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CHAPITRE PREMIER

S 44. Eusèbe, évêque de Césarée (mort vers 340).

Cf. Prolegom. de vit. et script. Euseb., par Valesius; Fabricius, in Bibl. græc., ed. Harless, t. VII, dans Migne, ser. gr., t. XIX.

Eusèbe naquit en Palestine entre 260 et 270 et fut instruit par Pamphile, à Césarée en Palestine, siége d'une riche bibliothèque. Uni d’une étroite amitié à Pamphile dont il avait adopté le nom, il partagea volontairement la disgräce de son ami emprisonné sous Domitien. Après le martyre de Pamphile (309), Eusèbe, obligé de prendre la fuite, se réfugia à Tyr, et de là en Egypte, où il resta quelque temps prisonnier. Vers 344, il fut nommé évêque de Césarée en remplacement d'Agapius.

Le premier des théologiens, si l’on regarde à l’étendue du savoir, Eusèbe manquait de clarté et de rigueur dogmatique; d’abord partisan des ariens, il se décida pourtant à signer la profession de foi de Nicée (325). Craignant, après la décision de ce concile, que son crédit ne diminuät auprès de ses ouailles, il s’ouvrit à eux dans un écrit où il présenta la question sous un point de vue erroné et favorable à sa cause. Il déclare à plusieurs reprises que c’est par l’empereur plutôt que par le concile qu’il a été renseigné, et que c’est à cause de lui qu'il a adopté le terme d’éuooûctos 4. Evêque courtisan

I Mehler, Athanase le Grand.

dans plus d’une circonstance, il a nui considérablement à sa renommée.

Admis dans l'intimité de Constantin, il est fort possible qu'il ait eu quelque part aux décrets de ce prince contraires aux orthodoxes; car il participa lui-même aux mesures dont ils furent l'objet, en presidant le synode d’Antioche, où Eustathius fut déposé (330), en assistant à celui de Tyr (338), où saint Athanase subit le même sort. Il refusa le siege d’Antioche qui lui fut offert et mourut à Césarée vers 340. Faible de caractère, il mérite cependant des éloges pour sa piété et pour les services qu'il a rendus à l'Eglise.

Travaux historiques.

4. Histoire ecclésiastique (dix livres). Elle commence à l’incarnation de Jésus-Christ et raconte l’histoire de l'Eglise jusqu'à l’année 324. Elle fut vraisemblablement composée avant le concile de Nicée (325), car l’auteur y donne à la fin de grands éloges à Crispus, fils de Constantin, ce qu'il n’eüt pas osé faire avant son exécution.

2. La Chronique (deux livres) est un abrégé de l’histoire du monde depuis la création jusqu’en 325, avec des tables chronologiques où la chronographie de Jules l’Africain est très-souvent utilisée, Nous avons de la Chronique des fragments grecs et deux versions : l’une est de saint Irénée, l’autre est une version arménienne éditée pour la première fois à Milan en 1818 par le docte Zohrab, et traduite en latin par Mai, beaucoup mieux par Auchert.

3. Vie de Constantin. 4. Panégyrique du même, prononce le trentième anniversaire de son règne : ces deux ouvrages sont tres-laudatifs.

1 Armen.-lat., avec fragm, grecs. Venet., 1818; avec : Samuelis Aniensis tempor. ratio et D. Petavii recensio opusculor. chronol. veter. script.; Migne, ser. gr., t. XIX.

3. Sur les martyrs de Palestine, ou plutôt de son temps; contenant des renseignements sur un grand nombre de martyrs de la persécution diocletienne. Cet ouvrage est considéré à tort comme un appendice au septième livre de l'Histoire de P’Egliset.,

6. Les Actes de saint Pamphile et de ses compagnons ne sont qu’un extrait de la Vie de saint Pamphile, perdue. Sont également perdus : un recueil d'actes de martyrs, une description de l'Eglise de Jérusalem et un écrit sur la fête de Pâques. |

Ouvrages apologétiques.

4. Préparation évangélique (quinze livres). Dans les six prenliers livres Eusèbe justifie, par la critique de la théodicée et du culte grecs, romains, phéniciens et égyptiens, les chrétiens d’avoir échangé la religion de leurs pères contre le christianisme. Dans les livres VII- XV, il étudie le judaïsme, sa religion, son histoire, ses institutions, qu’il compare avec le paganisme, pour montrer que les chrétiens ont eu raison de lui donner la préférence. C’est la description du monde avant Jésus- Christ et une préparation à l’onvrage suivant ?.

2. Démonstration évangélique (vingt-deux livres, dont ilne reste que les dix premiers). Eusèbe y démontre que les chrétiens n’ont pas embrassé leur religion aveuglément et sans examen (c. ı). En montrant le lien qui existe entre le christianisme et le judaïsme, le caractère provisoire de ce dernier, il établit le droit qu'ont les chrétiens de se servir des Ecritures juives. Du troisième au dixième livre, il explique les prophéties relatives à Jésus-Christ 5.

3. Les ’Exdoyal tpopntixai, en quatre livres, roulent sur des sujets analogues; ce sont le plus souvent des expli-

' Dans Migne, excepté l'Histoire eccl., t. XX, ser. gr. — 3 Ed. Vigerus, S, J., Par., 1628 ; Gaisford, Oxon., 1843, 4 vol.; Migne, sér. gr.,

1 XXL — 3 Ed. Montacutius, Par., 1628 ; Gaisford, Oxon., 1852, 2 vol.; Migne, ser. gr., t. XXI.

cations allégoriques de l’Ancien Testament‘. Les cinq livres de la Théophanie, conservés en une version syriaque, sont un extrait et un complément de la Préparation et de la Démonstration ?.

4. L’opuscule Contre Hiéroclès montre avec beaucoup de verve et de perspicacité que le mage et le philosophe Apollonius de Tyane ne saurait soutenir la comparaison établie entre lui et le Christ par Hierocles.

Nous avons mentionné l’Apologie d’Origene (trois livres), qu’il compösa de concert avec Pamphile.

Ouvrages dogmatiques et polémiques.

1. Deux livres Contre Marcellus, justement accusé de sabellianisme, bien qu'avec une animosité visible.

2. Les trois livres de Théologie ecclésiastique sont également dirigés contre Marcellus. Le mot théologie est pris ici dans le sens de sermo de Filio Dei ejusque natura divinu; car l'auteur y prouve par la Bible l’existence de la personne du Fils de Dieu.

3. L’opuscule Sur la solennité pascale traite du caractere figuratif de la Päque juive, réalisée dans le Nouveau Testament. On y lit ce beau passage sur l’Eucharistie : « Les adhérents de Moïse ne sacrifiaient qu'une fois l'an, le quatorzième jour du premier mois, vers le soir; dans la nouvelle alliance, nous célébrons la Pâque tous les dimanches, nous sommes continuellement rassasiés du corps du Seigneur et nous participons sans cesse au sang de l’Agneau » (c. vu).

4. Quatorze opuscules n'existent qu’en latin; les plus importants sont : De fide adversus Sabellium ; De resurrectione; De incorporali anima; Quod Deus Pater incorporalis sit.

1 Ed. Gaisford, Oxon., 1842. — % Ed. Lee, Lond., 1842. Voir dans Mai d'importants fragm. grecs, Bibl. nov. Patr., t. IV. — 3 Gaisford, Oxon., 1859, a édité ces deux traités avec celui Contre Hiéroclès. — * Tous se trouvent dans Migne, ser. gr., t. XXIV.

Ouvrages d’escegöse.

Ces ouvrages sont ou des prolégomènes ou des commentaires. 1. De ses Topiques, ou description de la Palestine et de Jerusalem, il ne reste que le catalogue alphabétique des noms de lieux cités dans la Bible. 2. Canons évangéliques, sorte d'harmonie des évangiles. 3. Questions évangéliques (trois livres) : solution des contradictions apparentes des évangiles. 4. Comimentaires sur les Psaumes et Isaie : la plupart sont conservés. De ses commentaires sur le Cantique des cantiques et sur saint Luc, il ne reste que des fragments. La méthode allégorique y predomine*.

Importance d’Eusebe dans l’histoire de la littérature chrétienne.

1. Sa valeur consiste surtout dans ses travaux historiques, qui lui ont valu le surnom de Père de l’histoire ecclésiastique. Son histoire contient sans doute bien des invraisemblances, des exagerations, des erreurs, mais au fond elle est digne de confiance, car elle s’appuie sur les documents et les auteurs anciens, et sur les pièces ‚officielles. Quand les sources lui manquent, il l’avoue ouvertement?. Sa Chronique, on l’a dit depuis longtemps et à juste titre, « a été pendant des siècles la source de toute la chronologie historique du monde grec, latin et oriental; partout traduite, continuée, résumée, elle a servi de base à toute espèce de livres. » Quant à ses travaux élogieux sur Constantin, ils sont une preuve : frappante, malgré leurs mérites, de sa faiblesse de caractere, mais non de son égoïsme. Constantin l’ayant invité, pendant son séjour à Césarée, à demander quelque faveur pour son Eglise : « Mon Eglise n’a besoin d'aucune faveur, repondit-il; cependant comme je désire vivement écrire la vie des martyrs, je vous prie de mettre les

1 Migne , ser. gr., t. XXIII et XXIV. — 2 Cf. Hist. eccl., IV, xxxv.

archives publiques à mon service. » Cette prière lui fut

accordée {.

9. Ses œuvres apologétiques, malgré toute leur valeur, sont moins importantes. Les renseignements de la Préparation sur les anciennes mythologies sont pour le philologue et le théologien un vrai trésor littéraire.

3. Ce qui satisfait le moins, ce sont ses explications dogmatiques sur la question vitale du temps, la divinité de Jésus-Christ : elles nuisent singulièrement à sa reputation, et la faiblesse de caractère devient ici de la mauvaise foi. Malgré les qualifications hyperboliques qu'il adresse au Christ, il retombe souvent dans le subordinatianisme et dans la terminologie des ariens*. Son style, loin d’être toujours clair et coulant, est souvent

dur, laborieux et ampoule.

“ Migne est le seul qui ait donné une édition complète d’Eusèbe. Nous avons signalé plus haut les meilleures éditions de ses ouvrages détachés. La principale édition de l'Histoire ecclésiastique, faite à la demande de l’épiscopat français, par Henri de Valois, renferme les continuateurs d'Eusèbe , Paris, 1655, in-fol., 3 vol., avec de nombr. correct. du texte et de savantes dissertations ; augmentée et mieux ordonnée, par Reading, Cantabr., 1720 ; avec consultation d'anciens manuscrits, par Stroth, Halle, 1779,'1 vol. La plupart des amelioretions du texte de Valois et. des notes, y compris de nouvelles vues, sont de Heinichen, en son édition de l’Hist. eccl., Lips., 1827, in-8°, 8 vol., de la vie et du pandyyrique de Constantin, ad sanctor. cœlum oratio, Lips., 1829. Burton a fait une nouvelle révision du texte de l'Histoire, Oxon., 1838, in-8°, 4 vol., ainsi que Læmmer, gr. et lat., Scaphus., 1859. Edition portat. de Schwegler, Tub., 1853. Cf. Tillem., t. VII; Dupin, Biblioth., Par., 1698, t. II; Ceillier, t. IV; ed. 2%, t. II; Semisch, Réal-Encyclop. de Herzog, t. IV.

1 Hieron., Ep. ad Chromat. et Heliod. Cf. Héfelé, Diet. de l’Encycl. cath., éd. Gaume. — ? Voir les témoignages des anciens pour ou contre son orthodoxie après 325, dans Dupin, t. II, part. 1, p. 89.

S 45. Saint Athanase, arehevéque d'Alexandrie (mort en 373).

Cf. Proleg. de vita et scriptis S. Athan., ed. Bened., op. Athan. : Vita S. Athan., incerto auctore, et Elogia Veterum in Migne, ser. gr., t. XXV ; Héfelé, Hist. des Conciles, 1er vol., p. 260.

Contrairement à Eusèbe, Athanase se montra le plus héroïque adversaire de l’arianisme et mérita le surnom de Grand et de Père de l’othodoæie. Il naquit de parents chrétiens à Alexandrie, probablement entre 296 et 298. Frappé de la précision avec laquelle le jeune Athanase imitait les cérémonies religieuses, l’évêque Alexandre se chargea de l’élever dans sa propre maison, et l’initia à la théologie en lui faisant étudier les œuvres d’Origene. Athanase partagea ensuite pendant quelque temps la solitude de saint Antoine, où il puisa, avec le goût de lascetisme, le véritable esprit ecclésiastique.

En 319, l’évêque Alexandre le promut au diaconat et lui témoigna une confiance sans borne. Athanase la justifia par sa fameuse apologie, par le zèle et le succès avec lesquels il luita contre l’arianisme. Il se distingua surtout au premier concile œcuménique de Nicée (323) où l'avait emmené Alexandre, à qui il succéda sur le siege d'Alexandrie. Archevèque, il défendit envers et contre tous la divinité du Christ contre les diverses fractions de l'arianisme. Exilé cinq fois par les empereurs Constantin, Constance, Julien et Valence, rien ne put fléchir son courage héroïque. Chaque fois qu'il rentrait, le peuple, malgré les plus odieuses calomnies répandues sur lui, l'accueillait avec transport. « Les églises étaient dans la jubilation, et partout on offrait à Dieu des sacrifices d'actions -de grâces. » Partout où il allait, les évêques se relayaient pour lui faire cortége. Sa vie, ses combats, son génie servirent plus au triomphe du christianisme que toute la puissance de Constantin. Tous ceux qui ont écrit sa vie jusqu'à Mœhler, ont été, malgré eux, ses

apologistes. Athanase mourut le 2 mai 373, quand l’arianisme penchait vers son déclin, et que la divinité de Jésus-Christ sortait victorieuse de tant d’assauts.

Dans une existence aussi tourmentée, il n’en a pas moins composé de nombreux ouvrages, qui nous le montrent aussi grand dans la science que dans la pratique des affaires. Tous, à quelques exceptions près, ont pour but la défense de l'Eglise et de sa doctrine.

Ouvrages apologétiques.

Réfutation du paganisme et défense du christianisme : 4. Discours contre les Grecs ; 2. Discours sur l’incarnation du Verbe de Dieu!. Ces deux ouvrages sont sans doute antérieurs à la querelle de l’arianisme, car ils n’en font aucune mention, bien que le sujet s’y prêtât. Il a élevé l’apologetique à l'état de science par la manière méthodique dont il l’a traitée; dans sa défense contre le christianisme, il se place à son propre point de vue, dans le dogme de la rédemption. Contre les Juifs, il établit la divinité du christianisme par les propheties ?.

Ouvrages polémiques contre les ariens, les macédoniens et les apollinaristes sur la Trinité et l’Incarnation.

4. Expositio fidei; 2. In verba : Omnia mihi tradita sunt a Patre meo; 3. Epistola encyclica ad episcopos ; 4. Epistola encyclica ad episcopos Ægyplti et Lybiæ, contre les machinations des ariens; 5. Orationes IV contra arianos, qu'on place souvent avant le quatrième ouvrage.

Dans sa cause personnelle, Athanase écrivit pour réfuter d’odieuses calomnies.: 6. Apologie contre les ariens, citée à tort dans les anciennes éditions sous le titre de Seconde apologie ou Collection de monuments, car elle a été écrite avant les traités suivants ; elle est dirigée contre les calomnies relatives à Mélèce, Ischyras et Arsène; 7. Apologie à l’empereur Constantin; 8. Apologie de sa fuite.

1 Migne, ser. gr., t. XXV.—3 Drey, Apologét., 1er vol., Mayence.

Contre les macédoniens (pneumatomaques) et les apollinaristes, il a composé : 9. De l’Incarnation du Verbe de Dieu et contre les ariens; 10. Quatre lettres à Serapion, évêque ; 114. Le Traité de la Trinité et du Saint-Esprit, en latin seulement, a beaucoup d’analogie avec le traité précédent et avec les lettres ; 12. Deux livres contre les apollinaristes, l’un sur l’Incarnation de Notre-Seigneur contre Apollinaire, l’autre sur l’Avénement salutaire de Jésus-Christ. Peut-être faut-il y joindre encore : 13. Le Grand sermon sur la foi, dont Mai‘! a donné un nouveau fragment. 14. Lettres à Epictète, évéque de Corinthe, à Adelphius, évêque et confesseur, et à Maxime, philosophe.

Ouvrages hislorico-dogmatiques.

1. Lettres sur les décrets du concile de Nicée (perspecta Eusebianorum calliditate); 2. Du Sentiment de Denis, évêque d'Alexandrie, comme quoi il était opposé à l’héresie arienne; 3. Histoire des ariens, aux moines (jusqu'en 357); 4. Lettre à Sérapion sur la mort d’Arius; 3. Des Conciles d’Ariminum en Ilalie et de Séleucie en lsaurie; 6. Lettres aux principaux évéques d'Afrique ; 1. Tome (lettre synod.) adressé aux Antiochiens en réfulation du schisme de Mélèce ; 8. Lettre à Rufinien. Les trois dernières contiennent entre autres choses les décrets du concile d'Alexandrie (362) sur la réintégration de ceux qui sont tombés dans l’arianisme.

Nous devons encore comprendre dans cette catégorie : 9. La Vie de saint Antoine, écrite pour les moines de la Gaule, excellent modèle de la vie réligieuse, où ils apprendront ce qu'ils doivent faire et éviter, et comment, quoique séparés de la société, ils peuvent lui être utiles. Cette excellente biographie d’un homme aussi remarquable par son génie que par sa force morale, produisit dans toutes les classes sociales les plus salutaires effets ?.

, 1 Nov. Bibl, Patr., t. II, p. 588; Migne, sér. gr., t. XXVI,‘'p. 1292.— CL Aug., Confess., lib. VII, c. xıv et xxıx.

« Ces deux noms (Athanase et Antoine) furent bient/t confondus ensemble et représentèrent les deux directions extrêmes du christianisme : la science et la simplicité de la foi®. »

40. Les Lettres festivales, découvertes récemment en langue syriaque, précisent et modifient en bien des points la chronologie de l’histoire de l’arianisme ®.

Ouvrages d'exégèse et de morale.

Outre les textes de la Bible sur la Trinité et l’Incarnation souvent commentés par Athanase, nous citerons :

4. Lettre à Marcellin sur l'interprétation des Psaumes, exhortation à l’étude des Psaumes, où l’on trouve réuni, sur la divinité et l'humanité du Christ, tout ce qui est épars dans les autres livres de l’Ecriture, sous une forme proportionnée à toutes les situations du cœur humain.

2. Expositions sur les Psaumes, toujours précédées d’un argument qui indique le contenu des Psaumes, où l'auteur trouve une quantité innombrable de figures et de prophéties relatives à Jésus-Christ. Un autre argument : découvert plus tard et mis en tête de l’édition bénédictine est une courte introduction sur la liaison des Psaumes, sur leurs auteurs, sur l'esprit avec lequel il les faut lire. Cette même édition contient, à la fin des Expositions, des fragments sur les Psaumes dont Fleckmann a été le premier éditeur.

3. Interprétation des Psaumes, ou Titres des Psaumes, paraphrase avec de courtes explications littérales souvent défectueuses.

4. Enfin, l’edition bénédictine renferme des fragments exégétiques tirés des citations d'auteurs postérieures, sur Job, le Cantique des cantiques, saint Matthieu et saint Luc®.

1 Mœbhler, Athan., 2° éd. — % Editées en syriaque, par Cureton, Lond., 1888. Cf. Ang. Mal, Nov. Bibl., t. VI, en syriaq. et en lat. — ® Voir dans Migne, t. XXVII, ser. gr., tous les travaux d’exögäse.

Parmi les œuvres morales et ascétiques sous forme de , lettres, nous devons mentionner spécialement la Lettre au religieux Draconce, qui fuyait l’épiscopat; il l'invite, par des exemples tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, à revenir et à recevoir l’episcopat; la lettre au religieux Amunis (souvent classée parmi les lettres canoniques des Pères) sur les souillures involontaires de l'esprit et du corps, sur le mariage et le célibat, sur les controverses inutiles.

Le symbole Quicumque, cette formule si précise du dogme de la Trinité, attribuée à saint Athanase, est d’une époque plus récente, car la seconde partie renferme déjà les symboles des deuxième et troisième conciles œcuméniques (431 et 451). Les latinismes trahissent du reste une origine latine!. .

On lui attribue encore de nombreux écrits, dont les uns sont douteux, les autres évidemment apocryphes®.

Mœbhler caractérise ainsi l'ensemble de sa carrière littéraire : « Rarement méthodique, il écrivait souvent dans le feu de la persécution, rapidement, au péril de sa vie, quand il trouvait de nouveaux arguments contre les ariens ou qu'il y était contraint par les circonstances extérieures. Il était souvent obligé de se répéter, et il avait, du reste, pour principe qu'il est des vérités qu'on ne saurait trop dire®. » Ces paroles manquent de justesse et ne s'appliquent point aux deux Discours contre les païens, aux quatre Discours contre les ariens, ni aux quatre Lettres à Sérapion. Photius, un des plus grands critiques, dit Bossuet, « admire partout, nonseulement la grandeur des pensées et la netteté de l'élocution, mais encore, dans l'expression et dans le style, l'élégance avec la grandeur, la noblesse, la dignité, la beauté, la force, toutes les grâces du discours, à quoi il faut ajouter, dans les matières épi-

1 Voir la diatribe, dans l’éd. bénéd., t. II; Migne, t. XXVIIL, A la fin. — % Migne, t. XX VIII. — ® Maler, Athan., préf., p. X.

neuses et dialectiques, l’habileté de ce Père à laisser les termes de l'art pour prendre, en vrai philosophe, la pureté des pensées avec tous les ornements et la magnificence convenable *. »

Doctrines et vues particulières de saint Athanase.

Saint Athanase a traité de la plupart des dogmes ecclésiastiques. « Il prouve, dit Dupin, l'existence de Dieu, la création du monde et 14 Providence, dans ses livres contre les gentils. Il établit la Trinité des trois personnes divines et l’unité de nature et de substance presque dans tous ses ouvrages; mais il explique ce mystère avec beaucoup de simplicité ; il ne veut point qu'on s'amuse à disputer sur des termes. Il parle admirablement de la chute du premier homme, des peines du péché, de la nécessité et des effets de l’incarnation du Fils de Dieu. Il explique ce mystère d’une maniere qui combat également toutes les erreurs des hérétiques sur cette matière; car il enseigne contre les paulianistes que le Verbe s’est uni à l’humanité; contre les valentiniens, qu'il a pris un corps semblable au nôtre dans le ventre d’une vierge ; contre les ariens et les apollinaristes, qu'il a pris une âme et un esprit; contre les nestoriens, que la divinité est unie dans une même personne avec l'humanité, de sorte que la Vierge peut être appelée mère de Dieu; contre les eutychiens, que les deux natures subsistent dans une même personne avec leurs propriétés, sans confusion, sans mélange, sans changement. Il a cru l’âme spirituelle et immortelle ; il ne fait point de difficulté d'assurer comme une chose certaine que les saints sont heureux et avec Jésus- Christ. Il parle de l'efficacité du baptême, il discute celui des heretiques; il reconnaît que l’Eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ. Il loue la virginité et

1 Bossuet, Def. de la Trad. et des SS. PP., part. 1, t. IV, c. xı. (Cit. du trad.)

la préfère au mariage, quoiqu'il ne le croie pas défendu. N reconnait l’Ecriture sainte pour la règle de la foi, et y joint la tradition et l'autorité des saints Pères. Il remarque que la foi est toujours la même, qu’elle ne change point, et que les conciles ne font que déclarer qu’elle est la doctrine de l'Eglise. Il enseigne que l’âme de Jesus-

Christ est descendue aux enfers.

« Pour ce qui regarde la discipline de son temps, on peut remarquer dans ses ouvrages qu'on donnait en ce temps-là la communion sous les deux espèces aux hiques, que les prêtres seuls consacraient, qu'on offrait Eucharistie sur un autel de bois, qu'on cachait les mystères aux catéchumènes et aux paiens, que les fidèles s’assemblaient dans les églises, qu'il y avait quantité de moines qui étaient soumis à leur évêque, et qu’on en faisait quelques-uns évêques. » Il traite des rapports des fidèles avec leur évêque, que « le peuple et le clergé choisissaient. Les évêques faisaient leurs visites dans leurs diocèces ; l'Eglise de Rome était considérée comme la première (car c’est toujours à Rome qu’Athanase demandait protection pour sa personne et ses droits), on jeünait pendant le carême et on celebrait la fête de Pâques en grande solennite. »

Il y a peu de principes de morale dans ses ouvrages, et ceux qui s’y rencontrent ne sont point traités dans Inte leur étendue.

Nous nous contenterons ici de résumer ses grandes ièses contre les paiens, les ariens, les pneumatomaques &les apollinaristes, de montrer comment il a défendu le thristianisme en face des paiens et des heretiques, et mment il s’est comporté en face de l’immixtion despotique des empereurs dans les questions dogmatiques.

Dans la première apologie, Athanase combat le paganisme par l’histoire même de son origine : l'oubli du Verbe divin, à l’image duquel l’homme avait été créé. Cet oubli, voilà ce qui a plongé l’homme dans les choses

extérieures, dans les plaisirs sensuels, dans l’idolâtrie, ; dans la servitude du péché. L’humanite ne peut sortir de là qu'en revenant au Verbe; et il prouve, dans sn second discours (De Incarn.), qu’elle peut y revenir. Le Verbe est apparu en Jésus-Christ; ses miracles attestent qu'il est le souverain de la nature, et son caractère té: montre qu'il est saint et l'égal de Dieu; quant à la dirk nité du christianisme, elle se révèle par ses effets dans l'homme et ses progrès dans le monde; car ce ne sont point les paroles, mais les faits, qui démontrant la vérité du christianisme. « Qui ne voit le miracle? Pendant. que les sages de la Grèce sont incapables de persuader l’immortalité de l’âme à quelques hommes de leur voisinage, le Christ seul, par de simples paroles et par des hommes ignorants, a déterminé sur toute ls surface de la terre un nombre d'hommes incalculable à mépriser la mort, à penser à l'immortalité, à dedaigner les biens périssables, à s'occuper de l'éternité, à fouleraux pieds la gloire humaine et à n’aspirer qu’au ciel. : Quel baume a si bien enlevé les maladies de l’âme, que les impudiques deviennent chastes, que les assassins quittent le glaive et que les timides deviennent courageux ? Qui a contraint les barbares à déposer leur férocité et à vivre en paix, sinon la foi de Jésus-Christ et le signe de la croix? Le Sauveur, en apprenant aux hommes ce que les dieux n'ont pu leur apprendre, prouve sa divinité. Que si son ouvrage est divin, pourquoi les paiens refusent-ils de le reconnaitre pour leur maître? De même que celui qui veut voir le Dieu invisible, le reconnait et le saisit dans ses œuvres; de même celui qui ne voit pas le Christ peut le connaître et le distinguer par les œuvres de son Incarnation, que ces œuvres soient d’un homme ou d'un Dieu. Chaque fois que vous regarderez l'œuvre du Christ, vous verrez la divinité du Père et vous serez ravis en admiration. »

Les fins diverses et les conséquences de l’Incarnation

peuvent, d’après les écrits de saint Athanase, se resumer ainsi : Dieu est venu 1. pour restituer à l’homme la notion obscurcie de Dieu, 2. détruire le péché, 3. raviver en lui l’idée de l’immortalité, 4. anéantir l’idolätrie et briser l'empire de Satan, 5. remplacer la crainte servile de Dieu par la confiance filiale, 6. restaurer l'union de l’homme avec Dieu par le Saint-Esprit, 7. ramener toutes choses à leur origine.

Dans sa lutte contre les idées exclusives et la religiosite superficielle de l’arianisme, Athanase déploie une profondeur, une onction et une dialectique remarquables; de à’ cette clarté, cette variété, cet air de conviction qui règnent dans sa démonstration de la divinité du Christ et du Saint-Esprit, et du mystère de la sainte Trinité.

En plaçant le point de départ de l’arianisme dans cette idée que « le Christ est la première des créatures, et dans cette maxime philosophique de Philon, que le Dieu saint, infini, ne peut entrer en contact avec le monde créé et fini, » il en révèle la contradiction intrinsèque; c'està-dire que le Dieu parfait ne peut rien créer d’imparkit, et que cependant il peut créer un être, le Fils. Si la création ne peut être produite immédiatement de Dieu, comment le Fils de Dieu peut-il être créé par la nature pure et incréée de Dieu? Saint Athanase appuie sa démonstration sur cette idée fondamentale : « Celui qui “pare le Fils de l’essence et de l'éternité du Père, confond le Fils avec les créatures. »

Comme les ariens, pour établir leur subordinatiaıisme, en appelaient aux textes de la Bible qui leur semblaent favorables *, Athanase posa en principe que « les doctrines de l’Ecriture sont identiques à celles de l'Eglie,» que c’est l'Eglise qui donne l'intelligence et la vie à la lettre morte de l’Ecriture, et qu'il faut rejeter oute explication contraire à la doctrine de l'Eglise.

! Epist. ad episc. Ægypt. — * Luc., 1, 30, 48 ; Matth., XXVI, 89; m, 46; Jean, xıv, 28 ; Phil., 11, 6-11; Prov., VIN, 22.

L’Ecriture, expliquée d'après l'ensemble du contexte, démontre incontestablement l'identité de nature entre le Père et le Fils, et justifie le terme d’homoousios. Il montre aussi l’absurdite et la fausseté de la plupart de leurs explications, principalement sur la production du Fils. Faut-il l'entendre humainement, cette génération de Dieu? Non, car Dieu n’est pas comme les hommes et les hommes ne sont pas comme Dieu. Si l’Ecriture emploie les mêmes expressions lorsqu'elle parle de Dieu -que lorsqu'elle parle de l’homme, les hommes clairvoyants doivent faire attention à ce qu'ils lisent, afin de n'avoir pas sur Dieu des pensées humaines, et sur l’homme des pensées divines. Il montre que la conséquence de ce passage : Tout m’a été remis par mon Père, est directement contraire à celle qu'en déduisent les ariens ; car si le Fils, en tant que créature, fait partie du tout, il ne peut être l'héritier du tout.

Il prouve enfin l'insuffisance de la Redemption selon la théorie arienne : « Quand même les crimes auraient cessé quelque temps, le péché et la mortalité ne seraient pas moins restés dans l'homme tels qu'ils étaient chez les premiers hommes. Si le Christ n’était pas Fils de Dieu, notre salut ne serait pas fondé en lui de toute éternité et pour toute l'éternité. Il nous faut un sauveur qui soit naturellement notre maitre, afin que nous ne redevenions pas, par la rédemption, esclaves de quelque idole *. Ainsi notre salut ne pouvait être fondé en aucun autre que dans le Seigneur, qui est de toute éternité et. par qui les temps ont été faits. Nulle créature ne pouvait opérer la rédemption, puisque les anges ont péché et que les hommes ont refusé d’obeir. »

Après la consubstantialité du Fils, Athanase démontre contre les semiariens la divinité du Saint-Esprit; « car après avoir nié la divinité du Verbe, ils faisaient les mêmes outrages à son Esprit. » Quelques-uns allaient

1 Orat. contr.Arian., c. XVI.

même jusqu'à dire « qu'il était non-seulement une créature, mais encore un de ces esprits investis de quelque ministère et placé à un degré seulement au-dessus des anges. » Athanase établit sa divinité par sa nature et par ses œuvres. « Le Fils est en lui et il est dans le Fils. » ll est un avec le Fils, comme le Fils avec le Père; lui aussi, par conséquent, est un avec le Père. « Quand on nomme le Père, son Verbe y est aussi, et dans le Fils, l'Esprit. — Où est la lumière, là est aussi l'éclat; et où est le rayon, là est aussi son effet, et la grâce qui répand l'éclat. » Si le Saint-Esprit n’était pas vrai Dieu, il ne figurerait pas avec le Père et le Fils dans la formule du baptême. De là ce mot de saint Paul: « La grâce de Notre-Seigneur et l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soit avec vous.» Les grâces qu’on recoit ont leur source dans la sainte Trinité : le Père les envoie par le Fils dans le Saint-Esprit?. Athanase enseigne encore que le Saint-Esprit procède du Fils, que le Fils est la source du Saint-Esprit, que le Saint-Esprit est le principe sanctificateur, le sceau, l’onction; que par lui nous devenons tous participants de Dieu.

Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne forment qu'un seul et même Dieu. Il y a en Dieu unité parfaite, non-seulement de l'essence, mais encore des personnes qui se rapportent naturellement à un seul principe; car sil y avait en Dieu deux principes premiers, l’unité n’y régnerait pas dans toute sa perfection possible, puisque tout se rapporterait à deux, et pas à un. Mais, comme la fécondité de la nature divine en multipliant les personnes, rapporte enfin au Père seul le Fils et le Saint- Esprit qui en procèdent, tout se trouve primitivement enfermé dans le Père comme dans le tout ?.

Malgré tous ses efforts cependant, Athanase avoue qu'il ne saurait pénétrer ce sublime mystère, et il s’ecrie

I Con, xt, 18. —* Ep. 1 ad Serap.,c. xxx; cf. Ep. mad Serap., t. VI. —® De Incarn., c. IX. — * Saint Athanase commenté par Bossuet,

avec saint Paul : « O profondeur de la richesse, de Fus sagesse et de la science de Dieu!» Et ailleurs : « Pi j'écrivais pour scruter la divinité du Verbe, plus science s’eloignait de moi; je la sentais s’éloigr d'autant plus que je croyais l’avoir mieux saisie. — que j’ecrivais était moindre que l'ombre, si petite soitde la vérité dans mon esprit.» Il ne donne point s ouvrage comme une exposition complète de la divini du Verbe, mais comme une simple réfutation de li piété des ennemis du Christ.

C'est avec la même sagacité profonde qu'il réfute le apollinaristes, selon lesquels le Christ n'était pas u homme parfait, la raison humaine étant remplacée € lui par le Verbe, suivant ce qui est dit en saint Jean « Le Verbe s’est fait chair. » Athanase leur fait voir quél:: ce mot chair doit s'entendre, comme en saint Paul, d l’homme tout entier, que le Fils de Dieu a pris la forme d'un esclave, et que ces mots, le Christ a prié, ne se rap

Christ, du crucifiement de Dieu, de la nécessité d'ad-K:. mettre deux fils en Jésus-Christ et quatre personnes en €: Dieu. Il faut absolument, dit-il, que Jésus-Christ ait pris 4... la nature humaine dans sa plénitude, autrement la .! rédemption n'a pas de sens. Puisque le péché vient 44 précisément de la nature raisonnable de l’homme, cette®, nature doit aussi se trouver dans le Christ, afin que le *;, Christ puisse l’affranchir du péché et devenir notre mo- „, dèle. C'est dans ce sens que le Seigneur a dit: «Si le „., Fils vous délivre, vous serez véritablement libres.» A ;;, cette objection capitale, que la doctrine catholique admet :}, deux Fils, dont l’un est une créature et reçoit l’adoration, ,. il répond que dans le Christ l’humanité n’est pas adorée ,; en tant qu’humanite, mais à cause de son union avec le .. Verbe incréé. Au lieu de séparer en deux la divinité et l'humanité, on doit adorer un Christ unique et complet.

# Nous n’adorons point une créature à la façon des païens = des ariens; nous adorons le maître des créatures, le + tbe de Dieu incarné!»

Mans tous ces combats, aussi bien que dans les affaires :-klésiastiques, Athanase n’a jamais invoqué le bras ::$ulier ; toujours, au contraire, il a protesté solennellent contre l’immixtion des empereurs dans les quesfus dogmatiques : « Qui oserait, dit-il, donner le nom : & concile à une assemblée présidée par l’écuyer de empereur, assisté d’un satellite, où l’on introduit des ;-&rétaires impériaux au lieu de diacres ? — Quel synode : Mit-ce que celui qui s’est terminé par l'exil ou la mort, à gré de l'empereur? Dans quel canon est-il prescrit fe l'écuyer de l’empereur commandera en matières :&lésiastiques et promulguera par un édit le jugement ‚bs évêques? Si cela a lieu par les menaces de l’empefur, à quoi servent donc les évêques? A-t-on jamais lien entendu de semblable ? Quand un décret de l'Eglise ‚rt jamais reçu sa validité de l’empereur ? Bien des ‚wneiles ont été tenus avant nous, jamais les Pères n’y nt sollicité le suffrage de l’empereur, et jamais l’em- -bereur ne s’y est mêlé des affaires ecclésiastiques, placées hors de sa sphère. »

. Dans toutes ces controverses, Athanase n’apporte que .des sentiments de paix : « Tous ceux qui veulent avoir ke paix avec nous et quitter la secte arienne, appelez-les, recevez-les comme un père recoit son enfant. Ne condamnez, ne rejetez pas inconsidérément ce qu’ils disent. ‚Exhortez-les à éviter entre eux les discussions, les Vaines disputes de paroles, à vivre dans l'union et la Piété. Peut-être le Seigneur, prenant pitié de nous, réira ce qui est séparé, et tous nous n’aurons plus qu un seul chef, Notre-Seigneur Jesus-Christ. »

« Quand on embrasse dans leur ensemble les travaux

! Ep. ad Adelph., c. vu; cf. Adv. Apollin., 1. vi. — * Hist. ancien. &L, LE

de saint Athanase, dit Boehringer, on doit reconnaltze qu'il a été le héros de son siècle. Quoiqu'il eût la figure

petite et que son corps decharne n’eüt rien d'apparent, sa présence exerçait sur les esprits un charme irrésis-

tible, sur ceux-là même qui lui étaient hostiles, entre

autres Constantin et Constance. » Saint Grégoire de Nazianze a dit de lui, dans son panégyrique : « Il réunissait en lui la nature de deux pierres précieuses : pour ceux qui le persécutaient, il était un diamant; pour ceux qui étaient séparés de lui, un aimant. »

Suivant Origene, nul d’entre les Grecs n’a exerté, dans le sens vraiment orthodoxe, une influence aussi féconde et aussi durable sur les docteurs suivants que saint Athanase.

Avant 1601 on n’avait que des éditions latines des œuvres de saint Athanase ; Vicent., 1482, Basil. (Erasme), 1527, 1556, gr. et lat Heidelberg, 1601, ex offic. Commelini, in-fol., t. II. La meilleure des éditions modernes est de Montfaucon, Paris, 1698, in-fol., 3 vol.; emendatior et quarto volum. aucta (avec appareil littér.) par Justiniani (episc. Patävin.), Patav., 1777, in-fol.; 4 vol.; réimpr. par Migne avec plusieurs pièces nouvel., ser. gr., t. XXV-XXVIIL Biographies, Orat. xxı Greg. Naz.; Gottfried Hermant, Par., 1671, 2 vol. in-4°: Mahler, Athan. le Gr. Cf. Tilleın.,t. VII; Dupin, t. U; Ceillier, t. IV; Bœbringer, Hist. de l’Egl. en bioyr.; Voigt, Doctrine d’Athan., Brême, 1861; Dorner, Dévelop. de la doct. sur la personne du Christ.; Stoeckl, Hist. de la philos. de l’ère patristique.

$ 46. Saint Ephrem le Syrien (mort après 379).

Cf. Assemani Bibl. orient., et Prolegom. de l’édit. rom. de ses œuvres.

Les anciens monuments, difficiles à démêler sur ce point, font naître saint Ephrem au commencement du quatrième siècle (vers 306), à Nisibe, en Mésopotamie. D’après ses propres confessions, ses parents auraient été chrétiens ; quelques auteurs soutiennent le contraire.

Saint Jacques, évêque de Nisibe, l’instruisit en vue de l'état ecclésiastique, le placa à la tête de l’école qu'il dirigeait, et l’emmena avec lui au premier concile (325) de Nicée. L'empereur Jovien ayant cédé Nisibe aux

Le at alle ee AT … —

Perses, qui étaient venus l’assiéger de nouveau, Ephrem l'aurait quitté dès 338, et se serait rendu à Edesse, en Syrie, où il aurait accompli la plupart de ses travaux : de là son surnom de Syrien. Ses relations avec les soliaires de ce pays le décidèrent à entrer en religion et à donner à son ardeur pour l’étude un but à la fois plus élevé et plus pratique.

À Edesse, Ephrem illustra et affermit l'école syrienne de théologie, dont il fut peut-être le fondateur, et établit un nouveau système d'explication de la Bible, qui tenait comme le milieu entre les exagérations allégoriques des alexandrins et l'interprétation grammatico -historique des antiochiens.

Ephrem entreprit deux voyages, l’un à Césarée en Cappadoce, pour visiter l’archevêque saint Basile, l’autre auprès des solitaires d'Egypte, à l’adresse desquels ses écrits contiennent des exhortations. On a cru généralement qu'il n’était que diacre de l'Eglise d’Ephese ; mais les Bollandistes, Pagi et d’autres, se fondant sur d’anciens documents et sur ses écrits, ont présumé qu’il était prêtre. Il mourut après 379, car il prononca encore cette année là le panégyrique de saint Basile. |

La science remarquable et l’activité merveilleuse qu'il a déployées dans des temps si calamiteux lui ont valu les surnoms de prophète des Syriens, colonne de l'Eglise, bouche éloquente, et, comme poète, celui de harpe du Saint-Esprit. Saint Chrysostome l’appelle « l’aiguillon des läches, la consolation des affligés, le maître de la jeunesse, le guide des pénitents, un glaive contre les héré tiques, l’asile des vertus et la demeure de l’Esprit- Saint. » Au lit de la mort, il exhortait encore une dame illustre à ne se pas faire porter en litière par des esclaves, « puisque, selon l’Apôtre, Jésus-Christ est le chef de tout homme. » Saint Jérôme! rapporte qu’en Orient quelques-uns de ses discours étaient lus pendant l'office

' Hieron., Catal., c. cxv.

après la lecture de la Bible; peut-être en fut-il de même en Occident, où plusieurs de ses écrits furent traduits de bonne heure en latin, et insérés sans doute dans d'anciens homiliaires!. |

Les ouvrages qui restent de lui, les uns en grec et traduits probablement de son temps, les autres en syriaque, remplissent six volumes in-folio de l'édition romaine. Il voyait dans cette fécondité, comme il le dit dans son testament, l’accomplissement d’un rêve qu'il avait eu étant enfant, d’après lequel il était venu à sa langue une vigne chargée de fruits et de feuilles, et qui se développait de plus en plus.

Ses ouvrages contiennent des explications sur toute la Bible, des hymnes animées d'un feu tout oriental et d’une véritable valeur poétique; des exhortations, des homélies et des traités, un notamment sur le sacerdoce; ses confessions et son testament, où il témoigne de son érudition hébraïque et profane, attestée, du reste, par l'éloge de saint Grégoire de Nysse.

Doctrine de saint Ephrem.

Malgré la prédominance de la partie morale et ascetique, les travaux dogmatiques sont loin d’être absents. Contre les sabelliens et les ariens, il explique les dogmes de la Trinité, de la divinité et de l'humanité du Christ, l'union hypostatique des deux natures. Il qualifie la sainte Vierge de mère de Dieu, dont la virginité est toujours restée inviolable. Il parle de la nécessité du baptême et de la confession des péchés, et voit dans l'Eucharistie la présence réelle du corps de Jésus-Christ, que nous devons recevoir avec foi et innocence, puisque les anges eux-mêmes tremblent en sa présence. Il avait une telle dévotion envers les saints anges gardiens, qu’il mourut en prononcant ces paroles : « Je vous salue, ange conducteur qui séparez l’âme du corps et la con-

1 Assem., in Op. Ephr., t. I, p. x1.

duisez dans les demeures qu'elle pourra de nouveau habiter jusqu'au jour de la résurrection. » Nous apprenons de lui qu'on se servait des reliques des saints pendant les offices divins et qu'il s’y faisait des miracles. Il traite aussi de l’invocation des saints, surtout de la sainte Vierge, et de la prière pour les défunts. Il nous apprend encore qu’on conservait dans les églises et les oratoires les images des martyrs. Il combat l'erreur des millénaires, et entend les mille ans de l’Apocalypse dans le sens d’éternité. Il décrit fort longuement la vie monastique ®. |

Les extraits suivants témoignent avec quel sérieux il envisageait la vie chrétienne et sacerdotale : « Un jour, dès l'aurore, m’etant levé, j'étais sorti avec deux de nos frères de la ville d’Edesse la bien-aimee. J’avais levé les yeux au ciel comme vers un miroir limpide qui réfléchit l'éclat des astres sur la terre. Saisi d’admiration, je disais: Si tout cela resplendit d’une telle gloire, combien les justes et les saints, qui font la volonté de Dieu, brilleront-ils d’une plus ineffable lumière à l’heure où viendra le Seigneur ! Soudain s’offrit à ma mémoire ce terrible avènement du Christ. Mes os en tremblèrent, et, frissonnant du corps et de l’äme, je pleurai et je dis en gemissant : Dans quel état serai-je surpris, moi pécheur, à cette heure menacante?... Les martyrs montreront leurs blessures, les solitaires leurs vertus; qu’auraije à montrer, moi, que ma torpeur et ma négligence ? » Sa dernière prière montre quel humble sentiment il avait de lui-même : « Ne me déposez pas dans vos monuments ; cette pompe ne convient ni à la pénitence d’un pécheur, ni à l'humilité d’un chrétien, moins encore à la perfection d’un diacre. Je vous défends d’allumer des flambeaux autour de mon corps pour l’honorer; il vaut mieux qu’ils brülent dans le sanctuaire. La bienséance chrétienne interdit qu’un cadavre, qui bientôt pourrira

1 Cf. Dupin, Bibl. t. II, part. u, p. 187.

dans la terre, soit entouré de plus de cierges qu'il n’en faut pour éclairer plusieurs autels... J'implore aussi vos prières : c'est le plus agréable et le plus doux parfum que vous puissiez pour moi faire monter vers Dieu. »

Il commence ainsi son traité sur le sacerdoce : « Miracle suprenant, puissance indicible, mystere redoutable du sacerdoce ! Je demande à genoux, au milieu des larmes et des soupirs, de pouvoir méditer sur cette richesse du sacerdoce; je dis richesse pour ceux qui savent le conserver dignement et saintement. C’est un bouclier éclatant et sans pareil, une muraille impenetrable, un solide et inebranlable fondement, qui atteint de la terre jusqu’au ciel. Mais pourquoi célébrer la dignité sacerdotale? Elle surpasse la prière, la science et toute conception. C’est elle, je crois, qui faisait dire à saint Paul : O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! »

Ce qui reste de ses œuvres a été édité par P. Benedictus, S. J., et Assemani, Rome, 1732, in-fol., 6 vol., dont trois en syriaque et en lat. (t. I et UI, Exegetica), et 3 en gr. et en lat. L’Editio Oper. Congr. Mechit., Venet., 1836, 4 vol., contient de plus une explication des Evangiles en une traduction arménienne, et le Comment. sur les Epitres de saint Paul (excepté la lettre à Philémon). Cf. Tillemont, t. VIII; Ceillier, t. VII; 2% ed., t. VI; Rœdiger dans : Real-Encyel. de Herzog, t. IV.

$ 47. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem (mort en 386).

Dissertat. Cyrillian., de Touttée, dans Migne, ser. gr., t. XXXIIL.

Cyrille naquit vraisemblablement vers 345 (on ne sait ou), et fut élevé à Jerusalem; il paraît avoir passé sa jeunesse dans la vie religieuse. En 334 ou 335, il fut promu au diaconat par Macaire, évêque de Jérusalem, et en 345 au sacerdoce par Maxime, successeur de Macaire. Il ne fut jamais chargé de l’enseignement du ministère des catéchumènes ni de la prédication. En 351, il succéda a Macaire, grâce surtout à l'influence des

ariens, d’Acace et de Patrophile; de là les tracasseries et les ennuis qui traversèrent son épiscopat. Il ne tarda pas à avoir de violents démêlés avec son métropolitain, Acace de Césarée, arien opiniâtre, sur la prééminence que le concile de Nicée avait accordée à l'Eglise de Jérusalem. Acace était d'autant moins disposé à respecter ce titre d'honneur qu'il était un des adversaires de ce concile. Il fit tant que Cyrille fut déposé par un concile (358) et chassé de Jérusalem. Rétabli par le concile de Séleucie (359), Acace parvint à le chasser une seconde fois (360).

Réintégré par Julieg avec les autres évêques exilés, il anéantit par ses prières les tentatives de l’empereur pour rétablir le temple de Jérusalem. Acace revint à la foi orthodoxe en 363, au concile d’Antioche, et mourut en 366. Quoique débarrassé de cet ennemi, Cyrille n’en fut pas moins exilé derechef en 367, par l’empereur Valens , et eut beaucoup à souffrir des ariens. Il ne rentra à Jérusalem qu'après la mort de Valens ( 378). Il rétablit l’ordre et la paix dans son Eglise, et réconcilia une foule d’hérétiques et de schismatiques. Il assista au deuxième concile œcuménique de Constantinople, -où il fit reconnaître la prééminence de son Eglise sur celle de Césarée, expliqua son orthodoxie et la régularité de son ordination faite par Acace ; il y fut loué pour la fermeté de sa conduite. Saint Eusèbe rendait hommage à l’état florissant de l'Eglise de Jerusalem, bien que, des trentecinq années de son épiscopat, il en eût passé seize en exil. Cyrille mourut le 18 mars 386.

1. Son principal ouvrage sont les Catéchèses, mentionnées déjà par saint Jérôme !. Ce sont des instructions sur l'ensemble des vertus chrétiennes, faites à Jérusalem par saint Cyrille avant son épiscopat ?. Les catéchumènes étaient partagés en deux classes, les dcoutants, qui assistaient à l'office jusqu’à l’offertoire et étaient Isiruits par un catéchiste ; les compétents, qui devaient

I Catal., cxu. — ? Suivant Touttée, elles commencèrent en 847.

être baptises a Pâques ou à la Penteeôte. Entre les cate- “heses de Cynile. precedees d’une introduetion (proeatéchese), les dix-huit premières, données pendant le car&me aux compétents, embrassent toute la doctrme chrétienne; les cinq dernières ont été adressées aux néophytes pendant la semaine sainte. et traitent du baptême, de la confirmation. de l’eucharistie et de la liturgie, que la discipline de l’arcane ne permettait pas d'expliquer auparavant : « Depuis longtemps, dit-il, je désirais vous entretenir de ces mystères spirituels et célestes, et vous préparer un festin de doctrines plus parfaites : mais j'ai cru devoir attendre jusqu'à ce moment !. » Ces catéchèses, qui portent le nom spécial de mystagogiques, forment un tout avec les dix-huit autres. Les doutes élevés par les protestants contre leur authenticité ne sont inspires que par un intérêt dogmatique. Moins fondées encore sont les objections contre l’ensemble de l’œuvre.

2. Nous devons encore à saint Cyrille quelques écrits moins importants : 1. une Homelie sur saint Jean, v. 2- 16, commencant par ces mots : « En quelque lieu que Jésus-Christ paraisse, la est le salut; » 2. une Lettre à Constantin sur une croix lumineuse qu'on vit au ciel, à Jerusalem, le jour où il prit possession du siége épiseopal; il la termine en invitant l'empereur à « glorifier Ja sainte, consubstantielle (?) Trinité de notre vrai Dieu; » 3. nn abrégé de la liturgie de saint Jacques”? ; 4. l'homelie sur la circoncision du Seigneur est apoeryphe°.

Doctrine de saint Cyrille de Jérusalem.

La doctrine des catéchèses est d'une haute importance ; on y desirerait seulement plus de précision sur la sainte Trinité. Cependant nous ne le classerons point, avec saint Jérôme, Rufin, Socrate, Sozomène, parmi les ariens; il était plutôt, au dire de saint Athanase*, du parti qui

8 Calech., xix. — % Voir l'avertissement et la Catéchèse xxm dans l'éd, des Bénédictins. — ® Luc, 11, 23. — * De syn., c. XI.

ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CYRILLE. ' 247 adherait à la doctrine de Nicée, mais qui réprouvait le terme d’öpooöcws, parce qu’il servait de manteau au sabellianisme!. Il donna lieu à ce soupçon au commencement de son épiscopat, en n’entrant pas franchement dans le parti des orthodoxes.

Les catéchèses sont le plus ancien et le plus vaste ouvrage en ce genre que nous ayons de l'antiquité; il importe donc de les résumer brièvement, pour qu'on en connaisse le fond et qu'on puisse apprécier la methode catéchétique usitée à cette époque.

La procatéchèse et la 1'° catéchèse indiquent aux catéchumènes la manière de se comporter pendant les instructions : « C'est le temps de confesser les fautes que vous avez commises en paroles ou en actions, le jour ou la nuit. » La 2° roule sur le péché et la pénitence; la 3° sur la nécessité du bapt&me pour obtenir la r&mission des péchés; la 4° explique ces articles de la foi dans l'ordre du symbole; la 5° traite de l’excellence, des effets et de la nécessité de la foi : elle sert de transition à la partie du symbole relative aux catéchumènes. La terminologie de ce symbole tient le milieu entre le symbole des apôtres et celui de Nicée. Les autres catéchèses ont pour objet les articles particuliers; la 6°, l’unité de Dieu; la 7°, la paternité et la filiation divines; la 8°, la Provividence ; la 9°, la création; la 10°, Jésus-Christ et sa dignité; la 14°, la divinité du Verbe et sa génération éternelle ; la 42°, l’incarnation ; la 13°, la mort et la passion du Christ; la 14°, sa résurrection; la 15°, son second avenement; la 16°, le Saint-Esprit, son excellence, ses opérations dans l’Ancien Testament; la 17°, ses opérations dans le Nouveau Testament; la 18°, la résurrection de la chair. Là se terminait la préparation des catéchumènes au baptème. Ils récitaient ensuite le symbole.

1 Cf. Touttée, Diss. II, c ı-m. Il n’emploie qu’une fois le mot d'éuooûsuos, et encore dans un passage suspect. Ep. ad Const., c. VII. Cf. Touttée, in hunc loc.

Cyrille y joignit une courte instruction sur les articles 10 et 12, sur l'Eglise et la vie éternelle.

Partout le catéchiste se met au point de vue de ses auditeurs, placés entre le paganisme et le christianisme. L’apologie se mêle constamment à l'exposition de la doctrine, qu'il présente sous forme d’homelie et qu'il aime à relever par des récits bibliques. .

Les catéchèses mystagogiques initient à l'intelligence du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie, y compris les cérémonies qui les accompagnent.

4. Saint Cyrille a sur le péché originel une grande variété d'expressions, comme lorsqu'il dit : « l’homme pécheur, notre race perdue!, etc. »

2. Il distingue deux sortes de foi, la foi proprement dite et la foi qui se révèle par des miracles?. « La première, la foi dogmatique, consiste dans l’assentiment de l'esprit à une vérité, et contribue au profit de l’âme. » a Conservez, dit-il aux catéchumènes, la foi que vous avez reçue de l'Eglise et qui est attestée par l’Ecriture sainte. Mais parce que tous ne peuvent lire l’Ecriture, les uns à cause de leur ignorance, les autres à cause de leurs travaux, nous avons résumé en peu de paroles tout ce qu'on est obligé de croire, afin que nulle âme ne périsse par ignorance. Que cette foi soit votre viatique pendant toute votre vie; n’en acceptez jamais d'autre, dussionsnous la changer nous-même, et enseigner le contraire de ce que nous enseignons maintenant 5. »

3. L'Eglise est appelée catholique parce qu'elle est répandue par toute la terre, parce qu'elle enseigne universellement et sans erreur tout ce que les hommes doivent savoir, dans les choses visibles et invisibles, terrestres et célestes ; parce qu’elle soumet au vrai culte tout le genre humain, princes et sujets, savants et ignorants; parce qu'elle guérit universellement tous les

1 Catech., x, 15; ibid., 8. — ? 1 Cor., x, 8; Catech., v, x, XI. — 8 Ibid., c. xn.

péchés, soit du corps, soit de l'esprit, et possède universellement toutes les vertust. » Il explique ensuite le mot d’Eglise, et avertit ses auditeurs de ne point participer aux réunions religieuses des hérétiques. Ces mots du symbole : Et la sainte Eglise catholique, ont pour but de vous faire éviter leurs conventicules impurs et de vous retenir toujours attachés à l'Eglise catholique dans laquelle vous avez été regeneres?. »

4. Dans la 4° catechöse®, il cite le canon de l'Eglise de Jerusalem, et il ajoute : « Apprenez aussi del’Eglise quels sont les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, et ne lisez aucun de ceux qui sont apocryphes. »

5. Sur la personne de Jésus-Christ, il enseigne clairement les deux natures : « Le Christ était double, homme en tant que visible, Dieu en tant qu'invisible®. Il n’a pas été crucifié pour ses propres péchés, mais afin de nous . délivrer des nötres®. Tl a vraiment souffert pour tous les hommes‘. Il est descendu dans les enfers pour y

délivrer les justes”. »

6. Bien que l’auteur insiste vivement sur la liberté de l'homme, c’est à tort que quelques-uns l’ont accusé de semi-pelagianisme : « L’äme, dit-il, a son libre arbitre; le démon peut bien la tenter, mais de la forcer contre son propre gré, il n’en a pas le pouvoir 8.»

1. Dans les sacrements, il explique surtout les cérémonies du bapt&me?. Au sujet de la confirmation, qu’il appelle la grâce du Christ et du Saint-Esprit, il mentionne, outre l’onction principale du front, une autre onction sur le nez, les oreilles et la poitrine : « Pendant qu'on oint le corps de cette huile visible, l’âme est sancüfiée par l'Esprit saint et vivifiant 10. »

Voici comment il s'exprime sur l’Eucharistie : «Comme le pain et le vin de l’Eucharistie, avant l’invocation de

1 Catech., XVII, xxm. — 2 Ibid., xxXIV. — 3 C. XXXV, XXXVI. — IV, 1x. — sv, x. — 6 XIII, 1v. — TI, XI. — 8 IV, xxi. Cf. Touttée, Dissert, III, c. vo. — 9 Cat., XIX et XX. — 10 XXI, 1.

l’adorable Trinité, sont du pain et du vin communs, mais qu'après cette invocation le pain devient le corps du Christ et le vin le sang du Christ, ainsi,» etc. Rien de plus complet et de plus solide que ce qu’il dit de la transsubstantiation dans la 22° catéchèse : « Puisque le Seigneur a parlé lui-même et a’dit du pain : Ceci est mon corps, qui oserait encore douter ? Et puisqu'il a assuré et dit lui-même : Ceci est mon sang, qui jamais en doutera, disant que ce n’est pas son sang? — Ne les considérez donc pas comme un pain et un vin communs; car c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, selon l'assurance du Seigneur : que si les sens ne vous en persuadent pas, la foi vous en rendra certain. Ne jugez pas la chose par le goût; mais, assuré par la foi, tenez pour certain que vous avez reçu le corps et le sang de Jésus-Christ. — Autrefois, à Cana en Galilée, il changea l’eau en vin, et nous ne croirions pas qu'il a change le vin en sang» La 23° catéchèse est une explication complete de l'Eucharistie comme sacrifice, et de la communion. L'auteur y enumere les principales parties de la liturgie de Jerusalem, c’est-à-dire de la messe des fidèles (les catéchumenes connaissaient depuis longtemps les parties précédentes, la messe des catéchumènes) : lavement des mains, baiser de paix, sursum corda, préface, consécration, mémoire des vivants et des morts, Patèr, préparation à la communion (sancla sanclis), communion, actions de grâces. Voici le passage relatif à la consécration : « Sanctifies par ces cantiques spirituels, nous prions le Dieu de bonté d'envoyer le Saint-Esprit sur les dons offerts, afin qu’il fasse du pain le corps de Jesus- Christ, et du vin son sang; car tout ce que touche le Saint-Esprit est sanctifié et transmuté. » Après avoir parlé de la mémoire des vivants et des morts, il ajoute: « Nous offrons aussi à Dieu, de la même manière, des prières pour les défunts, quoique pécheurs nous-mêmes ; | Cat., XIX, c. VU,

au lieu de tresser des couronnes (comme les païens), nous offrons le Christ immolé pour nos péchés, afin que celui qui est si bon et si miséricordieux leur devienne favorable aussi bien qu'à nous. » On recevait le corps du Seigneur dans le creux de la main droite, que l’on soulevait de la main gauche; puis on recevait le calice : « Quand vous approchez pour communier, il ne faut pas venir les mains étendues ni les doigts ouverts; mais, soutenant de la main gauche comme d’un trône votre main droite, où doit reposer un si grand roi, vous recevez le corps de Jésus-Christ dans le creux de cette main en disant : Amen. »

Editions des œuvres de saint Cyrille, par Prévot, Paris; 1608; la meilleure, par Touttée, continuée par Maran, Par., 1720 ; r&iınprimde à Venise, 1763; ed. Reischl et Rupp, Monach., 1848, 2 vol. in-8°; Migne, ser. gr.,t. XXXIII. Cf. Tillem.,t. VII; Dupin, t. Il; Ceillier, t. VI; 2° &d., t. V; Plitt, De Cyril. Hieros. orationibus quæ exstant catech., Heidelb., 1855.

S 48. Diodore, évêque de Tarse (mort vers 390); Théodore, évêque de Mopsueste ( mort en 428 ); Ecole d’Antioche.

L'école que les prêtres Dorothée (vers 290) et Lucien avaient fondée à Antioche, là même où dès le deuxième siècle l’évêque Théophile avait rendu à l'Eglise et à la science de signalés services , eut pour principaux repré-

sentants Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, qui

rappellent Clément et Origène à Alexandrie. Ce furent eux proprement qui assurerent la célébrité de cette école, et lui imprimèrent une direction contraire à celle d'Alexandrie. Ces deux écoles différaient principalement sur l'inspiration et l'explication de la Bible, sur l'emploi de la philosophie dans la théologie, sur les termes dogmatiques à employer pour exprimer les rapports de la nature divine et de la nature humaine dans le Christ.

Ne au quatrième siècle d'une famille notable d’An-

tioche, Diodore reçut à Athènes et à Antioche une excellente instruction scientifique et théologique. A Antioche, il lut les ouvrages et assista aux lecons du célèbre Eusebe d'Emése‘. Il montra tant d’ardeur pour l’ascetisme, que les plus grandes austérités ne répondaient point à son idéal de perfection, et qu'au dire de saint Chrysostome?, son corps decharne n'offrait plus qu'une ombre de la forme humaine, ce que l’impie Julien considerait comme un châtiment des dieux de l’Olympe.

A ces goûts scientifiques et ascetiques, Diodore joignit comme prêtre un zèle infatigable et une intrépidité à toute épreuve contre tous les ennemis de la foi qui agitaient Antioche et qui par des moyens divers tendaient à un but commun. Habile à distribuer l’enseignement. il compta parmi ses plus illustres disciples Théodore de Mopsueste et saint Chrysostome.

Dans le schisme mélécien, provoqué par la déposition de Mélèce, évêque d’Antioche, Diodore resta fidèlement attaché à ce pontife, dont il partagea quelque temps la persécution, les dangers et la fuite. Nommé évêque de Tarse par Mélèce revenu de l'exil, il assista au deuxième concile œcuménique de Constantinople (381), qui linstitua métropolitain de la Cilicie, tandis qu’en cette même année un décret impérial lui décernait le titre de « boulevard de l’orthodoxie de Nicée.» «Martyr vivant,» comme l'appelait saint Chrysostome, il mourut en 3%.

Ouvrages de Diodore.

De ces ouvrages, au nombre de plus de soixante, énumérés par Suidas®, par le métropolitain nestorien Ebed- Jesu® et par Fabricius®, il ne reste que de légers débris.

1. Ses écrits apologétiques, polémiques et dogmatiques sont dirigés contre les païens, les juifs, les manichéens,

1 Hier., Catal., cix. — ? Orat. in Diod. — 3 Cf. Ed. Bernardy, t. 1. — + Bibl. orient., t. II, p. 1877. — 6 Fabric., Bibl. græc., ed. Harless, t. XIX.

es ariens, Photin, Sabellius, Marcellus, les apollinaristes, etc. Dans ce nombre, les fragments de ses deux principaux ouvrages : Contre les synousiastes!, et sur le Saint-Esprit ?, sont surtout remarquables, en ce que, dans la lutte contre Apollinaire, le rapport des deux natures en Jésus-Christ est présenté dans le sens du nestoranisme, qui devait éclater plus tard.

Dans le traité du Destin, qui n’existe plus, l’auteur avait établi la preuve cosmologique de l'existence ; dans le Hept otxovoulas 5, il s’eleve contre l'éternité des peines de l’enfer ; « la punition, dit-il, devant être surmontée par la grandeur de la miséricorde divine. »

2. Dans ses commentaires sur la plupart des livres de l'Ecriture , il combat la méthode allegorique d’Alexandrie, et défend la méthode grammatico-historique, dont il a posé les bases dans le traité annexé au commentaire des Proverbes. Il y tient trop peu de compte de l’élément surnaturel et prophétique. Les vingt-trois fragments exégétiques sur l'Exode, publiés récemment par dom Pitra*, sont d’une authenticité douteuse et insigniflants quant au fond.

Théodore de Mopsueste naquit aussi à Antioche vers 350, d’une famille distinguée. Il y assista aux lecons du sophiste Libanius et du philosophe Andragathius. En théologie, où il eut pour condisciple saint Chrysostome, il fut formé par Diodore, l’évêque Flavien et Cartérius. Saint Chrysostome le détermina à entrer dans le sacerdoce.

Par l’éclat de ses lecons, Théodore fut le principal représentant de l’école d’Antioche , dont la réputation croissante attira des élèves distingués : tels que Jean, qui fut évêque d’Antioche, et peut-être aussi Théodoret et Nestorius. L'Eglise de Syrie lui a donné le titre hono-

! Dans Marius Mercator, ed. Baluze, p. 349, et Leont. Byzantinus, Contr. Nest. et Eutych., 1, 1; Migne, ser. gr.,t. LXXXVI. — ? Pho- Üus, cod. 102. — 3 Assemani, Biöl., t. IH. — * Spicil. Solesm., t. I.

rifique d’Interpräte par excellence. Vers 392, il se rendit auprès de son maitre Diodore, évêque de Tarse, et fut nommé ensuite évêque de Mopsueste.

La position équivoque! qu'il prit dans la querelle de Pelage, et qu’il accentua davantage dans la dispute nestorienne, analogue à celle-là, a tellement nui à sa gloire, qu’il fut condamné, quoique mort en 428, par le cinquième concile œcuménique (553), ainsi que Théodoret, évêque de Cyr, et Ibas d’Edesse, dans l'affaire des Trois Chapitres.

Ouvrages de Théodore de Mopsuaste.

Il ne s’est conservé que peu de ses nombreux écrits.

1. En dogme, il a composé quinze livres Sur !’Incarnation (contre les ariens et les apollinaristes) ; vingt-cinq livres contre l’ultra-arien Eunome, où il défend les traités que saint Basile avait écrits contre lui; quatre livres Contre Apollinaire, dont il combattit les erreurs sur les rapports des deux natures en Jésus-Christ, pour tomber lui-même dans l’extrême opposé , en séparant complète: ment les deux natures et en n’admettant qu’une union morale et extérieure. — Dans tous ses écrits, Théodore exhale sa mauvaise humeur contre la philosophie, surtout contre la philosophie platonicienne.

2. Plus nombreux sont ses travaux d’exégèse sur la plupart des livres de l’Ecriture. Ennemi déclaré du procédé allégorique des alexandrins, il écrivit, dit-on, contre Origène, pour établir sa méthode grammaticohistorique, un traité intitulé : De allegoria et historia, où il poussa ses principes rationalistes jusqu’à nier que les anciennes propheties s’appliquassent à Jésus-Christ. Photius, tout en vantant ses connaissances bibliques et la fécondité de ses pensées, lui reproche d’être trop diffus, d’avoir un style embarrassé et obscur.

On en voit des preuves dans ce qu'il dit des fins der-

1 Woerter, le Pélagianisme, etc. Frib., 1866. |

nières : pour lui, l’avenir n’est pas seulement le souvenir, la restauration de l’état actuel, mais encore sa plénitude et son couronnement. Il croyait que dans sa condition primitive, l’homme était naturellement sujet à la mort, condition imparfaite d’où il ne sortirait qu’après avoir atteint sa plénitude. |

Entre tous ses écrits nous n’avons de complet que le Commentaire sur les douze petits prophètes, édité partiellement et pour la première fois d’après un manuscrit de Vienne, par Weynern, Berol., 1837; complet, par A. Mal (Nov. collect., t. VI, et Nov. Bibl., t. VII); les Fragments sur le Nouv. Test., par Fritzsch, Turici, 1847; voir dans Migne des extraits des ouvrages dogmatiques, ser. gr.,t. LXVI; Pitra,

Spicileg. Solesm., t. I; cf. Tillem., t. XII ; Ceillier, t. VII, et Maller dans Real-Encycl., de Herzog, t. XV.

Les trois amis saint Basile, saint Gregoire de Nazianze et saint Grégoire de Nysse.

Ce qu’avaient fait saint Athanase pour la doctrine et saint Antoine pour la vie religieuse fut maintenu et développé dans l'Eglise orientale par les trois Cappadociens Basile, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, qui ont transmis à leurs successeurs l'esprit qui avait animé leurs ancêtres. Voici en quels termes saint Grégoire de Nazianze s'exprime dans une lettre sur la liaison qui s'établit de bonne heure entre lui et saint Basile : - « Nous aspirions tous deux à la science avec une égale ardeur, mais sans rivalité ni jalousie. Cependant notre principal effort, notre but suprême, c'était la vertu. Nous travaillions à prolonger notre amitié, en nous préparant une éternité bienheureuse et en détachant de plus en plus nos cœurs des choses terrestres. La parole de Dieu était notre guide; nous nous servions mutuellement de maîtres et de gardiens, et j’oserais dire, si je le pouvais sans vanité, que l’un était la règle de l’autre. »

S 49. Saint Basile.

Voir la préface de l'édition Gaume (3 vol. in-4° en six parties), avec la notice de In Biölioth. de Fabricius, ed. Harless, t. IX.

Saint Basile naquit vers 330 d’une riche et pieuse famille de Césarée, en Cappadoce. Les dernières années de son enfance furent dirigées par son père, rhéteur à Néocésarée. dans le Pont. D'un autre côté, sa mère Emmélie et son aieule Macrine, disciple de saint Grégoire le Thaumaturge, ne négligèrent rien pour assurer son éducation religieuse et pour le former à la piété. « Je n’oublierai jamais, disait plus tard saint Basile en parlant de son aïeule Macrine, les profondes impressions que faisaient sur mon âme encore délicate les discours et les exemples de cette venerable femme. » Il fit ses études à Césarée en Cappadoce, à Constantinople et à Athènes. Dans cette dernière ville, il eut pour condisciples Grégoire de Nazianze et l’empereur Julien, qui y étudiait aussi dans le même temps. Il quitta Athènes vers 359 et rentra dans le Pont, où, entouré de ses pieux parents, il renonca à toutes les idées mondaines et se décida pour la vie ascétique. Il alla visiter les colonies monacales établies en Syrie, en Palestine et en Egypte (360-361). Après son retour, il se débarrassa de son patrimoine et vécut dans la solitude religieuse avec sa pieuse mère et sa sœur Macrine, non loin du village d’Amesi, dans le Pont. Grégoire de Naziauze alla se joindre à lui pour partager ses études et vivre dans son intimité. Plus tard, Grégoire de Nysse, le plus jeune des frères de saint Basile, s’associa à leurs travaux.

Promu au sacerdoce presque malgré lui par l’évêque Eusebe, vers 364, il succéda à ce dernier (370) sur le siége archiépiscopal de Césarée. Mais il lui fallut vaincre bien des difficultés avant d’être généralement accepté dans son diocèse. A partir de ce moment, il se montra le

défenseur invincible de la foi de Nicée, surtout contre l'empereur Valens et ses deux préfets Commode et Démosthènes. Valens déclara un jour, après une discussion mémorable, « qu’il n’avait jamais entendu un évêque lui parler avec autant de fermeté. » Il y eut même un moment où l'empereur s’inclina devant lui : c'était à Césarée, le jour de ’Epiphanie (372). Basile deploya la même grandeur d'âme dans plusieurs calamités sociales. En organisant la vie cénobitique, il a exercé une influence si durable , que les basiliens, auxquels il a donné son nom, sont restés jusqu'à ce jour le premier des ordres religieux en Orient. Basile mourut le 1° janvier 379.

Ouvrages de saint Basile.

Parmi ses ouvrages, nous mentionnerons surtout :

1. Oratio ad adolescentes, quomodo possint ex gentilium libris fructum capere, cité communément sous le titre : De legendis gentilium libris. Ce traité se rapproche beaucoup de celui de Plutarque : Comment il faut lire les poèles; il est probable que saint Basile, déjà évêque, le composa pour les membres de sa famille qui fréquen- .taient les écoles paiennes de Césarée. Voici en quels termes il en indique le but dans son introduction : « Ne vous étonnez point si je crois avoir découvert aussi quelque chose d’utile pour vous, qui frequentez journellement l'école et qui conversez avec les sages de l'antiquité au moyen des livres qu'ils ont laissés. Je voudrais vous conseiller de ne point confier sans réserve à ces hommes le gouvernail de vos pensées, comme s’il s'agissait du gouvernail d’un navire, de ne les pas suivre partout où ils veulent vous conduire, mais d'accepter d’eux ce qui vous est utile, tout en sachant ce qu’il faut rejeter. Notre meilleur guide vers notre destinée véritable (le ciel), ce sont les saintes Ecritures, qui nous instruisent par des mystères. Mais puisque votre

jeunesse ne vous permet pas d’en approfondir le sens,

nous voulons y preluder en nous appliquant & des ou. vrages qui n’en different pas absolument, à l'exemple de ceux qui s’exercent dans l'art de la guerre, afin que cet exercice nous profite quand il nous faudra luttr sérieusement. Persuadés que nous sommes destinés au plus grand des combats, nous devons nous y préparer en conversant avec les poètes, les historiens, les orateurs, tous les hommes enfin qui peuvent contribuer à la eur ture de notre âme. C’est seulement quand nous serons habitués à regarder pour ainsi dire le soleil dans l'eau, que nous pourrons lever les yeux vers la lumière même. S’il y a quelque parenté entre les ouvrages païens et les ouvrages chrétiens, la connaissance des premiers doit être profitable; s’il n’y en a point, l’enseignement qui résultera de leur comparaison pourra contribuer à nous affermir dans l’étude des ouvrages chrétiens. Moïse, si réputé chez tous les hommes pour sa haute sagesse, arriva, dit-on, à la connaissance de la vérité en s’appliquant aux sciences des Egyptiens. »:

Dans ses conseils sur la littérature paienne , l’évêque seplace évidemment au point de vue des idées et de la morale chrétiennes; il suppose comme un point admis qu'elle est utile, nécessaire même, au développement de toutes les facultés intellectuelles et à la formation du goût. Son dessein est d'enseigner à la jeunesse les moyens d'étudier les auteurs païens sans péril pour leur âme, de{ les utiliser dans la science sacrée et dans la vie chrétienne. La pauvreté du fond pouvait, dans des éditions spéciales, être corrigée par des passages analogues empruntés aux œuvres des Pères, tel que le panégyriqu d’Origene par saint Grégoire le Thaumaturge.

Voir Doergens, S. Basile et les étud. class., Leip., 1852; éd. Dübne et Lefranc, Paris, 1843; ed. gr. et germ., Lotholz, Léna, 1857; gr. € germ., Wandinger, Munich, 1858.

2. Ses deux principaux ouvrages de polémique dog matique sont: Libri V, quibus impii Eunomii apologeticu

wertitur‘ et Liber de Spiritu sancto ad Amphilochium, konii episcopum ®.

Le premier écrit est dirigé contre Eunome, évêque de Cyzique , en Mysie, partisan outré de l’arianisme et dont le subordinatianisme allait jusqu’à prétendre qu'il ya une différence absolue entre celui qui engendre et celui qui est engendré, et que le Christ, quoique superieur à la création, est tout-à-fait dissemblable au Père, dvéuotos , quant à la substance, évômotos xar’ obalav xal xurd züvra: de là le nom d’Anoméens donné à ses partisans. Rationaliste prononcé, il s’inquiétait peu de la doctrine de ’Ecriture et de l’ancienne croyance de l'Eglise sur le Fils et sur ses relations avec le Père, et il comhattait le nystère de la sainte Trinité par des arguments emprun- &s à la dialectique. Théodoret lui reprochait à juste ütre de transformer la théologie en une dispute de mots®, Saint Basile, se plaçant au point de vue d’Eu- 1ome, s'élève contre l'expression de non-engendre, qu’on le trouve point dans l’Ecriture. Il demande à son adverfire pourquoi il ne donne pas à Dieu le nom de Père, ts’il veut être plus sage que le Sauveur. Entrant dans k detail, il prouve que l’attribut de non-engendré, qui est, selon Eunome, l’attribut divin le plus essentiel, n'est qu’une propriété de Dieu, et, qui plus est, une propriété toute négative, qui n’exprime pas son essence. Contrairement à ce qu’enseigne ce rationaliste impie et heretique, il soutient qu'il est impossible d’avoir de Dieu une connaissance parfaite ; car la raison atteste que Dieu existe, si elle ne dit pas ce qu'il est. C’est par le même genre d'arguments qu’il rejette le sens inexact qu'Eunome attache au terme engendré, en établissant une opposition entre le Père et le Fils. Ce mot, dans sa véritable acception, signifie : l'union naturelle du Père et du Fils. Mais sa principale preuve contre Eunome lui

‘ Edition Gaume, t. Ier. — * Edition Gaume, t. III. — ® Hæret. ab. IV, II.

Zr MANTE LE PATROLOGIE.

es Fire zar ces parcués de saint Jean : « Au commencmt ea: € Verte. et » Verie etait en Dieu, et le Verte etat item. » Par os d-ux termes : le Ferbe et élait, l'Évsanz: ste a ferme ia porte à cette hérésie. Quant à lement re:neux ırteresse dans cette controverse, saint Base assure avec saint Athanase que « celui qui separe le Fi: d'avec le Pere. qui l’exeint complètement de la sc-kte du Pere. se ferme le chemin de la science. Si le Fis est une créature. il ne nous représente pas la nature du Pere: car on ne peut connaitre la nature de œ:ui qui engendre que par la nature de celui qui est engendre.»

Le second ouvrage. du Saint-Esprit, est dirigé contre cette fraction de semi-ariens qui, pendant la grande dispute de l'arianisme, arrivèrent, par une conséquence nécessaire. à nier la consubstantialité du Saint-Esprit après avoir nié cæ.le du Fils. et recurent le nom d’ennemis du Saint-Esprit =vcraxcoxyor). La consubstantialité du Saint-Esprit etait une des questions dont on s'était le moins occupé jusque-là. Ici encore, cependant, saint Basile pouvait se rattacher à saint Athanase, et il trouvait en même temps l’occasion de se prononcer sans réserve en faveur de la divinité du Saint-Esprit, qu'il avait moins accentuée précédemment, dans l'espoir de ramener les ariens au dogme catholique et de prévenir des soupcons odieux, pour ne pas dire des persécutions.

Saint Basile raconte lui-même en commencant quelle a été l’occasion de son travail : « Comme je priais dernièrement avec le peuple et que je me servais pour louer Dieu de cette double formule : « avec le Père et le Saint- Esprit,» et: a par le Fils dans le Saint-Esprit,» quelques assistants m’accuserent d’user d'expressions non-seulement nouvelles et étrangères, mais encore contradictoires. » Saint Basile démontre que ces deux formules sont également usitées dans l’Ecriture (n. 6), qu'il y est dit du Père :-« par lequel, » du Fils et du Saint-Esprit :

« duquel » (n. 7-42); il réfute ceux qui disent que le Fils n’est pas avec le Père, mais après le Père, qu’il ne faut pas dire du Fils : « avec lequel, » mais « par lequel » (n. 43-24). Puis il démontre la consubstantialite du Saint-Esprit, en expliquant ce qu’il faut entendre par Saint-Esprit. Voici les principales propositions qu'il démontre : « Le Seigneur lui-même, dans la formule du baptême, a réuni le Père, le Fils et l'Esprit; or, ce qui est uni dans le baptême l'est sous tous les rapports; il n'est pas uni pour une chose et séparé pour une autre. Dans cette force vivifiante qui élève notre nature de la corruption à l’immortalité, la force de l'Esprit est comprise dans celle du Père et du Fils. » Et ailleurs : « Il est impossible que ce qui diffère en nature soit égal en efficacité; si l'efficacité du Père, du Fils et de l'Esprit ne diffère sous aucun rapport, il s'ensuit nécessairement qu'il y a unité de nature.» De là saint Basile tire cette conclusion : « Comme le nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit est prononcé de la même manière (nous confessons que) : le rapport qui existe du Fils au Père, existe aussi du Fils au Saint-Esprit, selon l'ordre traditionnel des paroles usitées dans le bapt&me. Mais si l’Esprit est au même niveau que le Fils, et le Fils au même niveau que le Père, il est évident aussi que l'Esprit est égal au Père» (n. 43). Il faut donc rendre à l'Esprit le même honneur qu’au Père et au Fils (n. 48), d’autant que l’Ecriture l'appelle « Dieu » et « Seigneur » (n. 52), que dans la Bible les expressions « avec l'Esprit » et « dans l’Esprit » sont identiques (n. 60), et qu’enfin la tradition tout entière se sert invariablement de cette formule : « A Dieu le Père, et au Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, honneur et puissance soit dans les siècles des siècles » (n. 72). Saint Basile termine en jetant un coup d'œil rapide sur les querelles et les fourberies des hérétiques, sur les attaques dirigées Contre sa personne, « plus redoutables, dit-il, qu’une

guerre générale et déclarée; » il trace là un tableau effrayant de la situation de l'Eglise de son temps, « où l'on avait transplanté la borne fixée par les Pères, ébranlé la pierre fondamentale et le boulevard des dogmes » (n. 76-77).

3. Parmi ses travaux exegetiques, les Homélies sur l’Hexaméron, sont les plus connues; elles faisaient déjà l'admiration de ses contemporains. « Quand je lis l’Hexameron,, disait saint Grégoire de Nazianze, et qu’avec lui je suis transporté au trône du Créateur, je comprends alors toute l’économie de son œuvre créstrice ; je comprends mieux que je n'aurais pu le faire par mes réflexions, l’auteur sublime et admirable de l’univers.» Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est la foule des auditeurs qui se pressent dans les églises grandioses construites par l’évêque, et qui se montrent si sensibles à ses instructions : ce sont, comme il s’exprime lui-même, des hommes simples et sans culture, des artisans et des ouvriers, obliges de travailler pour gagner leur pain de chaque jour. Saint Basile savait, du reste, les préparer d'avance à un pareil enseignement; il les charmait en leur développant les miracles de la création par des images sensibles, par des peintures physiques en rapport avec ce qu'ils avaient journellement sous les yeux. « Il est des villes, s’ecrie l'orateur, qui, depuis le lever du jour jusqu’au soir, repaissent leurs regards du spectacle de mille jeux divers; elles ne se lassent pas d'entendre des chants dissolus qui font germer la volupté dans les âmes. Et nous, que le Seigneur, le grand artisan des merveilles, appelle à la contemplation de ses ouvrages, nous lasserons-nous de les regarder, ou serons-nous paresseux d’entendre les paroles de l’Esprit-Saint? Ne nous presseronsnous pas plutôt autour de ce grand atelier de la puissance divine, et, reportés en esprit vers les temps antiques, ne saurons-nous pas embrasser d’un regard

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