‹ Manuel de patrologieChapitre 34 sur 97 · De sa vaste correspondance, il ne reste que la Este · texte numérisé non relu

De sa vaste correspondance, il ne reste que la Este

& Julien d'Afrique, sur l'authenticité de l’histoire de Suzanne dans Daniel. On n’a que des fragments des lettres suivantes : 1. Justification de ses études philesophiques; 2. plaintes sur l'altération de ses écrits; 3. lettre à Grégoire le Thaumaturge sur l'emploi de la

philosophie grecque dans l'explication de l’Ecriture et .

dans la théologie : « Il faut, dit-il, l’employer comme ces riches trésors que les Juifs avaient emportés d'Egypte et qu'ils consacrérent à l’ornementation du temple, au lieu d’en faire des idoles, comme avaient fait les Israélites dans le désert, et comme font encore les hérétiques. »

Système d’Origene:

Le système d'Origène, notamment dans le De principiis, renferme quantité de doctrines captieuses ou évidemment erronées, qui ont provoqué aux quatrième et cinquième siècles les querelles de l’origénianisme, amené

A Cit. du trad. |

LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 163 la condamnation de ses écrits!, et partagé de nos jours k sentiment des savants.

Déjà sur la Trinité il s'était énoncé d’une façon incorrecte en appelant le Fils une création * du Père, expression qui sentait fort le subordinatianisme. On peut croire cependant qu’il n’a voulu désigner qu’un rapport de dépendance entre le Père et le Fils, d'autant plus qu'il senonce ailleurs en termes irréprochables.

On lui reproche aussi ses opinions sur les rapports de

Dieu avec le monde. Selon lui, la bonté de Dieu et sa force créatrice ne sauraient rester en repos : il faut qu'il les manifeste incessamment en créant de toute éternité. Par là, il semble se rapprocher des gnostiques, bien qu’il n'admette pas avec eux que la matière émane de Dieu. Lorsqu'il ajoute, en développant cette pensée, que Dieu a créé de toute éternité autant de mondes qu'il en pouvait créer et gouverner, il met des bornes à la toutepuissance divine.

Il croit que les âmes humaines existaient avant d'être unies au corps; que, dans le principe, tous les êtres spirituels, anges, démons, âmes humaines, étaient idenques. S’ils diffèrent maintenant, c’est parce qu’une partie s’est détournée de Dieu. L’âme du Christ n’est pas exceptée de cette loi : si elle a été unie à Dieu, c’est parce qu'elle l’a mérité. Jésus-Christ n'a pas été seulement le rédempteur des hommes, mais encore du monde entier, et cette œuvre, il la continue dans le ciel.

Les âmes déchues sont destinées à se purifier et à se spiritualiser de plus en plus dans leur union avec le corps; si, à la mort, elles ne sont pas entièrement pures, elles seront exilées dans de nouveaux corps. Origène enseignait donc la métempsycose, de même qu'il nie l’éternité des peines. Les démons eux-mêmes finiront par

1 Voir sur les Quinze anathématismes contre Origène l'Histoire des

conciles de Héfelé, 2° vol., p. 768. Cf. Alzog, Hist. de l'Egl., 8e.édit., & 113 et 122. — 3 Huet, Origen., IL, u, n. 22.

devenir bons et obtiendront misericorde ; quand tout sera purifie, tout sera de nouveau uni à Dieu, et Dion sera tout en tout. Dans ce systeme, on le voit, il ny a point de place pour le dogme ecclésiastique de la résuirection. Origène croit aussi que les anges sont revätus d’un corps.

De nos jours, Vincenzi a vainement essayé d'expliquer ou d’adoucir ces erreurs en disant que les écrits d’Origène ont été falsifiés, que ses erreurs sont corrigées par d’autres passages orthodoxes, que la haïne de ses ennemis a exagéré ses défauts. La vérité est que, dans la première période de sa vie, Origène était imbu des idées de Platon, et que, plus tard, il modifia plusieurs de ses opinions.

Origène, comme plusieurs écrivains religieux de son temps, était très-versé dans la philosophie des Grecs, notamment de Platon, et le néoplatonisme, repris avec élan par deux de ses contemporains, Ammonius et Plotin, dut exercer sur lui une puissante influence. Génie éminemment spéculatif, enclin à surfaire la valeur des arguments philosophiques et rationnels, trop prompt à passer de la philosophie à la théologie, Origene courait grand risque de se fourvoyer la première fois qu’il tenterait de réduire en système la doctrine chretienne, dans un temps surtout où bien des points, non encore fixés par l'Eglise, restaient soumis à la libre discussion®. L'essentiel, toutefois, est que, dans ses ouvrages subséquents, nommément dans son écrit Contre - Celse, il se soit exprimé en termes très-orthodoxes, même sur les points où il s'était hasardé et trompé. On s’explique ainsi qu'il ait été accusé par des hommes tels que

I In S. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doctr., nov. recens., Roms 1864. — 2 Cf. Michelis, Hist. de la philos., Braunsberg, 1865, p. 132.

3 Les hérétiques, dit Rufin, avaient falsifié les Œuvres d'Origène. Origène lui-même, saint Jérôme et l’auteur anonyme du Prædestinatus (lib. I, c. xxIı), ayant fait la même déclaration, nous pouvons ÿ ajouter foi.

Méthodius et saint Jérôme, et justifié par des autorités également impartiales et compétentes, comme Grégoire le Thaumaturge et Pamphile *. Cependant, il ne fut jamais formellement hérétique et se montra toujours attaché à la doctrine de l'Eglise : « Tandis que plusieurs croient que leurs opinions sont conformes à Jésus-Christ, et que quelques-uns ont des idées contraires à la eroyance des ancêtres, il faut maintenir intacte la prediation ecclésiastique transmise des apôtres par ordre de succession et conservée dans l’Eglise jusqu’à ce jour. l faut tenir uniquement pour vrai ce qui ne s’ecarte a rien de la tradition ecclésiastique et apostolique ?. ı Pour nous, dit-il en parlant du dogme de la résurrction, nous restons inébranlable dans la doctrine de Jésus-Christ 5. »

1. Origène démontre l’origine surnaturelle du christanisme par la rapidité de son extension et par le sombre prodigieux des miracles et des prophéties. Sa défense de la vie de Jésus-Christ contre Celse est également traitée au point de vue historique*.

2. Origène soutient, en divers endroits, contre les railleries des paiens, que la foi est nécessaire à tous, même aux savants; mais, à l'exemple de Clément, il exagere quelquefois la valeur de la science : « Ceux qui ont reçu le don de là gnose, ou sagesse, ne vivent plus dans la foi, mais dans la claire vision ; les hommes spiritels n’habitent plus dans le corps, mais des ici-bas ils sont auprès du Seigneur’. »

3. Sur la Trinité et sur le Verbe : « Nul n'est immuable, sans commencement ni fin, nul n'est créateur de toutes choses que le Père avec le Fils et le Saint- Esprit. Examinons de quel puits mystérieux la sagesse

1 Voir les cing propositions d’Halloix, S. J., dans Vincenzi, 1er vol., Prolog., p. XI-XIMI, pour l’appréciation d’Origene.

3 De princip., I, 11, v.— ® Cont. Cels., V, xxr1. — + Voir les preuves au $ 26, n. 22. — 5 T. XIII, In Joan., c. LU.

nous apprend qu'il n’y a qu’une fontaine. Il me semble que la connaissance du Père non engendré en est un, et que la connaissance de son Fils unique en est un autre; car le Fils est autre que le Père, comme il le dit lui-même dans l'Evangile. On peut regarder comme un troisième puits la connaissance de l’Esprit-Saint ; car il est autre que le Père et le Fils, suivant cette parole de l'Evangile : Le Père vous enverra un autre Paraclet, l'Esprit de vérité. La distinction des trois personnes revient donc à la pluralité des puits, mais ces puits n’ont qu’une source ou fontaine, car la substance et la nature de la Trinité est une.»

4. Divinite et passibilité de Jésus-Christ : «N a tout fait, non à cause de lui, mais à cause du genre humain et des créatures raisonnables ?.» « C’est parce qu'il est le sacrifice qu'il devient notre Sauveur par l’effusion de son sang, en nous remettant nos péchés passés ; et cette rémission, par le moyen de la foi, devient personnelle à chaque fidèle 5. »

5. Lorsque Celse attaque l'éternité des peines, Origène, loin de l’accuser de mal comprendre la doctrine chrétienne, lui répond : « Ceux qui sont infidèles à Jésus- Christ tomberont dans le feu éternel, qui est d’une autre nature que celui dont nous nous servons. Car le feu dont se servent les hommes (remarquez l'expression) n'est pas éternel; il ne dure pas même longtemps, mais s'éteint bientôt. Il est éternel, au contraire, ce feu dont parle Isaie, lorsqu'il dit à la fin de ses prophéties : Leur ver ne mourra point, et leur feu ne s’éteindra jamais. »

6. Sur la résurrection : « Qu'on le croie bien, nous ne sommes pas de ceux qui, tout en se disant chrétiens. rejettent ce dogme attesté par l’Ecriture; » et il ajoute, après avoir expliqué le texte de saint Paul, / Cor., xv, 36 : « Nous admettons donc dans toute son étendue la

1 In Exod. (Substit. du trad.) —3 Cont. Cels., VII, xvu ; IL, Ix-xxxiv. — # Comment. in Ep. ad Rom., lib. III, n. 8. — + Comm. in Matth.,n. 72.

doctrine de l'Eglise et la promesse du Christ, et nous soutenons qu'elle est possible‘. »

7. Dans le commentaire sur l’Epitre aux Romains, il combat la doctrine de Basilide sur la métempsycose ; mais lui-même, outre l'opinion dichotomique et trichotomique, en admet une troisième selon laquelle l’âme, une dans sa substance, se composerait de diverses parties ?. Il ne dit pas laquelle de ces opinions il choisit, et laisse au lecteur le soin de se décider.

8. Ses idées sur l’Eucharistie, souvent enveloppées d'interprétations allégoriques et mystiques, et voilées pour des raisons de discipline, ne sont pas sans quelque difficulté. Il voit dans la Pâque des Juifs une figure de Jésus-Christ. Dans les paroles de l'institution, il trouve un sens mystique et symbolique, et dans la communion un symbole du festin nuptial céleste. Ailleurs, il se rapproche davantage de la précision dogmatique : « Ne vous étonnez pas si le Christ est lui-même le pain et s’il mange le pain avec nous; la parole de Dieu est toutepuissante*. » «Si vous montez avec lui pour célébrer la Pâque, il vous donnera à la fois le pain de bénédiction, son corps, et vous offrira son sang . » «Ne craignezvous pas de recevoir le corps du Christ en vous approchant de l’Eucharistie 6? » «a Dans l’Eucharistie, nous sommes véritablement nourris de la chair du Christ ?. » « Vous qui avez accoutume d’assister aux mysteres, vous savez avec quelle précaution et quel respect vous recevez le corps du Seigneur, de peur qu'il n’en tombe la moindre parcelle®. » Il est donc nécessaire de se purifier le cœur, afin d’éviter le châtiment de Judas. Sur l'acte même de la consécration, il s'exprime ainsi : « Rendant grâces au Créateur de toutes choses, nous

1 Cont. Cels., V, xxu. — 2 De princip., IL, ıv. — ® Schwane, Hist. des dogm., 1er vol., p. 448.— Comm. in Matth., n. 86.— In Jerem., hom. xvim, n.18. —® In Ps., hom. ıı, n. 6. — 7 In Num., hom. vu, n.3.—8 /n Exod., hom. xıu,n. 8.— 9 In ps. XxXXVII, hOM. Hi, n. 6.

mangeons avec prière et actions de grâces les pains offerts, devenus par la prière un corps sacré qui sanctifie ceux qui le reçoivent avec pureté t. »

Dans Origène, l’Eucharistie en tant que sacrifice ne peut se déduire que de la comparaison établie entre les sacrifices paiens et les pains de proposition de l’ancienne loi®.

9. 11 établit un certain rapprochement entre la pénitence et l'extrême-onction. Dans la deuxième homélie sur le Lévitique, il se fait l'objection suivante : « La condition des anciens semble avoir été meilleure que la nôtre, puisque les pécheurs offraient plusieurs sortes de sacrifices pour la r&mission de leurs péchés. » Il répond : «Un chrétien pour qui Jésus-Christ est mort doit être soumis à une discipline plus. sévère; cependant, afin que vous ne trouviez pas là une cause de désespoir, mais plutôt un encouragement à la vertu, on vous a appris quels sacrifices on offrait sous la loi pour les péchés ; entendez maintenant par combien de moyens les péchés sont remis sous l'Evangile. » Et après avoir cité le baptème, le martyre, l’aumöne, le pardon, la conversion du prochain, l'amour de Dieu, il ajoute : « Il y a encore un quatrième moyen, bien que dur et pénible, c’est la rémission des péchés par la pénitence, quand le pécheur arrose son lit de ses larmes, quand il s’en nourrit nuit et jour et ne rougit pas de confesser ses péchés à un prêtre et de lui en demander la guérison. » Et comme la qualité du prêtre aide beaucoup aux dispositions des penitents, Origène veut qu'on choisisse pour médecin spirituel celui qui convient le mieux à l’état de l’âme, qui se prius et eruditum medicum ostenderit et misericordem. On s'ouvrira à lui sans réserve, et on s’abandonnera tout entier à sa direction 5. Origène voit dans la rémission des péchés l’accomplissement de cette parole de saint Jacques:

1 Cont. Cels., VIII, xxxım. — ® Probst, Origène sur l’Euchar. Revue de Tubing., 1864, — ® Hom. I in ps. XXXVII, D. 6.

« Quelqu'un d’entre vous est-il malade, qu’il appelle les prêtres de l'Eglise : ils prieront sur lui et l’oindront d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi le sauvera, et s’il a des péchés ils lui seront remis. »

10. Sur la prière : « ll est impossible de bien prier ou d'enseigner à prier sans la grâce divine. » « Nous ne savons point comment nous devons prier, dit saint Paul, mais c’est l'Esprit de Dieu qui prie en nous avec des gemissements inexprimables !. » a Que ferai-je donc? Je prierai d'esprit et je prierai d'intelligence? ; » car notre intelligence ne saurait prier, si elle n’&coute en quelque sorte prier avant elle l'Esprit « qui scrute tout, même les profondeurs de Dieu. » Cette faiblesse de la nature était bien sentie de ce jeune homme qui, quoique instruit dans la synagogue, disait à Jésus-Christ : « Seigneur, apprenez-moi à prier.»

11. Intercession des saints : « Ce n’est pas seulement le grand pontife (Jésus-Christ) qui prie avec ceux qui prient véritablement, mais encore les anges, qui, dans le ciel, ont plus de joie de la pénitence d’un pécheur, que de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence. Les saintes âmes de ceux qui sont morts intercèdent aussi auprès de Dieu pour les fidèles par leurs puissantes prières“. » A leur tour, les fidèles qui sont sur la terre les honorent, mais d’un culte qui diffère de !’adoration qu'ils rendent à Dieu.

La meilleure édition d'Origène est celle des bénédictins Charles et Vinc. De la Rue, Paris, 1783, 4 vol. in fol.; réimprimée in-8° par Oberthür, Collect. Patr. græc., t. VII-XXI ; ed. Lommatzsch, Berol., 1832, 25 vol., avec l’Orat. paneger. de Greg. le Thaum., l’Apologie de Pamphile, la Philocalie. Les Origeniana de Huet; dans Migne, ser. gr.,t. XI-XVII. Cf. Tillemont, t. III; Ceillier, t. II; Thomasius, Origene, append. à l’hist. des dogm., Nurnb., 1887; Redepenning, Origene, sa vie et sa doctrine, Bonn, 1841, 2 vol.; Mœbhler, Patrol.,

! Rom., vin, 26. — 27 Cor., xıv, 15. — 8 De orat., cap. 1. — ® De oral., e. x, inilio; Contr. Cels., VII, xxxıv, — 5 Contr. Cels., V,IW.

170 MANUEI, DE PATROLOGIE.

“ p. 485; Dorner, Hist. des progrès de la doct. sur la personne du Christ.

$ 34. Amis et ennemis d’Origène.

l. Grégoire le Thaumaturge (Théodore) naquit à Néocésarée, dans le Pont, de parents nobles, mais paiens. Comme il se rendait à Béryte, en Phénicie, pour y étudier le droit, il passa par Césarée. Captivé par les prévenances d’Origene dont il avait fait la connaissance, il deıneura auprès de lui avec son frère Athénodore, et étudia pendant cinq ans la théologie et la philosophie, sauf une interruption nécessitée par la fuite d’Origene en Cappadoce, sous la persécution de Maximin, pendant lesquels Grégoire continua ses études à Alexandrie, où il est probable qu'il recut ensuite le baptême.

Avant son départ, Grégoire prononca le Panégyrique d'Origène*, où il expose la manière dont son maitre enseignait la philosophie et la theologie?. Grégoire s’est illustré lui-même par son ardeur pour la science et sa reconnaissance envers son père spirituel, avec lequel il s'était identifié; de même qu'Origène, devinant la future grandeur de son élève, s'était senti puissamment attiré à lui. S’adressant directement à Origène, Grégoire l’interpelle ainsi à la fin de son discours : « Pour vous, père bien-aimé, levez-vous et que votre prière accompagne notre départ. Tant que nous avons été auprès de vous, vous nous avez conduits au salut par vos saintes doctrines. Remettez-nous, recommandez-nous, ou plutôt rendez-nous à Dieu qui nous a conduits à vous. » Ce discours, dont on a beaucoup vanté le style, pèche par l'abondance des paroles. Après son départ, Grégoire demeura en relation avec Origène, comme l’atteste la lettre citée page 162. :

Nommé, après une longue résistance, évêque de Néocésarée, par Phédime, évêque d’Amasée et métropolitain du Pont, il manifesta le don des miracles à un si haut

! Ed. Bengel, grec. et lat., Stuttg., 1722. — 2 Voir plus haut, $ 38.

degré que ses contemporains eux-mêmes lui décernèrent le titre de thaumaturge. Il mourut en 270.

De ses productions littéraires nous possédons encore :

4. Le Symbole ou Exposition de la foi, œuvre authentique, malgré tout ce qui a été dit de contraire, grandement estimée et souvent citée dans les conciles. Pour le fond, c'est un commentaire fort exact du dogme de la Trinité. « Dans la Trinité, dit-il, il n’y a rien de créé ou de subordonné, rien d’ajoute qui n’y ait été auparavant. Jamais le Fils n'a manqué au Père, ni au Fils l'Esprit; mais la Trinité une et unique est toujours immuable et invariable ; 2. Methaphrasis in Ecclesiasten ; 3. Epistola canonica, dix canons où sont indiquées les peines qu'on doit imposer aux pénitents ; l’édition de Voss en contient un onzième qui manque dans les manuscrits grecs : cest une explication en forme d’appendice ajouté plus tard‘. Nous omettons les écrits notoirement apocryphes:

IT. Jules l’Africain, de Nicopolis, en Palestine, était également en commerce épistolaire avec Origène et avec son successeur à Alexandrie, Héraclas. Origène et saint Jérôme estimaient ses connaissances dans l’Ecriture, et Sozomene ? le compte parmi les historiens ecclésiastiques. Des cinq livres de sa Chronographie, chronique reli- : gieuse et profane qui commence à la création du monde et finit en l'an 221 après Jésus-Christ, il ne reste que des fragments conservés par Eusèbe® et saint Basile*®. Eusèbe et les historiens postérieurs ont souvent utilisé cet estimable ouvrage. Dans une Lettre à Origène, il conteste l’authenticité de l’histoire de Suzanne, soutenue par Origène dans la lettre précédemment citée. La Lettre à Aristide a pour objet d'accorder les deux généalogies de Jésus-Christ en saint Matthieu et saint Luc®.

1 Œuvres compl., éd. Gérard Voss. Mayence, 1604 ; Paris, 1620- 1622, in-fol.; Gallandi, t. II; Migne, ser. gr., t. X. — 2 Hist. eccl., I, xt. —® Demonstr. evang., lib. VIIL, c. u; Præpar. evang., lib. X, 0. X. — + De Spiritu sanct., c. xxIx.— 8 Euseb., Hist., VI, xxxı.

Eusebe, Photius et Suidas lui attribuent encore quatorze , dix-neuf et même vingt-quatre livres de melanges sur la médecine et l’histoire naturelle. Dupin presume qu'ils sont d'un auteur moins ancien, Sexte Africain, attendu que les auteurs ecclésiastiques de cette période ne traitent que des sujets religieux : mais peutêtre Jules les a-t-il écrits avant sa conversion. Ruinart prétend que Jules rédigea aussi les actes du martyre de sainte Symphorose et de ses sept fils; ce point n’est pas suffisamment établi.

III. Pamphile, né à Béryte d'une famille considérable, étudia à l’école d'Alexandrie, sous Pierius, appelé le jeune Origene. D’Alexandrie il alla à Césarée, où il fut ordonné prêtre par l’évêque Agapius. Il fit là le plus noble emploi de sa fortune en fondant la célèbre bibliothèque de Césarée, qui contenait un nombre prodigieux de manuscrits et de traductions de la Bible, et les œuvres d’Origene. Elle fournit à Eusèbe les moyens d'écrire son histoire ecclésiastique d’après les sources; de là l’intimite qui s'établit entre lui et Pamphile, dont il prit le nom: Eusebius Pamphili. Plus tard, saint Jérôme puisa aussi dans les trésors de cette bibliothèque. Sous Maximin, Pamphile subit la prison et la torture, et fut martyrisé (309). Pendant sa captivité, il composa avec Eusèbe une apologie d'Origène, en six livres; le premier seul a été conservé dans la version latine défectueuse de Rufin, qui ne l’attribue qu'à Eusèbe*. Déjà auparavant, Pamphile avait procuré une nouvelle édition des Septante d’après les Hexaples d’Origene. On lui attribue aussi la division des Actes des apôtres en quarante chapitres, division qui fut propagée par Euthalius, diacre d’Alexandrie (deuxième moitié du cinquième siècle), lequel avait largement compulse la bibliothèque de Césaréeï.

1 Voir les fragments dans Origenis opera, éd. De la Rue, t. 1;

Gallandi, Bidl., t. II; Migne, ser. gr., t. X. — ? Orig. opera, t. IV; Gallandi, t. IV; Migne, t. X et XVII, ser. gr. — ® Mœhler, Patrol.

IV. Denys, auquel ses contemporains ont donné le surnom de Grand, à cause des services qu'il a rendus à l'Eglise et à la science, et que saint Athanase appelle ale docteur de l'Eglise catholique, » était de noble extraction. Converti par Origène, il étudia la théologie avec une telle ardeur qu'il succéda à Héraclas dans la direction de l’école d'Alexandrie, et fut promu, en 247, au siége épiscopal de cette ville, qu'il occupa pendant dix-sept ans. Dans l’une et l’autre fonctions, il combattit avec un égal succès les ennemis intérieurs et extérieurs de l'Eglise. Parmi ces derniers se trouvaient Sabellius, Paul de Samosate et le millénaire Nepos. Le mot de rolnux, dont il se servit pour exprimer les relations du Verbe avec le Père, donna lieu à des malentendus et à des reproches, dont il se purgea dans son ”Edeyyos xal droAoyla, adressé au pape Denys sous forme de lettre. Il mourut en 264.

Ses nombreux écrits mentionnés au Catalogue de saint Jérôme, c. LXIX, sont perdus, sauf de légers fragınents récueillis dans la Bibliothèque de Gallandi, t. III, dans Routhe, t. Il; dans Migne, t. X, ser. gr. Nous n'avons de complet que les Lettres à Novatien, dont il blâme durement les tendances schismatiques (Euseb., Hist., VI, XLV, et VII, vu) et l’Epitre canonique sur la discipline pénitentiaire,

adressée à Basilide, évêque de Lybie. Cfr. Moehler, Patrol., p. 224, avec l'exposé de sa doctrine.

V. Origène eut pour adversaire Méthodius, évêque d’Olympie, en Lycie, puis de Tyr, en Phénicie. Il souffrit le martyre à Chalcis, dans Célé-Syrie, en 303, sous la persécution de Dioclétien, ou, ce qui est plus vraisemblable, sous Maximin, en 314. Voici les ouvrages qu'il a laissés : Bouquet des vierges, sur l'excellence de la virginité. Cet écrit, par l'élévation des pensées et la poésie du style, rappelle Platon, à qui l’auteur a emprunté son titre. Dix vierges y font tour à tour l'éloge de la virginité *. Nous n'avons de ses autres ouvrages que des fragments dans

4 Voir des extraits dans l'Esprit de la tradit. chrét., par Deutinger, 2 vol.

saint Epiphane ‘ et Photius *. Ce sont : du Libre Arbitre et de l’Origine du mal, contrela théorie platonico-gnostique que la matière est éternelle et la source du mal. Le mal, dit-il, vient de l’abus de la liberté et de la desobeissance. De la Résurrection et des Créatures, tous deux contre Urigene. Le premier établit le dogme de la résurrection des corps contre ceux qui prétendent que nos corps ne sont que des tuniques de peau dont Dieu revêtit nos premiers parents; le second combat les idées d’Origène sur l’origine du monde.

Partout, Méthodius s'efforce de faire prévaloir le realisme chrétien. Imitateur du style de Platon, dont il a de fréquentes réminiscences, « il ne lui emprunte rien que la forme®, »

Nous n'avons non plus que des fragments de la Réfutation de Porphyre, des commentaires sur la Genèse et sur le Cantique des cantiques. On a supposé que le traité des Créatures n'était qu'un extrait de la Réfutation.

Les Homélies pour la présentation du Seigneur au temple (ou De Simeone et Anna), pour le dimanche des Rameaux et la Passion, sont apocryphes.

Voir le Symposion avec tous les fragments réunis et les Prolégomènes dans Gallandi, t. III; Migne, t. XVII, ser. gr.; Methodii opera omnia, ed. Jahn, Halle, 1865 (en grec seulement); 2° partie : Methodius platonizans, seu platonismus S. Patr. Eccles. grac. S. Methodii exemplo illustrat. Malgré les éloges que nous devons à Ritter pour sa collection soigneuse des textes que Méthodius a empruntés à Platon, nous ne considérons pas moins comme fictive l'influence que Platon aurait exercée sur Méthodius. L'auteur s’attribuerail volontiers le mérite d'avoir révélé le premier le platonisme exagéré des Pères de l'Eglise. Cf. Tillemont, t. V; Ceillier, t. II; Mœhler, Patrol., p. 780.

1 Hæres., Lxiv. — ? Photius, cod. 284-237. — 3 Ritter, Hist. de la philos., 2° vol.

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