XXXVIII
2° Préparation prochaine.
J'appelle préparation prochaine celle qui, chaque
(1) Nous croyons faite plaisir à Messieurs les Instituteurs en insérant ici une belle prière composée pour eux, et qui fait les délices de ceux qui la récitent chaque jour, ou du moins de temps en temps.
€ C'est vous. Seigneur, qui êtes ma force et ma patience, ma lumière » ei mon conseil; c'est vous qui me soumettez les enfants que vous avea » confiés à mes soins. Ne m'abandonnez pas un seul instant. Donnez-moi » pour la conduite des autres et pour ma propre conduite l'Esprit de sagesse » et u'intelligence, l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de science et de » piété, et surtout l'esprit de votre sainte crainte, et un zèle ardent pour » procurer votre gloire. J'unis mes travaux à ceux de J.-C, qui a donné » des preuves si touchantes do son amour pour l'enfance, et je prie la » très-sainle Vierge, les Anges et les Saints de me protéger dans l'exercice > de mon emploi Dieu seul, tout pour Dieu seul, tel est le cri de n«on » âme. Vive .iesus dans nos cœur» I a jamais! Ainsi soitil »
{N(jtc du Trad.)
jour, doit précéder la classe : relativement à cette préparation journalière, il y a trois points à considérer.
a) La préparation du cœur, 4° c'est-à-dire la bonne volonté ou le ferme propos de faire toutes vos actions pour la plus grande gloire de Dieu et le salut de vos élèves; 2" le désir de plus en plus vif de devenir, par des réflexions sur l'importance de votre état, appliqués, doux, patients, etc., et 3", enfin, la prière, afin d'obtenir de Dieu les lumières, la force et la bénédiction pour votre travail.
h) L'élude exacte des leçons journalières qne \oiis divez à donner à vos élèves. Vous pouvez, à ce sujet, vous faire les questions suivantes :
j° Qu'apprendrai-je aujourd'hui à mes élèves?
Ne vous arrêtez pas tout de suite sur ce qui vous vient d'abord à l'esprit; mais réfléchissez si c'est ce qui convient relativement à ce qui a précédé; s'il ne serait pas plus avantageux d'appuyer sur un autre sujet , ou de répéter ce qui a déjà été expliqué.
2" Est-ce que je comprends moi-même suffisamment ce que je veux enseigner?
Songez-y pendant toute la classe, et, à chaque leçon nouvelle, faites attention si vous la possédez avec assez de justesse et de précision. Rencontrezvous des choses que vous ne comprenez pas encore assez clairement, et que vous ne pouvez vous expliquer à vous-mêmes par votre propre réflexion ou en consultant vos livres ? tâchez de vous les faire expliquer par une personne instruite, par exemple, par M' votre curé : avant cet éclaircissement , ne dites à vos élèves que ce qui se trouve dans leur livre classique, de peur de leur inculquer de fausses idées.
3" Comment m'y prendre pour faire le mieux saisir à mes élèves ce que j'ai à leur apprendre?
Réfléchissez de quelle manière vous voulez leur expliquer telle ou telle chose; si vous devez vous
adresser au sens intérieur ou aux sens extérieurs; comment vous devez la décomposer ; quels exemples et quelles comparaisons conviendraient le mieux, etc.
4" Comment pourrai-jc convaincre mes élèves de la vérité de ce que je leur dis?
Considérez si vous pouvez les en convaincre, soit par la vue, soit par des exemples, soit par leur propre expérience, ou si vous devez avoir recours à d'autres moyens.
5" Ceci peut-il s'appliquer à la position sociale, au genre de vie, aux habitudes de mes élèves?
Examinez de quelle manière vous l'appliquerez le plus convenablement, et comment vous les porterez à mettre vos instructions en pratique.
6** Comment pourrai-je savoir si mes élèves ont bien compris? comment dois-je les questionner pour m'en assurer?
Chaque question devant être faite, en particulier, d'après les réponses des enfants, ne peut être précisée d'avance ; mais la marche que l'on veut suivre en examinant les élèves, et les questions principales qu'on veut leur faire, doivent être méditées et prévues avant la classe. Du reste, je parlerai plus amplement de l'étude des leçons en traitant de la méthode d'enseigner.
c) La préparation de ce qui doit vous servir pour er^ seigner. Les livres, le papier, les problèmes d'arithmétique, les questions que vos élèves doivent résoudre, par écrit, la matière d'une petite composition, les modèles , les maximes que vous voulez écrire ou dicter ; en un mot , tout ce qui vous est nécessaire en classe , doit être préparé et disposé d'avance.
§ xxxix.
Quant à l'étude des leçons et à la préparation des objets classiques , vous devez aussi profiter des jours
de congé et lâcher d'être toujours en avance de quelques leçons; car, les jours de classe, le temps peut vous manquer.
Je veux encore vous donner ici un conseil dont la pratique vous sera utile. Faites-vous un livret ou carnet de quelques pages, et notez-y ce qui, dans votre préparation, vous paraîtra digne de remarque. Laissez la moitié de la page en forme de marge, afin de conserver de la place pour ajouter ou corriger. Faites une table à ce livret; de cette manière vous pourrez retrouver avec facilité, et relire ce que vous aurez noté sur chaque sujet : vous en sentirez vousmêmes en peu de temps l'extrême utilité.
Des Devoirs de Vimtitutcnr pendant la Classe. §XL.
Quelques remarques concernant le commencement , la fin el tout le lemps de la classe.
La préparation la plus minutieuse et les peines les plus grandes que vous puissiez vous donner, ne vous seront d'aucune utilité, si Dieu ne bénit vos efforts. II en est de l'instruction comme de la semence: quelle que soit l'habileté du semeur , il n'y a que Dieu qui puisse faire croître et fructifier (1. Cor. 5. 6). Afin donc de réussir dans vos travaux scolaires, humiliezvous devant Dieu chaque fois que vous les entreprenez : Mettez votre confiance, non en votre haMletét mais dans le Seigneur (Prov. 3. 5), et invoquez son assistance avec vos élèves par une courte prière, que vous réciterez à haute voix, et qu'ils répète-
70 îHAiNi'KL
ront tout bas après vous. Les relardatairos doivent rester à la porte aussi longtemps qu'elle n'est pas finie, afin de ne point troubler les autres. A la fin de la classe , récitez encore avec eux une courte prière , ou faites-leur chanter quelques vers d'un cantique ; ce que vous pourrez faire aussi, si vous le jugez expédient, pour commencer la classe. {Voyez dans la seconde et la troisième Partie des détails plus amples sur la prière et le chant.)
Après la prière ou le cantique, commencez avec zèle vos occupations (que je vous détaillerai tantôt), dans la vue de procurer la gloire de Dieu et le bonheur temporel et éternel de vos élèves; mais évitez trop d'ardeur et d'application , afin que vous puissiez continuer ainsi jusqu'à la fin de la classe. Il peut aisément arriver de perdre peu à peu, pendant la classe , le zèle et la bonne intention qu'on avait en la commençant; afin de prévenir cette tiédeur, renouvelez souvent votre intention , et ranimez votre zèle par quelque bonne pensée qui puisse toucher votre cœur. Votre propre expérience vous apprendra le mieux par quelles réflexions ou par quelles pensées votre cœur est le plus tôt et le plus profondément touché. Il ne peut être donné sur ce sujet aucune règle générale : telle considération émeut l'un, tandis qu'elle ne fait aucune impression sur un autre. Par exemple, tel instituteur se ranimera à cette pensée : « Dieu te » voit et tu lui es agréable, si tu t'efforces de pro- » curer sa gloire avec zèle et diligence dans la » personne de ses bien-aimés. » Tel autre sera plus fortement touché de cette réflexion : « Dieu te voit » et il te récompensera au centuple de toutes tes » peines. » Enfin , un troisième , par celle-ci : « Dieu )) me voit, et malheur à moi si je néglige la parole do » Seigneur, etc. »
Ne vous occupez jamais de choses étrangères,
quelles qu'elles soient L'école exige tout riiomine et toute son attention. Si un instituteur veut remplir exactement ses devoirs, il ne lui restera pas de temps pour s'occuper de ce qui ne le concerne pas; et, s'il emploie à d'autres choses le temps qu'il doit consacrer exclusivement à ses élèves , c'est une espèce de vol.
Vos occupations à l'école, ou les devoirs que vous devez y remplir, consistent, en général, en ce que :
1" Vous y établissiez un ordre parfait;
2" Vous instruisiez bien et uniquement en vue d'implanter dans le cœur de vos élèves la véritable crainte du Seigneur; car c'est là, tout à la fois , le fondement et le couronnement de l'œuvre.
Plusieurs des nombreux détails dans lesquels je vais entrer sur l'instruction et l'éducation, pourront d'abord vous paraître des bagatelles, des minuties; mais, je vous en prie, ne les méprisez pas, et surtout ne les négligez pas; car, bien des choses peuvent vous paraître minutieuses, qui néanmoins sont trèsimportantes.
Je n'en finirais pas si je devais vous démontrer l'importance de chaque avis. En tout cas, supposé que quelques-uns de mes conseils soient de peu d'importance, et ne doivent vous procurer qu'un léger avantage, rappelez-vous que les petits profits font les gros, que des centimes font des francs? comme dit le proverbe.