‹ Manuel de patrologieChapitre 69 sur 97 · AUTEURS LATINS. VINCENT DE LÉRINS · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS. VINCENT DE LÉRINS

vécu dans le monde se sentit, ainsi que plusieurs de ses contemporains, entraîné vers la vie ascétique et claustrale. Prêtre et religieux du célèbre couvent situé dans l'île de Lérins (S.-Honorat), il occupe un des premiers rangs parmi ces hommes laborieux et instruits qui cultiverent la science dans cette époque critique de l’émigration des peuples, et qui fournirent à l’Eglise tant de dignes et habiles évêques.

‘Tl composa, sous forme dogmatique et polémique, le Commonitorium pro catholicæ fidei antiquitate et universitate adversus profanas omnium hæreticorum novilales (quarante chapitres), suivi d’une Récapitulation (c. xLIxLm), destinée à soulager sa mémoire, et dans laquelle il recueillit ce qu'il avait recu des saints Pères comme digne de créance. De là son titre de Mémoire. Il s’y proposait d'enseigner aux autres une méthode sûre et régulière « pour distinguer la vérité catholique des impostures de l’hérésie. » Cette méthode consiste à asseoir l'édifice de la foi sur le double fondement de l'autorité de l’Ecriture et de la tradition de l'Egliset.

Quoique l’Ecriture soit parfaite (en soi), il est nécessaire de recourir à la tradition, parce que l’Ecriture, à raison de sa sublimité et de sa profondeur, est si diversement interprétée par les hérétiques, qu’on peut, ce semble, en tirer presque autant d'opinions qu’ily a de têtes. Cette première source de la foi est si incertaine, qu'il faut s’attacher avec soin à la tradition de l'Eglise : Ut id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est; hoc enim vere proprieque catholicum; nous le ferons, si seguamur universilatem, antiquitatem, consensionem. Les vrais témoins de la tradition, ce sont les Pères qui sont toujours restés dans la communion catholique. C’est d’après cette tradition qu’il faut expliquer l'Ecriture : /deirco mullum necesse est, propter tantos, tam varii erroris anfraclus, ut prophelicæ et upostolicæ inter-

1 Præf. etc. 1.

pretalionis linea, secundum ecclesiastict et calholici sensus normam dirigatur; d'autant plus que Christi vera Ecclesia, sedula et cauta depositorum apud se dogmatum custos, nihil in his unquam permutat, nihil minuit, nihil addit... sed omni industria id unum studet, ut vetera fideliter sapienterque tractando, si qua sunt illa antiquitus informala et inchoata, occuret et poliat; si qua jam expressa et enucleata, consolidet, firmet ; si qua jam confirmala et definita, custodiat. Et c’est précisément ce qui a été fait par les décrets des conciles.

Après avoir établi les rapports des deux sources de la foi, l’Ecriture et la tradition, Vincent montre que le progrès est possible même dans la sphère des vérités révélés. Voici le passage classique où il parle du progrès de la science chrétienne : Nullusne ergo in Ecclesia Christi profectus? Habeatur plane et maximus... sed ila tamen ut vere profectus sit ille fidei, non permutatio. Siquidem ad profectum pertinel ut in semelipsam unaquæque res amplificetur; ad permutationem vero, ut aliquid ex alio in aliud transvertatur... Imitetur animarum ratio rationem corporum, quæ licet annorum processu numeros suos evolvant el explicent, eadem tamen, quæ erant, permanent... Quoi parvulorum artus, tot virorum, et si qua tlla sunt quæ ævi maturioris ælate pariunlur, jam in seminis ralione proserta sunl; ut nihil postea proferaiur in senibus, quod non in pueris jam ante latitaverit. Fas enim est ul prisca illa cœlestis philosophie dogmata processu temporis excurentur, limentur, poliantur, sed nefas est ul commulenlur... Accipiant licet evidentiam, lucem, distinctionem; sed relineant necesse est plenitudinem, inlegritalem, proprietalem (c. xXVIll, XXIX, XXI).

Malgré cette exposition lumineuse du principe de la connaissance sur le terrain théologique, principe qui devait servir à démêler les hérésies, Vincent n’en fut pas moins accusé de semipélagianisme, probablement pare qu'il habitait sur le territoire des semipélagiens et qu'il

était en relations avec eux. Toutefois, les preuves tirées des chapitres xxxvıı et xLıı de son Commonitorium, où l'on a vu une interprétation pélagienne de la lettre du pape Célestin, ne semblent point concluantes et peuvent s'entendre dans un sens orthodoxe, comme l'ont montré les auteurs de l’Histoire littéraire de la France‘ et les bollandistes?.

Editions du Commonitor., Basil., 1528; Costerus, S. J., Lovan., 1552 : E. Baluze, Paris, 1663, 1669 ; corrigée, Cantabr., 1687; Galland. Biödl., t. X ; Klüpfel, Vienne, 1809 (avec un commentaire et indication des textes semblables dans saint Ir&n&e, Tertull., Cypr., August., etc.); avec le trait& des Prescriptions de Tertull., Ingolst., 1835; Pusey, Oxon., 1838 ; Herzog, Vratisl., 1839 ; Aug. Vind., 1843. Cf. Héfelé, Revue trimestr. de Tubing., 1864, et Append. à hist. de V’Egl., t. 1;

Tilemont, t. XIV; Ceillier, t. XII, 22 ed., t. VI.

VI. Eucher, l’une des plus grandes célébrités épiscopales de l’Eglise de Lyon après saint [rénée, était issu d’une famille sénatoriale et occupa dans la suite, à raison de ses connaissances et de ses richesses, une place éminente dans la société civile. De son heureux mariage avec la noble et pieuse Galle, il eut deux fils et deux filles. Ses deux fils furent élevés dans le monastère de Lérins, où il les suivit bientôt et embrassa la vie religieuse du consentement de sa femme; plus tard, il donna la préférence au couvent de Léro (Sainte-Marguerite), encore plus solitaire que le premier. La réputation de ses vertus le fit nommer évêque de Lyon (vers 434), et il passa comme tel pour un des plus savants hommes de son temps. Il assista au concile d'Orange (4M), qui devait rétablir les conciles provinciaux, et mourut après M9. De ses deux fils, Veron et Salone, qui avaient aussi embrassé la vie religieuse, le premier lui succéda sur lesiege de Lyon, et Salone fut nommé plus tard évêque de Genève.

Entre ses écrits, qui appartiennent par le style aux meilleures productions chrétiennes de ce temps, nous

IT. 1], p. 309. — ? Act. sanct., mens. maio, p. 284.

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