‹ Manuel de patrologieChapitre 66 sur 97 · AUTEURS GRECS. ISIDORE, S. NIL. AA · texte numérisé non relu

AUTEURS GRECS. ISIDORE, S. NIL. AA

ticite des Interrogations ei reponses, que Hardt lui attribue d’apres un manuscrit de Munich, eveille bien des doutes. IT. Saint Nil, connu par ses nombreux et. excellents ouvrages ascétiques, offre plus d’un trait de ressemblance avec Isidore. Il naquit dans la seconde moitié du quatrième siècle, d’une bonne famille, et fut préfet de Constantinople. Parvenu à la maturité de l’âge, il se sépara de sa femme, qui lui avait donné deux fils, dont l’un, nommé Théodule, le suivit sur le mont Sinai. Il y fut bientôt célèbre, et, de loin comme de près, on alla lui demander des conseils et des consolations. Il répon- ‘ dait avec une égale franchise à tous ceux qui, grands ou petits, lui exposaient leurs besoins. En 410, une invasion des Sarrazins, qui coüta la vie à plusieurs ermites et pendant laquelle son fils Théodule fut jeté en prison , dispersa cette pieuse réunion de cénobites. Cependant le fils recouvra la liberté, et Nil le rejoignit . auprès de l’évêque d’Eleuse, qui leur conféra à tous deux le sacerdoce. Nous connaissons les travaux de saint Nil jusqu’en 430; mais nous ignorons le jour de sa mort.

Ouvrages de saint Nil.

1. Quatre livres de leitres, dont plusieurs ne sont peut-être que des extraits ou des sentences. 2. Les sept Narrations contiennent des détails sur sa vie, sur l’invasion des Sarrasins et les moines du Sinaï. 3. Le Discours sur Albion est l’oraison funèbre d’un prêtre et d’un religieux de Nitrie. Les écrits suivants sont proprement ascétiques : 4 Discours ascétique, où la vie monacale est présentée comme la vraie philosophie. 5. Traité des vertus qu'il faut pratiquer et des vices qu’il faut fuir, sur la perfection chrétienne : éloge d’une pieuse femme nommée Péristéria. 6. De la Pauvreté volontaire, à Magna, diaconesse d’Ancyre. 7. De lu Supériorité des moines, comme quoi la vie religieuse l’emporte sur la vie de ceux qui habitent les villes. 8. Le Discours au moine

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II. Evasre schiz:ure>. ne à Epiphanie, en Célésyr >35. etant laque. D fat survessavement avocat, questei et prefet 'Antuche. Les aix livres de son Histoire eccl sasstique embrassent bs annees écoulées de 431 à 594. v mel quastiié de choses profanes et s'y montre un pt trop credale'.

ı Var en var exiraii dans Ressier, Biblioth. des Pères, t. VII

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IH. Le Chronicon paschale, très-important pour la chronologie, a eu probablement deux auteurs, l’un et l’autre inconnus; le premier a traité la période qui s'étend de ls création à l’an 354 de Jésus-Christ ; le second a contnué l’ouvrage jusqu'en 360. C’est le tableau des faits disposés par ordre chronologique.

Du Cange l’a appelé Chronicon paschale, parce qu'il donne toujours le cycle pascal et les indictions, et qu'il mentionne constamment les fêtes juives et chrétiennes.

Editeurs de Théodore : Valesius et Reading, t. III ; Migne, sér. gr., t LXXXVI, part. n; d’Evagre, tbid.; Migne, t. LXXXVI, part. 1; du Chronic. pasch.: Sigonius et Panvinius, sous le titre : Fasti siculi; Raderus, S.J., sous le titre : Chronicon alexandrinum, 1615 ; le meilleur : Du Cange, Par., 1688; Dindorf, Bonn, 1832; Migne, sér. gr., t XCH. |

$ 75. Denis, le pseudos=Aréopagite.

Le Nourry, Dissert, de oper. S. Dion. Areop., in Apparat. ad Bibl. Max. Patr., 1703 ; Corderius, Observat. gener. pro faciliori intellig. S, Dion., et Isagoge; Petr. Hallois, S. J., Vita S. Dion. Areop.; P. Lans- Selii, S. J., Disput. apologet. de S. Dion.; Dalleus, De script. que sub Dion. Areop. et Ignatii antioch. nominib. circumferuntur, Genev.,

Cinq ouvrages célèbres nous sont parvenus sous le nom de Denis; ce sont : de la Hierarchie céleste: de la Hierarchie ecclésiastique; des Noms divins; de la Theologie mystique; dix Leltres. Au moyen-äge, on les attribuait unanimement à Denis l’Aréopagite, converti par les prédications de saint Paul‘, premier évêque d'Athènes, martyr sous Domitien ?, et confondu de nouveau avec un évêque du nom de Denis, qui vivait sous l'empereur Dece et qui fut évêque de Paris.

Les raisons qui ont fait attribuer ces ouvrages à Denis l’Aréopagite sont fournies par ces ouvrages mêmes. On peut douter que les titres où figure le mot uréopagile viennent de l’auteur, car il y a d’autres titres où ce nom

1 Act.,xvu, 34, — ?Euseb., Hist. eccl., IH, ıv.

sit MANUEL DE PATROLOGIE.

ne paraît jamais; quant au nom de Denis, c’est l’auteur lui-même qui se l’attribue ‘. Il se donne, en outre, pour un disciple de saint Paul, et cite parmi ses amis et connaissances quantité de personnes que nous rencontrons dans le Nouveau Testament ou dans l’histoire du premier siècle : Timothée, Tite, Carpe, Juste, Clément, Jean, Bartholomée, Polycarpe, Caïus, Elymas, Simon, etc. Il dit qu'il a entrepris un voyage « pour voir le corps qui a porté Dieu, la sainte Vierge, et qu’il s’est rencontré avec Pierre etavec Jacques, « le frère de Dieu ?.» Il assure avoir observé, avec Apollophanes d’Heliopolis, l'éclipse de soleil qui eut lieu à la mort du Christ®. Tous ces passages étant au-dessus de la critique et uniformément cités par les anciens, il était inutile de vouloir leur donner un autre sens, comme l’a fait Hipler.

On ne saurait donc le nier : l’auteur a voulu se faire passer pour le Denis du temps des apôtres, et pourtant il n’est pas moins certain que ce ne peut être lui. 4. Si des écrits de cette étendue étaient d’un disciple des apôtres, les anciens les auraïent tenus en grande estime; ils les auraient cités et mentionnés souvent : or, aucun ancien n’y fait allusion. 2. Dès qu'ils parurent à la lumière, ils trouvèrent une vogue et un crédit extraordinaire. 3. Ils contiennent, à propos de la Trinité, le terme d’hypostase, et sur la personne du Sauveur ces locutions du concile de Chalcédoïine : aouyyurws, drpérrws, évakhowtus, auerabdA uw À. -

Les expressions théologiques, les développements de la doctrine, l’enflure du style caractérisent une époque bien éloignée des temps apostoliques. On y voit ün passage ® de la lettre que saint Ignace adressa aux Romains en l’an 107 ou 114; il y est beaucoup parlé de l’ordre et des institutions monastiques ’. Quant l'ouvrage

1 Epist. vn, 83. — ? De div. nom., c. 1,82. — 8 Ep. vu, & 2. — % De div. nom., c. u, n. 10.— 8 Jbid., c. IV, 812. — 8 C. vu. — ? Hier. eccl., c. VI, n. 3.

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parut, il excita les reclamations des catholiques. Nous avons donc affaire & une pure fiction; ce qui le prouve encore, c’est que Timothee, un ancien chretien, un maître, un évêque, y est appelé fils de Denis, tandis qu'ailleurs, chose plus étonnante encore, il est parlé de l'antiquité ecclésiastique ‘ et de l’ancienne tradition ?.

Ces livres sont mentionnés pour la première fois dans une lettre d’Innocent, évêque de Maronea, qui décrit comme témoin oculaire une controverse religieuse qui

avait eu lieu à Constantinople, en 532, par ordre de Justinien, entre les sévérianiens et les catholiques, sous la présidence d’Hypatius d’Ephese. Les avocats monophy sites y produisirent les livres et les lettres de Denis, et les invoquerent contre les catholiques, car ils paraissaient favorables aux idees de ces heretiques sur la personne du Christ. Les catholiques les recuserent comme etant inconnus des saints Peres. Un peu tard, Leonce de Byzanze et Anastase le Sinäïte les citaient déjà comme des autorites. Saint Maxime y composa des scholies et Pachymères y ajouta une paraphrase. Le pape Martin Ie" et le concile qu’il convoqua à Rome (649) s’en servirent également. Photius seul semble les avoir rejetés comme apocryphes.

Introduits en Occident sous Pépin et Louis le Pieux, traduits en latin par Scot Erigene, leur autorité ne fit que s’accroitre. Le premier qui éleva des doutes sur leur authenticité fut L. Valla®; son sentiment fut partagé par Erasme, Beatus Rhenanus, Cajetan, Bellarmin, Albaspinæus, Sirmond, Petau, etc. Les démonstrations de Morin *, Dallée et Le Nourry ont transformé ce doute en certitude.

La diction et le style confirment ce sentiment. La fréquence des superlatifs, la description pompeuse des

1 De nom. div., c. IV, n. 3. — 3 Hier. eccl., vu, n. 11. — ® Remarques sur les Actes des Apôtres du Nouv. Testam., c. xvII. — ® De ordinibus.

noms d'objets sacrés, les expressions emphatiques, les longues périodes contrastent trop avec la simplicité du style apostolique. Quant au but que se proposait l’auteur par cette supercherie, les uns n’y ont vu que le simple désir de tromper ; les autres, comme Le Nourry, pensent qu'il a voulu donner plus de poids à ses écrits, composés en vue de défendre la doctrine catholique eontre les nestoriens et les monophysites, en les attribuant à un homme célèbre. Il semble, en effet, que ce soit là le vrai motif et que l’auteur n'ait pas eu l'intention de tromper. .

Contenu des ouvrages de Denis.

Ces ouvrages sont fortement imprégnés de philosophie néoplatonicienne; l’idée qui y domine, c’est que l’homme (comme tout être créé) doit retourner à Dieu de la même manière qu'il en est sorti, en passant par les degrés de la hiérarchie ecclésiastique, lesquels correspondent aux degrés de la hiérarchie céleste, baptême, illumination (eucharistie) et onction. Toutefois, ce système n’est pas identique au panthéisme des néoplatoniciens et à leur théorie de l’emanation, de même que la Bible n'est pas panthéiste, quand même les panthéistes allèguent ses textes à l’appui de leur système; autrement le moyen-âge, si zélé pour l’orthodoxie, n’aurait pas tenu ces livres en si constante estime. Mais il est possible que, dans sa prédilection pour ces écrits, le moyen-äge y ait vu plus qu'il n’y avait en réalité. « Le fond de la doctrine, dit avec raison Steeckl, est chrétien ; mais les développements et les expressions se rapprochent autant que possible des idées et des principes néoplatoniciens, surtout de Proclus. Il n’est donc pas étonnant que ces écrits aient suscité dans l’époque suivante deux écoles mystiques opposées l’une à l’autre, une école idéaliste et une école mystique chrétienne : la première, née de l'interprétation de la doctrine de Denis dans le sens de l’idéalisme neoplatonicien; la seconde, de l’interpréta-

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