'épidémie meurtrière de 1857, les i)hleprmasios
hroncho-pulnumaires étaient si fréquentes qu'un grand
nombre de malades étaient emportés par la bronchite
capillaire et par la broncho-pneumonie (Nonat).
La pneumonie est également une des manifestations
^e la grippe, véritable pneumonie lobaire, à pnounio-
cwjue, pneumonie infectieuse et infectante, avec toutes
ses manifestations pulmonaires et extra-pulmonaires,
pleurésie, eiv^ocardite, péricardite, méningite. « D'uno
part, l'étude des épidémies antérieures nous montre que lorsque la pneumonie est venue se mêler à la grippe, elle ne survient pas seulement à titre de complication, mais qu'elle apparaît aussi primitivement chez d'autres sujets, constituant une épidémie concomitante; et, d'autre part, dans les pneumonies grippales observées cette année, nous avons pu démontrer la présence du parasite de la pneumonie franche, dans les produits d'expectoration, dans l'hépatisation pulmonaire après la mort et dans le sang pendant la vie. Nous pouvons donc conclure que grippe et pneumonie sont deux affections indépendantes, quoique présentant de prandes affinités l'une avec l'autre. L'une semble prédisposer à l'autre et toutes deux paraissent favorisées par les mêmes causes*. »
D'autres fois, les voies respiratoires sont à peine atteintes par le catarrhe, et néanmoins la dyspnée est terrible, précoce et soudaine (Graves, épidémie d'Irlande, 1830), comme si le système nerveux était directement touché par le poison raorbifique. Ces troubles nerveux dyspnéiques, appelés jadis dyspnée sine mateiiaf sont comparables à ceux que l'on observe dans la forme dite maligne de certaines maladies, dans la scarlatine, par exemple.
Les pleurésies grippales ne sont pas rares, elles sont séro-fibreuses ou purulentes, à streptocoques ou à pneumocoques, parfois interlobaires et toujours associées aux lésions broncho-pneumoniques.
Parmi les comphcations pulmonaires, la gangrène est certainement la plus grave. La gangrène pulmonaire peut apparaître pendant la phase aiguë de la grippe ou beaucoup plus tard, pendant la convalescence. Circonscrite ou ditfuse, avec ou sans pyo-pneumothorax, cette terrible complication est presque toujours mortelle*.
Grippe à prédominance gastro-intestinale, — Dans quelques cas, la grippe prend les allures d'un embarras gastrique intense avec vomissements, intolérance absolue de
1. Ménétrier. Grippe et pneumonie en 1886. Thèse de Paris, 1886.
2. De Gaze. Gangrène pulmonaire grippale. Thèse de Paris, 1896,
Testomac, douleur au creux épigastrique, langue sèche et rouge. A ces symptômes se joignent parfois de i*érylhènie pfaarifngée, des périostites alvéolo-dentaires, de la stomatite aphtheuse et ulcéreuse. Dans quelques cas les symptômes angineuz sont dominants; le malade se plaint de vire dysphagie, on constate sur le voile du palais, sur le phai7]ix, des plaques violettes, les amygdales sont atteiutes d'amygdalite suppurée. La rate est souvent volumineuse et douloureuse.
La prédominance des troubles intestinaux est caractérisée par une diarrhée intense, biHeuse, fétide, avec coliques, ténesme, météorisme abdominal, vomituritions bilieuses, épistaxis, prostration, symptômes rappelant h\ ûèTre typhoïde. L'épidémie qui éclata à Vienne en 1775 fut remarquable par la prédominance des phénomènes InUeux avec vomissements, anorexie, diarrhée, teiiit(> ictériqoe des conjonctives et de la peau (Stoll). Dans l'épidémie de 1830, à Paris, les crampes et les troubles i^tuUnaux étaient si accusés qu'ils semblaient former one sorte de transition avec le choléra (Uardy et Béhicr).
mphrite grippale. — La néphrite est une complication fréquente de la grippe ; ici comme dans la plupart des maladies infectieuses, elle peut revêtir les allures les plus diverses*. Le plus souvent la néphrite est légère, superiidelle, transitoire; l'adultération des épithéiiums ne s(> traduit que par une albuminurie plus ou moins intenses plus ou moins prolongée, sans autres symptômes, sans autres conséquences. Parfois, à l'albuminurie se joignent ({uelques œdèmes, bouffissures de la face, œdèmes des membres inférieurs. Dans quelques circonstances, la ncpluite grippale prend déjà une importance plus considê- ^^f les urines sont rares, sanguinolentes, et le malade ébauche quelques symptômes urémitiues, céphalée, dyspoée, vomissements, diarrhée, symptômes qui se confondent avec les troubles similaires dus à la giippe elleniême et dont la véritable cause, faute d'attention, peut
t* Tttttdie. HépkfUe grippale^ thèse de Paris, 18:â.
passer inaperçue. Enfin la néphrite grippale, surtout la forme intense, peut passer à l'élat subaigu et chronique, elle peut devenir Torigine d'une maladie de Bright, surtout si les reins, antérieurement à la grippe, avaient déjà été effleurés par d'autres maladies infectieuses. J'ai plusieurs fois observé toutes ces formes de la néphrite grippale ; j'ai vu des néphrites grippales aiguës avec 5 et 6 grammes d'albumine par vingt-quatre heures; j'ai vu des symptômes urémiqucs qui dominaient la scène et donnaient à la maladie les apparences d'une grippe à prédominance rénale et je ne compte plus les cas dans lesquels une néphrite chronique, une maladie de Bright a eu la grippe pour cause première ou pour principal appoint.
Autres associations grippales. — Outre les formes prédominantes que je viens d'énumérer, je dois signaler un certain nombre d'autres localisations ou associations fort importantes : Les organes des sens sont souvent envahis. La localisation nasale de la grippe, qui se traduit par une rhinite, par des épistaxis, par de la rhinorrhée, peut être compliquée d'inflammation du sinus maxillaire, du sinus frontal et des méninges.
L'otite grippale, qui était peu connue autrefois, a été tellement fréquente dans notre épidémie de 1889-1890 qu'elle a suscité un nombre considérable de travaux (Lœwenberg). Cette otite prend habituellement les allures douloureuses de l'otite moyenne aigué, avec écoulement purulent plus ou moins prolongé ; les douleurs cessent avec la perforation du tympan. Le streptocoque et le pneumocoque sont les microbes les plus habituels de cette otite. Dans quelques cas les cellules mastoïdiennes sont envahies, auquel cas il faut sans retard recourir au trépan.
On a décrit des paralysies oculaires grippales qui ne sont pas sans analogie avec les paralysies diphthériques.
La cystite, Turéthrite, l'orchite, l'épididymite, la vaginahte grippales ont été signalées'.'
1. Pailloz Localisation de la grippe sur Curèlhre, le iesticHle et ses annexes. Th. de Paris, 1806.
lAUDKS IKFECTIEUSES PROPHES A L'UOMME. 255
Las éruptions exanthémateiises, pustuleuses, furonculeuses, sont fréquentes dans le cours de la grippe.
Gertanes épidémies revêtent pljs volontiers la foi-me y^rrhagique et sont accompagnées de métrorrhagics (Uw, 1779), d*hémataries (Voisin, 1837), de purpura, «Tépistaxis. Notre épidémie de 1889-1990 a été féconde en bémorriiagies.
fitiologie. — La grippe est une maladie essentiellement épidémique, elle ménage habituellement les enfants, elle frappe de préférence les adultes, et une première atteinte ne confère pas Timmunité. Il n*a pas été possible jnsqu'id de fixer les causes qui en favorisent le développement, car elle semble se jouer des conditions de climat, de saisons et de température (Graves) ; elle s'abat sur une ville, sur un pays, elle frappe la moitié, les deux tiers, les trois quarts des habitants, et après une durée de quelques semaines, de deux mois, elle disparait et parcourt des contrées immenses, sans que sa marche ait toiyoursune direction déterminée (Gintrac)^
Cependant les épidémies de grippe se dirigent habituello- Qoent du nord au sud et de Test à l'ouest. L'origine preniière de la grippe serait en Sibérie suivant les uns, en I^rse suivant les autres; ce qui est certain, c*osi que In grippe est endémique à Moscou, à Saint-Pétersbourg, la gr^ infectieuse y apparaît tous les ans, en autonmeetau printemps, et suivant des conditions qui nous échappent encore, elle revêt le caractère épidémiqueou pandéinique*. Notre grande épidémie grippale de 1889-1890 a permis de mieux étudier ses conditions de ditFusibilité. La grippe ne dépasse pas, dans sa diffusion, la vitesse âes communications humaines. Elle éclate habituellement dans un grand centre pour rayonner de là dans les iocatilés de moindre importance. 11 y a néanmoins des exccpl»ns qui restent inexpHcables. Pourquoi, par exemple, la
t- HkHonnaire de médecine et de chirurgie^ t. XVI. ^ Teittier. Vinfiumuui de 1889-1890 en Russie.
grippe de Londres de mai 1890 n'a-t-elle pas été exportée sur le continent?
La cotitagiosilé de la grippe, qui avait été longtemps mise en doute, doit être définitivement acceptée, car les faits probants de contagion ne manquent pas. La grippe parait être transmissible par contage direct et par les objets. Bactériologie. — Les différents organismes qu*on a rencontrés dans la grippe, le streptocoque pyogène qui est le plus fréquent, le pneumocoque, le pneumo-bacille, le staphylocoque, sont des agents secondaires, mais ce ne sont pa» les agents de la grippe.
Le microbe de la grippe a été découvert en 1892 par Pfeiffer. On le trouve en abondance dans les crachats qui
viennent du poumon. On en décèle la présence par les procédés habituels de coloration des bactéries, en ayant soin toutefois de colorer longtemps, pendant dix minutes environ, car le bacille de la grippe est long à se colorer.
Le bacille de Pfeiffer se colore assez mal par les couleurs d'aniline. 11 est préférable de le colorer avec le Ziehl dilué. Il ne prend pas le Gram. Après coloration, le bacille apparaît au milieu de filaments de mucus et de leucocytes, quelquefois même dans les leucocytes. D a la forme d'un bâtonnet extrêmement fin, plus fin que tout autre bacille ; il est très court, à peine deux ou trois fois plus long que large, ce qui lui donne parfois Tapparence (l'un cocco-bacille . Quand ces bâtonnets sont deux à deux, ils simulent un diplocoque, et quand trois ou quatre s'ajoutent bout à bout, ils simulent un streptocoque. Le bacilc de Pfeitler se cultive mal sur les milieu]
Bacille de la grippe, très fin et très court.
ï^^itritifs ordinaires; son milieu de prédilection est la g'élose imprégnée à sa surface de quelques gouttes de sang. Un mélange d'hémoglobine et de gélose donne les ^^^mes résultats. Sur la gélose imprégnée de sang, et plsicée à FétuYe à 37 degrés, on voit apparaître au bout ^^ lieures des colonies très petites, surtout visibles à la lo\ipe; les colonies ont l'aspect de petites gouttes transpa- ^^^Xites qui n'ont aucune tendance à confluer (Kitasato). Sur la gélose au sangle bacille peut vivre 15 à 18 jours. Su.!* la gélose à Thémoglobine il peut vivre 30 à 40 jours. I^iagnostic. — Le diagnostic de la grippe n'est pas ^^vijours simple : par la prédominance des lésions de tel ^^ tel appareil, ou par l'ensemble des symptômes généraux, la grippe peut au premier abord simuler une ^^vre typhoïde, une rougeole, un rhumatisme, une mé- '^iïigite ou une tuberculose aiguë. Le diagnostic avec '* méningite est d'autant plus indécis, qu'il existe, nous ^^ disions il y a un instant, de vraies méningites grip- Pa.les. Dans les cas où la grippe simule la fièvre typhoïde, ^^ séroHiiagnostic (Widal) supprimera tous les doutes.
traitement. — II n'est pas possible de formuler un ^ï*aitement pour une maladie dont les allures sont si dif- ^•érentes et les aspects si divers. Aux accidents inflam- '^atoires on opposera les antiphlogistiques, aux accidents ï^erveux les antispasmodiques, à la forme bilieuse la médication vomitive. La grippe légère, qui fort heureuse- "^eiit est encore la plus fréquente, sera traitée comme la *^**onchite aiguë.
$ 5. FIÈVRE JAUNE. — VOMItÔ MEQRO.
Ctiologie. — La fièvre jaune a été alternativement clas- ^e parmi les maladies telluriques et parmi les maladies yphoïdes; c'est dans le cadre des maladies infectieuses Microbiennes qu'elle doit prendre place.
DIEULAFOT, PATIIOL. T. IV. 17
On n*a pas encore de données précises sur le nii< de la fièyre jaune; M. Lacerda a cependant trouvé la plupart des viscères un champignon microsco] qu'il regarde comme spécifique. MM. Garmona et Don Freire ont de leur côté décrit chacun un proto-orgai qui leur a servi à fabriquer un vaccin. M. Babés et signalé dans le foie et dans les reins des micron nismes qui n'ont pas été retrouvés par d'autres aut
La fièvre jaune est endémique sur le littoral du du Mexique, aux Antilles, au Brésil (Yisca), sur la occidentale de TAfrique, etc. De ces difiiérents foyer peut être importée et sévir épidémiquement sur les hémisphères, comme le prouvent les épidémies mull d'Amérique et d'Europe (Gibraltar 1828, Lisbonne i Saint-Nazaire 1861). Dans les régions où elle est < mique, la fièvre jaune habite le littoral, et a peu de dance à s'enfoncer dans l'intérieur du pays; a el s'élève au-dessus du littoral qu'à l'état d'épidémi portée, elle n'est nulle part endémique au-dessus de < ques centaines de pieds ))^. De plus, l'endémie n'es disséminée à tout le littoral de la contrée envahie se confine aux ports de mer et à leur voisinage, aui bouchures des grands fleuves.
Les gens qui habitent un pays où la fièvre jaun endémique acquièrent par le fait de l'acclimatemenl sorte d'immunité; mais s'ils s'éloignent de leur pendant quelque temps, ils perdent le bénéfice de l'i matement et deviennent accessibles au poison amari même titre que les étrangers nouvellement arrivés le pays.
La fièvre jaune ne quitte ses foyers endémiques envahir d'autres régions que par le fait d'importat et ces importations se font toujours par des bàtim par des navires. Tantôt le navire a reçu à bord des sagers déjà contaminés et chez lesquels la malad