‹ Manuel de patrologieChapitre 58 sur 97 · AUTEURS LATINS. S. ZÉNON, PHILASTRE · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS. S. ZÉNON, PHILASTRE

c'est seulement aux adultes; le baptême des enfants est aussi valide.

Optat reconnait clairement la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, où nous devons lui offrir nos adorations. Il mentionne divers usages qui se rattachent au sacrifice : on l'offre sur un autel, on y emploie des calices, qu’il appelle « des porteurs du sang du Christ; » l'Eglise l'offre sur toute la surface de la terre.

Il traite aussi des cérémonies usitées dans la penitence publique, de la virginité, qu'il appelle consilium et spirilale nubendi genus, du culte des reliques.

Son style, comme on l’a vu lorsqu'il caractérise le donatisme, est vigoureux et expressif, mais il manque d'élégance et d'harmonie; ses expressions sont un peu acerbes, quoique modérées encore si on les compare au langage des donatistes. Les interprétations allégoriques semblent déplacées dans un ouvrag de discussion dogmatique. Pour juger de son mérite, il suffit de savoir que saint Augustin renvoie au travail d’Optat contre Parménien ceux qui désirent connaitre à fond la querelle donatiste. Fulgence le place à côté de saint Augustin et de saint Ambroise.

Operis S. Optat., prim. ed., Mogunt., 1549 ; Paris, 1569, et mieux 1631, cum observ. et not. Albaspinæi ; la meilleure, de Dupin, Par., 1700 ; Awstel., 1701 et Antw., 170%; dans Oberthür, cum not. select., Wirceb., 1790, 2 vol.; Galland., Bibl., t. V ; Migne, ser. lat.,t. XI;

cum lilter, apparat., par Dupin et autres. cf. Tillem.,t. VI; ; Ceillier, t VI; ed. 34,t. V.

$ 63. Saint Zénon de Vérone (mort vers 380); Philastre de Bresse (mort vers 387).

Voir les dissertations et les Prolégomènes de Ballerini et de Bo. nacchi sur Zénon, et la préface de Galeardi sur Philastre, dans Migne, ser, lat., t. XI.

I. En l’absence de données suffisantes sur la vie de Zenon, on ignore s’il naquit en Grèce, en Syrie, ou, à

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Le ss vırzzı Seraires. inoonnus de l'antiquité chris. us Dies seine discours (traités) longs et SaKr-Twet-wpt arts : on les trouve parmi ks > Vans 1% et Se Verone ‘15161. Les frères Ballerini ke ere ac obus: mars tous les doutes ne sont pas sages. Les Ecvaurs. dont les uns sont fort courts, les autres mivreks. ct ete. selon les Ballerini, recueillis de ss paréers apres sa mort. On a souvent discuté de ne kers sur la vazur dogmatique de ces discours : Dorner. sapçuvant sur Petau. pense que l’auteur, servant & transition entre Tertullien, Hippolyte et Denis de Rome. vivait dans le troisième siècle.

Ein:cs es Rule, Vénxe, 1739; Aug. Vind., 1758; Gall., Bibl. LV: Mt: U Tem. t IN ; Caillier, t. V1; Fessler, t. I; Schütz, Iren. 22 20 Termin. dxirima christ., Lips, 1854; Zazdzewski, Zeno, Verm. szix. Ris. 1862: Herzog, Real-Encyel.,t. XVII.

IT. Philastre naquit en Espagne ou en Italie dans l'epoque asitee de l'arianisme naissant. Pendant ses lointaines missions, il combattit avec une égale ardeur les ariens, les paiens et les juifs ; les mauvais traitements ne purent ralentir son proselvtisme. On dit qu’il s’oppos vigoureusement à la promotion d’Auxence sur le siege de Milan. Nommé lui-mème évêque de Bresse, il mourut vers 337, après une carrière feconde en résultats.

Evèque. il continua de combattre contre l’hérésie, et composa, à l’exemple de saint Epiphane, son livre de‘ Heresies, en se servant de l'ouvrage grec de son devax

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er. Saint Augustin s'étonne que Philastre, beaucoup moins savant et moins exact que saint Epiphane, ait compté un bien plus grand nombre d’hérésies; saint Epiphane en avait cité quatre-vingts; à ce nombre Philastre en ajoute soixante-seize. Il n’avait pas une notion exacte de l’hérésie. Cet ouvrage, « lu avec prudence, » dit Bellarmin, peut rendre des services ; il a toujours été estimé et il l’est encore.

Première édition du livre des Hérésies, par J. Sichardus, Basil., 1528, souvent réimpr.; cum notis Fabricii, Hamb., 1721, in-80 ; avec des additions aux notes de Fabr., ed. Galeardus, Brix., 1738, et Aug. Vind., 1757, in-4°; cum Vita Philastrii per Gaudentium, ejus succes., et la description de six nouv. hérés., d'après un manusc. du couv. de Corbie ; avec de nouv. supplém., dans Gallandi, Bibl., t. VII; Migne, t XII, ser. lat.; Œhler, Corpus hæreseolog., Berol., 1856, t. I; Tillem., t. VII; Ceillier, t. VI, 2% ed., t. V.

$ 64. Saint Ambroise, évêque de Milan (mort en 397).

Vita S. Ambrosii, a Paulino, ejus notario; autre Biographie tirée de ses écrits dans les Prolégomènes de l’éd. bénéd., avec une excellente indication des dates pour sa vie et ses œuvres.

Ambroise, fils d'un préfet de la Gaule, naquit vraismblablement à Trèves entre 335 et 340. Sa famille comptait parmi ses aieux un grand nombre de consuls et de hauts fonctionnaires. Après la mort de son père (vers 350), il fut, tres-jeune encore, conduit à Rome avec sa mère, sa sœur aînée Marcelline, et son jeune frère Satyre, pour y continuer ses études.

Entré dans le barreau, il plaida des causes avec tant d'éclat, qu'il fut nommé procurateur de la Ligurie et de la province Æmilia. Milan fut le siége de sa résidence. L'évêque .de cette ville, Auxence, toujours attaché à Yarianisme, étant venu à mourir (374), les catholiques etles ariens furent unanimes pour le demander comme évêque, après qu’un enfant se fut écrié à l’église

Ambroise, évéque! Ambroise, encore catéchumène, ré-

sista d’abord par des moyens désespérés, mais il céda enfin à la volonté de Dieu qui se révélait avec une telle évidence. Baptisé par un évêque orthodoxe, huit jours après il était sacré évêque sans avoir reçu aucune instruction théologique. Mais Dieu, qui l’avait appelé à œ ministère sublime, par sa grâce y supplea; les fidèles de Milan admirerent en lui l'idéal de l’évêque, l'Eglise un des plus habiles et des plus courageux défenseurs de sa croyance et de ses droits, les malheureux un protecteur dévoué et infatigable. Il entra en fonctions dans la maturité de l’âge, en appliquant sa fortune à des œuvres de bienfaisance. Consacrant à l’erudition théologique, sous la direction de Simplicien, qui lui succéda, tous ses instants de loisir, il étudia les écrivains de la Grèce, Clément, Origène, Didyme et surtout saint Basile, celui de tous qu'il a le mieux imité dans ses écrits comme dans le gouvernement de son Eglise.

Parmi les grandes œuvres de son épiscopat, nous mentionnerons sa lutte persévérante contre l’arianisme dans laquelle il assura la nomination d’un évêque catholique à Sirmium et élimina (381) cinq évêques ariens. Il résista deux fois, au risque de perdre la vie ou d'aller

en exil, aux injonctions de la cour, qui lui ordonnait de

céder les églises catholiques aux ariens. « Qu'on nous les enlève par force, répondait-il, je ne résisterai pas; mais je ne les livrerai jamais; je ne livrerai pas l’heritage de Jésus-Christ; je ne livrerai pas l'héritage de nos pères , l'héritage de Denis qui est mort en exil pour la cause de la foi, l'héritage d’Eustorge le confesseur, l'héritage de Mirocles et des autres évêques fidèles, mes prédécesseurs !. » Dans cette lutte, il était soutenu par son peuple, qui le mettait à l’abri des violences et des avanies.

Il résista avec la même énergie et le même succès aux instances que le rhéteur Symmaque faisait auprès

1 Epist., lib. I, ep. xx. (Substit. du trad.)

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des empereurs pour replacer dans la salle des séances du sénat la statue de la déesse Victoria, enlevée par les empereurs Constance et Gratien.

De même qu'à Trèves (381) il avait refusé d'admettre à la communion Maxime, le meurtrier de Gratien, tant que Maxime n'eut pas expié son crime par la pénitence, il fit de même à l’égard de l’empereur Théodose, qui, en 390, s'était souillé du sang de sept mille Thessaloniciens, dont plusieurs étaient complètement innocents, jusqu'à ce que ce prince se fût soumis à la pénitence publique. Plus d’une fois aussi, dans des circonstances graves, les souverains éprouvèrent les heureux effets de sa puissante intervention.

Un autre mérite de saint Ambroise est d’avoir conquis à l'Eglise celui qui devait être son plus grand docteur, sant Augustin. Enfin, en protestant contre la peine de mort invoquée contre Priscillien par des hommes d’Eglise, il se rendit d'autant plus vénérable à ses adversaires, que dès le début de son pontificat il avait toujours intercédé en faveur des condamnés à mort. Il mourut le 4 avril 397. L'Eglise de Milan a honoré la mémoire de son grand évêque en conservant jusqu'à nos jours la liturgie qui porte son nom.

Ouvrages de saint Ambroise.

Saint Ambroise a déployé en littérature la même activite que dans les œuvres pratiques. L'enseignement étant à ses yeux un devoir essentiel du sacerdoce, il instruisait son peuple tous les jours de dimanches et de fêtes, quum jam effugere non possimus officium docendi quod nobis refugientibus imposuit sacerdolii necessilas!. Il s’y sentit obligé dès le commencement de son pontificat, « bien que, transporté soudainement des tribunaux et des emplois de la vie civile au sacerdoce, je fusse obligé d'enseigner ce que je n’avais pas appris, d’ap-

t De offic., I, u.

prendre et d’enseigner en même temps‘. » Il ne pröcha d’abord que ce qu'il avait trouvé dans l’Ecriture sainte par un travail assidu et ce qui lui avait été révélé par celui qui, étant le véritable Maître, est le seul qui n'ait pas besoin d’apprendre ce qu'il enseigne à tous?.

Ses travaux littéraires ont pour but la réfutation ou plutôt la comparaison du paganisme avec le christianisme : ils roulent sur la controverse dogmatique, l’exégèse, la morale, l’ascétisme, sans parler de ses lettres et de ses hymnes.

4. La première occasion de combattre le paganisme lui fut offerte sous les empereurs Gratien (382), Valentinien II et Théodose, lorsque Symmaque voulut relever l'autel de la Victoire dans le sénat romain. Dans ses lettres à Valentinien?®, il réfute les accusations de Symmaque qui imputait aux chrétiens la désertion des dieux du paganisme et la ruine du sénat : « Ce n’est pas aux dieux, dit-il, mais à sa vaillance, que Rome doit l'empire du monde. » A cette objection, qu’il y a plusieurs chemins pour arriver à Dieu, il répondait : « Venez et entrez sur la terre dans la céleste milice ; c’est là que nous vivons et combattons. Que j’apprenne les mystères du ciel par les témoignages du Dieu qui l’a créé, et non par celui de l’homme qui ne se connait pas. » On disait aussi que les dieux se vengeaient par les calamités publiques qui désolaient l'empire, de la désertion de leur culte, Saint Ambroise s'étonne que les dieux aient attendu que leur culte fût aboli pour se venger des offenses qu'on leur a faites, En exhortant l’empereur à ne point céder à ces suggestions, il lui montre que le paganisme est tout l’opposé du christianisme. Ici, c’est le vrai Dieu, source de tout salut; là, ce sont de faux dieux, avec l'erreur et l’imposture. Le vrai Dieu doit être préféré à tout, et l’on ne fait tort à personne en donnant la préférence au Très-Haut. Votre foi lui appartient ; et comme

4 De offic., ©. ıv. — 3 Ibid., c. 1. — 8 Epist. XVII et XVII.

vous ne pouvez forcer personne à honorer Dieu malgré lui, que la même chose vous soit permise à vous. Il n’est rien de plus grand que la religion, de plus sublime que la foi, surtout pour un empereur. De même que tous le servent, il doit, lui, servir son Dieu et la vraie foi. « Si aujourd’hui, ce qu'à Dieu ne plaise, un empereur païen erigeait un autel aux idoles, et voulait forcer les chretiens d’assister aux sacrifices des ministres des idoles, s’il portait cet ordre en plein sénat et en présence des chrétiens qui y forment une si grande majorité, est-ce que tout chrétien ne considérerait pas cette démarche comme une persécution? Mais que penserait-il d’un empereur chrétien qui commettrait un tel sacrilége? Voilà pourtant, ö empereur, le crime dont vous vous rendrez coupable en signant le decret qu’on vous propose. Du reste, si vous commandiez cela, il n’est pas un évêque qui le supportät ou qui y fût indifférent. Vous pouvez venir à l’église, mais aucun évêque n’y sera pour vous recevoir ; ou s’il y est, ce sera pour vous résister et refuser votre offrande. » Interpellant ensuite l’empereur : « Que répondriez-vous, lui dit-il, à votre frère Gratien, si, du fond de sa tombe, il vous disait : Je me console de mes malheurs parce que j’ai remis l’empire entre tes mains, et que je me survis dans les institutions que j'ai établies en faveur d’une religion immortelle. Mon assassin n’a pu m’enlever que la vie; mais toi, en supprimant mes ordres, tu as fait plus que celui qui a porté les armes Contre moi. Choisis entre les deux : si tu signes volonlairement, tu condamnes ma foi; si tu cèdes à la violence, tu trahis ton frère. » Ambroise l’emportat.

Saint Ambroise nous offre une intéressante comparaison de la morale chrétienne avec la morale païenne, dans son De officiis ministrorum, où il imite visiblement

‘ CE Schmieder, Griefs de Symmaque et réponses de S. Ambroise,

Halle, 1790 ; Villemain, De Symmaque et de S. Ambroise, tableau de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle.

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$ &. Suäpiee Sévère ur zur W6) CL Inmertei. zu 15. Eros, de Pre), ei Prolegomena ad Salpie., Galkand.. Bill. : VIL Severe. surnomme Sulpsoe. naquit vers 363 d'une fsmille noble de l’Aquitame. Apres avoir fréquenté l'école” des rheteurs de Bordeaux , il se consacra à l'étude da :

poque où. à la prière-de sa belle-mère, il était allé rendre visite à saint Martin (393) et avait concu le dessein de transmettre à la postérité la vie de cet illustre pontife, dont il recueillit les matériaux dans de fréquentes visites. Selon de Prato, il serait mort peu de temps après l’an 406. Cette étrange nouvelle donnée par Gennade, que, «dans sa vieillesse, Sévère s'était laissé séduire au pélagianisme et s'était imposé pour penitence de se taire pendant tout sa vie,» a été sans doute imaginée pour expliquer a subite disparition.

Ouvrages de Sulpice Sévère.

4. Vie de saint Martin, composée pendant les sept der- 1 De script. eccl., c. XIX.

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nières années de la vie du saint, et publiée après sa mort. Outre les miracles notoires, Sulpice, imbu de l’esprit .credule de son temps, rapporte quantité d’autres faits merveilleux, « mais de telle sorte qu'on reconnait facilement le fond naturel des événements, lequel fond n'exclut pas l'influence surnaturelle ?. »

2. Histoire sacrée, depuis l'origine du monde jusqu'au prernier consulat de Stilicon ( 400 ans après Jésus-Christ), composée entre 400 et 403 ; chef-d'œuvre de concision et d'élégance, qui a fait appeler Sulpice le Salluste chretien *. On y trouve à la fin des détails précieux et exacts sur Priscillien 5. Bernays a dit de cette histoire « qu'elle est un des ouvrages qui sont appelés à remplir la tâche gigantesque qui incombe à l’humanité et qui consiste à concilier la Bible avec la civilisation grecque etromaine®. » C'est aussi à cette fin qu’on l’employait souvent autrefois dans les écoles savantes.

3. Ses Dialogues entre Gallus et Posthumianus (405) ; le premier sur les vertus des moines d'Orient ; le second et le troisième sur celles de saint Martin et des moines d'Occident, complètent la Vie de saint Martin.

4. Lettres à Paulin, évèque de Nole; au prêtre Eusebe, Contra æmulos virtutum beati Martini; au diacre Aurélius, De obitu et apparitione beati Martini; à sa belle-

mère , Quomodo beatus Martinus ex hac vita ad immortalitatem transierit.

D'autres lettres (Migne, append., ser. lat., t. XX, p. 223) sont considérées comme apocryphes par les meilleurs critiques; cf. Fessler, t. Il.

L’Historia sacra parut pour la première fois à Bâle en 1556; cum comment. Sigonii, Bon., 1581; Francof., 1592. Severi Opera, emend. et illustr. Giselin, Antw., 1574; Par., 1575. La meilleure, de Jér. de Prato, Véron., 1741, in-4°, t..1I, sans les lettres; avec les lettres,

1 Reinkens, Martin de Tours, Thaumat., moine et évéq., Bresl., 1866. — ? Ita brevitati studens, ut pœne nihil gestis subduxerim. Lid. I,

c. I. — $ Editée à part par Dübner, Par. 1851. — ® Chronol. de Sulp. Severe, Berl., 1861.

Gall., Bibl., t. VII; Migne, ser. lat., t. XX. C£ Tillem., t XI; Dopin,

t. I, part. Im ; Ceillier, & X; ed. 2, t. VII.

5 66. Rufin, pretre d’Aquilée (mort en 410).

Cf. Rufin. Vit. lib. II; notitia ex Schœnemanni Bibi. Patr. lat. dans Migne, sér. lat.,t. XXI.

Rufin (Tyrannius) naquit vers 345 à Julia Concordia, près d’Aquilee. Il vécut, n’etant encore que catéchumène, dans un couvent d’Aquilee où, après son baptême (370), il reçut probablement le diaconat ; de là son surnom d’Aquilde. Depuis longtemps, il s’y était lié d’une étroite amitié avec saint Jérôme, et lorsque celui-ci partit pour l'Orient (373), il quitta son pays et se rendit d’abord en Egypte, où il rencontra la spirituelle et pieuse Mélanie, qui séjournait depuis quatre ans dans ce berceau de la vie érémitique, consacrant à Dieu son veuvage et ses richesses aux pauvres, dont souvent elle nourrissait jusqu’à cinq cents par jour. Il s’attacha à elle d’une amitie indissoluble et ’accompagna dans ses voyages. Rufin se sentit également attiré par les moines du désert de Nitrie, et par les savantes lecons de l’aveugle Didyme, chef de l’école d'Alexandrie.

D’Egypte, Rufin alla en Palestine, où il dirigea plusieurs années les ermites du mont des Olives, de même que Mélanie y était à la tête d’un couvent de femmes. Il resserra les nœuds qui l’unissaient à saint Jérôme, lequel sejournait habituellement à Jérusalem avec la vénérable Paula, et, avant même son arrivée à Jérusalem , l’avait recommandé comme un homme d'une vertu exemplaire.

Cependant Rufin demeura à Jérusalem, captivé par l'évêque de Jérusalem, comme lui partisan fanatique d’Origene. Il recut de ses mains l’onction sacerdotale (390).

Grâce aux agitations qu’un certain Aterbius avait

excitées contre Origène, et en suite desquelles on reprocha à Jean et à Rufin, voire même à saint Jérôme, d’être ses admirateurs, bien que celui-ci eût désapprouvé ses erreurs, il arriva qu'en 394 saint Epiphane prêcha contre Origène en présence de Jean et de Rufin, et, contrairement aux saints canons, conféra les ordres à Paulinien, frère de saint Jérôme. Dans la querelle qui surgit ensuite entre les deux évêques, Rufin prit le parti de Jean et Jérôme celui d’Epiphane. Une rupture qui allait éclater entre les deux amis fut prévenue par Mélanie, et la réconciliation eut lieu en 397.

Peu de temps après, Rufin accompagna en Italie Mélanie, dont la jeune nièce, qui portait son nom, se proposait, ainsi que son aïeule, de vivre dans la continence parfaite avec le consentement de son mari. A Rome, Rufin traduisit l’apologie d'Origène, par Pamphile et Eusèbe, puis le De principiis d'Origène, en s’autorisant du jugement favorable qu’en avait autrefois porté saint Jérôme. Il omit ou modifia dans sa traduction plusieurs passages scabreux, et essaya, dans un épilogue, de prouver que les hérétiques y avaient fait de nombreuses altérations 1.

A Rome, ce travail fit sensation; dès que saint Jérôme en fut informé, une violente dispute littéraire s’ensuivit entre les deux. Rufin, obligé par le pape Anastase de donner des éclaircissements, n’evita l’excommunication que par une profession de foi orthodoxe, et vécut désormais presque constamment à Aquilée. Les invasions des Goths sous Alaric le contraignirent de prendre la fuite. Il voyagea en Sicile avec la jeune Marcella (nièce de

Mélanie), et avec son époux Pinian, et mourut à Messine (410).

Mérite littéraire de Rufin.

1. Son mérite est d’avoir, par ses nombreuses traduc- 1 Sur la méthode arbitraire de Rufin, voir $. Jérôme, Ep. ad Avit,

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2 Quer prommds - Ayeiogia adversus Hieronyzum Gb Il. à agerile om a donne à tort le nom dh : vertires: Rufın v refoie en termes violents et peu chsritabies les reproches que lim faisait saint Jérôme. La réponse de ce dernier, en deux livres. suivis d’un troiseme. est vive. mais decente et mesurée : « Quells édification pour des spertateurs, s'écriait saint Jeröme, que de voir deux vieillards se quereller. d’autant plus qu'ils veulent passer tous deux pour orthodoxes!

1 La meilleure édit. est de Th. Cacciari, ad cod. Vatic., Rome, 114, in-4*, 2 voL Sur le reproche exagéré fait à Rufin par Valésins et Hot (Declar. interpr.,, d'avoir usé de trop de liberté dans l’élaboratie d'Eusébe, voir : "Dissertat. de rita, fide et Eusebiana ipsa Rufei translatione, ed. Cacciari, et Kimmel, De Rufino Euseb. interpreie, Ger., 1838.

3 Autw., 1618, souv. reimpr.

Donnons-nous plutôt la main et unissons nos cœurs !. »

Apologia ad Anastasium, Romanæ urbis episcopum, où il fait cette déclaration : Origenis ego neque defensor sum neque assecior, neque primus inlerpres.

De benedictionibus Patriarcharum (lib. IT), écrit à la prière de Paulin (de Nole?); suivant Gennade?, Rufin y explique le chapitre xııx de la Genèse dans le sens hisbrique, moral et mystique.

Le meilleur travail de Rufin est son Exposition ou Commentaire du Symbole des Apôtres, rédigé à la demande & l'évêque Laurent. Très-estimé de l’antiquité, il est encore utile pour l’histoire des dogmes.

L'authenticité des Commentaires sur les soixantequinze premiers psaumes, sur Osée, Joël et Amos, de la Vie de saint Eugène et du Traité de la foi, ete., est douteuse. |

Opera, ed. De la Barre, Par., 1580, in-fol.; la meilleure, de Valarsi, Vérone, 1745 (un seul vol., incomplète) ; Migne, sér. lat., t. XXI. C. Tillem., t. XII; Dupin, t. II, part, 1; Ceillier, t. X; ed. 28,t. VII.

S 67. Saint Jérôme (mort en 420).

C. Proleg. ed. bened., et de l'édition de Vallarsi et de S. Maffei, meilleure encore que la première.

Jérôme (Sophrone-Eusèbe) naquit entre 340 et 342 difficilement en 331), à Stridon en Dalmatie. Il fut élevé à Rome par le célèbre grammairien Donat, et peut-être par le rhéteur Victorin. Le baptême, « ce vêtement du Christ et de l’innocence, » il le reçut certainement des Mains du pape Libère ; mais il le profana bientôt « dans les sentiers scabreux de la jeunesse, où sa chasteté »ssuya plus d’un naufrage » qu'il pleura amerement lans la suite. Pour compléter ses études, il se mit à

1 Cf. Buse , Jérôme et Rufin (Revue scientif. et artist. de Bonn, s ann.) — ? De script. eccl., c. XVII.

voyager, passa quelque temps à Trèves, où l'éclat de ki cour, dont il fut un instant ébloui, lui fit envisager le vie par son côté sérieux et prendre la résolution dest consacrer sans partage au service de Dieu. n

Après ce voyage dans la Gaule, il est probable qui. se rendit à Aquilée, auprès de son ami Rufin, poæ lequel il avait transcrit à Trèves le commentaire sur les‘ Psaume et le traité des Synodes, de saint Hilaire de: Poitiers. Epris d'amour pour la vie religieuse, il s’atiacha étroitement à Rufin, ainsi qu'à Chromace, Eusebe, : Jovin, Chrysogone et Nicéas. A la suite d’une commotios : dont nous ignorons les details, il quitta Aquilée ave . Evagre, prêtre d’Antioche, Héliodore, Innocent et Nieeas, et entreprit son premier voyage en Orient (372). Ils traverserent, avec de grandes fatigues, le Pont, la Bithynie, la Galatie, la Cappadoce, la Cilicie, au milieu d’un ét brûlant, et, entrés en Syrie, ils trouvèrent enfin la ville d’Antioche (373). Innocent mourut quelques jours après. : Jérôme, depuis l'automne jusqu’au printemps, fut ‘ éprouvé par diverses maladies. Ce fut alors sans doute qu'il promit au Christ de renoncer à la lecture de ses auteurs favoris, Térence, Plaute, Virgile, Cicéron et Quintilien, que Rufin lui reprocha dans la suite avec autant d’indélicatesse que de mauvais goût. Il prit aussi des leçons d’exégèse auprès d’Apollinaire, si estimé avant ses erreurs, et, séduit à la vie monastique par un pieux vieillard de la contrée, Malchus, il se retira dans le désert de Calchis, sur la côte orientale de la Syrie, où il vécut quatre ou cinq années dans l’ascétisme le plus rigoureux.

Tout en gagnant sa vie par le travail de ses mains, il s’appliquait avec ardeur à l’étude, particulièrement de la langue hébraïque, aidé par un Juif converti. C’est là aussi qu’il écrivit la vie du premier ermite, saint Paul de Thèbes, outre différentes lettres à Héliodore pour lui reprocher sa désertion : « Que fais-tu dans le siècle, lui

dit-il, toi, plus grand que le siècle? » Retourné à Antioche, il fut, malgré sa résistance, ordonné prêtre (479) dans un temps où cette Eglise était déchirée par le schisme de Mélèce. Jérôme prit le parti de Paulin, et rédigea son Dialogue entre un luciférien et un orthodoxe. Quittant de nouveau Antioche, il passa quelque temps à Constantinople pour y recevoir les lecons de Grégoire de Nazianze sur l'interprétation de l’Ecriture. Après avoir terminé sa traduction de la Chronique d’Eusebe et divers travaux d’exégèse, il se rendit à Rome sur la demande & pape Damase, avec Paulin, évêque d’Antioche, et Biphane, évêque de Salamine, pour assister à un con-

de touchant le schisme de Mélèce (382).

À Rome, il traduisit en latin deux homélies d'Otigène ar le Cantique des cantiques, et le traité de Didyme sur k Saint-Esprit, rédigea sa controverse contre Helvidius, et, sur l'invitation du pape Damase, consacra ses grandes Connaissances en linguistique et son génie critique à la révision de la version italique de la Bible. Il réunit autour de lui un grand nombre de personnes attirées vers la vie religieuse, surtout des femmes, des veuves, des vierges de haute naissance et d’un grand esprit, dont les plus remarquables sont Marcella, Principia, Asella, Mélanie, Paula, Eustochium, Fabiola et Felicitet. Sur leur demande, il rédigea plusieurs traités ascétiques, ansi que des lettres, où il commente des passages et quelquefois des livres entiers de la Bible.

Après la mort de son protecteur, le pape Damase, Jérôme quitta Rome (385) avec son frère Paulinien et le trêtre Vincent, et entreprit son second voyage en Orient après avoir reçu l’assurance qu'il y serait suivi de Paula et de sa sœur Eustochium. Paula le rejoignit effectivement à Antioche, d’où ils allerent ensemble dans la Terre-Sainte en traversant la Cœlé-Syrie et la Phénicie. Après avoir visité les lieux saints et satisfait leurs goûts

!Reinkens, les Ermites de saint Jérôme, Schaffh., 1864.

scientifiques, ils visiterent l'Egypte, où Jérôme assistt avec un vif intérêt aux leçons de l’aveugle Didyme, & parcoururent les stations monastiques de la Nitrie. Rentrés dans la Terre-Sainte, ils se fixèrent au berceau &a christianisme, à Bethléem, où s’eleverent bientôt deux couvents, l’un d'hommes, pour saint Jérôme, Paulinien, Vincenti et leurs amis ; l’autre de femmes, pour Paula, : Eustochium et les nombreuses vierges de toute condi tion qui se groupèrent insensiblement autour de cs nobles romaines. Saint Jérôme, tout en se consacrant aux œuvres de l’ascetique, déploya une activité infatgable, surtout dans l’explication de la Bible et dans les controverses religieuses de son temps; il suffit de rappeler les noms d’Origene, Nestorius, Pelage, Jovinien, Vigilance, Helvidius. Il mourut le 30 septembre 4%, & fut inhumé à Bethléem. Plus tard ses restes furent transportés à Rome.

Ouvrages de saint Jérôme.

4. Saint Jérôme est surtout renommé dans l'Eglis occidentale pour ses travaux sur l’Ecriture sainte, auxquels il se prépara par des traités dont la plupart sont traduits du grec; ce sont :

Liber de nominibus hebraicis, seu de interpretation | nominum hebraicorum, dans lequel il traduisit en latin le livre du juif Philon qui porte le même titre. Il y explique les noms propres des deux Testaments, non d’après le sens étymologique, mais d’après la méthode allégorique de Philon. Ses explications sont souvent forcées et tout-àfait inexactes. Liber de situ et nominibus locorum hebraicorum, traduction libre de l'ouvrage d’Eusebe sous le même titre : Transtulimus, dit-il, relinquentes ea quæ digna memoria non videntur, et pleraque mutantes. Il y consigne les témoignages des anciens sur le même sujet. Liber hebraicorum quæstionum in Genesim, avec des Temarques sur les passages difficiles de la Genèse. L’auteur

yeompare l’ancienne version latine avec le texte hébreu et les Septante, et la rectifie en plusieurs endroits avec l'aide du Juif Bar-Anina et d’un autre savant versé dans lhébreu et le chaldaïque : travail unique en son genre, fort estimé alors et jugé indispensable dans la littérature grecque et romaine de cette époque.

Après ces travaux préparatoires et les commentaires qe nous citerons encore, saint Jérôme pouvait entreprendre la révision complète de l’ancienne version latine. ll commença en traduisant lui-même en latin les deux Testaments d’après les textes hébreux et grecs!. Pendant que les Goths, au dire de Sunnia et Fretella®, lui savaient gré de ses travaux, les « Grecs demeuraient assoupis, » et saint Augustin lui écrivait que sa version, différente en bien des points de l’ancienne traduetion, profondément enracinée dans le peuple, excitait plus d'un mécontentement 5. Cependant, après avoir conseillé d'éviter ces sortes d’écarts en ce qui concerne l’Ancien Testament, saint Augustin reconnut plus tard qu'il était utile de s'éloigner des Septante.

Commentaires. Saint Jérôme y préluda par sa traduction des deux homelies d’Origene Sur le Cantique des Canliques. « Origène, dit-il, ayant surpassé tous les interpretes dans tous les livres de l’Ecriture, s’est surpassé li-même dans l'interprétation du Cantique. » Il y faut joindre le Commentaire sur l’Ecclésiaste, commencé à Rome pour Blésilla, et achevé à Bethléem pour Paula

1 Sous le titre de Bibliotheca divina, dans Valarsi, t. IX-X ; Migne, & XXVIII-XXIX. — 2 Ep. cvı, al. cxxxv.

3? Nam quidaın frater noster episcopus, cum lectitari instituisset in ecclesia cui præest interpretationem tuam, movit quiddam longe aliter 2bs te positum apud Jonam prophetam, quam erat omnium sensibus nemoriæque inveteralum, et tot ætatum successionibus decantatum. ‘actus est tumultus in plebe, maxime Græcis argueutibus et inflamnantibus calumniam falsitatis, ut cogeretur episcopus, Judeorum 2stimonium flagitare. — Quid plura? Coactus est homo velut menositatem corrigere, volens, post magnum periculum, non remanere ne plebe (iuter Hieron. Epist., n. 104).

et Eustochium, ut in morem commentarioli obscura que dissererem, ul absque me posset inlelligere g: gebat.

Vinrent ensuite les commentaires plus étendus s quatre grands et sur les douze petits prophètes saint Matthieu, sur les Epitres aux Galates, aux siens, à Tite, à Philémon : saint Jérôme y suit la mé grammatico-historique, sans rejeter la méthode & rique d’Origene. Son dessein est « d'élever un ! spirituel sur le solide fondement de l’histoire (k littéral ou historique), en tenant le milieu entre toire et l’allégorie, comme entre Scylla et Charyb Une correspondance animée s’établit entre lui et Augustin sur le verset 44, c. u, de l’Epître aux Gal Ses commentaires sont très-inégaux, et plusieur trop hâtés par le défaut de temps; ils manquent 80 de solidité et de profondeur. Il disait lui-même : D quodcumque in buccam venerit.

On doute de l’authenticité du Comment. in lib. Job, du Bra Psalterium; du Liber in expositione Psalm., et Præfat. de lib. ] de l'Explan. in ps. xLı et cxvu, de l’Expos. IV Evang., € attribue presque unanimement à Pélage les Comm. in Ep. S. excepté celui de l’Epitre aux Hébreux.

2. Travaux polémiques et dogmaliques. Nous déjà cité l’Apologie contre Rufin, où il oppose cà et ton passionné et violent de Rufin, un langage non äpre et blessant, ce qui faisait dire à saint Augı « Quel est l’ami qu'il ne faille craindre comme s’il ı devenir un ennemi, si ce que nous déplorons.a pu € entre Rufin et Jérôme“? » — Dialogue contre les | riens, ou altercation entre un luciférien et un ortho nous en avons déjà marqué l’objet. — Livre contr: vidius, sur la perpétuelle virginité de Marie, contre qui égalent le mariage à la virginité et préte

1 Pref., lib. VI Comment. in Is. — 3% Comm. in Nahum, c

8 CI Moehler, Jérôme et Aug., Mélanges, t. I, p. 1-18. — + inter Ep. Hieron.

qu'après la naissance du Sauveur, Marie a eu d’autres enfants. — Contre Jovinien, sur le même sujet. Des amis en ayant trouvé certaines expressions trop vives, l'auteur se justifia dans son Apologie à Pammaque!.— Livre contre Vigilance (vers 406), où règne la même âpreté de langage contre Vigilance, qui attaquait le culte des martyrs, des reliques, etc. À ceux qui lui reprochaient son ton virulent, saint Jérôme répondait : Hærelicis nunquam peperci; hosies Ecclesiæ mihi quoque hostes*. Sur la fin de sa vie (vers 445), il s’attaqua aussi aux pelagiens dans trois Dialogues, où un certain Atticus défend la doctrine de l'Eglise contre l’hérétique Critobule; cette lutte lui valut d’être littéralement assiege dans son couvent de Bethléem. L’ordination de son frère Paulinien par Epiphane (vers 399) le détermina à écrire contre Jean de Jérusalem, dont il combattit les vues origénistes.

Mentionnons encore sa traduction latine déjà citée du . Livre du Saint-Esprit, par Didyme ®.

3. Ouvrages historiques. Traduction latine de la Chronique d’Eusèbe, qu'il continua à Constantinople en 384, et conduisit de l’an 325 à l’an 378*. — Le De viris illustribus, seu De scriptoribus ecclesiasticis, chef-d'œuvre de biographie concise et exacte, indique les ouvrages des plus remarquables écrivains ecclésiastiques, depuis les apôtres jusqu’à l’auteur. C'était le premier essai de ce genre chez les catholiques; saint Jérôme en avait trouvé la plupart des matériaux dans l'Histoire ecclésiastique d’Eusebe. — Vie de saint Paul, premier ermile; — Vie de saint Hilarion et Vie de saint Malchus®. — Le Martyrologe de saint Jérôme, précédé de sa correspondance avec Chromace et Héliodore, quoique tres-ancien, n'est pas de lui‘. |

1 Ep. xLvn; cf. XLIX, L.— 3 Prol. dial. adv. Pelag. — ® Voir dans Valarsi, t. II; les ouvrages polémiques; Migne, ser. lat., t. XXII. — *T. VUI; Migne, t. XX VII. — 5 Migne, t. XXII. — °C. Fessler, t. II, p. 194.

4. Entre les cent cinquante lettres publiées par Valarsi‘, cent seize seulement sont de lui; les autres lui ont été adressées, ou bien elles ont été ajoutées pour l'intelligence du sujet. Ces lettres, si importantes pour la vie de l’auteur et les événements contemporains, ont été rangées par Valarsi dans les cinq classes suivantes : Lettres 4 à 18 (ann. 370-384); lettres 19 à 45 (de Rome jusqu'en 385) ; lettres 46 à 95 (de Bethléem) ; lettres 96 à 444 (de 401 jusqu’à sa mort, en 420); lettres dont la date ne peut être rigoureusement fixée.

Parmi ces lettres, il en est plusieurs qui sortent des bornes ordinaires d’une correspondance et sont de véritables traités. Les lettres bibliques expliquent des noms, des personnages, des objets mentionnés dans l’Ecriture, et montrent quel profit -on peut tirer de sa lecture?; les autres sont d’une nature dogmalico-polémique, morale et ascétique, historique et familière. Celles qui roulent sur la Bible sont de beaucoup les plus nombreuses. On estime surtout les lettres au pape Damase et à saint Augustin, de même que les lettres morales et ascétiques. Il y faut joindre : la Lettre à Nepotien sur la vie des clercs et des moines, la Lettre à Océan sur les vertus d’un évéque, les conseils sur la perfection chretienne et la vie monastique, adressés à des amis et à des amies, telles que Paula et ses filles Eustochium, Marcella, Fabiola,

Asella, etc. Comme on lui faisait remarquer qu’il louait

la virginité aux dépens du mariage, il répondait naivement : Laudo nuptias, laudo conjugium, sed quia mihi virgines generant. Plus honorantur nupliæ quando quod de illis nascitur plus amatur ?.

Parmi les lettres dogmatico-polémiques, nous devons

citer encore les lettres quinze et seize au pape Damase : An tres hyposiases in Deo dicendæ sunt; la lettre cent vingt-six à Marcellin et à Anasphychie, sur l’origine de l’äme, hortans ut reliqua pelant ab Augustino; la lettre

4 Migue,t. XXII. —? Ep. Lui ad Paulinum. —3 Epist., XXII, c. xx.

AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 373 cent quarante-six à Evangèle, quid sit discriminis inter episcopum, presbyterum et diaconum!.

Ses nombreux owvrages perdus sont partagés en deux classes dans Valarsi ?: ouvrages réellement perdus, et

ouvrages qu'on croit perdus, mais dont l’existence est encore douteuse 5.

Doctrine de saint Jérôme. Son importance.

4. L’Ecriture, dont toutes les parties sont inspirées et promulguées par le Saint-Esprit, contient les mystères de Dieu sur la création et la rédemption. Mais il faut l’entendre dans le sens de l'Eglise, spirituellement. Si on l’entend d’une manière charnelle, « c’est le démon qui parle par l’Ecriture, et toutes les hérésies en sortent ; l'Evangile du Christ devient l'Evangile de l’homme, ou, ce qui est pire encore, du démon. » Quoique ramassee dans un étroit espace, l’Ecriture contient un fond inépuisable : Quantum dilatatur in sensibus, tantum in sermone constringitur 5. Aussi la véritable vie consiste-t-elle à l’étudier : « Que peut être la vie sans l’étude de l’Ecriture sainte, qui nous fait connaître le Christ, la vie de ses fidèles 5? »

2. 1! y a sans doute une connaissance naturelle de Dieu”, basée sur la considération de la grandeur et de la beauté du monde; mais elle se limite au Père: le Fils et les mystères de la Rédemption ne peuvent être connus que par la révélation ®. Si, dans l’Ancien Testament, la Trinité divine a été tantôt manifestée plus clairement, tantôt cachée sous des figures, Jésus-Christ est le seul qui ait vraiment révélé ce mystère aux hommes”. Père, Fils et Saint-Esprit sont trois personnes ou hypostases dans une seule substance ou divinité. Les trois sont

1 S. Hieron. Epist. select., Vesont., 1839. —3T,. I, præf., Pars altera, n. 45-33. — ® Migne, t. XX, p. XVII-XXXVIN. — ® Comm. in Jerem., xxIx, 8; in Gal., 1, 11. — ® Comm. in Eccl., x11, 12. — 6 Epist. xxx

ad Paulam. — T Comm. in Gal., 1, 16; in Tit., 1,10. — 8 In Gal., m, 2. — © Prolog. in Genes.

également éternels ; il faut donc rejeter le subordinatianisme d’Origene et plus encore celui d’Arius, ainsi que le faux monarchianisme de Sabellius et de Photin ‘. Le Saint-Esprit a la même nature que le Pere et le Fils®, contrairement à ce qu'ont enseigné Macédonius, Eunome et d’autres hérétiques.

3. Saint Jérôme traite longuement de l’homme et de la Redemption, surtout dans sa polémique contre le pelagianisme ®.

4. Voici comment il parle des rapports que les fideles doivent avoir avec l’Eglise : « Quiconque se sauve, se sauve dans l'Eglise; quiconque se tient hors de l’Eglise du Seigneur ne peut être (parfaitement) pur. Cela est vrai non-seulement des Juifs et des paiens, mais encore et surtout des heretiques*. Les assemblées de ces derniers ne sont point des Eglises du Christ : (Sicut) una Eva mater cunctorum viventium, et una Ecclesia parens omnium christianorum... quam hæretici in plures Ecclesias lacerant, que juæta Apocalypsin * synagogæ magis diaboli appellandæ sunt quam Christi conciliabula®.

5. Les deux passages suivants sur la hiérarchie ont donné lieu de croire que saint Jérôme contestait la prééminence de l'évêque sur le prêtre : Idem est presbyter quod et episcopus”, et : Quid facit, excepta ordinatione, episcopus, quod non faciat presbyter®? On voit, cependant, dans ce dernier passage qu'il reconnait la supériorité de l’évêque dans un point essentiel, l’ordination; et voici, du reste, comment il termine cette même lettre: Ut sciamus traditiones apostolicas sumptas esse de Veleri Testamento; quod Aaron et filii ejus alque levitæ in templo fuerunt, hoc sibi episcopi et presbyteri et diaconi

1 Ep. xvin ad Damas., c. IV; Comment. in Zach., Iv, 12; in Is., LXV, 16; in Eph., W, 5; Ep. LXV ad Princip. —% In Is., LXIN, 10; in Amos, 1V, 12. — ® Voir les textes groupés dans Wcerter, Rapports de la grä:e et de la liberté, p. 649. — + Comm. in Joel, 11. 3; in Ezech.,

va, 19; Ep. Lx ad Ocean., c. 1x. —3 1,9. — 6 Comm. CXxIII ad Agaruch., c. x. — 7 Comm. in Tit., c.1. —® Ep. CXLVI ad Evang.

vindicent in Ecclesia. Il va jusqu'à dire : Ecclesis salus in summi sacerdotis dignitate pendel, cui si non exsors quedam et ab omnibus eminens detur polestas, tot in Ecclesia efficientur schismata quam sacerdotes 1.

Mais c’est à l'Eglise romaine qu’appartient le premier rang : elle est la chaire de Pierre, l’arche du salut, le roc qui supporte tout : Quicumque extra hanc domum agnum comederit profanus est?. Et voici la raison de cette prééminence de Pierre : Propterea inter duodecim unus eligitur, ut, capite conslituto, schismatis tollatur occasio®. L'Eglise romaine est donc la règle de la foi et de la doctrine *. Saint Jérôme explique ainsi le titre de clerc donné aux ministres de l'Eglise : St enim xñpoç græce, sors latine appellatur : propterea vocantur clerici, vel quia de sorte sunt Domini, vel quia ipse Dominus sors, id est pars clericorum est. Qui aulem vel ipse pars Domini est, vel Dominum partem habet, talem se exhibere debet ut et ipse possideal Dominum, et possideatur a. Domino. Qui Dominum possidet et cum propheta dicit : Pars mea Dominus S.

6. Sur les fins dernières, saint Jérôme enseigne, contrairement aux Grecs, que ce qui se fera pour tous au jour du Seigneur, a lieu pour chaque individu le jour de sa mort, et non pas seulement au jugement universel : Diem autem Domini, diem inlellige judicii, sive diem exilus uniuscujusque de corpore. Quod enim in die judicii ‚[uturum est omnibus, hoc in singulis die mortis impletur®. Nous ignorons si le passage suivant s'applique au purgatoire : Inter morlem autem et inferos hoc interest : infernus, locus in quo animæ recluduntur, sive in refrigerio sive in pœnis , pro qualilale meritorum ’. 11 ne rejette pas moins expressément cette opinion attribuée à Origène,

I! Adv. Lucif. — ? Ep. xv et xv1 ad Damas. — ® Adv. Jovin., 1, 26. —+ Ep. XLVI ad Marcel., c. x1 ; Ep. ıxıı ad Theoph., c. . — 6 Ep. Lu ad Nepot., c. v. — ® Comm. in Joel, c, 11. — 7 Comm. in Os., x, 16; cf. Valarsi, ad À. I.

que tous les êtres, y compris le démon, seront régénérest. Quant au règne de mille ans, il le qualifie d’opinion judaïque ridicule et indigne d’un chrétien ?.

La haute valeur de saint Jérôme a toujours été reconnue, malgré quelques jugements injustes et malveillants. Valarsi® a recueilli, dans les différentes époques, les témoignages honorables qui lui ont été rendus. Saint Augustin dit qu'il était le lien de l'Orient et de l’Occident, « à cause qu'étant célèbre par la connaissance nonseulement de la langue latine, mais encore de la langue | grecque et même de l’hébraïque, il avait passé de l’Eglise occidentale dans l’orientale pour y mourir à un âge décrépit dans les Lieux-Saints et dans l’étude perpétuelle des livres sacrés". » « Les hérétiques le haissent, poursuit Sulpice Sévère, parce qu'il ne cesse de les attaquer; les clercs, parce qu'il censure leur vie et leurs crimes ; mais tous les bons l’admirent et l’affectionnent. » Ce qu'il y avait de trop passionné dans son langage et d’excessif peut-être dans ses mortifications extérieures , ne venait que de l'excès même de son amour de Dieu et de l'Eglise. Il est indubitablement un des plus doctes Pères de l’Eglise latine, et ses travaux comptent parmi les plus interessants et les plus variés de la littérature chrétienne. Pourtant, il serait exagéré de dire avec Erasme : In Hieronymo quæ phrasis, .quod dicendi arlificium ! quo non christianos modo omnes longo post se inlervallo reliquit, verum eliam cum ipso Cicerone cerlare videlur. Ego certe, nisi me sanclissimi viri fallit amor, cum hieronymianam orationem cum ciceroniana confero, videor mihi nescio quid in ipso eloquentiæ principe desiderare ®. Loin d’être l’egal de Cicéron, il n’est pas même aussi pur et aussi classique que Lactance. Mais, pour la puissance et la force du style, il est incomparable.

1 Comm. in Is., XIV, 20; xxvIl, 1; LXVI, 24, etc. — 3 Præf. comm. in Is., et LXVI, 23. — ® Selecta Veter. Testimon., t. 1. — + Cit. du

Opera, ed. Erasm., Basil., ap. Froben., 1516 et seq., in-fol., 9 vol.; Marian. Victorius Reatin., ep., Rom., 1565, in-fol., 9 vol.; ed. bened. (Poujet et Martianay), Par., 1693-1706, in-fol., 5 vol. La meilleure édition, de Valarsi, Véron., 1734, in-fol., 12 vol.; 1766, in-4°, 41 vol. Voir dans Migne, t. XXX, p. 902, l’ordre dans lequel se succèdent les ouvrages dans les anciennes éditions. Cf. Tillemont, t. XII; Dupin, t. I, part. 3 ; Ceillier, t. X, ed. 2%, t. VII; Gollombet, Hist. de S. Jer.; Behr, Théol. clret. rom., p. 165; Fessler, t. I, p. 131; Zoeckler; Jérôme, sa vie et ses œuvres d’après ses.dcrits, Gotha, 1863.

S 68. Saint Augustin (mort en 430).

Augustini (S.), Hipponens, episc., Opera omnia, post Lovaniens. theologorum recensionem castigata, denuo ad manuser. cod. Gallic., Belg., etc., necnon ad edit. antiquior. et castigatior., op. et stud. monach. ord. S. Bened.— Edition Gaume, 22 vol. gr. in-8° à deux colonnes.

Aurèle Augustin naquit à Tagaste en Numidie (354). Son père, qui y exercait les fonctions de curiale, ne se convertit qu'à la fin de ses jours; sa mère Monique, était née dans le christianisme et compte parmi les plus illustres chrétiennes de l'antiquité. Augustin fut instruit à Madaure et à Carthage. Admirablement doué au point de vue intellectuel et moral, élevé avec le plus grand soin par sa pieuse mère, devenue veuve de bonne heure, Augustin tomba néanmoins, sous le double rapport de l'intelligence et du cœur, dans les plus grands écarts. A dix-huit ans, il eut à Carthage un fils auquel il donna le nom d’Adeodat. Ramene à des pensées plus sérieuses par la lecture de l’Hortersius de Cicéron !, il :’appliqua avec ardeur à l’étude de la philosophie, et son premier traité De apto et pulchro, composé à l’âge de vingt-six ans, lui valut beaucoup de gloire. Toutefois, ce ne fut qu'après un sévère examen de tous les systèmes philosophiques, y compris celui des manicheens, auxquels il fut attaché depuis l’âge de dix-neuf ans jusqu’à l’âge de vingt-huit, qu'il trouva dans les leçons chrétiennes de saint Ambroise

1 Confess., IH, ıv.

la vérité et les grâces nécessaires à une vie plus parfaite. I quitta la carrière de rhéteur qu’il avait remplie à Rome (383) et à Milan (384) avec un grand succès, et suivi de quelques amis, se retira dans la villa de Cassiaciacum (386). C'est là qu’il posa en quelque sorte les bases de ses futurs travaux en philosophie et en théologie, par ses ouvrages Contre les académiciens, de la Vie heureuse, de l'Ordre, et plus tard par les Soliloques et le traité de l’Immortalilté de l’âme. La veille de Pâques, en 387, saint Ambroise lui administrait le baptême, ainsi qu'à son fils et à son ami Alype, maitre de grammaire dans sa ville natale et converti par Augustin. Ainsi s’accomplissait cette parole prophétique de l'évêque à sainte Monique : « Il est impossible qu’un fils pleuré avec de telles larmes périsse jamais. » Augustin a, du reste, dépeint dans un tableau inimitable les luttes qu’il dut soutenir pour secouer pleinement le joug des passions mondaines, et trouver ailleurs que dans les séductions des sens la paix où aspirait son âme inquiète et déchirée. Bientôt après, il retourna en Afrique avec ses amis ; mais ayant perdu à Ostie sa mère qui le protégeait de ses ferventes prières , il résolut d'aller passer quelque temps à Rome. Il y écrivit De moribus Ecclesiæ catholicæ, De moribus manichæorum, De quantitate animæ et De libero arbitrio; mais il ne publia ces deux derniers ouvrages qu’en Afrique. A la fin de l’année 388, il se retira avec ses amis dans une campagne qu'il possédait près de Tagaste, résolu de se consacrer à l'étude et aux exercices de la piété, après avoir distribué aux pauvres une partie de sa fortune. Il y composa, De musica, De magistro, De vera religione, De Genesi, contra manichxos. La réputation qu'il se fit par ces nouveaux ouvrages, fut “ cause que pendant un séjour à Hippone, l’évêque de cette ville, Aurele, l’ordonna prêtre malgré sa resistance, et lui confia le ministere de la prédication, que son grand âge l’empéchait de remplir. On peut juger du crédit qu'il

jouissait des cette époque par l'explication qu'il fit du symbole en présence des évêques réunis en concile général à Hippone en 393, et qui devint plus tard le traité De fide et symbolo. Successeur d’Aurèle sur le siége d’Hippone, vers 395, il se révéla non-seulement comme un des plus remarquables évêques de son temps, mais comme. le plus grand docteur de tous les siècles. En continuant le régime claustral qu’il avait commencé, il fit de sa demeure épiscopale une sorte de couvent où il vécut en commun avec son clergé; aussi l’a-t-on considéré comme l’instituteur des séminaires et de la vie canonique des clercs. La force de génie , le zèle infatigable qu'il déploya dans ses luttes verbales ou écrites contre les donatistes, les manichéens et les pélagiens, unis à la sainteté de sa vie et à l’eloquence de sa parole, ont fait de lui le docteur de l'Eglise le plus influent et le plus universel ; car, on l’a dit avec justice, le plus grand theologien du moyen-äge, saint Thomas, n’a été que « le meilleur interprète de saint Augustin. » Ecoutons le père Garnier : « J’augmenterai plutôt que de diminuer les éloges de ce Père, que je regarde comme le plus grand de tous les esprits, comme celui où l’on trouve le dernier degré de l'intelligence dont l'humanité est capable, un miracle de doctrine, celui dont la doctrine nous montre les bornes dans lesquelles se doit renfermer la théologie, l'apôtre de la grâce, le predicateur de la prédestination, la bibliothèque et l’arsenal de l’Eglise, la langue de la vérité, le foudre des hérésies, le siége de la sagesse, l’oracle des treize derniers siècles, l’abrege des anciens docteurs et la pépinière où ceux qui ont suivi se sont for- mes. Il developpe les mystères de la prédestination et de la grâce comme s’il les avait vus dans l'intelligence et dans la pensée de Dieu même.» Après une carrière si bien remplie, Augustin mourut avant que les barbares

1 Steph. Dechamps, De hæres. jans., lib. II, disp. L (Addition du trad.)

eussent ravagé son pays et son siége épiscopal, le troisième mois de l'invasion (28 août 430). Augustin fut le dernier grand homme de l’Afrique ; après lui commenca la barbarie. |

Ouvrages de saint Augustin.

Pour faciliter la revue de ses ouvrages, les premiers éditeurs de saint Augustin les ont partagés en un certain nombre de catégories, d’après la similitude des sujets. De toutes les classifications qui ont été tentées, celle des bénédictins est encore la meilleure, Ils ont eu l’heureuse idée de mettre en tête deux ouvrages qui sont la meilleure introduction à sa vie et à ses écrits : les Rétractations et les Confessions.

1. Les Rétractalions (deux livres), écrites sur la fin de sa vie, vers 427, sont l'examen critique de tous ses écrits, dont il marque le but spécial : le premier livre a été écrit avant son épiscopat, le second pendant. Le but de cette révision était de mieux préciser certaines doctrines, d’en corriger et rétracter d’autres, d’eclaircir certains points demeurés obscurs. En exerçant sur lui-même cette critique inexorable, saint Augustin voulait prévenir les fausses conséquences qu'on pouvait tirer de certains passages contradictoires en apparence ou en réalité, tout en initiant le lecteur à sa méthode et aux progrès successifs qu'il avait faits dans le christianisme et dans la science. « Ce n’est pas moi, disait-il, mais la lumière de l'éternelle vérité, que je désire voir briller devant le monde. »

1 Le tome 4er contient tous les ouvrages de la première époque, alors que saint Augustin était encore laïque, outre les Réfractations et les Confessions; le 2° vol. contient les Lettres ; le 8e, les travaux d’exegese; le 4°, les Homélies ; le 5°, les Sermons ; le 6°, les Œuvres morales; le 7°, la Cité de Dieu; le 8°, les controverses contre les manichéens, les priscillianistes et les ariens ; le 9°, contre les donatistes : le 10e, contre les pélagiens avec des appendices renfermant les écrits douteux ou apocryphes ; le 11e, les Tables.

2. Ecrites vers l’an 400, ses Confessions, prodige d’humilité qu’on ne comprendra jamais, nous ouvrent sur sa vie tout entière de vastes perspectives. Elles commencent par cet hymne touchant : Magnus es, Domine , et laudabilis valde. Fecisti nos ad ie, et irrequielum est cor noslrum, donec requiescat in te. C’est la peinture assez fidèle des années de son enfance, de ses égarements et de ses combats. « Augustin n’a rien voulu taire : il a proclamé à la face de l’univers tout entier le mal qu’il a fait, dit et pensé. Il n’excuse rien, mais il avoue sa faute et en demande pardon à Dieu. Il n’est donc pas étonnant que tous ceux qui aspirent sérieusement à mener une vie sainte et agréable à Dieu, aient toujours reçu de ce livre, unique en son genre, la plus profonde impression ; qu'ils en aient fait le gardien de leur vie et l’aiguillon de leur conscience {. » La différence de ce livre avec les Pensées sur ma vie, de Hagemann, et surtout les Confessions de Rousseau, prouve combien il est inimitable. Rousseau parle en parfait naturaliste, Augustin en chrelien consommé. — Les trois derniers livres contiennent des réflexions sur le récit biblique de la création ?.

Dans l’énumération suivante, nous n’aurons en vue que les ouvrages principaux.

Ouvrages philosophiques.

Ils ont été rédigés, les uns avant son baptême, les autres avant son ordination.

1. Contre les académiciens (trois livres), écrits vers 386, en forme de dialogue, contre l'impossibilité prétendue d’arriver à la connaissance de la vérité : Scripsi ul argumenta eorum quæ mullis ingerunt veri inveniendi

1 Ch. de Raumer, préf. de son éd. des Confess. — ? En français par L. Moreau, 6e éd. avec le texte latin, in-8°. Le même ouvr., traduct. française seule, in-12 ; traduction couronnée par l'Académie; chez Gaume. — Edit. critique, par Pusey, Oxon., 1838; éd. de Raumer, d'après les notes de Pusey. Stuttg., 1856.

desperalionem, et prohibent cuiquam rei assentiri et omnino aliquid tanquam manifestum ceriumque sit, approbare sapientem, cum iis omnia videntur obstura et incerta, ab animo meo, quia et me monebant, quantis possem rationibus amoverem !.

2. De la Vie heureuse, adressé à un savant de Rome, Manlius Théodore, pour établir que « le bonheur ne réside que dans la connaissance de Dieu. »

3. Traité de l'Ordre (deux livres), en forme de dialogue. Saint Augustin se demande si l’ordre providentiel qui règne dans le monde s'étend aussi au mal; et comme il suppose que ses jeunes lecteurs ne sont pas préparés à de si difficiles questions , il termine en traitant de l’ordre qui doit régner dans les études : Ad discendum necessarie dupliciler ducimur : auctoritate atque ratione. Tempore aucloritas, re autem ratio prior est. Aliud est enim quod in agendo anteponilur, aliud quod pluris in appetendo zstimulur. Ilaque, quamquam bonorum auclorilas imperite multiludini videatur esse salubrior, ratio vero aptior eruditis®.

4. Les Soliloqués (deux livres) sont de la même époque et aussi en forme de dialogue : Me interrogans mihique respondens, lanquam duo essemus". Le premier livre montre dans quelles dispositions il faut être pour comprendre la vérité; le second traite de la vérité et de l'erreur , et prouve que la vérité ne meurt jamais, ce qui est un argument en faveur de l’immortalité de l’âme *.

. 5. Le traité de l’'Immortalilé de l'âme devait servir de conclusion au précédent. Saint Augustin en était peu

1 De Trinit., lib. XV, 0.12 — %Lib. I, n. 28-29; lib. I, »21. — 8 Lib. II, n. 26. — * Retract., I, n. 4. — 5 Les Soliloques ne doivent pas être confondus avec un autre ouvrage du mème titre, souvent attribué à saint Augustin et publié avec des méditations qu'on lui a également attribuées. Cet ouvrage est probablement d’un théologien du moyen-âge. Ed. Sommalius, Aug. Vind., 1765; ed. Westhof, Colon., 1855.

content; il le trouvait vague dans ses deductions, obscur dans ses termes, et regrettait sa publication prématurée.

6. Le De quantitate animæ, commencé à Rome et achevé en Afrique, s'occupe de la constitution et de l'excellence de l’âme, et démontre qu'elle est immatérielle.

7. Le traité du Maître, dialogue entre lui et son fils, rappelle le Pédagogue de Clément d'Alexandrie, et montre que Jésus-Christ est le seul maître véritable et parfait.

8. Citons encore le traité de la Musique (six livres), sur le caractère général de cet art, sur le mètre, la prosodie et le rhythme, sur l'influence que la musique exerce sur l’äme humaine : il est probable qu'il servit de modèle aux études de la musique comprises dans le plan tracé par le quadrivium au moyen-âge. Il en faut dire autant des écrits perdus sur la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la géométrie, l’arithmétique et la philosophie. Ce dernier ouvrage, saint Augustin luimême le déclare, n’avait été qu'ébauché!.

Ouvrages purement dogmatiques.

1. Le traité de la Vraie Religion, quoique rédigé contre les manichéens (vers 390), roule plutôt sur le dogme en général. La vraie religion, dit saint Augustin, consiste dans la connaissance de l’unité et de la trinité divine : on ne la trouve ni chez les philosophes et les Juifs, ni chez les hérétiques et les schismatiques, mais seulement dans l'Eglise ?, à laquelle les hérétiques eux-mêmes donnent le nom de catholique : Velint, nolint enim ipsi quoqgue hæretici et schismatum alumni, quando non cum suis, sed cum ectraneis loguunlur, catholicam nihil aliud quam catholicam vocant5. Nous y arrivons, avec l’aide de Dieu, par une double voie, l'autorité et la raison : Ipsa Quoque animæ medicina, quæ divina providentia et ineffabili beneficentia geritur, gradalim distincteque pulcher-

! Retract., I, VI. — 3 N. 1-2. — N. 12.

rima est. Distribuilur enim in auctoritatem atque rationem. Auctorilas fidem flagitat et rationi præparat honinem. Ratio ad intellectum cognitionemque perduciti. C'est ainsi seulement que nous sommes conduits à Dieu et unis à lui : Religet ergo nos religio uni omnipotenti Deoi.

2. Le Livre du symbole et de la foi, excellente explication du Symbole des apôtres, fut d’abord rédigé en vue du synode général d’Hippone (393), et réduit en livre à la demande de ses amis : Quam disputationem in librum contuli, in quo de rebus ipsis ita disseritur, ul tamen non fiat verborum illa conteætio, quæ tenenda memoriter competentibus traditurs.

3. De fide rerum quæ non videntur (un livre, vers 399), sur la nécessité de la foi. Il y a quantité de choses après Dieu, que nous croyons sans les avoir vues. De là cette exhortation : Vos autem qui hanc fidem habelis, vel qui nunc novam habere capistis, nutriatur et crescal in vobis®.

4. Manuel à Laurent, sur la foi, l'espérance et la charité (vers 421). Cet abrégé de la science chrétienne, l’un des meilleurs écrits de saint Augustin, résume l'enrsemble de ses vues dogmatiques *.

5. De agone christiano (vers 396). Cet opuscule, analogue au précédent, indique comment il faut éviter le mal et pratiquer la doctrine chrétienne, dont il offre un court abrégé.

6. Le Livre de la foi et des œuvres (vers 413) rélute divers écrits adressés à saint Augustin, où l’on soutenait que la foi sans les œuvres suffit pour le salut.

__ À ces traités se rattachent les deux grands ouvrages dogmatiques suivants :

7. De la Trinité (quinze livres). Quoique composé à l'occasion des ariens, cet ouvrage s’en tient presque toujours au point de vue général du sujet. Les sept

1 N. 45. — 2 N. 413. —5 Retract., 1, XVI. — à N. A1. — 5 Edité à part par Krabinger, Tubing., 1861.

premiers livres présentent la doctrine d’après l’Ecriture sainte et réfutent les objections tirées de la raison. Dans les huit derniers, on montre que l’homme peut, jusqu'à un certain point, s'élever à l'intelligence de ce mystère par l’étude de la création et de la nature humaine. Saint Augustin trouve dans l'esprit humain une foule d’analogies. La preuve suivante, qui rappelle saint Grégoire, est celle qui a eu le plus de succès auprès de la postérité : Sic enim in homine invenimus Trinitatem : mentem, el notitiam qua se novit, ef dilectionem qua se diligit (memoria, intellectus, volunlas, caritas). Sed hæc tria ita sunt in homine, ut non ipsa sint homo. — Et una persona, id est singulus quisque homo, habet illa tria in mente. Quapropler singulus quisque homo, imago est Trinitatis in mente. Trinitas vero illa, cujus imago est, nihil aliud est tota quam Deus, nihil aliud tota quam Trinitas :. Toutefois, saint Augustin avoue lui-même que ce ne sont là que d’imparfaites images; car ce ne sont point des sujets, maïs seulement des facultés qui constituent le sujet, c’est-à-dire la personne; en Dieu, au contraire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas comme des facultés dans une personne, ils sont euxmêmes des personnes indissolublement unies ?.

8. Cité de Dieu (vingt-deux livres), commencée en 413 et terminée vers 426. La cité de Dieu, ce sont les fidèles de l’ancienne et de la nouvelle alliance. Saint Augustin traite de son origine, de ses luttes continuelles contre l'empire de Satan, de la protection que Dieu ne cessera de lui accorder jusqu’à la fin des siècles. L'auteur, dans son travail, a constamment en vue cette objection des paiens , que les grandes calamités, la ruine dont l'empire est menacé par l’emigration des peuples, sont une suite de l’adoption du christianisme et de l'abandon des dieux. La réfutation de ce dernier grief, entreprise

XV, va, n. 41. —12 XV, xx, n. 42. Cf. Gangauf, Doctrine spéculat.

de saint Augustin sur la Trinité divine, Augsb., 1866.

par Orose, prêtre d’Espagne, à la demande d’Augustin, n'ayant pas satisfait celui-ci, il se mit lui-même à l'œuvre, et écrivit un livre qui est à bien des égards le chef-d'œuvre de la littérature patristique.

La Cité de Dieu est à la fois une apologie, une histoire des dogmes et une philosophie de l’histoire. Aux vastes commentaires de Louis Vivès sur ce grand ouvrage! Reinkens * a joint de nos jours une excellente analyse des principales pensées de saint Augustin sur l'histoire du monde. « Augustin, dit-il, par la puissance de son génie, a créé une philosophie de l'histoire à la lumière des idées chrétiennes, c'est-à-dire au point de vue de la révélation. Telle est l’impression qu'il a produite que, pendant plus de mille ans, il n’a eu que des imitateurs. ll est vrai que son argumentation s'appuie souvent sur l'autorité divine d’une façon qui n’est nullement scientifique, et que le fil du dogme est mêlé à tout le tissu de l'ouvrage; mais on aperçoit partout son regard divinatoire, et dans l'appréciation des faits historiques son talent de critique le conduit souvent à une méthode véritablement scientifique. Joignez à cela le don artistique merveilleux qui éclate dans l'ordonnance des matières et qui assure à cet ouvrage une valeur impérissable. »

Le traité de la Divination des démons, contre les palens (composé entre 406.et 411), a aussi un caractère dogmatique. Il traite des arts divinatoires des païens, et montre la différence qui existe entre les prophéties des démons, que Dieu permet quelquefois, et les oracles des prophètes.

Ouvrages polémiques.

Son opuscule des Hérésies à Quoduultdeus (quatrevingt-huit chapitres, vers 429, depuis Simon le Magicien

.t Basil., 1822, in-fol., cum comment. L. Vivis et L. Coquæi, Paris, 1656, et Hamb., 1661, t. II, in-4°; éd. stéréop., Lips., 1825 ; Colon., 1852, t. LI, in-8°. — 3 Philos. de l’hist. de saint Aug., Schaffh., 1866.

jusqu’à Pélage) nous fournit une première preuve de la sollicitude que lui inspiraient les plus funestes ennemis de l'Eglise, les heretiques*. Sans entrer dans les détails, il caractérise parfaitement les origines et les idées principales des hérésies qu'il cite. Mais ce fut surtout contre les trois grandes hérésies suivantes qu'il déploya les ressources de sa polémique :

4. Contre les manichéens. Attaché lui - même à cette secte pendant neuf ans, il n’en connaissait que mieux les erreurs et les dangers, et il la combattit ensuite avec d'autant plus d'énergie. Ses principaux ouvrages contre les manichéens sont : De moribus Ecclesiæ catholicæ et De moribus manichæorum (388); De utilitate credendi (vers 394), et De libero arbitrio (trois livres); De Genesi contra manichæos (deux livres, vers 389); Contra Faustum manichæum (trente-trois livres, 404) ; Contra Adimantum (vers 394); Liber contra epistolam manichæi quam dicunt Fundamenti ; Acta seu disputatio contra Fortunatum, sur une discussion publique qu’il eut à Hippone, vers 392, avec Fortunat, qui soutenait que la nature du mal était éternelle comme celle de Dieu; De actis cum Felici (deux livres, vers 404), sur le même objet 2.

Dans ces ouvrages, saint Augustin réfute en détail, et souvent avec un brillant succès, les erreurs fondamentales des manichéens. Il repousse surtout avec force leur prétention vaniteuse d’être seuls en possession de la vérité. La vérité, leur dit-il, ne vient que du Fils de Dieu, sous la garantie de l’Eglise; et il énonce à ce propos ce principe essentiel du catholicisme : Evangelio non crederem, nisi me commoverel Ecclesiz auctoritass. ll réfute aussi leur théorie des deux principes empruntés au parsisme, la théorie des deux âmes humaines, selon laquelle l’homme ne serait pas libre d’opter entre le bien et le mal. Augustin-se montre ici le plus zélé et le

1 Edition Gaume, t. VII. — ? Voir ces ouvrages dans l'édition Gaume , t. VIII. — ® Contr. Ep. fundam., c. v.

donnant au mot grâce un double sens. De nuptiis et concupiscentia (419), en réponse à ce reproche des pélagiens, que la doctrine de saint Augustin sur le péché originel portait atteinte au sacrement de mariage. Contra duas epistolas pelagianorum, adressé, vers 420, à Boniface I", auprès duquel Julien d’Eclane et les évêques pélagiens cherchaient à se justifier et accusaient saint Augustin. Dans les Six livres contre Julien le pelagien, il s'attaque directement à ce dernier, qui faisait entrer le pélagianisme dans une phase nouvelle, celle du semipélagianisme. Les deux premiers livres établissent que les plus célèbres d'entre les anciens Pères sont formellement antipélagiens. Les quatre livres suivants sont une longue et sévère critique de l’ouvrage de Julien. Saint Augustin, peu de temps avant sa mort, commença contre lui un nouveau travail qu'il n’acheva point; de là son titre d’Opus imperfectum contra Julianum. |

Contre les semipélagiens saint Augustin écrivit le traité de la Grâce et du libre Arbitre (vers 427), en réponse aux doutes des religieux d’Adrumet, qui craignaient qu'il ne détruisit le libre arbitre et la coopération de l’homme à son propre salut. Il acheva de dissiper ces doutes dans le De correptione et gratia, où il a le plus nettement exprimé sa doctrine antipélagienne, et développé avec une grande vigueur de logique sa théorie de la prédestination, qui devait être si sévèrement interprétée dans la suite. Comme les conséquences qu'il en déduit avaient fort mecontente les moines de la Gaule, entre autres Cassien, il écrivit son traité de la Prédestination des saints, suivi du Don de la persévérance, oü il expose sa doctrine et adoucit ses vues.

a Ces deux derniers livres, écrits dans sa derniere vieillesse, sont comme le testament de ce Père, et ont je ne sais quelle autorité plus grande, tant à cause qu'ils ont été travaillés avec une extrême application et une

longue méditation de cette matière, qu'à cause aussi que l'erreur de ceux contre qui il écrivait était plus subtile, ils ont été composés avec plus de pénétration‘. » Voici comment il définit la prédestination : Prædestinatio sanctorum est præscientia et præparalio beneficiorum Dei, quibus cerlissime liberentur, quicumgue liberantur. Cæteri autlem ubi, nisi in massa perditionis juslo divino judicio, relinguuntur? Et il marque ainsi le rapport de la prédestination et de la grâce : Inter gratiam et prædestinationem hoc tantum interest, quod prædestinatio est gratiæ præparatio, gralia vero ipsius prædestinationis eflectus ?.

Dans ces écrits, la doctrine de saint Augustin est en opposition directe avec celle des pélagiens et des semipélagiens sur l’état du premier homme avant et après la chute, sur la mort et sur le péché originel. Contre la suffisance orgueilleuse des pelagiens, il défend l’existence et la nécessité de la grâce concomitante avec d'autant plus de vigueur qu'il en avait lui-même senti douloureusement le besoin. Avec l'Eglise, il divise la grâce en grâce habituelle ou sanctifiante, et en grâce actuelle, et cette dernière en grâce prévenante, concomitante et subséquente.

On ne peut nier que saint Augustin ait parlé de l’efficacité de la grâce (qu’on croirait irrésistible) et de la prédestination en des termes d’une singulière énergie, soit en se servant de passages bibliques captieux 5, soit en pressant trop la notion de la grâce, soit par le souvenir de ses propres égarements. Ses expressions ont été souvent mal interprétées jusqu’à nos jours : au cinquième siècle, par Lucile, prêtre de la Gaule; au

1 Suarez, Proleg., lib. VI, c. v1; rapporté par Bossuet. (Cit. du trad.) 3 De don. persev. n. 35. L’Hypomnesticon ou Hypognosticon (lib. VI) contra Pelagianos et Cœlestinianos. souvent attribué à saint Augustin, est probablement de Marius Mercator ou d’un autre ami inconnu de saint Augustin. — 8 Jean, xv, 5; I Cor., Iv, 7; x, 8; II Cor., 11, 5

; Rom., RK, 10-1 6.

3m MASTEL RE PATROLOGIE.

neuve scie par le mome Gottschalk ; au seizième, par les reformaieurs. et an &ix-sepüème par Jansenius. Tosteiss. sun Anuvestin m'a contesté ni la liberté de l'homme. wi sa cocperabce à la grâce dans l'œuvre du salut. et il na pas enseigne la double predestination au salut et à la damnation Ces bévues et ces malentendus viempent de cœ quon na pas distingué les écrits de sant Augustin contre Les diverses fractions du pelagiamsme. ei. en cœ qui concerne le libre arbitre, de ce qu on n'a inierprete sa doctrine à l'aide de ses ouvrages contre les manichéens.

Aux écrits d:rmatiznes et polémiques appartiennent encore : Lib. coatvr. scren Anamor. de &5R : Collet. cum Meximino, arian. epix. Contre eumdem. — Li. ed Ores. contre Priscilian. et Origenist. — Adr. Judeos. Ed Gaime,t VIIL

Oucrages d'exégèse.

Saint Augustin v préluda par le traité de la Doctrine chrétienne (quatre livres. vers 397), excellent guide pour ceux qui veulent étudier et lire avec fruit l’Ecriture sainte, et en découvrir les différents sens. Il complète ce que saint Jérôme avait omis dans sa lettre cent une à Pammaque. Saint Augustin sentait vivement le besoin d'un dictionnaire de la Bible‘. À mesure qu'il avance, son travail d'exégèse et d’hermeneutique devient peu à peu un corps systématique de la doctrine chrétienne; aussi a-t-1l servi de modèle à la disposition des Sentences de Lombard, au moyen-äge. On trouve des explications plus ou moins longues de l’Ancien et du Nouveau Testament dans les écrits suivants : De Genesi ad litteram liber imperfectus, contre les manicheens (393); De Genesi ad litteram (douze livres); Locutionum libri VII et LXXXII quæstionum in Heptateuchum (Moïse, Josué et les Juges), sur les expressions et les tournures qui s’eloignaient de la langue de son temps et du texte grec et hébraïque:

Lib. I, c. xvu,n. 23.

Enarrationes in psalmos, cent cinquante explications dont quelques-unes ont été dictées et le plus grand nombre adressées au peuple sous forme de sermons; De consensu Evangelistarum (quatre livres, vers 400) : tentative artificielle et avoriée pour concilier les différences apparentes ou réelles des Evangiles; Quæstionum evangelicarum (deux livres, vers le même temps) sur quarante-sept passages de saint Matthieu et cinquante et un de saint Luc; De sermone Domini in monte (deux livres); Tractatus (124) in Evang.Joann.; Tractatus(10)inepist. I Joann. (vers 416); Escpositioguarumdam (84) propositionum ex epist.ad Rom.; Expositioinchoataepist. ad Rom.; Expositio epist.ad Galat. Si la partie philologique (saint Augustin était peu versé dans l’hébreu et dans le grec) et la méthode exégétique laissent beaucoup à désirer, l'interprétation des textes dogmatiques et l'intelligence de l’Ecriture sont dignes de toute estime : « S’il me fallait, dit Luther, opter entre ces deux choses : comprendre l’Ecriture sainte comme l'ont comprise saint Augustin et les Pères, en admettant même que saint Augustin n’a pas toujours bien saisi les mots et les lettres hébraïques, et comprendre certains mots et certaines lettres des Juifs, mais saus avoir l'intelligence de saint Augnstin et des Pères, je sais bien ce que je choisirais : j’enverrais au diable les Juifs avec leur intelligence et leurs lettres, et, sans leurs lettres, j'irais au ciel avec l'intelligence de saint Augustin. »

Ouvrages moraux et ascéliques.

Ces ouvrages sont la plus pure production de son intelligence éclairée par la grâce divine, de son âme inondée de reconnaissance et aspirant de toutes ses forces vers la perfection chrétienne. Ces qualités éclatent surtout dans les Confessions et les Soliloques, ainsi que dans ses vues dogmatiques à propos des pélagiens. Viennent ensuite : De sacra Scriptura speculum (428), explication de maximes tirées de l’Ecriture; Liber de

mendacio : dans quelles circonstances le mensonge offcieux peut être permis (395), et Contra mendacium (420), contre ce principe des priscillianistes : Jura, perjura, secretum prodere noli. Saint Augustin condamne formelement le dessein d’un catholique qui voulait se donner pour priscillianiste, afin de découvrir leurs mystères; Liber de patientia, mentionné dans la lettre 231, n. 7; De continentia (vers 395); commentaire du psaume cxLı, 3 et 4, pour exhorter les chrétiens à la continence, contrairement aux manicheens qui attribuaient leurs débauches au mauvais principe qui agissait en eux. Dans le De bono conjugali, il défend la sainteté du mariage contre Jovinien, et indirectement contre les manichéens. Les traités De sancta virginitate et De bono viduilatis célèbrent les avantages de la virginité. Dans le De adulterinis conjugiis (deux livres), saint Augustin démontre, d’après 7 Cor., vn, 40, que les époux séparés ne peuvent point se remarier. Dans le De opere monachorum, il tonne contre la dissolution des moines, fruit de la paresse, de l’orgueil et du vagabondage; sur l'obligation du travail manuel, en s'appuyant sur l’Evangile et l’exemple de saint Paul : Qui non vull operari non manducet. C’est dans cette occasion qu'il a écrit ces paroles mémorables : « Si j'ai trouvé difficilement des hommes meilleurs que de bons religieux dans de bons couvents, je n’en ai point vu de pires que de mauvais moines. » Le De cura mortuorum (vers 424), à son ami l'évêque Paulin, de Nole, traite surtout de l'utilité de la prière pour les défunts.

Ouvrages pratiques du ministère ecclésiastique.

4. Trois cent soixante-quatre sermons, non compris deux cent trente et un qui sont douteux ou apocryphes', et plusieurs autres récemment découverts et publiés par Maï*. La véritable éloquence chrétienne, dit saint

1 Edition Gaume , t. V. — 3 Nov. Bibl. Patr., t. 1.

Augustin, a pour but et pour mission de faire ut verilas paleat, ut veritas placeat, ut veritas moveat; les discours d'un prêtre doivent être pleins de l’Ecriture sainte. « Celui qui veut parler sagement doit parler le langage de l’Eeriture; et plus il est lui-même pauvre d’expressions, plus il doit être riche des termes de l’Ecriture, afin que, dans sa pauvreté d’elocution, l'autorité de paroles graves lui donne plus de poids. » Saint Augustin n'ayant pas révisé ses sermons ni ses lettres, comme il avait fait pour ses traités scientifiques, on les a disposés fort diversement. La meilleure distribution, celle des Benedictins, les partage en quatre classes : Sermones de Scripturis (183); Sermones de tempore (88); Sermones de sanctis (272-340); Sermones de diversis (341-364). Quoique saint Augustin ait eu comme orateur une assez grande réputation, et que le manicheen Secundus l'ait appelé summus orator et Deus pœne totius eloquentiæ, ses sermons n’en sont pas moins la plus faible partie de ses écrits.

2. De catechizandis rudibus, liber unus, composé vers 400, à Carthage, sur la demande du diacre Deo-Gratias. Excellent manuel pour l’enseignement de la religion !.

Lettres.

L'édition bénédictine en contient deux cent soixantedix, y compris celles qui ont été adressées à saint Augustin; elles sont rangées en quatre classes par ordre chronologique : 4. avant son épiscopat (an 386 à 395); 2. de 396 à 410; 3. de 441 à 430; 4. lettres dont la date ne peut être fixée. Toutes fournissent des renseignements importants sur sa vie et sur l'histoire de son temps. Quelques-unes sont des traités scientifiques. Quant au fond, elles sont, ou dogmatico-polémiques, ou

1 Edité à part, par Roth, Fundamenta artis catecheticæ; S. Aug., lib. de catech. rud., et Gersonis tract. de parvulis trahend, ad Christ,, Mogunt., 1865,

morales, ou de condoleance, ou familières. Voici les plus k remarquables : |

Lettres à Paulin et à Sixte, auxquelles saint Augustin a renvoie à la fin du livre du Don de la persévérance, pour &\ établir que depuis ses premiers écrits sur les pelagiems W°* il a toujours suivi les mêmes principes ‘.

Lettre à Vital. « Elle ne le cède à aucune de celles de saint Augustin, dit le père Garnier, et, en découvrant le sacré mystère de la grâce prévenante, elle donne { douze règles où la doctrine catholique sur cette matière est contenue ?. »

Lettre Volusien. Saint Augustin, dit Bossuet, fait sentir l'esprit dont l’Ecriture est remplie, en dix où douze lignes de sa lettre à Volusien, plus qu'on me pourrait faire en plusieurs volumes®.

Dans l'édition bénédictine, les nombreux écrits perdus, -: douteux ou apocryphes, sont accompagnés d'excellentes

remarques ‘.

Place exceptionnelle de saint Augustin dans la littérature chrétienne.

L’immensite de ses œuvres et la multiplicité de ses écrits de controverse ne nous permettent pas d'exposer complètement sa doctrine, disposée presque toujours dans un ordre systématique. Après l’analyse que nous avons faite de ses traités, nous nous bornerons à relever les points les plus caractéristiques.

1. Les ouvrages philosophiques de sa première période nous offrent une preuve irrécusable de ses progrès intellectuels, depuis son scepticisme académique jusqu'à sa pleine adhésion aux vérités chrétiennes. Tout homme, dit-il, qui aspire à la vérité doit la chercher dans 501 propre esprit : « Ne vous répandez pas au dehors, rentrez en vous-même : c’est dans l’intérieur de l’hommt

1 Cit. du trad. — 2 Def. de la trad. (Cit. du trad.)— 8 Ibid. part. livr. IV, c. xvi. (Cit. du trad.) — * CI. Fessler, t. II, p. 481.

ns réside la vérité!.» Dans le monologue suivant, il montre que le scepticisme est inadmissible : « Toi, qui "ux te connaître, sais-tu si tu existes ? — Je le sais. — Foù le sais-tu? — Je l’ignore. — Te sens-tu simple ou multiple? — Je l'ignore. — Sais-tu qui te meut? — k ne sais. — Sais-tu si tu penses? — Je le sais?. — Il at donc certain que tu existes, car si tu n’existais pas k ne pourrais pas te tromper 5. » La conscience prise mme point de départ pour arriver à la connaissance philosophique marque une des phases de l’histoire de la philosophie. En poursuivant son examen, saint Augustin découvre deux sources de connaissance : l’autorité et la raison, dont l’une correspond à la foi, l’autre à la science. « Le commencement de l'intelligence, c’est la foi; k fruit de la foi, c’est l'intelligence. Initium sapientiæ fides, fides fructus intellectus. Ceux qui ne peuvent parvair à l'intelligence mettent leur salut en sûreté par la fimplicité de leur foi*. » Tout ce que l’homme connaît id-bas, il le connaît par ces deux voies 5. Dans le devekppement de ses idées philosophiques, saint Augustin a parfaitement apprécié et utilisé Platon, Aristote et le néoplatonisme ®.

2. Voici le jugement qu'il porte de la philosophie paienne : « Ce que les philosophes, tel que Platon, ont enseigné de vrai et de conforme à la foi, le chrétien n’a pas à le craindre. Employons-le plutôt à notre usage, comme en étant les légitimes possesseurs. Les Egyptiens n'avaient pas seulement des fardeaux et des idoles detestés et rejetés par le peuple d'Israël, ils avaient aussi

I De ver. relig., c. xxxx,n. 72 — 3% Solilog., IL, 1. — $ De lib. arb., I, m, n.7.—* Contr. Ep. Man., n. 5. (Addit. du trad.)— 5 De util. ered., c. II; De Magistro, c. u.

‘Saint Augustin dit de Plotin : « Os illud Platonis, quod in philo- Sophia purgatissimum est et lucidissimum, dimotis nubibus erroris emicuit, maxime in Plotino, qui platonicus philosophus ita ejus ämilis judicatus est, ut simul eos vixisse, tantum autem interest tem-

Poris, uf in hoc ille revizisse putandus sit (contr. Acad., III, xvu, u. 4).

Bun MANTEL HE PAYER COCEE rs vases Cor ei d'argent. des vetements et d’autres esensies precwux. que le peuple de Dieu, en sortant d'Esvpte aprropra à wa meiker usage. non de sa propre autarne mes par andre de Dieu. Il en est de méme des paisns : ils omi des fahles et des superstitions, de sourds farössıı que les chreiems doivent abhorrer et reprouver: mass is cost aussi des arts libéraux qui peuvent ounocurir au service de la vérité, des règles morales ut is à lien des égards ei contenant sur le culte du Lieu unique bien des vérités, qu'ils n'ont pas puisées en eux-mémes. mais tirées de cette source de vérilé qui se repand pariout sous La conduite de Dieu‘. » — « Un bon et vrai chrétien reconnaît que la vérité, en quelque beu qu'ii la trouve, appartient à son Maitre. »

3. La sagacite philosophique de saint Augustin éclate surtout dans la manière profonde et juste avec laquelle

pologie. œuvre de la rédemption, notamment dans les quinze livres de la Trinité et dans la Cité de Dieu. Le but de tous ses travaux était : Li ea quz fidei firmitate jam lenes, ea rationis luce conspicias?, mais en partant toujours de ce principe : Fides præcedit intellectum. La foi prépare la raison à mieux saisir la vérité, non point en ce sens qu'après avoir accompli cette tâche elle devienne superflue et se confonde avec la science : elle doit toujours rester la base de toute connaissance supérieure et ne jamais disparaitre ®.

4. Ses sentiments orthodoxes sur la tradition, l’autorité de l'Eglise et du Saint-Siége sont exprimés dans les célèbres textes qui suivent : « Ce qui est admis de toute l'Eglise et qui, sans avoir été défini par les conciles, a été observé de tout temps, il faut croire qu'il a éte transmis par l’autorité apostolique *, » telles que : la célébration de la fete de Pâques, de l’Ascension, de la

1 De doctr. cehrist., Il, Lx. — * Ep. cxx ad Crescent., n. 2. — 8 Solilog., I, vu. — ® De baptismo, IV, xxıv, n. 31.

Pentecôte , la validité du baptème des hérétiques et des enfants : Disputare contra id quod universa Ecclesia senti! insolentissimæ infamiæ est‘. Quant à l’autorité de l'Eglise, il disait aux manichéens « qu'il ne croirait pas à l'Evangile si l’autorité de l'Eglise ne l’y déterminait ; » et sur le pouvoir du Souverain Pontife, il écrivait à propos de la controverse pélagienne : Roma locuta est, causa finita est; ulinam aliquando error finiatur ?.

Voici avec quel enthousiasme il exprimait sa reconnaissance d’appartenir à l'Eglise catholique : In Ecclesia catholica, ut omittam sincerissimam sapientiam, mulla sunt alia quæ in ejus gremio me justissime teneant. Tenet consensio populorum atque gentium, tenet auctoritas miraculis inchoala, spe nutrila, caritale aucta, vetustate firmala; tenet ab ipsa sede Petri Apostoli, — usque ad pr&senlem episcopalum successio ; tenet postremo ipsum catholicæ nomen, quod non sine causa inter tam mullas hereses sic ista Ecclesia sola obtinuit. Apud vos autem, ubi nihil horum est quod me invitet ac teneat, sola personat veritatis pollicitatios.

5. Malgré l’ardeur infatigable avec laquelle saint Augustin combattait les hérétiques, il ne les considérait pas moins comme quelque chose de providentiel : Utamur eliam isto providentiæ beneficio, et il les considérait comme relativement utiles : Prosunt enim Ecclesiæ hæreses non verum docendo, sed ad verum quærendum catholicos excitando®. « Nous avons appris, dit-il, que chaque hérésie apporte à l’Eglise des difficultés particulières, contre lesquelles on défend plus exactement les Ecritures divines que si l’on n'avait point eu de pareille nécessité de s’y appliquer >. »

Avant la naissance des hérésies, il ne faut pas exiger des Pères la même précaution dans leurs expressions que si les matières avaient déjà été agitées, « parce que

1 Ep. cxvm.— Serm. cxxxn, n. 10.— 3 Contr. ep. fundam., c. W. | —+ De ver. relig., c. vu. — 5 De dono persev., c. xx, (Cit. du trad.)

la question n'étant point émise et les hérétiques ne leg: faisant pas les mêmes difficultés, ils croyaient qu'on entendait dans un bon sens, et ils parlaient avec plus sécurité t, » |

« Les disputes des hérétiques font paraître dans plus grand jour et comme dans un lieu plus éminent: que pense l'Eglise et ce qu’enseigne la saine doctrine

« Plusieurs choses étaient cachées dans les Ecrit les hérétiques séparés de l'Eglise l'ont agitée par questions; ce qui était caché s’est découvert, et o

parfaitement de la Trinité avant les clameurs des ari ni de la pénitence avant que les novatiens s’éleva contre, ni de l'efficacité du baptème avant nos rebag: seurs. On n’a pas même traité avec la dernière ex

Jésus-Christ, avant que la séparation qui mettait hi faibles en péril obligeät ceux qui savaient ces vérit&:;

les traiter plus à fond, et à éclaircir entièrement tom:}, les obseurites de l’Ecriture. Aussi, loin que les erret;,. aient nui à l’Eglise catholique, les hérétiques l'ont affly a mie, et ceux qui pensaient mal ont -fait connaître cd; Pe qui pensaient bien. On a entendu ce qu'on croyait av Araet piété 5. » log

Il ne veut pas que l'Etat sévisse contre les donatid.

par la peine de mort, bien que ceux-ci l’eussent invoqén de. les premiers. Malgré les violences et les meurtres qd. exercaient sur les catholiques, « cherchant l’union dr $ la guerre, etla paix dans la violence, » saint Augud

! ° LA + d n’en déclare pas moins «qu'il faut les soumettre à 4,

discipline salutaire, les corriger et non les tuer. » « Na

1 Lib. I, Contr. Jul., c. vi, n. 22. (Addit. du trad.) —3 Conf., %s. | Vill, ec. xx, (Cit. du trad.) — ® In ps. Liv. (Cil. du trad.) le - “ . VI,

: devons pas rendre le mal pour le mal; nous n'avons int à combattre avec le glaive, mais avec la parole de eu, ce glaive de l’esprit. » « Il faut rappeler les héréjues plutôt par des témoignages de charité que par ıs contestations echauffees!. » Quand l’Eglise invoquait bras séculier contre la fureur des circellions, Augustin sait : « Elle a demandé secours à l’empereur chrétien, on pas tant pour se venger que pour se garantir. Si elle e l'avait pas fait, au lieu de louer sa patience, il faurait justement blämer sa négligence. — Cela est si peu ne persécution, que si nous ne faisions pas ce qui peut ervir à les effrayer et amender, nous leur rendrions kritablement le mal pour le mal. »

| 6. Si dans sa lutte contre les pelagiens il s’est exprimé mn termes un peu sévères sur la valeur morale des actes k ceux qui n’ont pas été régénérés par la grâce divine, Bn’a garde cependant de ne leur attribuer aucune vertu Riurelle, et surtout d'appeler les vertus des païens des ces brillants, car c’est lui-même qui a écrit dans la Pac Dieu : « Dieu a montré dans ce magnifique emre romain tout ce que peuvent les vertus civiles sans véritable religion, afin que l’on sût, quand celle-ci iendrait s’y ajouter, que les hommes sont devenus ciens d’un autre état qui a pour roi la vérité, pour loi our, et l'éternité pour durée. »

à Pour caractériser en quelques mots l’œuvre littéraire Bint Augustin et son importance dans la littérature tienne, nous dirons qu'il fut, dans les premiers les, un des plus éminents évêques, et dans tous les lsle plus grand docteur de l’Eglise. Inférieur à saint me pour l’érudition, il le dépasse par son génie créaet original. Il a fermé l'ère de la spéculation chreependant la période patristique, et ses écrits sont plus vastes que nous ayons des écrits conservés des ns Pères. En disant adieu à l’ancien monde, il a ln Joan, tr. Vi, n. 18. (Cit. du trad.) — 2 De civit., II, xx.

laissé aux Germains, tout imprégnés de l'esprit chrétien, un levain généreux, et aux siècles futurs une mine inépuisable d'idées pour l'édification d’une science colossale. Et cependant, tant de lauriers recueillis dans le champ de la littérature n’ont pu étouffer dans son âme ce cri admirable d’humilite : Quæ vera esse perspexeris lene, et Ecclesiæ catholicæ tribue, quæ falsa respue, et mihi, qui homo sum, ignosce !.

Ordre dans lequel il faut lire ses ouvrages.

«A l'égard de saint Augustin, dit Bossuet, je voudrais le lire à peu près dans cet ordre : les livres de la Doctrine chrélienne ; le premier : théologie admirable. Le livre De catechizandis rudibus; De moribus Ecclesiæ catholicæ; Enchiridion ad Laurentium; De spiritu et litiera; De vera religione; De civitate Dei (ce dernier, pour prendre comme en abrégé toute la substance de sa doctrine). Mélez quelques-unes de ses épîtres : celles à Volusien, ad Honoratum, De gratia Novi Testamenti, ainsi que quelques autres. Les livres De sermone Domini in monte, et De consensu Evangelisiarum?. »

Style de saint Augustin apprécié par Bossuet.

Saint Augustin « a des digressions, mais, comme tous les autres Pères, quand il est permis d’en avoir, dans les discours populaires, jamais dans les traités , où il faut serrer le discours, ni contre les hérétiques. Il a des allégories, comme tous les Pères, selon le goût de son siècle, qu’on a peut-être poussé trop avant, mais qui dans le fond était venu des apôtres et de leurs disciples. Les pointes, les antithèses, les rimes mêmes, qui étaient encore du goût de son temps, sont venues tard dans ses discours. Erasme, qui sans doute ne le flatte guère, cite les premiers écrits de saint Augustin comme des mo-

1 De vera relig., c. xx. — 3% Lecture des Pères pour former un oraleur. (Cit. du trad.)

dèles, et remarque qu'il a depuis affaibli son style pour saccommoder à la coutume et suivre le goût de ceux à qui il voulait profiter. Mais après tout, que ces minuties sont peu dignes d'être relevées ! Un savant homme de nos jours dit souvent qu'en lisant saint Augustin on n'a pas le temps de s'appliquer aux paroles, tant on est saisi par la grandeur, par la suite, par la profondeur des pensées. En effet, le fond de saint Augustin, c’est d’être nourri de l’Ecriture, d’en tirer l'esprit, d’en prendre les plus hauts principes, de les manier en maître et avec la diversité convenable. Après cela qu'il ait ses défauts comme le soleil a ses taches, je ne daignerais ni les avouer, ni les nier, ni les excuser ou les défendre. Tout ce que je sais certainement, c'est que.quiconque saura pénétrer sa théologie aussi solide que sublime, gagné par le fond des choses et par l'impression de la vérité, n'aura que du mépris ou de la pitié pour les critiques de nos jours, qui, sans goût et sans sentiment pour les grandes choses, ou prévenus de mauvais principes, semblent vouloir se faire honneur de mépriser saint Augustin qu'ils n’entendent pas !. »

Opera, ed. Amerbach, Basil., 1506, in-fol., t. XI ; ed. Erasm., Basil., 1529, in-fol., t. X; ed. stud. theol. Lovaniens., Antw., 1577, in-fol., t. X: les trois souv. réimpr.; la meilleure édition est celle des Bénédictins, reproduite par MM. Gaume, 22 vol. gr. in-8°. — Sur les différends qu'elle a soulevés : Tassin, Hist. des savants de Saint-Maur, Franckf., 1773, un vol., p. 467. Cf. Tillem., t. XII, Ceillier, t. XII, 2 ed., t. IX; Stolberg, Hist. de la relig., part. xiv etxv, append.; Kloth, S. Augustin, Aix-la-Ch., 1840, 2 vol.; Poujoulat, Vie de saint August.; Bindemann, S. Aug., Berl., 1844, 2 vol.; Bæœhringer, 1 vol.;

Ritter, Hist. de la philos., 2 vol.; Stoeckl, op. cit.; Huber, op. cit.; Michelis, Hist. de la phil., p. 151.

1 Defense de la tradition et des SS. Pères. (Citation du traduct.)

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