‹ Manuel de patrologieChapitre 18 sur 97 · Il déclare que Jésus-Christ a souffert pour nous, et · texte numérisé non relu

Il déclare que Jésus-Christ a souffert pour nous, et

1 Cf. Uhlhorn, Origine et objet des Homelies et des Récognitions de Clément de Rome, Gott., 1854.

qu'il possédait la nature humaine dans toute sa plénitade : « C’est pour l’amour de nous, dit-il, que Jésus- Christ Notre-Seigneur a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, son âme pour notre âme. » «Jetons donc les yeux sur le sang de Jésus-Christ et considérons combien il doit être précieux devant Dieu, puisqu'il a été répandu pour notre salut et qu'il a procuré à l’univers la grâce de la pénitence. » De plus, c n’est point par notre sagesse, par notre piété, ni par aucune œuvre sainte, mais par la vocation et par la gräce de Dieu, que nous sommes justifiés. S’ensuit-il que nous devons renoncer à la charité? Non. Hätonsnous plutôt d’embrasser toutes sortes de bonnes œuvres (e. xxxn et xxxım).

5. Il inculque les œuvres de la pénitence et la confession des péchés (c. vır, VIN, LI-LVI); « car il est meilleur à l’homme de confesser ses péchés que de tomber dans l’endurcissement du cœur » (c. 1). « Vous done, qui avez été les fauteurs de la révolte, soumettezvous aux prêtres et acceptez la correction comme une pénitence » (c. LVI1).

6. Le dogme de la résurrection des corps est confirmé, ainsi que dans saint Paul, par un grand nombre d'exemples puisés dans la nature, et surtout par le prétendu rajeunissement du Phénix au bout de cinq siècles (c. XXIV-XXVI).

1. L'Eglise, aux yeux de saint Clément, est le corps unique et indivisible du Christ; il n’est point permis de le lacérer ni de le désunir!; ceux qui demeurent sé- Parés de lui sont voués à la damnation*. L'Eglise se compose du clergé et des laïques : « Au pontife su-

Ida ri GLéhxopey xal Gtaomépey Ta nein roù Xproroë, xal ora- Naloney rpos Td cha LöLov; C. XLVI.

!Ausıydv dorıy üpiv dv rw mouuviw Tod Xpioroÿ nıxpobs xal Aloyinous epedävaı n a0’ Ürepoyhy boxoüyras Éxpipñvar EAmldos &roÿ, C. LNII. -

Pi) MANUEL DE PATROLOGIE.

prême sont confiées des fonctions particulières ; les prêtres ont reçu une place distincte, et les lévites ont des offices spéciaux à remplir; le laïque est assujetti aux prescriptions des laïques (c. xL). Saint Clément, il est vrai, emploie encore indistinctement les termes‘ d'évêques et de prêtres (érloxomoi, rpes6irepor) ; mais \l n'en admet pas moins trois ordres hiérarchiques distincts les uns des autres et comprenant les évêqués, les prêtres et les diacres (c. xzn et xLıv; cf., ©. xLvu et Lvii), qui correspondent aux trois ordres de l’Ancien Testament! indiqués au chapitre xc. La hiérarchie n’est point d'origine humaine, mais d'origine divine ; il ne saurait donc être permis de déposer les chefs légitimement appelés et accrédités (c. xxxıx). Ces chefs, au temps de saint Clément, étaient nommés avec le concours des fidèles, ouveudonnsdens is éxxnoluc néons, consentienle universa Ecclesia (c. xLIV).

8. Enfin, l'invitation faite par les Corinthiens à l’Eglise de Rome, de mettre un terme à leurs dissensions dans un temps où l’apôtre saint Jean vivait probablement encore, de même que la réponse de l’évêque saint Clément, est une preuve décisive de la primauté de l’évèque de Rome sur toute l'Eglise.

Le style de cette lettre semblait à Photius plein de simplicité et de force, et tout-à-fait dans la manière ecclésiastique (Biblioth., cod. 143).

111 est vrai qu’à côté de fyoüpuevor et de mponyounsvor (éxioxomot), on trouve aussi, c. I et XXII, mpsohürspo.; mais il est difficile que dans ces deux endroits mpsoburspo: désigne les chefs de l'Eglise ; il s'applique plutôt à des personnes âgées, par opposition aux jeunes personnes, véots, mentionnées dans le contexte. — Sur l'explication du difficile passage qui commence le chapitre xLIV concernant les relations des apôtres et des chefs institués par eux: Kal preraëi éruvouny 8eôdxaoey (äméaroko), consulter Nolte dans la Revue de théolog. cath., par Scheiner, Vienne, 1855, p. 448, et Héfelé, des Pères apostoliques.

$ 13. L’Epitre catholique de saint Barnabe6!.

Voir les Prolégomènes de Cotelier, Galandi, Jacobson, Héfelé et Dressel.

La lettre catholique de saint Barnabé (ixıstoA} xadoAxt) en vingt-deux chapitres, était demeurée jusqu’iei incomplete; le commencement, c’est-à-dire quatre chapitres et demi, n'existait que dans une traduction latine gravement altérée, lorsque Tischendorf découvrit le texte grec complet dans un manuscrit du Sinaï. Ce manuscrit a été reproduit par Dressel, avec des variantes (Patres apost., ed. 2°, Lips., 1863).

Dès la plus haute antiquité chrétienne, cette lettre avait été attribuée à un personnage souvent mentionné dans les Actes et dans les’ epitres de saint Paul, à Bar-

nabé, compagnon et collaborateur de saint Paul, :et

qualifié aussi du titre d’apötre. Originaire de Chypre et connu d’abord sous le nom de Joses, il avait recu des apôtres le surnom de Barnabé (Fils de la Consolation ou du Discours inspiré). Comme saint Marc, son cousin et

son compagnon, après s'être d’abord séparé de saint .

Paul, se trouvait de nouveau avec lui en l’an 62%, on a supposé que Barnabé était déjà mort à cette époque. D’après le calcul de Mazochius, sa mort ne serait arrivée qu'en l’an 76, tandis que, selon les données obscures et incertaines d’actes de martyrs d’une date postérieure (Acta et Passio Barnabæ in Cypro), elle aurait eu lieu dès l'an 53, 55 ou 57*. ‘

Les célébrités scientifiques de l'Eglise au troisième

‘1 Clem. Alex., Strom., Il, vı, vu, XV, XVI, XX; V, VIII, X, XVII; Orig., Contra Cels. > À, LXIN ; De princip., II, 1; Euseb,, Hist. eccl., I, xxv; VI,xıv; Hieron. Catal., c. VI.

3 Act., 1x, 27; 11, 12, 25; xıv, 18 ; XV, 2; Z Cor., IX, 6; Galat., Il, 1,13; Col. IV, 10; Philem., 24.

8 Coloss., Iv, 10; ct. I Pierre, V, 16; II Tim., 1, 11.

+ CE. Héfelé, Lettre missive de Barnabé, p. 31-37 (en allemand).

siècle, saint Clément d’Alexandrie et Origène, n'hésitent pas à attribuer cette lettre au Barnabe dont nous parlons, sans toutefois la placer au même rang que les écrits des apôtres. Eusebe lui-même et saint Jérôme n'ont pas révoqué en doute son authenticité ; si le premier l’a classée parmi les dvcoeydueva, et le second parmi les écritures apocryphes, cela signifie simplement qu'elle n’a point d'autorité canonique, qu'elle ne fait pas partie des écritures canoniques du Nouveau Testament. Saint Jérôme avouait lui-même qu'elle contribuait « à l’édification de l'Eglise, » ad ædificationem Ecclesiæ. Dans le manuscrit du Sinaï, au contraire, elle figure parmi les écritures canoniques.

Si favorables que soient ces témoignages extrinsèques, l'authenticité de notre lettre a été contestée, dans les temps modernes, par des catholiques et par des écrivains protestants, notamment par Noël Alexandre et dom Cellier, Hug et Héfelé!, et l’on a soutenu comme probable qu'elle avait été écrite après coup par un juif christianisant d'Alexandrie, son homonyme. Voici les arguments que l’on invoque : 4. Non-seulement, cette épitre n’a pas été insérée au canon du Nouveau Testament, mais elle a été traitée quelquefois d’apocryphe. 2. Dans certain passage, il est dit formellement (c. xvı) qu'elle a été composée après la ruine du temple de Jérusalem (an 70 : après Jésus-Christ), alors que l’apôtre Barnabé était sans doute déjà mort. 3. L'auteur, dans l'explication allégorique de quelques passages de l’Ancien Testament, a critiqué et tourné en ridicule des institutions juives dignes de respect. 4. Enfin, cette lettre contient un trop grand nombre d’allégories et de récits fabuleux empruntés à l'histoire naturelle (tels que l’histoire du renard, de la hyène, de la belette), allégories ineptes et par trop étrangères à la simplicité de la diction apostolique.

1 Héfelé, l’Epitre de Barnabé, nouvellement examinée et commenmentée. Tub., 1840. -

D'autre part, le fond de cette lettre offre de grandes analogies avec l’épitre aux Hébreux ; elle se propose, comme celle-ci, de rattacher définitivement au christianisme les judéo-chrétiens toujours fort entichés de la lettre de l’ancienne loi, en citant et en interprétant les points de l’Ancien. Testament qui ont trait à son sujet. Dans ce but, il s'efforce de démontrer que l’Ancien Testament n'était, par son caractère même, qu’une préparation à Jésus-Christ; puis il commente, d'après le système d'interprétation allegorique usité depuis Philon, les textes qu'il allègue à l’appui de sa thèse t.

Nous avons déjà répondu plus haut aux deux premières objections. Quant aux difficultés qui font l’objet de la troisième, il est étrange, dirons-nous d’abord, que les anciens théologiens, tels que saint Clément d’Alexandrie, Origène, etc., n’en aient point été frappés, ou du moins qu'ils y aient moins insisté que les modernes. Il nous semble, ensuite, que si l’on y regarde de près, si l'on considère le but que l’auteur avait en vue, on sera moins choqué de certaines particularités. Sur la quatrième difficulté, relative aux excès de l'interprétation allégorique, nous dirons: 4. qu’on en voit déjà des exemples dans l’Epttre aux Galates, ıv, 22-26, et dans plusieurs endroits de l’Epttre aux Hébreux de saint Paul ; 2. qu'il faut avoir égard aux lecteurs familiarisés avec l’exégèse allégorique et vague de Philon. On remarque en effet, dès l'introduction, que l’auteur a surtout voulu se placer au point de vue de ces sortes de lecteurs : « Je me propose, dit-il, comme l’un d’entre vous, de vous offrir quelques courtes explications (c. 1); puis il ajoute d’un ton légèrement satirique : « Je ne vous écris avec autant de simplicité que pour me rendre intelligible » (c. vi). Et ailleurs : « Passons encore à

1 Héfelé (Lettre circul. de Barnabé, p. 84), après avoir cité l’allégorie outrée dont Barnabé se sert pour expliquer le chiffre 318 (c. 1x), en rapporte une autre de Philon plus excessive encore,

une autre méthode d'enseignement et d'instruction » (c. xvm).

Ces différents endroits s’eloignent tellement de la simplicité qui règne dans la préface (c. 1-v) et dans la conclusion (c. xvin-xx1), où l’on reconnait si bien la manière et le cachet de l’auteur, qu'on croit entendre, malgré soi, deux voix entièrement différentes, et que Schenkel a cru à une interpolation des passages intermédiaires qui font avec le reste un si étonnant contraste !.

Enfin, nous croyons pouvoir fortifier encore notre opinion par cette remarque, évidemment satirique , qui termine le chapitre 1x, où, après avoir interprété ce passage suivant d’après la méthode d'interprétation allégorique poussée aux dernières limites : « Abraham circoncit trois cent dix-huit personnes de sa maison, » l’auteur ajoute : « Jamais personne n’a recu de moi une doctrine plus véritable; je sais du reste que vous en êtes dignes ; » et à la fin du chapitre x: « Nous qui avons l'intelligence parfaite des commandements, nous vous prêchons les propres pensées du Seigneur. »

Quant aux récits fabuleux d'histoire naturelle, sur lesquels l’auteur insiste si fort, ils ne passaient point pour tels à cette époque ; car ils sont admis comme vrais dans des ouvrages d'histoire naturelle, tels que ceux de Pline et de Clément d'Alexandrie.

On objecte encore contre l’authenticité de cette lettre le passage suivant, où l’auteur dit (c. v) en parlant des apôtres : « Le Seigneur a choisi des hommes souillés de toutes sortes de péchés, » elegit Dominus homines omni peccato iniquiores. Mais saint Paul lui-même a tenu un semblable langage *. Une telle expression n’est guère explicable que dans la bouche d’un homme apostolique,

1 Ullmann, Etudes et critiques, 1887, p. 662-686. 2] Cor.,xv, 19; 1 Tim., 1,18, 14.

qualifié lui-même du nom d’apötre ; un simple chrétien ne se serait point permis de parler de la sorte.

On voit par là à quoi se-réduisent les doutes élevés contre l'authenticité de cette lettre. Nous dirons, de plus, que les parties qui sont écrites dans le goût de l’auteur renferment des passages d’une beauté saisissante et des doctrines d’un haut intérêt.

Passages et doctrine remarquables.

Nous citerons en ce genre le passage suivant, qui est . entièrement dans l’esprit de saint Paul: « Les soutiens de notre foi sont la crainte de Dieu et la patience ; nos collaborateurs sont la constance et la persévérance » (e. u, initio). Rien de plus magnifique surtout que la description si bien conduite « des voies de la lumière et des voies des ténèbres » (c. xıx, 20).

La divinité de Jésus-Christ est proclamée dans une bule de passages pleins de simplicité et d’éloquence. Dans l'explication allégorique du psaume cı, verset 4 (Maith., xxnx, 43-45), l’auteur s’écrie : « Voyez comme David l'appelle son Seigneur et le Fils de Dieu, à qui tous ls peuples doivent obéir et à qui ils sont redevables de tout » (c. xt). Dans le chapitre v, le Seigneur est le Souverain de l’univers, et le soleil l'œuvre de ses mains, etau chapitre vn, « c’est le Fils de Dieu, ce maître et ce juge des vivants et des morts. »

Le but de l’incarnation du Fils de Dieu est décrit avec beaucoup de simplicité et de clarté : « En paraissant luimême, il se proposait de délivrer des ténèbres nos cœurs déjà dévorés par la mort et voués à l'injustice de l’erreur, ei d'établir avec nous par sa parole une alliance nou- Yelle » (e. x, 4). « Le Seigneur a livré son corps à la destruction , afin que nous fussions sanctifiés par la ré- Mission des péchés. par l’effusion de son sang (c. v);

que ses blessures nous rendissent la vie » (c. vu).

! Eph., VI, 14-17,

le av). methode d'enselgnemer saint Barnabe, est Ces différents endroits s’éloir , ‘4ti0n complete : « En

plicité qui règne dans la pr sion des péchés, Jesusj . ” ue nouvelle, une âme d’enclusion (c. xvIn-xx1), O1

nière et le cachet de ‚ansforme nos esprits..., car il malgré soi, deux" La demeure de notre cœur est Schenkel a cœu veau Seigneur » (c. vi). « Nous jans l'eau pleins de péchés et d’ordures,

médiaires qu „ie s sortis en portant des fruits. »

a Br de la résurrection et du jugement : « Jetapparu dans la chair pour affaiblir la mort r 05 p ini 44 #7, ter #7 ja ja resurrection des morts..., pour montrer

Hr Pa on séjour sur la terre qu’apres la résurrection Pet es fonctions de juge » (c. v).

dE oi doit avoir la charité pour compagne : « C'est

uns l'amour du prochain que réside la grandeur de

d foi et l'espérance d'une vie sainte et pure » (c.1).

, Chacun recevra selon ses œuvres ; s’il a été bon , il sera

“récédé de sa bonté ; mauvais, la récompense de sa Ma-

jiee le suivra » (c. IV). « Tous ceux qui me voient et

veulent entrer en participation de mon royaume, doi-

vent me conquérir dans la privation et dans les souf-

frances » (c. vIt).

L'auteur, car c'était là le but essentiel qu'il se proposait, insiste principalement sur Y’abolition de l’Ancien Testament par le Nouveau.

Comme les épitres du Nouveau Testament, la lettre de saint Clément renferme une partie dogmatique (c.ıxvu), et une partie parénétique ou morale, c. xvin-xxi. (Cf. Weizsæcker, Critique de l’épttre de Barnabe', reproduile d’après le manuscrit du Sinat (en allemand), Tubing., 1863, programme.)

Per r #

Page 1