‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 62 sur 156 · LXXIX · texte numérisé non relu

LXXIX

Il convient de rapporter souvent, dans les récits, les suites des bons sentiments ou des bonnes actions. Ces suites sont rarement un grand profit dans les choses temporelles; et» en tout cas, ce profit ne doit guère, ou plutôt jamais, être présenté comme conséquence d'un bon sentiment ou d'une bonne action, de peur de rendre les enfants avides et de leur mettre en perspective un bonheur plus grand que celui que leur état peut leur procurer, ou qu'ils pourraient jamais obtenir; car, par une telle représentation, il peut facilement arriver que les enfants conçoivent de ridicules ou de trop hautes espérances, et que souvent ils usent de très-dangereux moyens pour atteindre le but élevé qu'ils ont en vue; ou bien, ce qui arrive plus ordinairement, ils sont mécontents de leur étal et deviennent incapables de tout bien , parce qu'ils prévoient qu'il leur est impossible de faire un profit aussi grand qu'ils le désirent.

Les suites naturelles d'une bonne conduite sont ordinairement la paix de l'âme et le contentement du cœur, l'amour du prochain, une existence honnête, la possibilité de se montrer reconnaissant envers ses parents ou envers ses bienfaiteurs , la santé , la force, etc. Telles sont les suites qu'on doit souvent présenter comme provenant d'une bonne conduite. On ne racontera donc pas, quoique cela puisse être arrivé, qu'un jeune paysan est devenu grand seigneur, habitant une magnifique maison, etc.; ou du moins ajoutez qu'entre mille histoires, on en trouve à peine une comme celle-ci, et que peut-être celui qui, exté-

rieurement, était devenu si opulent, était loin d'être aussi content et aussi heureux dans son carrosse, qu'il eût pu l'être derrière la charrue.

Evitez aussi de raconter des contes ou des histoires dont le récit peut exalter l'imagination. Par exemple : Jean, Martin, n'importe le nom, entreprit un voyage sur mer, et, après douze ans, il revint chargé d'or, d'argent et de pierres précieuses. Ou : Gilles, fils d'un journalier, voulut être soldat, et eu peu d'années il devint général. Des histoires de ce genre ont entraîné maints jeunes villageois loin de leur patrie, et en ont fait des soldats ou des marins malheureux.

Faites attention que l'observation que je viens de faire, c'est-à-dire, que les suites extraordinaires des bonnes actions doivent rarement *Uve racontées, et que les ordinaires doivent toujours l'être, s'applique également aux suites des mauvaises actions et des sentiments pervers.

Notez bien, cependant, que vous ne devez pas vous borner uniquement à l'instruction qui découle des suites naturelles utiles ou nuisibles, comme plusieurs le font; car vous ne devez pas seulement tâcher de rendre vos élèves des hommes probes et honnêtes, mais d'en faire surtout de bons chrétiens selon la doctrine de Jésus-Christ (§ H). A cet effet, vous devez leur apprendre, et vous efforcer d'imprimer fortement dans leur cœur, les motifs surnaturels de pratiquer le bien et de fuir le mal, afin qu'ils deviennent la principale règle de leur conduite.

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