Saint Ignace, évêque d’Antioche (mort en 107 ou
fgomènes de Cotelier, Gallandi, Jacobson, Héfelé
„omme Geopépos, était probablement d’ori- ‚sune.
après les actes de son martyre, dont l’authenticite a été de nouveau établie de nos jours i, et d’après la Chronique d’Eusebe, il était disciple de l’apôtre saint Jean. Consacré évêque d’Antioche par les apôtres, succes- $eur de saint Pierre et d’Evode, il exerça son ministère sous le règne de Domitien avec une vigueur toute apostolique. Lorsque Trajan, enivré des succès de son expédition contre les Scythes, se mit à persécuter les chrétiens, il donna ordre, pendant sa nouvelle expédition contre les Arméniens et pendant son séjour à Antioche, de lui amener Ignace. Le courageux évêque professa heroiquement sa foi en présence de l’empereur, qui le condamna à être déporté à Rome, pour y devenir la pâture des bêtes fé- Toces, Le vaisseau qui le portait aborda plusieurs fois au rivage, et comme la renommée de ses travaux apostoliques et de son couragé magnanime s’etait répandue au loin, il trouva sur tous les lieux où il mit pied à terre, des délégués envoyés par les communautés chrétiennes pour lui témoigner leur sympathie et lui adresser leurs félicitations. Ce fut dans ces circonstances qu’il écrivait de Smyrne ses lettres aux Ephésiens, aux Magnésiens,
aux Tralliens, et aux Romains; de Troade, ses lettres
aux Philadelphiens, aux Smyrnéens et à leur évêque, Polycarpe. Il supplie, en termes onctueux et émouvants, les fidèles de Rome de ne lui point ravir la couronne du martyre en intercédant pour lui auprès de l’empereur :
1 Martyrium sancti Ignatii, dans Cotelier, Gallandi et Héfelé, 4e édit., p. 244-253 ; Prolegom., p. LXVIU-LXXIV.
« Je vous écris plein de vie, mais plein du désir de mourir. Mon amour est crucifie; ce qui s’agite en moi, ce n’est point le feu de ce monde, mais l’eau de la vie qui me crie : Viens à mon Père. Je ne suis sensible ni à la nourriture corruptible, ni aux plaisirs de cette vie. Je désire le pain de Dieu, le pain céleste, qui est la chair de Jésus-Christ, le Fils de Dieu. » Le 20 décembre 107 ou 114, {gnace devint la proie des lions dévorants, et ses principaux ossements furent envoyés à Antioche comme de précieuses reliques.
Le texte de ses lettres mentionnées déjà par saint Irénée‘, puis par Origène, Eusèbe, saint Jérôme, a subi aux cinquième et sixième siècles de nombreuses interpolations. À partir de cette époque, il en a circulé deux rédactions, l’une plus longue, l’autre plus courte; la première était la plus connue en Occident. Usher, évêque anglican d’Armagh en Irlande, trouva en 1644 une traduction du texte abrégé, et Isaac Voss, le célèbre philo-
. logue de Leyden, découvrit à Florence l'original grec correspondant. Dans cet état de choses, on n'aurait plus songé sans doute à suspecter l'authenticité de ce texte abrégé, si la doctrine qu’il contient, notamment celle de la prééminence de l'évêque de Rome dans l'Eglise apostolique, n’eüt embarrasse les protestants. De là viennent les nouvelles attaques dont ces lettres ont été l’objet de nos jours. À cette première cause de discussion, il en faut ajouter une seconde. Parmi les lettres de saint Ignace, il en est trois (celles à Polycarpe, aux Ephésiens et aux Romains), dont l’Anglais H. Tattam a découvert, dans un couvent d'Egypte, une traduction syriaque. Ce texte, plus court encore que les précédents, a été édité par William Cureton, en 1845. Aussitôt après, Bunsen publia : Les trois lettres authentiques, et les quatre lettres non authentiques
1 Iren., Adv. hæres., lib. V, c. xvu1; Euseb., Hist. eccl., lib. UL, c. xxxvı; Orig., Prolegom. in cant. et Homil. v in Luc. Hieron., Catal., c. xvı.
d’Ignace d’Antioche, Hamb., 1847 (en allem.), suivies de : Ignace d’Antioche et son temps, Hamb., 1847. Parmi les nombreux adversaires de Cureton et de Bunsen, nous citerons surtout Uhlhorn, Hefele et Denziger ; ces auteurs ont démontré victorieusement que la nouvelle production en langue syriaque n’était autre chose qu’un extrait du texte grec découvert par Voss, fait dans un but ascétique et morale. Hilgenfeld a reconnu lui-même que ce texte portait des traces évidentes d’abréviations et de réductions, qui enlevaient à ces lettres, surtout à la lettre aux Ephésiens, toute saveur et toute énergie !. Que si, malgré cela, Dressel ? croit trouver une nouvelle objection dans ce fait que les formules de salutation sont conservées dans les lettres syriaques, on peut lui répondre, 4. que l’abréviateur a voulu indiquer la source où il avait puisé son travail, et 2. qu’il ne voulait point sacrifier les idées spirituelles exprimées dans ces longues formules , particulièrement dans les deux £pitres aux Romains et aux Ephésiens.
Il reste encore huit autres lettres souvent attribuées à saint Ignace et qui sont indubitablement apocryphes. Cinq sont en grec, et trois en latin. Elles sont intitulées : Ad Mariam cassobolitanam ; — ad Tarsenses ; — ad Antiochenos; — ad Hieronem, diaconum antiochenum ; — ad Philippenses; — ad Joannem apostolum; — ad beatam virginem Mariam.
Par son caractère, saint Ignace rappela tout-à-fait l’apôtre saint Jean; amant passionné de Jésus-Christ et porté à la contemplation, il s’est approprié toutes les grandes idées du disciple bien-aime ; on retrouve chez lui jusqu’à cette formule : « L'amour de l'Eglise vous
t Les Pères apostol., p. 225, 279. Cf. Dictionnaire encyclopéd. de la théol. cath., éd. Gaume. Meræ, Meletemata ignatiana (contra Lipsius, etc.), critica de Epistolarum ignatianarum, versione syriaca, commentatio a Hall., 1861. Tubing. Theol. Quart.-Sch., 1863, 2e livr. — 2 Prolegom., p. XXIX.
salue , » c’est-à-dire les fidèles unis entre eux par le lien . de l’amour, et il donne le nom d’agape * à la société des fidèles unis par les liens de la charité. Ajoutons qu'il a le premier désigné l’apostolat ou l'épiscopat comme la colonne fondamentale sur laquelle l'Eglise est bâtie. I] n’est donc pas étonnant qu'il soit le premier aussi qui ait employé l'expression d’Eglise catholique. « Partout où paraît l’évêque, dit-il, là doit se trouver aussi le troupeau; comme aussi là où est Jésus-Christ, là est l'Eglise catholique 5. » Jésus-Christ est donc représenté et dans l’apostolat et dans l’épiscopat ; et de là vient que, dans toutes ses lettres, saint Ignace rappelle que l’épiscopat est le centre de l'Eglise universelle.
Le style de saint Ignace, à raison de l'abondance accumulée des pensées, est souvent obscur et difficile ; ses périodes sont trop longues et trop compliquées.
L'objet de ses lettres, si on excepte l’épitre aux Romains, écrite dans les circonstances marquées plus haut, puis l'épitre à Polycarpe où prédomine, comme dans les épitres de saint Paul à Timothée et à Tite, l'esprit pastoral, c'était d'abord de remercier les fidèles de la sympathie qu'ils lui avaient témoignée à Smyrne et à Troade en lui envoyant des délégués, et aussi de les prémunir contre deux hérésies entièrement opposées l’une à l’autre : celle des ébionites, qui soutenaient que Jésus- Christ n'était qu'un pur homme, et celle des docètes, qui ne voyaient en lui que le côté divin et soutenaient que tout ce qui tombait sous les sens n'était qu’apparence trompeuse. A l'exemple de son maître saint Jean, Ignace évite à dessein de les appeler par leur nom, et se contente de dire : x& 3 évépura adrov dvra niora, oùx ZBoge por Eyypayaı (ad Smyrn.). Le moyen d'éviter l’hérésie qui lui parait le plus excellent, c’est de rester attaché à l’évêque
1 Cf. Rom., e. vu; Trall., c. xıu; Philad., c. xt; Smyrn., c. Xu. — 2 Rom., c. 1. — 3 4d Smyrn., c. Yan.
qui est etabli de Dieu et qui represente Jesus-Christ. Il ne faut point disputer avec les heretiques touchant les Ecritures; car, avec les faux-fuyants perpetuels et les objections sans cesse renaissantes, on n’obtient point le résultat que l’on espère. Si on leur dit que la doctrine qu'ils contestent se trouve dans les saintes Ecritures, ils répondent : « Elle y est, » mpéxeirar (ad Philadelph., c. vu).
Importance de la doctrine contenue dans les Lettres de saint Ignace.
La valeur de cette doctrine a été reconnue dès la plus haute antiquité. Saint Polycarpe, écrivant aux Philippiens, leur disait : « Les lettres d’Ignace, que je vous envoie, ont pour objet la foi et la patience, c’est-à-dire, tout ce qui contribue à affermir dans la foi et dans l’amour de Notre-Seigneur. » Eusèbe fait la même déclaration dans son Histoire ecclésiastique, livre 1II, c. xxxvi : « Ignace, dit-il, pour plus de sécurité, a confirmé par des témoignages écrits et par des lettres la tradition des apôtres et la tradition verbale , » comme le prouve surabondamment la lecture de ses écrits.
1. Ignace s'occupe souvent et d’une manière particuliere de la sainte Trinité et de la divinité du Saint-Esprit : « Soyez, dit-il, soumis à l’évêque comme à Jésus-Christ, comme les apôtres étaient soumis à Jésus-Christ, au Père et au Saint-Esprit » (ad Magn., c. xx; ad Eph., C. IX).
2, Il établit la divinité et l'humanité de Jésus-Christ, d'une part contre les ébionites (ad Magn., c. vu, vin et x; ad Philadelph., c. vietix); de l’autre, contre les docètes (ad Smyrn., ec. ı-v; ad Trall., vi-x, et surtout c. x): « Ils soutiennent, dit-il, que Jésus-Christ n’a eu que les apparences de la souffrance, eux qui ne sont que des fantômes d'êtres. »