CHAPITRE PREMIER
S 11. Nombre des Pères apestoliques. — Les rares écrits qu'ils ont laissés sont rédigés sous forme de lettres et seulement en grec.
Parmi les Pères apostoliques qui ont été disciples des apôtres on compte : Clément, évêque de Rome; Barnabe; Ignace, évêque d’Antioche; Polycarpe, évêque de Smyrne, l’auteur de la lettre encyclique des fidèles de Smyrne Sur le martyre de saint Polycarpe ; l'auteur inconnu de l’Epitre à Diognète ; Papias, ev eque d’Hierapolis, et, d’après l’usage traditionnel mais à tort, Hermas, l’auteur du Pasteur.
Tous n’ont laissé qu'un petit nombre de monuments écrits, et en voici la raison : Comme le christianisme ne s’annoncait point pour une production de l'esprit humaine, mais pour une révélation divine, et qu'il s'accréditait par des miracles, il réclamait la foi; on n’exigeait point de démonstration : on s’appliquait de toutes ses forces à faire pénétrer dans les habitudes de la vie les grandes vérités du christianisme. Dans les premiers temps de sa propagation, du reste, le christianisme s’adressait surtout à la classe inculte, chez laquelle la recherche scientifique n'était pas un besoin et n'aurait pas trouvé d’echo.
Borné aux simples relations de la vie commune, le mouvement littéraire se révélait sous forme de lettres, où l’on se transmettait les événements de la vie quotidienne, des conseils et des exhortations à persévérer dans la foi et dans la charité, des avertissements à fuir les fausses doctrines. Dans cet état de choses, il est à remarquer que la plupart des épîtres émanées des Pères apostoliques offrent, pour le fond comme pour la forme, de grandes analogies avec les Epitres du Nouveau Testament, dont souvent elles ne font guere autre chose que développer la doctrine. Hermas, dans son Pasteur, est le seul qui s’ecarte de cette forme épistolaire; du reste, il ne fait point partie des Pères apostoliques.
Nonobstant ces modestes débuts de la littérature chrétienne, il est étonnant, selon la juste remarque de Mœhler, qu'on voie déjà se dessiner dans ces productions les formes diverses que revêtiront plus tard les différentes branches de la théologie. Ce sont, dans l’Epttre à Diognète, les débuts de l’apologétique chrétienne en face des incroyants (Demonstralio evangelica); dans les lettres de saint Ignace, les premières assises de la démonstration cathotique vis-à-vis des hérétiques (Demonstratio catholica) ; dans les lettres de Barnabé, l’interpretation allégorique des vérités de l’Ancien Testament dans leur rapport avec le Nouveau; dans les lettres de Clément de Rome, les origines du droit canon; dans la lettre des fidèles de Smyrne, un essai d'histoire ecclésiastique; dans l’&änyfoex de Papias, les commencements de l’ex&gèse appliquée au Nouveau Testament, et, un peu plus tard, dans le Pasteur d’Hermas, la première tentative d'une morale chrétienne.
L'usage exclusif de la langue grecque dans la littérature chrétienne jusqu'à la fin du deuxième siècle vient, ainsi que nous l’avons montré plus haut, de ce qu'elle était la plus perfectionnée de toutes les langues anciennes, et que c'était elle qui se prêtait le mieux au service de
la religion du Verbe divin (Adyos); c'était aussi la langue la plus propagée et la plus connue de cette époque.
La principale édition des Pères apostoliques, celle qui a servi de modèle à toutes les autres, est due à Cotelier (socielatis Sorbors. theologus) : Patrum apostolicorum opera vera et suppositicia, una cum Clementis, Ignatii, Polycarpi actis atque martyriis, Paris, 1672; ed. 2% auctior, par l'arménien Le Clerc. Avec des recherches et des explicalions nouvelles, dans la Bibliotheca de Gallandi et dans Migne, série grecque, t. 1 et Il; ed. Jacobson, Oxon. (1830 et 1840); edit. 3®, 1864; ed. Héfelé, Tubing., 1839, ed. 4%, 1857; ed. Dressel, Lips. (1857) 1863. Traduits en allemand par Karker, excepté les lettres de Clément, Ignace, Polycarpe, qui ont été traduites et commentées par Vocher, Tub., 1829-1830. De même que Cotelier et Le Clerc avaient reproduit les opinions du dix-septième siècle sur les Pères apostoliques, Hilgenfeld a exposé .celles des écrivains modernes (les Pères apostoliques, etc. Halle, 1853, en allem.).
S 12. Saint Clément de Rome.
Voir les Prolegomenes de Cotelier, Gallandi, Jacobson, Héfelé et Dressel. — Consulter sur saint Clément : Iren., Adv. hœres., IE, ıı; Tertul., De prescript. hæres., c. xxx; Clem. Alexandr., Stromat., IV,xvıı; Origen., De princip., 11, 111; Euseb., Hist. eccl., I, IV, xv, XVI, XXXIv, xXVin; Epiph., Hæres., XXVII, c. vı; Hieron., Catal., c. XV; Rufin., Pref. in (lem. Recogn.; Optat. Milev., De schism, Don., lib. III, c. 111; Aug., Ep. LIII ad Generos.
Des écrivains fort anciens rapportent que le personnage dont saint Paul a fait l'éloge! et qu'il a dit avoir travaillé avec lui, est l’auteur d’une lettre aux Corinthiens. Nous ne savons rien de précis sur les détails de sa vie; on suppose seulement, d'après le passage de saint Paul que nous venons d'indiquer, qu'il était d’origine paienne et natif de Philippes. Il est vrai que Tillemont et d’autres auteurs, s’appuyant sur un passage même de sa lettre (« votre père Jacob, — Abraham, » c. Iv et xxxı), ont prétendu qu'il était d'origine juive; mais cette opinion ne semble pas admissible. D’après des données plus récentes, basées sur les écritures pseudo-
à Phil., ıv, 8.
clémentines, Clément aurait été fils d’un sénateur romain, Toutefois l'antiquité chrétienne atteste unanimement qu’il fut évèque de Rome (de 92 à 404, dit Eusèbe, difficilement depuis 68 à 77), et, selon toute probabilité, le successeur de Lin et d’Anaclet, lesquels, ainsi qu'on le croyait autrefois, dirigeaient l'Eglise romaine du temps de saint Pierre et pendant son absence. D’après des renseignements moins anciens et peu autorisés, rapportés par Siméon le Métaphraste (sur le 24 nov.), Clément aurait été sous Trajan banni de Rome et relégué dans la Chersonèse-Tauriquet, où, après une vie de travaıj couronnés des plus beaux résultats, il aurait subi’le martyre dans les flots de la mer. On lui attribue les ouvrages suivants :