LES APOLOGISTES GRECS. THÉOPHILE D ANTIOCHE
d’Antioche, il succéda à Eros, probablement en 468. Evêque, il eut de grands combats à soutenir contre les gnostiques ; il écrivit contre Marcion et contre Hermogene; mais ces deux livres, de même que les Catéchèses, sont perdus. D’autres écrits, tels que : la Genèse du monde, des commentaires sur les Evangiles et sur les Proverbes de Salomon, une harmonie sur,les Evangiles, ne paraissent pas être de lui. Il mourut sous l’empereur Commode, en 181, si nous en croyons Nicéphore #.
Ses trois livres & Autolyque, composés au commencement du règne de Commode, en 180, furent plusieurs fois interrompus. Ils durent leur origine aux observations moqueuses qu’un paien nommé Autolyque, personnellement connu de l’évêque, s'était permis de faire sur la doctrine des chrétiens à propos de Dieu et de la résurrection.
Dieu, dit Théophile dans le premier livre, ne peut être vu des yeux du corps, ni décrit quant à sa forme ; mais nous pouvons, si notre œil spirituel est pur, le voir par ses œuvres, par la manière dont il dirige le monde; nous pouvons le voir aussi dans l’autre monde ( c. ııvu). « De même qu'on ne peut voir la figure de l’homme dans un miroir couvert de rouille, ainsi l’homme ne saurait voir Dieu quand le péché est en lui» (c.ı). Sur la résurrection, Théophile invoque le témoignage du Dieu qui nous a créés, et signale les analogies que ce dogme rencontre au sein de la nature et jusque dans les fables des paiens. « Quoi! s’écrie-t-il, vous croyez que des idoles faites de main d'hommes sont des dieux et opèrent des prodiges, et vous douteriez que Dieu votre Créateur ait le pouvoir de vous rappeler à la vie » (ce. vm)? Certain de l’avenir par le passe et le présent, je crois et j’obéis à Dieu. Obéissez-lui et ne soyez point incrédule , de peur que, incrédule maintenant, vous ne
1 Voir des détails sur lui dans son livre Ad Autol., 1, xv1; 11, XXVIN; Euseb., IV, 1x, xx, xxıv; Hieron., Catal., c. xxv, et Epist. ad Algas.
connaissance précise et suffisante. « Le Père et le créateur de l'univers n’a pas délaissé le genre humain, mais il Jui a donné la loi, il lui a envoyé les prophètes pour l'instruire, afin que chacun renträt en soi-même et ne reconnût qu'un seul Dieu » (liv. II, c. xxxıv). Voilà le Dieu qu’il faut croire.
2. Comme la foi des chrétiens en un Dieu invisible et à la résurrection des morts paraissait choquer Autolyque, Théophile lui répond que la foi n’est pas particulière aux chrétiens, mais qu’elle est la base de tout, dans la vie commune comme dans la science : « Pourquoi ne voulez-vous donc pas croire ? Ne savez-vous pas que dans toutes les affaires humaines on commence par la foi? Le laboureur confie sa semence à la terre; il ne moissonnerait rien s’il ne semait pas de confiance. Le malade ne peut être guéri qu’en croyant au médecin ; le disciple ne peut s’instruire qu’en donnant sa confiance à un maître » (liv. I, c. vnr).
3. Dieu , en soi, est caché ; il ne peut ni être renfermé dans une image, ni concu par l'esprit, ni vu des yeux du corps. Les termes de lumière, puissance, providence, souveraineté, Seigneur, n’expriment pas son essence. ‚ependant il nous a été manifesté par son Fils. Théophile, tout en se rattachant à saint Jean, 1, 1-3, dans son explication des rapports du Père et du Fils, se rapproche beaucoup des idées de Philon sur le Aoyog évôtaferos et rpopogıxös, du Dieu caché et révélé, comme lui-même s'exprime. Sans être toujours parfaitement clair quand il traite de la personne du Saint-Esprit, cependant il la distingue nettement du Père et du Fils, sous le nom de Sagesse : « Dieu a engendré avec la sagesse le Verbe caché en lui, en le produisant hors de son sein avant la création de l'univers. Lors de la creation du monde, les prophètes n’existaient pas encore, il n’y avait que la sagesse de Dieu et son saint Verbe, qui a toujours été avec lui» (liv. II, c. x). Ces paroles: « Créons l’homme, » Dieu
ne les a adressées à personne qu'à son Verbe et à sa sagesse (liv. I, c. vu). Théophile, tout en faisant de l’expression frinilé, dont il s’est servi le premier, un heureux emploi, n’en considère pas moins les trois jours qui précèdent la création de la lumière comme des figures de a la trinité de Dieu, du Verbe et de la sagesse » (liv. IT, C. XV).
4. L'auteur dépeint en ces termes l'influence sociale du christianisme : « Comme la mer, si elle n’était point alimentée par l’affluence des fleuves et des sources, serait depuis longtemps desséchée par les sels qu'elle renferme ; ainsi le monde, s’il n’avait pas eu la loi de Dieu et les prophètes pour répandre sur lui la justice, la douceur, la misericorde et la doctrine de la vérité, aurait vieilli dans le mal depuis longtemps, et serait étouffé dans la multitude des péchés. Comme il y a dans la mer des îles habitables , pourvues d’eau douce, fertiles, avec des rades et des ports propres à servir de refuge à ceux qui sont battus de la tempête ; de même Dieu a distribué dans l’univers, comme sur une mer orageuse, les différentes églises comme autant d'îles sûres et commodes où se conserve le dépôt de la saine doctrine et où se réfugient tous ceux qui veulent se sauver du naufrage et se derober aux foudres de la justice divine » (liv. II, C. XIV).
$ 25. Hermias le Philosophe.
Voir les Prolégomènes de Maran, Gallandi et Otto (t. 1X, cum Meliton. et alior. apolog. fragm.), et l'édition du Atxovpués de Menzel. Lugd. Batav., 1841.
L’opuscule du philosophe Hermias intitulé : Les Philosophes grecs raillés, en dix chapitres, ou /rrisio gentilium philosophorum, compte parmi les plus anciennes apologies grecques. . La vie d’Hermias nous est complètement inconnue, et l’on n’a que des conjectures sur l’époque où il vécut. A en juger par un passage du discours
de Tatien, c. xxv, qu'il semble avoir eu sous les yeux, et par le tableau animé qu'il fait des erreurs et de la conduite des philosophes, on est autorisé à conclure qu'il vivait dans un temps où les philosophes jouissaient encore de tout leur crédit, c'est-à-dire au troisième siècle. Quelques-uns l'ont confondu avec l'historien ecclésiastique Hermias Sozomene ; mais la difference de style et de methode suffirait seule pour condamner ce sentiment.
Arme de ce texte de saint Paul : «La sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu » (I Cor., 1, 19), Hermias passe en revue les diverses erreurs des philosophes paiens et les raille avec beaucoup de sel et d’esprit. Voici comment il met en saillie et tourne en ridicule leurs plus grossieres contradietions: Si nous leur demandons ce que c’est que l’äme, Democrite nous dira que c’est un feu, les stoiciens une substance aérienne, Héraclite un mouvement, Hippon une eau reproductive, Critias du sang, Dinarque une harmonie. Les uns croient que c’est une vapeur distillée par les étoiles, les autres un souffle, l'élément des éléments, une unité.
Quelle diversité d'opinions ! Mais s’ils ne s’accordent pas sur la nature de l’äme, peut-être s’entendront-ils sur les autres questions qui la concernent. Eh bien, non. Les uns disent que l'âme ne survit que peu de temps à la mort, les autres qu’elle est immortelle, d’autres qu’elle est mortelle ; ceux-ci la font entrer dans un corps animal, ceux-là la font se résoudre en une fine poussière, d’autres la font émigrer successivement dans trois corps d'animaux, et lui assignent dans chacun un séjour de mille ans. N'est-il pas étrange que des gens qui ne vivent pas un siècle se portent garants pour trois mille ans! Comment qualifier de telles opinions? Faut-il les appeler niaiseries, fantômes, extravaganees, ou tout cela à la fois?
Incapables de me dire ce qu'est l’âme, les philo-