Nous devons également mentionner ici l’ouvrage
qu'a publié Tillemont sur l’histoire de l'Eglise, sous le titre de Mémoires pour servir à l’Histoire ecclésiastique, ainsi que l'Histoire littéraire de la France!, par la congregation des bénédictins, Paris, 1733, 20 vol. in-4°.
8. Caillau a donné une sorte d’apercu général sous le titre d’Introductio ad sanctorum Patrum lectiones (vita, opera, præcipuæ editiones, modus concionandi).
9. D’autres ouvrages destinés à un cercle de lecteurs plus étendu ont paru récemment en France : Etudes sur les Pères de l'Eglise, par Charpentier : beaucoup de phrases et peu de fond. — Tableau de l’éloquence chré-
1 La maison Victor Palmé, à Paris, en publie actuellement (1867) une nouvelle édition en 12 vol. in-4° sous la direction de M. Paulin Paris, de l’Institut. (Note du traducteur.)
tienne au quatrième siècle, par Villemain : beaucoup de rhétorique aussi , avec une plus grande connaissance des détails.
En Allemagne.
En Allemagne, si l’on excepte les ouvrages de Schramm, Sprenger et Lumper mentionnés plus haut, les travaux sur la Patrologie ne sont que des compilations de traités particuliers, provoquées par la commission impériale des études de Vienne, tels que :
10. Patrologia ad usus académicos, par Wilhelmus Wilhelm; production misérable, Frib. Brisg., 1775, suivie des travaux également insignifiants de Tobenz, Vienne, 1779, et de Macaire de Saint-Elie, Gratz, 1781.
44. Winter, dans son Histoire crilique des plus anciens témoins du christianisme, ou Patrologie, Munich, 1784 (sur les trois premiers siècles), a fait un effort vers la critique, mais il est tombé dans l'excès.
42. Les Institutiones patrologicæ de Wiest, Ingolst., 4795, sont très-superficielles. La Bibliographie des Pères de l'Eglise, de Goldwitzer, Landshut, 1828, et sa Patrologie unie à la patristique, Nuremb., 1833-1834, 2 vol., sont sans critique et sans valeur.
13. Les ouvrages suivants ne valent pas beaucoup mieux : Manuel de patrologie, par Annegarn, Munster, 1839; Manuel de patrologie, par Locherer, Mayence, 1839. Par contre l’Esquisse de l’histoire de la littérature chretienne, jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Busse, Munster, 1828, 2 vol., est utile à consulter. La Patrologia generalis (1 vol.), et la Patrologia specialis (2° vol.), en deux parties, sur les cinq premiers siècles, de Permaneder, est trop superficielle et trop informe, par conséquent peu utile. Quant au nouveau travail du vicaire Magon, Manuel de patrologie, Ratisb., 1864, 2 vol., il n’atteste aucune connaissance littéraire et scientifique, et est par conséquent rempli de fautes.
Voici les ouvrages les plus marquants publiés dans ces derniers temps :
44. Patrologie ou Histoire de la littérature chrétienne, de Mehler, publiée par Raithmayr, Ratisb., 1840. Malheureusement, il n’a paru qu'un seul volume, sur les trois premiers siècles ; Institutiones patrologicæ, par Fessler, OEniponte, 1850-1851, 2 vol., jusqu'à Grégoire le Grand; Esprit de la tradition chrétienne, où l’on essaie de présenter, selon leur rapport intrinsèque, les œuvres des principaux auteurs, et d'en donner l'intelligence à l'aide de courts extraits, par Deutinger, Ratisb., 1850- 41851, 2 vol. (jusqu'à saint Athanase inclusivement).
45. Quant aux travaux entrepris sur les saints Pères surtout au point de vue philosophique, nous trouvons chez les protestants : l'Histoire de la philosophie chretienne, de Ritter, Hambourg, 1841, 1°" et 2° vol.; chez les catholiques : l’Histoire de la philosophie de l’ère pa-. tristique, par Steckl, Wurzb., 1858, 2 vol.; la Philosophie des Pères de l'Eglise, par Huber, Munich, 1854. L’un et l’autre s'appuient sur Ritter.
Il serait à désirer qu'on nous donnät une Introduction à l'étude des auteurs ecclésiastiques qui entrât plus avant dans le cœur du sujet et qui füt véritablement pratique. Ce qu'on trouve à ce sujet dans le Petit traité de la lecture des Pères, par le chartreux Noël Bonaventure, Argonensis, Paris, 1688; en latin : De optima methodo legendorum Ecclesiæ Patrum, Taur., 1742, et Aug. Vind., 1756, in-8°, et dans les ouvrages patrologiques de Permaneder et de Fessler, est trop superficiel et trop indigeste.
Parmi les protestants.
Outre les travaux de Fabricius et de Rœsler, déjà mentionnés, nous citerons encore :
4. Historia litteraria scriptorum ecclesiasticorum, jusqu’au quatorzieme siècle, par Cave, Lond., 1689;
Basil., 1741 et seq.; edit. 3°, Oxon., 1740, 2 vol. in-fol. Les notices qu'elle renferme, tout en n'ayant souvent qu'un caractère extérieur, sont la plupart rédigées avec soin. Ce sont, du reste, les protestants anglicans qui ont montré le plus d’ardeur pour l’ancienne littérature chrétienne, grâce au trente-quatrième article de leur livre de prières. L'ouvrage de Cave a été continué jusqu’au seizième siècle par H. Wharton et Rob. Gerens.
2. Commentarius de scriploribus ecclesiasticis, Lips., 1722, 2 vol. in-fol., jusqu'au quinzième siècle inclusivement, par Casimir Oudin. Cet ouvrage a d'excellentes
es.
3. Bibliotheca theologica selecta, par Walch, à laquelle on a ajouté plus tard : Bibliotheca patristica, Ienæ, 1757-1763 et 1770. Editio nova ab J. T. Lebr. Danzio, len», 1834.
4. Bahr a compose : 1.les Poètes et les hisioriens chrétiens; 2. la Théologie chrétienne romaine; 3. la Littérature chrélienne et romaine de l'époque carlovingienne, Carlsr., 1836, 3 vol., Suppléments à son Histoire de la littérature païenne romaine. Comme philologue, l'auteur se renferme exclusivement dans la partie historique, littéraire et esthétique ; il ne s’occupe point de théologie.
5. A cette classe d'écrivains se rattache, au moins partiellement, le théologien suisse et protestant Bæhringer, par son Histoire de l'Eglise en biographies, Zurich , 1842, 2 vol., jusqu'au seizième siècle. Une seconde éditiou en a paru depuis 1861. Il y a là quantité d'excellentes choses gâtées par un rationalisme fanatique et effrene, et par des bévues.
DE L'INFLUENCE DES LITTERATURES GRECQUE & ROMAINE SUR LES ORIGINES DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE.
Cf. Mechler, Patrologie, 1er vol., pag. 27-48.
Pour donner une idée exacte des origines et des développements successifs de la liitérature chrétienne, il nous semble nécessaire de caractériser, au moins dans ses traits généraux, le génie de la littérature grecque et romaine , son influence sur la littérature chrétienne, puis la différence qui en est résultée entre la littérature chrétienne chez les Grecs et la littérature chrétienne chez les Romains.
$ 8: La langue et la littérature romaine. — La langue et la littérature grecque.
La langue hébraïque n’était guère propre à servir de véhicule à une religion aussi universelle que le christianisme. Comme les langues sémitiques, elle était généralement trop pauvre et marquée d’une empreinte de nationalité trop exclusive. Elle était, de plus, trop allégorique , trop vague, et n'avait jamais été employée aux investigations abstraites de la science. La preuve de cette impropriété a été fournie plus tard par les cabalistes, qui furent obligés de recourir aux images les plus étrangts pour donner à leurs pensées une forme trop défectueuse. Dans la suite, il est vrai, le syriaque et surtout l’arabe finirent par se plier aux exigences de la science, mais ce ne fut pas sans une intervention manifeste de la langue grecque : cela est vrai surtout des Arabes mahométans ; c'est la littérature grecque qui leur a donné, à eux et à leur langue, les instruments de la science.
Il était donc très-naturel que les chrétiens se servissent d’abord de la langue grecque, et lui empruntassent le vêtement dont ils avaient besoin pour leurs idées nou-
velles. Par la richesse de ses formes et la flexibilité de son génie, cette langue se prêtait admirablement aux besoins multiples de la théologie chrétienne. Le peuple grec, doué à la fois du talent spéculatif et du sens pratique, joignant à un goût très-vif pour le beau dans la nature un amour ardent pour sa nation, avait formé une littérature d’une richesse incomparable; nous allons y jeter un rapide coup d’eil.
Le dernier écrivain qui ait retracé l'histoire de la littérature grecque, Bernhardy!, la divise dans les cinq périodes suivantes : 4. Des éléments de la littérature grecque jusqu’à Homère; 2. depuis Homère (950 ans avant Jésus- Christ) jusqu'aux guerres des Perses, ou littérature des différentes tribus ; 3. depuis les guerres des Perses (490 ans avant Jésus-Christ) jusqu’à Alexandre le Grand, apogée de la littérature attique ; 4. depuis Alexandre le Grand (336-326 avant Jésus-Christ) jusqu’à Justinien : littérature des sophistes, ou fin de la philosophie spéculative et de la littérature païenne chez les Grecs ; 5. depuis Justinien (527-566 après Jésus-Christ) jusqu'à la prise de Constantinople (1453), ou littérature byzantine chez les chrétiens.
Dans les différents domaines de cette littérature, le point culminant a été atteint, en philosophie par Platon et Aristote, en histoire par Hérodote, Thucydide et Xénophon, en éloquence par Démosthène et Isocrate, en poésie par Pindare, Eschyle, Sophocle et Euripide. Tous appartiennent à la troisième période. A partir de là, la littérature perd de son éclat, surtout depuis que, à la suite des conquêtes d'Alexandre, le théâtre des grands succès de l’éloquence eut été transporté d'Athènes à Alexandrie, où la littérature grecque allait encore recevoir des Ptolémées une dernière et énergique impulsion.
On ne saurait nier, toutefois, que la langue hébraïque
1 Esquisse de la littérature grecque, avec une revue comparative de la littérature romaine, %° édit. Halle, 1852, un vol. (en allemand).
n’ait eu sur la littérature chrétienne une influence considérable. Plusieurs siècles déjà avant Jésus-Christ, les Juifs, devenus un peuple commercant, entretenaient de fréquentes relations avec les nations étrangères, surtout avec les Grecs. Or il était naturel qu’ils se ressentissent de leur contact avec la langue et la civilisation grecque. Non-seulement les nombreuses colonies juives qui s’étaient fixées dans des villes grecques ou seulement grécisées , adoptèrent la langue grecque, mais dans leur patrie même , dans l’ancienne et orthodoxe Judée , les Juifs eurent une peine infinie à détourner les dangers que l’hellénisme faisait courir à leur croyance. Les Juifs et les Syriens qui sejournaient à l'étranger apprirent surtout le grec dans leurs relations extérieures ; et ainsi se forma parmi eux un dialecte vulgaire rempli d’hébraïsmes et conservant les propriétés du dialecte alexandrin. Alexandrie était effectivement le siége principal de l’émigration juive. Ce dialecte, appelé hellénistique, y prévalut aussi dans la littérature, et 284 ans avant Jésus-Christ, l'Ancien Testament y fut traduit en grec, par les Septante, dans cette forme hébraïsante ; on écrivit même dans ce dialecte les autres livres de la Bible qui furent composés plus tard, tels que le livre de la Sagesse et deux livres des Machabées. Plus tard encore, lorsque les deux savants Juifs Philon et Flavius Josèphe, celui-là né vers l’an 20 avant Jésus-Christ, celui-ci 37 ans après Jésus-Christ, écrivirent dans cet idiome, la langue hellénique avait déjà pris une place durable dans la littérature. Les apôtres eux-mêmes et leurs disciples étaient d'autant plus portés à s’en servir que leurs prédications s’adressaient de préférence aux communautés juives hellénisantes des villes où ils pénétraient. C’est là aussi ce qui explique pourquoi dans la suite la littérature grecque chrétienne fut surtout composée dans cet idiome !, et pourquoi enfin on trouvait si peu de chré-
1 Winer a fait connaître de nos jours les propriétés de cet idiome
tiens grecs qui écrivissent purement le grec. Outre Alexandrie, il y avait encore trois autres centres importants de littérature hellénistique : c’étaient Antioche, capitale de la Syrie et de la Macédoine, puis Pergame et Tarse. °
Quand la littérature chrétienne fit son apparition, la période de fécondité était passée chez les Grecs. En dehors de la cohue des grammairiens, des rhéteurs et des sophistes, on ne voit plus paraître d’historiens qu’à de rares intervalles, tels que Polybe et Diodore de Sicile; seules, les mathématiques, la géographie et l’astronomie fournissent encore des œuvres sérieuses. A la fin cependant on vit surgir encore, sous l'influence incontestable du christianisme, les philosophes néoplatoniciens, qui, au dixième siècle après Jésus-Christ , disparaissent de l’histoire de la littérature grecque, et avec eux l’érudition païenne.
Après les Grecs, ce sont les Romains, si puissants au point de vue matériel et politique, qui jouent le principal rôle dans le christianisme. La littérature romaine se divise communément en cinq périodes! : la premiere commence à la construction de Rome et s'étend jusqu’à Livius Andronicus, environ l’an 515 de Rome, après l’heureuse issue de la première guerre punique : débuts poétiques insignifiants, maigres chroniques, peu de recueils de lois. La seconde période s’etend depuis l’introduction de la littérature grecque et la naissance d’une littérature romaine d'imitation, jusqu’à Cicéron (an 648 de Rome) ou jusqu’à la mort de Sylla (an 676 de Rome).
dans sa Grammaire de l’idiome du Nouveau Testament, Leipz , 1852 ; 6e édit., 1855. Cf: Beelen, Grammatica græcitatis N. Testam., quam ad G. Wineri librum composuit, Lov., 1857. Clavis N. Testam., édit. Wahl, Lips., 1829. Lexica, de Bretschneider, Lips , 1820. Schirlitz, 1832. Wilke et Loch, Ratisbonne, 1858. |
1 Behr, Hist. de la litter. rom., 3e édit., 1844, 4 vol.;1er vol., p. 28- 74. Bernhardy, Esquisse de la litter. rom., ke édit., Braunschw.,
Ses principaux écrivains sont : Livius Andronicus, Nævius, Ennius, Pacuvius, Attius; parmi les poètes comiques : Plaute, Terence, Cœælius Statius, L. Afranius, S. Tarpilius, Fabius Dossenus, etc., le satirique Lucilius, le poète Lucrèce, Caton le Censeur, etc., outre des annalistes et des orateurs dont les œuvres, comme celles de la plupart des auteurs nommés, ne nous sont point parvenues. La troisième période, surnommée l’âge d'or, comprend le temps qui s’est écoulé depuis Cicéron à la mort d’Auguste (an 16 après Jésus-Christ). Ici, la formation de la langue sur des modèles grecs paraît achevée; malheureusement, la sève nationale et romaine est tarie, et l’on ne voit plus se développer de poésies vraiment patriotiques. En général, et dans toutes les. branches de la science, la littérature tourne à la rhétorique et à l’emphase; et comme les Romains ont un goût très-prononcé pour les choses pratiques, ils se portent de préférence vers les sciences d’une application immédiate. Cicéron avouait lui-même que c'était à la philosophie qu'il était redevable de sa gloire et de son talent d’orateur, et que s’il l’avait cultivée, c’etaibsurtout en vue de ce résultat 1. Aa
Les principaux auteurs qui fleurirent dans cette période sont : Varron, Cicéron, J. César (outre Hirtius et Oppius), Cornelius Nepos, Virgile, Horace, Ovide, Catulle, Tibulle, Properce, Tite-Live, Salluste, Vitruve, Laberius, P.Syrus, Cornelius Severus, Manilius, Gratius.
‘ Quatrième période, ou âge d’argent. De nos jours, cette période a été prolongée à juste titre jusqu'à la mort de l’empereur Trajan (117 ans après Jésus-Christ), et même jusqu’au règne d’Antonin le Pieux (138 après Jésus-Christ); elle renferme les auteurs suivants : Phèdre, Quinte-Curce, Velleius Paterculus, Valère Maxime, Celse, Scribonius Largus, les deux Sénèques, Perse, Lucain, Asconius Pedianus, Columella, Palladius, Pomponius
1 Tusculan., disp. 1, 8 6.
Mela, Petrone, Quintilien, les deux Pline, Juvénal., Suétone, Tacite, Fromentin, Flore, Valérius Flaccus, Silius Italicus, Martial, Justin, Aulu-Gelle, Terentianus, Sulpicia. Cependant ces auteurs n'étaient guère qu’un écho des âges précédents. Il est vrai que sous quelques empereurs, tels que Vespasien, Trajan, Adrien, Antonin le Pieux et Marc-Aurèle, on fit beaucoup pour la culture des sciences en instituant des bibliothèques et des écoles publiques, au lieu des établissements privés qu'on avait eus jusque-là, en rémunérant les sophistes et les grammairiens; mais on ne parvint pas à leur donner une nouvelle splendeur ; les historiens qui ont suivi Tacite, si l’on excepte Ammien, ne sont que de fades compilateurs, et l’éloquence, après l'extinction de la vie publique, dégénéra comme chez les Grecs en un vain étalage de paroles recherchées et prétentieuses.
La cinquième période s’étend depuis Antonin le Pieux jusqu’à Honorius et à la conquête de Rome par Alaric (410 après Jésus-Christ). Arrivée là, la littérature romaine païenne marche à grands pas vers sa décadence.
S 9. Des rapports de la littérature païenne avec la littérature chrétienne chez les Grees et les Romains.
Les langues orientales et les langues celtiques ayant disparu presque complètement de l'empire romain, les deux langues grecque et romaine se présentaient naturellement pour servir de canal à la pensée chrétienne. Mais tandis que le latin n’était parlé que dans le centre ‘et dans le nord de l'Italie, dans la portion occidentale du nord de l'Afrique, dans l'Espagne et la Gaule; nonseulement le grec dominait dans toutes les autres parties de l'empire romain, et, dans plusieurs provinces, existait simultanément avec la langue latine, dans le sud de la Gaule, par exemple; mais c'était lui encore qui défrayait les relations des peuples dans le monde entier :
Græca leguntur in omnibus fere gentibus, latina suis finibus, exiguis sane, continentur, disait Cicéron en son discours pro Archia poeta. A Rome même, la langue grecque conservera la prépondérance dans le commerce journalier et dans la littérature jusqu’au commencement du cinquième siècle, circonstance importante pour la patrologie, car nous verrons des hommes tels que saint Clément, Hermas, Hippolyte, Cassius, etc., écrire en grec dans la capitale même de l’empire romain. Minutius Félix et Tertullien, sur la fin du deuxième siècle, sont les premiers auteurs chrétiens qui aient écrit en latin.
C'est à coup sür par un dessein providentiel que les deux plus illustres peuples de l'antiquité paienne sont parvenus, avant la prédication de l'Evangile, à élever leur langue à un si haut point de perfection. Pour apprécier ce’fait à sa juste valeur, il suffit de jeter les yeux sur un ordre de choses entièrement opposé, sur l’état encore barbare des Germains, à qui il fallut un laps de plusieurs siècles pour former une littérature chrétienne.
La religion chrétienne trouva dans ces deux vieilles langues de quoi contenir toute la plénitude de sa nouvelle doctrine, et c’est là qu’elle devait puiser dans la suite des âges les formes qui repondraient le mieux à ses idées; car les termes les plus nécessaires manquaient encore pour exprimer les doctrines et les idées fondamentales qui sont comme-le noyau du christianisme ; aussi les païens trouvaient-ils ces doctrines nouvelles et étranges. Le christianisme révéla dans cette circonstance l'énergie vitale dont il était doué en imaginant, pour rendre complètement sa pensée, des expressions nouvelles, telles que rpı&;, oùoin, bndoruots, rpdowmov, éjaoouatos, beoroxog, évavÜponnots, EdUYYÉALOV, ADI, MUGTNPLOV, TUTELVOPPOcom, trinitas, redemplio, gratia, sacramentum, etc.
Ce qu'on peut dire de l’idiome hellénistique par rapport à la langue grecque, c’est-à-dire qu’il aida à la formation d'une langue sans perdre son caractère, peut se
Ca
le commencement de l’ere chrétienne jusqu'au quatrième siècle, où elle eut à subir le mauvais goût des rhéteurs, envahit de plus en plus le fond aussi bien que la forme des ouvrages, puis la décadence des arts et des sciences pendant l’émigration des peuples, paralysèrent le développement de la littérature chrétienne. Cependant dans toutes les périodes de cette littérature, chez les Grecs comme chez les Romains, quelques écrivains se rencontrèrent encore qui surent donner à la vérité chrétienne l’elegante parure de l'antiquité paienne.
Quant au domaine qu’embrassait la littérature chretienne, nous ferons remarquer que les premiers fidèles , dans l’amour et l'intérêt qu'ils portaient aux vérités révelees, s’occupaient surtout à les répandre par la parole et par l'écriture ; de là vient que pendant les trois premiers siècles, leur littérature fut exclusivement religieuse. C’est à partir du quatrième siècle seulement que la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’histoire nationale et militaire, l’histoire naturelle, la jurisprudence, la médecine et d’autres matières encore, entrent dans le programme scientifique des chrétiens.
Sur le latin et le grec des auteurs ecclésiastiques, consulter : Suiceri Thesaurus eccles. e Patribus græcis, Amst., 1728 (1682) 2 vol. in-fol. C. Du Fresne , Dom. du Cange , Glossarium mediæ et infime græcitatis, Lugd., 1688, 2 vol. in-fol. Du même : Glossarium media et infime latinitatis, Paris, 1678, 3 vol. in-fol. Editio auctior studio et opera monach. Bened., Paris, 1733 et seq., 6 vol. in-fol., Cum supplem. monach. ord. S. Bened., P. Carpentarii (Glossar. novum ad script. medii «vi, Par., 1766, 4 vol. in-fol.). Adelungi Glossar. manuale ad scriptores med. et infim. latin., Hal., 1772 et seq., 6 volin-8°. Ed. G. Henschel., Par., 1840, 7 vol. in-4°.
Nous indiquerons & leur place respective les glossaires sur le style de chaque auteur en particulier.
S 10. Différences de la littérature ehrétienne ehez les Grecs et chez les Romains.
Les mêmes différences que nous avons déjà remar. quées dans la littérature paienne chez les Grecs et chez
les Romains, reparaissent dans la littérature chrétienne de ces deux peuples. Un fait qui mérite surtout d’être signalé, c’est que, chez les Grecs, la littérature chrétienne, même en exceptant les travaux des apôtres, est presque d’un siècle plus ancienne que la littérature chrétienne des Latins. Dans les travaux des Grecs devenus chrétiens, ce qui domine c'est le génie spéculatif; chez les Latins, au contraire, c’est l’esprit pratique. Les Grecs traitent leurs sujets surtout au point de vue philosophique ; les Latins préfèrent le point de vue oratoire, et cette seule qualité compense largement les brillants avantages de la littérature chrétienne chez les Grecs. Grâce à ce sens profond des choses pratiques, les Latins restèrent davantage sur le terrain de l’orthodoxie et de la réalité, et l’on sait que le christianisme s’appuie beaucoup plus sur la pratique que sur la spéculation.
L’ERE PATRISTIQUE.