L'Eglise, aux yeux de saint Ignace, fondée sur la
Polycarpe, Jésus-Christ, qui a pris nos péchés en son propre corps sur la croix (c. vin); sa mort expiatoire a été un sacrifice pur et sans tache; car il n’a commis aucun péché, et nulle imposture n’a jamais été dans sa bouche » (c.v).
4. Il exhorte les fidèles à la pratique des vertus chrétiennes, puis il ajoute : « Priez pour tous les saints (les chrétiens), ainsi que pour les rois, les potentats et les princes, pour vos persécuteurs et pour les ennemis de la croix » (C. XII).
3. Enfin, « celui qui nie la résurrection et le jugement futur est le premier-ne de Satan » (c. vn).
S 16. Lettre eneyelique de l’Eglise de Smyrne'sur le martyre de saint Polycarpe (Episiola encyclica Ecclesiæ smyrnensis de martyrio Polycarpi).
Voir les Prolégomènes de Cotelier, Gallandi, Jacobson et Héfelé.
Cette lettre, en vingt-deux chapitres, a été rédigée par un nommé Evareste et insérée presque tout entière dans l'Histoire ecclésiastique d’Eusebe (liv. IV, c. xv). Elle était adressée « à toutes les communautés de la sainte Eglise catholique en tous lieux, » car les fidèles de Smyrne étaient persuadés que la chrétienté tout entière, unie par la conformité de la vie et de la charité, prendrait une part active au sort de son héroïque évêque Polycarpe. L'auteur dépeint avec une touchante simplicité la persécution qui vient d’eclater, le courage qu'y ont déployé un grand nombre de chrétiens, la chute du Phyrgien Quintus, les divers incidents de la captivité de Polycarpe, sa confession généreuse, la constance qu’il a montrée dans la mort, sa prière où respire la confiance et la résignation, et le soin qu'ont mis les chrétiens à recueillir ses ossements. L’authenticité de cette lettre n’a pas été attaquée; maïs on a élevé des doutes sur son intégrité, en presumant non sans motif que le chapitre xvı avait
subi dans la suite des temps une substitution de texte, et qu’à la fin du chapitre xxır on avait ajouté ce passage: Eyw de navy ILiovtoç... duv.
Principales doctrines enseignées dans cette lettre.
4. C'est d’abord le conseil donné aux chrétiens de ne point courir au martyre avec une sorte de jactance : « Nous ne louons point, mes frères, ceux qui se présentent d'eux-mêmes : cela est contraire à la doctrine de l'Evangile» (c. ıv).
2. Le jour de la mort des martyrs est appelé le jour de leur naissance, natalilia martyrum, car c'est alors qu'ils naissent pour le ciel (c. xvın).
3. Nous rencontrons ici, pour la seconde fois dans la littérature chrétienne, l'expression d’Eglise catholique.
4. L’adoration de Jésus-Christ et le culte des saints sont distingués de manière à prévenir toute confusion. «a Nous reconnaissons le Christ, nous l’adorons parce qu’il est le Fils de Dieu; les martyrs, au contraire, nous les aimons comme ils le méritent, comme des disciples et des imitateurs de leur maître, à cause de leur amour invincible pour leur roi et leur seigneur ; car nous désirons aussi devenir leurs compagnons et leurs condisciples. » |
5. Sur les reliques des martyrs, on lit le passage suivant : « Nous avons ramassé ses os (de saint Polycarpe). plus précieux que les pierreries et plus purs que l'or; et nous les avons renfermés dans un lieu convenable (à l'autel). C’est là que nous nous assemblerons
3 Comme Eusèbe, Rufin et Nicéphore ne disent point en cet endroit qu'un colombe (epcorsça) s’echappa du côté de saint Polycarpe, Le Mome a soupçonné que ce mot r=sısr.:3 devait être joint à ces mots : !=" izc5r:c3 (a sinistra) 237). Be 77805 aiparos, GITE XATATI- Sésa rs zug (efluzit a sinistra tanta sanguinis copia P ut iynem ezst ngueret). Le docteur Nolte croit qu'il faut lire ainsi : 27,10€ TEZÉTTELA aluaras 2272 77905 (scintillarum instar sanguis spargelatur versus siultitudinem). Cf. Héfelé, Patr. apostol., ad hune loc.
avec grande joie, s'il nous est permis (c'est-à-dire si les persécutions ne nous en empêchent pas), et Dieu nous fera la grâce d’y célébrer le jour natal de son martyre, tant en mémoire de ceux qui ont combattu pour la foi que pour exciter ceux qui ont à soutenir un pareil combat » (c. xvın).
5 17. Papias, évêque d’Hierapolis (dans la Petite Phrygie).
Cf. Hieron., Catalog., c. XVII; Gallandii Prolegomena, c. x et p. 816-819; Halloix, Vita sancli Papiæ (illustr. Eccles. orientalis scriptor. sæculi primi vitæ et documenta. Duaci, 1633, in-fol.).
Le titre de disciple des apôtres a été souvent décerné à Papias, connu aussi sous le nom de Presbyter Joannes in Ephesus; l'antiquité chrétienne le mentionne fréquemment. Saint Irenee l’appelle un disciple de saint Jean et un ami de saint Polycarpe'. Suivant une parole d’Eusebe*, peu justifiée, il aurait mis plus de zèle que de talent à recueillir de la bouche des apôtres et de leurs disciples la tradition verbale, les discours et les actes de Jésus-Christ. « Très-ancien auteur, mais trèspetit esprit, » c'est ainsi que Bossuet lui-même le caractérise5. Eusebe l'a jugé tout autrement, mais c’est précisément dans un endroit de son Histoire ecclésiastique, livre Ill, c. xxxvı, dont l’authenticité est douteuse.
Papias a consigné le fruit de son travail dans les Explicalions des discours du Seigneur, en cinq livres ('Efnyñoers Aoylwv xupraxäv), dont il n’existe plus que des fragments cités dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusebe et dans le traité des Hérésies de saint Irénée. Grabe les a recueillis dans son Spicilegium, Routh dans ses Reliquiæ sacræ, tome I, et Gallandi dans sa Bibliotheca. En 1918, si nous en croyons Gallandi, l’église de Nîmes conservait encore l'ouvrage tout entier.
1 Adv. hæres., lib. V, c. xxxtı.— 3 Euseb., Hist. eccl., III, xxxıx. — 3 Bossuet, {’Apoc., c. xx. (Addit. du trad.)
Nous avons là un exemple de la première méthode suivie dans l'interprétation de l'Ecriture. Comme Papias touchait de près à l’ere apostolique, il est singulièrement instructif d'apprendre de sa bouche qu'il preferait la tradition verbale des premiers témoins de Jésus-Christ à la tradition écrite; « car, ajoute-t-il, il me semble que les livres ne fournissent pas le même avantage que la parole vivante : celle-ci se grave plus profondément #. »
Une chose digne de remarque au point de vue de l'histoire de l'Eglise, c'est que Papias est probablement le premier auteur chrétien qui ait émis l'opinion que, durant mille ans (millénarisme), Jésus-Christ régnerait a dans une Jérusalem terrestre magnifiquement rebätie, où la gloire de Dieu éclaterait d’une manière admirable, où Jésus-Christ régnerait avec ses martyrs ressuscités?,» opinion qui avait indubitablement sa source dans une fausse intelligence de saint Matthieu, xxıv, xxıx et xxx1v, de saint Paul, 7 Thess., v, 2; cf. II Thess., u, 2, et surtout l’'Apocalypse, xx, 2-4. Ce sentiment a été embrassé par. saint Justin, saint Irenee, Tertullien, Lactance, etc.; mais leurs idées, beaucoup plus modérées, n’ont rien de commun avec les superfetations judaïques de l’hérétique Cérinthe. |
$ 18. L'auteur inconnu de la Lettre à Diognète.
Voir les Prolégomènes dans Gallandi, c. x1; Héfelé et Otto, Epistola ad Diognet., ed. 11%, Lips., 1862.
Cette lettre remarquable avait été, jusqu'aux temps modernes, classée parmi les écrits de Justin, martyr et apologiste du milieu du deuxième siecle. Tillemont, le premier, a prétendu qu’elle remontait à une époque plus ancienne, puisque l’auteur se qualifie lui-même de disciple des apôtres (c. x1). De nos jours, Otto et
1 Dans Eusèbe, loc. cit. —? Cf. Bossuet, loc. cit. (Citat. du traducteur.)
Hoffmann ! ont encore essayé de défendre l’ancienne opinion en interprétant largement l'expression de « disciple des apôtres, » et en considérant comme une addition postérieure la dernière partie (c. xi-xn), où se trouve cette expression.
À quoi nous répondons : 4. que le sujet de la lettre n’est pas encore épuisé au chapitre x; 2. que les developpements contenus dans les chapitres xı et xı sont au contraire un excellent resume de l’ensemble et le terminent parfaitement; 3. que le style de la dernière partie concorde de tout point avec ce qui précède, et qu'il serait difficile de coudre à la suite d’un morceau si achevé un lambeau qui s’adaptät à la forme et au fond ; 4. que, supposé que l’amen ajouté après le chapitre x, dans un seul manuscrit (Codex Argent.), fût authentique, on pourrait prouver par des passages analogues de saint Paul et de saint Clément de Rome (Epist. I ad Cor., c. xzxn1), que les morceaux de l’Ecriture ne finissent pas toujours par . amen. De plus, et pour ne citer que ce fait, les opinions de notre auteur sur le judaïsme et le paganisme, analogues à celles de saint Barnabé, diffèrent notablement de celles de saint Justin; car celui-ci trouve dans le judaisme et le paganisme infiniment plus de coutumes respectables et utiles que le rédacteur de la Leltre à Diognèle. Enfin, non-seulement le style et le genre d'exposition de notre lettre different de la manière de saint Justin, mais il y a entre l’un et l’autre un véritable contraste ?.
L'occasion où elle fut écrite est indiquée dans la lettre même. Diognète, un païen illustre (l’auteur l’appelle xpétiotos), puissamment ébranlé par les résultats du christianisme, avait manifesté à l’auteur le désir de savoir pour quelles raisons les chrétiens avaient déserté le judaïsme et le paganisme, quel pouvait être le Dieu
1 Programme du gymnase cathol. de Neisse en Silésie, année 1851. ? Voir sur ce sujet les explications détaillées de M. Héfelé dans la Revue de Tubingue, p. 460-470, 1864.
qu’ils adoraient maintenant pour qu'ils lui fussent dévoués au point de souffrir pour lui le martyre, de mettre en lui toute leur espérance et de mépriser le monde ? Si tout cela vient de la force de leur religion, pourquoi le christianisme n'est-il pas venu plus tôt ?
Dans sa réponse, l’auteur anonyme commence par prier Diognete de renoncer à tout préjugé, puis il lui dévoile la folie du culte païen, l’imperfection et les pratiques superstitieuses du judaïsme. Comme contraste, il relève l'excellence de la révélation divine proclamée par le christianisme et manifestée dans la vie des fidèles. Il fait de la vie chrétienne une vive et éloquente peinture à l'aide des antithèses suivantes : « Les chrétiens ne résident point dans des villes particulières, ils ne parlent point une langue à part, ils n’ont rien d’etrange dans leur manière de vivre. Ils habitent leur propre pays, mais comme des étrangers; ils ont les mêmes droits que les citoyens, et ils endurent tout comme des étrangers. Tout pays étranger est leur patrie, et toute patrie leur est étrangère. Ils se marient comme tout le monde et engendrent des enfants, mais ils ne les exposent point. Is ont une table commune, mais ils n'ont pas la communauté des femmes, ils vivent dans la chair, mais ils ne vivent point selon la chair, leur séjour est sur la terre, mais leur conversation est au ciel. Is aiment tout le monde, et tout le monde les persécute, Ils meurent, mais ils enfantent la vie. Ils sont pauvres, et ils en enrichissent plusieurs. On les couvre
de mépris, et ils se vengent par des bénédictions. Leurs mœurs sont irréprochables, et on les punit comme des malfaiteurs. En un mot, ce que l’äme est dans
k corps, les chrétiens le sont au milieu du monde. »
le tels résultats, conclut l’auteur, ne peuvent émaner
que du Créateur de l’univers, qui s’est uni avec les derüiers des hommes, ses créatures, ainsi que l’enseigne le dhristianisme. Cette question : Pourquoi le christianisme
est-il venu si tard ? est résolue dans le même sens que par saint Paul, Rom., c. xt, et Luc., xv, 8.
Quoique l'auteur soit inconnu, sa doctrine et la manière dont il la présente montreraient suffisamment, quand même il ne le dirait pas, qu'il était disciple des apôtres (©. xı); car, à l’exemple des autres Pères apostoliques, il appuie sa démonstration sur des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, et surtout sur saint Jean et saint Paul, qu'il commente sans les citer textuellement. 7.
Sa langue, pure et fleurie, prouve, selon la remarque
de Photiust, qu’il était maître de son style; son récit, admirablement coordonné, est relevé par des transitions habiles et par des antithèses frappantes.
„ Les condamnations à mort de chrétiens, auxquelles il fait de fréquentes allusions, donnent lieu de présumer que notre lettre a été écrite sous le règne de Trajan (98-117).
Cette lettre est la première apologie chrétienne qui ait été opposée au paganisme et au judaïsme. Indiquons maintenant les ressources qu’elle offre à la Patrologie pour la démonstration du dogme catholique.
Vérités importantes contenues dans l’épitre à Diognète.
4. Aucun homme ne possède de lui-même la parfaite connaissance de Dieu; on ne l’obtient que par la révélation divine du Verbe (c. v et vx). « Nous ne sommes point parvenus à cette doctrine par la réflexion ou par la recherche d'hommes curieux, car quel est l'homme qui sût ce que c’est que Dieu avant que lui-même ne fût venu ? Ou bien partageriez-vous peut-être les opinions vaines et insensées de ces philosophes dignes de foi (1), dont quelques-uns soutiennent que Dieu est un feu, d'autres de l’eau, d’autres encore que c'est un des éléments que Dieu a créés ? » Du reste, quand les hommes ont dû
1 Photius, Biblioth., cod. 125.
embrasser la religion divine, la connaissance chez eux a dü marcher de pair avec la conduite; car il n’y a point de vie sans connaissance, et il n'y a point de connaissance solide sans vie véritable : ce qui suffirait à le prouver, c’est que, dans le paradis, « l’arbre de la science et l’arbre de vie étaient l’un à côté de l'autre » (e. x11).
2. Divinité de Jésus-Christ. « Jésus-Christ, le fils propre et unique » de Dieu (Gtoç, povoyevñs), le Verbe «a immortel » (ddavaros), c. IX, inaccessible à la raison humaine (drepwönros), le Fils du Dieu tout-puissant et invisible, est élevé de beaucoup au-dessus des anges (c. vii-vin) ; c’est lui qui a créé le monde, qui le gouverne et qui un jour le jugera (c. 1x). |
3. Incarnation du Fils de Dieu. « Celui qui existe depuis le commencement (de toute éternité) est maintenant apparu; il s’est montré au monde sous une forme visible et accessible, et a révélé à ses apôtres les mystères de Dieu » (c. x1). Outre cet enseignement surnaturel, l'incarnation avait encore pour but de nous procurer la rémission de nos péchés par le sacrifice de la croix. Le Fils de Dieu était seul capable d'effacer par un sacrifice expiatoire la dette contractée par l'humanité tout entière, &v tive Gixatwôvar Suvardv tobs dvduous Ads xal doebetc, C. IX. |
4. Le chapitre vi traite, avec beaucoup de précision et dans un magnifique langage, de l'essence de la nature humaine, de la dualité des éléments et de l’immortalité de l'âme. « Tout en habitant dans le corps, l’âme n'est point du corps ; tout en y étant enfermée, ce n’en est pas moins elle qui maintient l'unité du corps (ouvéyet). L'âme, invisible et immortelle, réside dans une tente périssable. L'âme se perfectionne quand elle est mal servie par la nourriture et la boisson ; de même que les chrétiens visités par les persécutions se multiplient journellement. » Au chapitre x, l’auteur mentionne les préro-
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S 19. Le Pasteur de Hermas (vers 150).
Voir les Prolégomènes dans Cotelier, t. I, p.‘73-74 ; dans Gallandi, t],e. 1; dans Héfelé et Dressel, edit. 2.
Les plus anciens auteurs ecclésiastiques, saint Irénée, gint Clément d'Alexandrie, etc., parlent de ce livre remarquable avec un grand respect. Origène dit qu'il est “bort utile, » valde utilis, et le « croit même divinement iwpiré, » et, ut pulo, divinitus inspirata, tout en re- ' arquant ailleurs qu'il n’est pas généralement recu et qilest méprisé de quelques-uns. Eusèbe et saint Jérôme le le jugent pas favorablement ; saint Jérôme assure que de son temps il était à peu près inconnu des Latins ?. la première rédaction a été faite en grec; mais, de nos jours, si l’on excepte quelques fragments, il n'existe pus qu’en une ancienne traduction latine. Une seconde version latine, plus étendue que la premiere, a été trou- Yée par Dressel dans la bibliothèque du Vatican et publiée dans. son édition des Pères apostoliques. Quant au kxte grec récemment produit par le grec Simonides, et habile falsificateur de documents, et édité à Leipsig Par Dindorf et Anger, Tischendorf crut d’abord que ce n'était qu'une traduction du latin provenant, sauf les adtions de Simonides, du quatorzième siècle. Ce texte a été réimprimé dans l'édition des Pères apostoligues de
! Rom., xı, 30, 36.
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Les quelques détails que nous avons sur sa vie nous sont fournis par son ouvrage méme. Grec de naïissance , il était probablement prètre et vivait dans le voisinage de Kome. C’est là, sur les bords du Tibre et le long ds la route de Campanie , qu'il fut visité par les visions qu'il rapporte dans son livre. Nous y voyons
3 (suzetle universelle, 1859, p. 1788. — ? Vision Il, c. ıv. —
Tuhing. lhwol. Quart.-Schrift, 1839, p. 169-177. — ® Récension du Pasteur de Hermas, par Jachmann. Leipsig, 1838.
qu'Hermas avait d’abord mené une vie peu édifiante, que le Seigneur lui fit expier. L’ange de la pénitence lui apparaissant sous la forme d’un berger, lui donna des conseils sur la vie morale dont il devait ensuite faire une si belle peinture dans son livre. S'il a donné à ses visions ke titre de Pasteur, Ilouv, c’est parce que l’ange s'était révélé à lui sous la forme d’un berger‘. Les deuxième et troisième livres offrent quelques analogies avec l’Apocalypse ; cependant le côté moral y predomine, surtout vers la fin *. On pourrait même, pour ce motif, le considérer comme le premier traité de morale chrétienne. L'auteur exhorte les chrétiens, tombés dans le relâchement, à revenir à des mœurs plus austères, et il invoque à l'appui de ses conseils les révélations qu'il a reçues sur limminence de la persécution et sur la fin prochaine du monde !
Dans les quatre visions qui composent le premier livre, une femme apparaît à l’auteur et lui adresse tour-à-tour des reproches, des avertissements et des instructions. Cette femme devient plus tard le symbole de l'Eglise 5.
Le deuxième livre renferme douze commandements (mondata ), que l’auteur a également reçus de l’ange de la pénitence. Ces commandements ont pour objet : 4. la croyance en Dieu; 2. la simplicité, l’innocence, l’aumône ; 3. la fuite du mensonge et la pénitence imposée à Hermas pour expier sa dissimulation ; 4. la chasteté et la fidélité conjugale ; 5. l'égalité d’humeur et la patience: 6. le bon ange et le mauvais ange ; 7. la crainte de Dieu; 8. la continence ; 9. la confiance en Dieu ; 10. la tristesse du cœur, sœur du doute et de la colère ; 14. l'esprit du monde et l'esprit de Dieu; 42. la répression des mauvais désirs et l’accomplissement des préceptes divins.
Le troisième livre contient dix similitudes, dont la Plupart, comme les paraboles de l'Evangile, sont rendues sensibles par des comparaisons empruntées à la vigne,
! Livre Il, Proæm. — % Simil. X. — 3 Vis, IV, c. I-X.
gatives que l’homme a reçues de Dieu, de préférence à toutes les autres créatures. « Dieu lui a donné la raison et l'intelligence, Aoyov xai vou, l'empire sur toutes les créatures ; il a donné à son corps une attitude droite, il l'a créé à son image et destiné pour le ciel. »
5. A propos de la justification et de la grâce sanctifiante , l’auteur enseigne qu'elle opère deux choses : elle détruit le péché et confère la sanctification intérieure, parce que le Verbe , saint et incompréhensible, se lève dans le cœur des fidèles, s'y affermit (c. vır), renait continuellement dans leurs âmes (c.xı) et les inonde d'une joie surabondante (c. x1, tivos oleı mAnpuwroeoda xapä ). Consolante doctrine qui arrache à l'auteur cette exclamation : a O changement admirable et mystère incompréhensible (c. 1x)! » Quant aux hommes vicieux qui n'auront pas été justifiés par le Christ, l’auteur leur prédit à la fin du chapitre x un éternel châtiment ( rüp +0 aiwvtov, et non plus seulement xüp ro tpocxatpov ).
6. L'Eglise, contrairement aux hérésies qui n'ont ni consistance ni limites, offre seule une règle de conduite süre et certaine ; elle seule conserve la croyance de l'Evaagile et la tradition des apôtres, parce qu'elle est seule accompagnée de la grâce (c. x1). C’est ainsi qu'elle se montre le continuateur de Jésus-Christ, qui est venu au monde « plein de grâce et de vérité. »
7. Le dessein que Dieu avait conçu de toute éternité, mais dont l’accomplissement plein de sagesse et d'amour, n’a eu lieu que dans la suite des temps, le plan divin de la rédemption de l'humanité, révèle de la façon la plus admirable que Dieu est amour par nature, &ç tñç ümepbod- Aovans gilawdpwriaz ia dydıın (C. IX).
On voit aussi, par le develppement de ces differentes doctrines, que l’auteur s’efforcait visiblement d’imiter, en les fondant ensemble, le style et les idées de saint Paul et de saint Jean. Sa conclusion nous en fournit une nouvelle preuve (c.xu); en disant qu’il faut unir la
pratique à la science pour être en mesure de bien comprendre la révélation, il rappelle saint Jean, vu, 17, il . fait souvenir de saint Paul lorsqu'il se répand en eflusion de joie sur la conversion d’un grand nombre de paiens !.
S 19. Le Pasteur de Hermas (vers 150).
Voir les Prolégomènes dans Cotelier, t. I, p.\73-74; dans Gallandi, t. I, c. an; dans Héfelé et Dressel, edit. 28.
Les plus anciens auteurs ecclésiastiques, saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie, etc., parlent de ce livre remarquable avec un grand respect. Origène dit qu'il est « fort utile, » valde utilis, et le « croit même divinement inspiré, » et, ut puto, divinitus inspirata, tout en remarquant ailleurs qu'il n’est pas généralement recu et qu'il est méprisé de quelques-uns. Eusebe et saint Jérôme ne le jugent pas favorablement ; saint Jérôme assure que de son temps il était à peu près inconnu des Latins ?. La première rédaction a été faite en grec; mais, de nos jours, si l’on excepte quelques fragments, il n'existe plus qu’en une ancienne traduction latine. Une seconde version latine, plus étendue que la premiere, a été trouvée par Dressel dans la bibliothèque du Vatican et publiée dans. son édition des Pères apostoliques. Quant au texte grec récemment produit par le grec Simonides, cet habile falsificateur de documents, et édité à Leipsig par Dindorf et Anger, Tischendorf crut d’abord que ce n’était qu’une traduction du latin provenant , sauf les additions de Simonides, du quatorzième siècle. Ce texte a été réimprimé dans l'édition des Pères apostoligues de
1 Rom., X1, 30, 36.
2 jren., Adv. hæres., lib. IV, c. xx; Clem. Alex., Strom., lib. I, c. XVII et xxıx; lib.I,c. 1,1x et xu1; Tertull., De orat., c. xı1; De pudic., c.x et xx; Orig., Hom. VIII in Num., Hom. in x Jos., et sæpe; Euseb., Hist. eccl., lib. III, cap. ıı et xxv; Hieron., Catal., c. x; cf, Gallandi, t. I, p. 51-58.
Doctrine contenue dans le Pasteur d’Hermas '.
4. En théologie, Hermas place en première ligne la doctrine de l’unité de Dieu, qu'il accentue vivement : « Je crois avant tout qu’il existe un Dieu qui a tout créé, tout ordonné et tout tiré du néant. Il renferme tout en lui-même et possède seul l’immensite de l'être; l'esprit n’est pas plus capable de le comprendre que la parole de le définir » (Mandat. I).
Il enseigne également la pluralité des personnes divines. S'il dit dans la cinquième Similitude (cap. v) que le Père a créé et achevé toutes choses, dans la neuvième Similitude (cap. xu) il distingue nettement entre le Fils et le Père : « Le Fils subsiste avant toutes les créatures, et quand il s’agit de tirer le monde du néant, il assistait au conseil de son Père.» C’est aussi la parole du Fils qui a fondé l'Eglise, laquelle n’a qu’un esprit, qu’un corps, qu'une couleur. Il l’a rachetée par ses souffrances, et c'est pour cela que Dieu l’a exalté (Simzl. V, cap. vi). Quant au Saint-Esprit, sa distinction d'avec le Père et le Fils n'est pas aussi bien marquée, bien qu'il ne soit pas difficile de la reconnaître. D’après la cinquième Similitude, le Saint-Esprit serait associé aux conseils du Père avec le Christ. Mais, lorsque l’auteur dit de « l’Esprit saint » (Mand. X et Xl) et de « l'Esprit de Dieu, » qu'il opère diversement dans les fidèles, qu’il leur donne la conviction qu'une vertu divine aide l’homme à vaincre le monde, il n’est pas croyable, comme le veut Mœhier et d'autres avec lui, qu'il ait entendu désigner la troisième personne de la sainte Trinité. D’autre part, ces paroles que nous lisons dans la Similitude V, ce. v : « Le Fils est le Saint-Esprit, » Filius autem Spiritus sanclus est, ne tendent pas à confondre ces deux per-
1 Cf. Lumper, Historia critica, t. I; Dorner, de la Personne de Jésus-Christ, 2° &d.; Kiküm, Doctrine dogm. et orthodoxie du Pasteur, dans le Programme du collége Augustinianum de Gaesdonck.
sonnes divines, ni à les représenter comme identiques; ces termes designent simplement la nature divine du Christ, de même que douX%, serviteur, désigne sa nature humaine. Nous ignorons, du reste, si ce passage est authentique, car il manque dans le manuscrit latin du Vatican et dans le texte grec de Simonides; peut-être n'est-il qu'une simple glose sur la Similitude V, e. va, ou sur la Similitude IV, c. 1. Saint Paul lui-même emploie le terme rvebux, « esprit, » dans le même sens (Hebr., 1x, 14; Rom., 1, 4; I Tim., 1x, 16).
2. Sur la personne du Christ et sur son œuvre, Hermas est exactement conforme aux textes de la Bible relatifs à ce sujet. D'après ce qui a été dit plus haut (Similit. V et IX), le Christ est vraiment Dieu, rveüua vo &yıov, aussi bien que le Père, et vraiment homme, Goÿlo et cap, comme il est dit avec plus de précision encore dans la Similitude IX, c. xıı: « Le Fils de Dieu est la pierre et la porte; la pierre est ancienne, parce que le Fils de Dieu subsiste avant toute créature, et qu'il assistait aux conseils de son Père lors de la création du monde; la porte est récente, parce qu'on ne l’a vue que dans les derniers temps, afin que ceux qui doivent être sauvés entrent par cette porte dans le royaume de Dieu. » Cette porte, comme on le voit, figure l'avènement de Jésus-Christ en tant qu'homme. Dieu, en paraissant sur la terre, se proposait « de souffrir pour effacer les péchés des hommes, de leur montrer le chemin de la vie en leur donnant la loi qu’il avait recue de son Père, et de nous encourager par l'exemple d’une vie agréable à Dieu » (Similit. V, c. vi).
3. De toutes les questions traitées dans le Pasteur, celle de l’Anthropologie est la plus développée : l’auteur l'examine sous toutes ses faces. Comme toutes les créa- tures en général, l'homme est sorti des mains de Dieu pur et parfait, «afin de régner sur tout ce qui est icibas » (Mandat. XII, c. ıv). Il pouvait par sa seule
72 WANTHL DE PATROLOGE.
ran. °t sans e sermurs Tune revelation divine. arrıver a la onmaissanee de Dien par la contemplation de ses œuvres; et à es paiens sont .iæmmés (Sumz.:k. IV). dest paser mis n'aursnt pas vouin «onnaitre Dieu leur eresteur ı-f. Rom. 1. 19-21". L’anteur ne dit pas expressement que c'est :e peche oricmel qui a ravi à l'homme sa perfertion native. mais ii 2 suppose : a Les hoummmes, dit-il. ne ponvaient pas entrer dans le rovassse de Dieu, avant d'avoir drpose dans l'ean baptismale la mortalité de leur vie prerecente et recu le scean des enfamis de Dieu » (Similit. X, e. xwm.
Hermas rappele, en differents endroits, que l'homme jonit de la ‚iberte avant comme apres sa justifieation en Jesus-Christ. Apres avoir dit (Mand. VI, e.w) qu'il a été donné à l'homme deux anges qui se disputent l'empire sur ini. — l'empire du bien et l'empire du mal, — il exhorte son lerteur à résister au mauvais ange, qui le tente par le mirage des plaisirs mauvais, et à se confier aux avertissements de son bon ange, ainsi qu'à ses bonnes envres, et à lui obeir. Ailleurs, il l'exhorte de nmvean à ne pas craindre Dieu, mais seulement le démon. « Si vous craignez Dieu, dit-il, vous dominerez le démon, car il n’a aucun pouvoir.» Le démon pent bien coinbattre, mais il ne saurait vaincre. « Si vous lui resistez avec foi, il s’enfuira confondu » (Mand. XII, e. v). La théorie de la prédestination, dont l'auteur sorupe particulierement dans la Similitude VIIT, €, VI, ne supprime pas la liberté de l’homme, et n'extint pas son concours. « Sachez, dit-il, que la bonté et la miséricorde de Dieu est grande et digne de respect: aux uns, le Seigneur a accordé la pénitence, parce qu'il a prévu qu'ils auraient le cœur pur et le serviraient de toutes leurs forces. Quant aux autres, dont il a reconnu la duplicité et l'hypocrisie, il leur a fermé tout retour à la pénitence, de peur qu’ils n’insultassent encore à sa loi par d’horribles blasphèmes. »
Mais tout en accordant que l’homme est libre, qu'il déploie librement ses facultés, Hermas n'en reconnait pas moins la nécessité d’un secours surnaturel, c’est-ädire d’une grâce qui l’illumine, le sanctifie et le fortifie. C'est Dieu, dit-il, qui est la cause première de notre justification : « La miséricorde s’est répandue sur vous, afin que vous soyez sanctifiés et purifiés de toute malice et perversite » (Vis. III, c. 1x). « Je n’ai pu échapper à la bête féroce (la persécution) que par la vertu de Dieu et par sa miséricorde spéciale » (Vis. IV, c. n);, mais cette grâce qui opère en lui la justice, il faut que l’homme la sollicite : « Cessez de prier uniquement à cause de vos péchés; priez aussi pour obtenir la justice (la sainteté), afin que vous y participiez dans cette maison » (Vis. III, c. 1). De là cette prière pleine de confiance : « Seigneur, je suis fort dans tous vos commandements, tant que vous êtes avec moi» (Mand. XII, c. vi, sub fin.). La foi elle-même, c’est par la grâce que nous l’obtenons : « Vous voyez donc bien que la foi descend d’en haut et vient de Dieu » (Mandat. IX). a Quand vous avez appris par la révélation divine qu'il vous avait fait miséricorde et avait renouvelé votre esprit, vous avez déposé vos faiblesses ; votre force s’est accrue et vous avez été fortifiés dans la foi » (Vis. IIT, c. xu). L’ange de la penitence est aussi envoyé pour affermir dans la foi ceux qui font sincèrement pénitence (Mandat. XII, c. vi). La pénitence est un don de la grâce divine : « Le Seigneur a accordé la grâce de la pénitence à ceux dont il a prévu qu'ils le serviraient de tout leur cœur et avec un esprit pur » (Simil. VIII, ce. vi; cf. c. xu, et Simil. IX).
4. Parmi les sacrements, il n’y a que le baptème qui soit envisage au point de vue special du caractere sacramentel ; la pénitence et le mariage ne sont considérés que sous leurs rapports pratiques.
Nous avons déjà donné une idée (n° 3) de l’importance
et de l'efficacité qu'Hermas attribue au baptême. Le baptème délivre de la mort et du péché, ouvre l'entrée du royaume des cieux, imprime sur l’homme le sceau et le nom du fils de Dieu. Les justes eux - mêmes qui sont morts avant l'avènement de Jésus-Christ ne pouvaient entrer en société avec lui que par le baptême. « C’est par l'entremise des apôtres et des docteurs qu'ils ont recu la vie et qu'ils ont connu le Fils de Dieu ; ils . sont descendus morts dans le.tombeau, et ils en sont sortis vivants pour entrer dans la construction de la tour, c'est-à-dire de l'Eglise » (Simil. IX, c. xvi).
Mais quand les hommes qui ont été baptisés « oublient les commandements du Dieu vivant, ils tombent dans les plaisirs et les vains amusements, et sont corrompus par l'ange de malice, les uns jusqu'à la mort, les autres jusqu'à l’affaiblissement; les uns sont voués à une ruine éternelle, les autres ne peuvent revenir à la vie que par la pénitence. Quand ils se sont convertis, ils célèbrent Dieu comme un juge équitable qui les a justement visités et corrigés par les souffrances, autant qu'il était nécessaire » (Simil. VI, cap. n et m). Une fois les péchés complètement effacés par une vraie penitence, les penitents sont de nouveau admis par des vierges (par les esprits purs) dans l'édifice de l'Eglise, comme des membres vivants (Simil. IX, c. x-xın). |
Contrairement au rigorisme de quelques maitres d’alors, qui disaient que le péché ne pouvait être effacé que par le baptême, et qu'après lui il n’y avait plus de pénitence possible, l’ange de la pénitence déclare que a personne, eüt-il même été séduit par le démon, ne périra, s’il retourne au Seigneur son Dieu » (Simil. IX, c. xxx1); les fidèles eux-mêmes recoivent la rémission des péchés par le pouvoir qu'il m'a transmis. Ils ont donc encore un moyen de faire penitence; mais s'ils pechent de nouveau (d’une manière grossière), la pénitence qu'ils feront ne leur servira plus de rien, car
difficilement vivront-ils pour Dieu (Mandat. IV, c. in); a la pénitence des justes a ses limites (Vis. II, c. un). Persévérez donc dans votre résolution, afin que votre semence ne soit point extirpée à jamais» fSimil. IX, C. XXIV).
Dans le mariage, il faut garder la chasteté et n’ouvrir son cœur à aucune pensée d’adultere ou de fornication. Le lien matrimonial est indissoluble tant que les deux époux demeurent en vie, même en cas d’adultère. Si la partie coupable ne fait pas pénitence, la partie innocente peut se séparer; mais elle doit rester dans le célibat, autrement elle romprait elle-même le mariage (Mandat. IV, c. 1). Quant au mariage après la mort du premier époux, l’auteur enseigne, contrairement à un rigorisme qui perçait à cette époque, que « celui qui le contracte ne pèche point, mais que, s’il reste libre, il acquerra un grand honneur devant Dieu » (Mandat. IV, c: 1v).
5. Ce qui caractérise le Pasteur, ce sont les exhortations de plus en plus pressantes à pratiquer les-bonnes œuvres, à tendre à la perfection chrétienne. Il recommande avec de grandes instances la prière, le jeûne, l'aumône, en général les œuvres de charité envers le prochain, et le renoncement à soi-même. « Celui qui observe les commandements vivra; » c’est là une vérité qu’il ne cesse d’inculquer avec, une sorte d’emphase à propos de chaque vertu. Il faut même poursuivre au delà de ce qu’exigent les commandements : « Si vous faites plus que ce que les commandements de Dieu demandent de vous, vous arriverez à une dignité plus haute, et vous serez plus honorés devant Dieu qu’auparavant » (Simil. V, c. 11). La récompense du ciel sera proportionnée aux mérites de la terre. « Ce que vous aurez fait pour le nom du Seigneur, vous le retrouverez dans votre patrie» (Simil. 1). La plus belle et la plus haute récompense est réservée à ceux qui auront conserve l'innocence, « qui seront restés sans tromperie,
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précédée d’une calamite effroyable, figurée par une bête terrible (cf. Matth., c. xxıv; II Thess., c. 11). Hermas est chargé de l’annoncer aux élus, afin qu'ils se tiennent prêts; que, pendant les jours qui leur restent, ils servent Dieu avec un cœur pur et irréprochable (Vis. IV). Quant à ceux qui ont péché, ils doivent faire une pénitence sévère, afin qu'ils deviennent des pierres propres à être employées à la tour que l’ange construit, avant que la tour soit achevée ; car dès qu'elle le sera, quiconque n’y sera pas encore placé sera rejeté (Vis. III, c. v, et Simil. IX, c. xıv et xxvi). Viendra ensuite le jugement de Dieu, suivi immédiatement de la fin du monde : « Voilà que Dieu, qui a créé le monde avec une force invisible et une haute sagesse, qui, dans sa toutepuissance, a fondé sa sainte Eglise et qui l’a bénie, transportera le ciel et les montagnes, aplanira toutes choses devant les élus, afin que tout ce qu'il a promis dans la joie s’accomplisse dans la gloire » (lis. 1, c. m). La chair ressuscitera aussi : « Ne croyez pas ceux qui vous disent que ce corps sera anéanti et qu'on peut en abuser pour satisfaire de grossieres convoitises, en profanant votre corps, vous profanez en même temps le Saint- Esprit... Tout corps qui sera trouvé pur et sans tache recevra sa récompense » (Simil. V,c. vi et vu). Ceux qui auront subi victorieusement l'épreuve verront Dieu éternellement; ils participeront à la joie et à la magnificence du Christ et des anges (Simil. VIII, c. m; IX, ec. xı etxxıx; V, c. u; Vis. IV, c. mi); mais ceux qui se seront détournés du Dieu vivant et qui auront encouru sa colère seront voués au feu et à la damnation éternels (Vis. IH, c. vi et vu; Simil. IV, VI, c. u; VIII, c. vi. D’après sa theorie de l’Eglise, figurée par une tour dont les fideles sont les pierres et Jesus-Christ le fondement, et après ce que l’auteur dit de la penitence, il est une autre pensée qui domine dans le Pasteur : cette pensée, c'est que personne ne peut être véritablement
justifié que dans l'Eglise et par l'Eglise. « Personne n'arrive à Dieu sans passer par le Fils » (la Porte de l'Eglise, IX, c. xn).
Pendant toute la période du moyen-âge on a considéré comme des productions de l’ère apostolique et attribué à Denis, ce membre de l’ar&opage dont il est parlé dans les Actes des apôtres, XVII, 34, les célèbres ouvrages : des Noms divins (repli Gelwy évouérwv), de la Hierarchie céleste (mıpl rüs iepapylas oùpavius x. r. %.), de la Théologie mystique (nepi puoruxñs Beoloylas), et d'autres encore. Aujourd’hui il n’est plus douteux que ces écrits remarquables et dont l'influence a été si grande, datent seulement de la fin du cinquième siècle. Nous en parlerons donc quand nous serons arrivés à cette époque. Au surplus, ils n'ont absolument rien de cette simplicité qui caractérise les Pères apostoliques.
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