‹ Manuel de pedagogie et de methodique generaleChapitre 61 sur 156 · LXXVII · texte numérisé non relu

LXXVII

Tous les exemples que vous choisissez pour raconter à vos élèves, doivent être vrais, ou du moins vraisemblables. Us doivent toujours être vrais quand ils sont attribués à une personne connue; il en résulte qu'il n'est pas bon de raconter louchant Notre-Seigneur J.-C. ou touchant ses apôtres, des faits comme véritables, mais de la véracité desquels nous ne sommes pas convaincus. Il faut nécessairement qu'on soit trèseerlain de la vérité d'une chose qu'on veut raconter comme vraie, quand elle contient de l'extraordinaire ou du surnaturel; par exemple, des miracles, des visions, etc.

Dans l'instruction religieuse on ne se servira, pour preuves, que de faits véritables. Si cependant les exemples ne concernent pas des personnes connues, et ne contiennent que des exemples naturels, destinés simplement à représenter la force de bons ou de mauvais sentiments, à en monlrer les suites, et à les rendre plus palpables et plus faciles à retenir; on peut, en ce cas, les raconter, sans dire cependant que ces faits sont vrais , quand ils sont seulement vraisemblables. Toutefois les histoires véritables, quand on peut en trouver qui conviennent au sujet

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(jiie l'on Uaile, sont toujours préférables aux vraisemblables.

§ LXXVIil.

Quand on n*a pas d'histoire fort convenable pour mo«itrer l'effet de bons ou de mauvais sentiments, er en général pour mieux en faire comprendre les conséquences et les graver davantage dans la mémoire, on raconte les choses qui arrivent d'ordinaire ou qui peuvent arriver, comme si elles eussent eu lieu dans un tas particulier. Cette manière de raconter la chose comme un événement qui est arrivé en tel cas, fait que les enfants la comprennent mieux, et se la représentent plus vivement que si on la leur présentait d'une manière générale. On adapte cette histoire à un enfant docile, obéissant ou pieux; à une fille modeste, ou à un homme craignant Dieu, etc., ou bien même on peut les désigner plus distinctement, en donnant un nom à l'individu dont on veut parler. Par exemple : Le petit Joseph; un domestique nommé Jean; Jacques pauvre, mais vertueux garçon; deux sœurs, Agnès el Gertrude, etc., ont fait, ont dit telle chose, etc.; c'est-à-dire, ce que beaucoup d'autres ont fait et dit; mais on suppose, en leur appliquant une histoire, que ce sont eux qui l'ont faite ou dite; par exemple : Jacques servait des maîtres pauvres, mais pieux, chez lesquels, dans un temps de disette, il n'avait pas une nourriture sufiisante. 11 ne murmurait cependant jamais, comme d'autres Teussent fait en pareil cas; mais il se contentait de ce qu'on lui donnait; ils se disait même en voyant les malheureux que la dureté des temps forçait de mendier : Que je suis heureux en comparaison de ces pauvres gens! j'ai un logement, je suis nourri, j'ai un lit; ceux-ci, au contraire!... Touché de leur triste état, il partageait sa petite portion de pain avec eux , ou les recommandait à

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quelque personne riche, ou leur donnait un bon conseil.

On peut faire de pareils récits sans mentir aucunement , quoiqu'on ne connaisse pas de domestique appelé Jacques qui se soit conduit de la sorte; car, il est possible que des domestiques aient fait cela dans un temps de disette, ou, du moins, on peut supposer qu'ils se conduiraient ainsi s'ils se trouvaient dans les mêmes circonstances. On peut donc dire aux enfants, sans blesser la vérité : Des domestiques sages et vertueux ne murmurent point quand, en temps de disette, leurs maîtres ne sont pas en état de les nourrir suflisamment ; au contraire, ils s'estiment heureux en comparaison de tant de malheureux qui sont contraints de mendier leur pain ; ils partagent même le peu qu'ils ont avec les pauvres, les recommandent aux riches ou leur donnent un bon conseil. — Celle manière d'inspirer ces sentiments aux enfants serait-elle aussi agréable, capliverait-elle autant leur attention et exciterait-elle aussi vivement en eux le désir d'imitation , si on ne leur montrait pas cette conduite de vertueux domestiques mise en action dans un certain individu , et si on n'en faisait pas une histoire particulière? N'importe maintenant quel nom donner au domestique qu'on met en scène.

De tels récits peuvent, à défaut de véritables histoires, remplacer ces dernières, et servir d'exemple pour rendre une chose plus compréhensible. Beaucoup de paraboles de N.-S J.-C. sont de ce genre ; par exemple, celle de l'enfant prodigue; celle du roi qui fait rendre compte à ses domestiques, etc. On peut cependant prévenir quelquefois les enfants que ces exemples servent simplement à les instruire, comme figures ou paraboles, et non à leur faire croire que Res histoires sont réellement arrivées à Jacques, à Pierre, etc.

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Quant aux contes, il faut bien faire allention à ce (ju'ils soient vraisemblables. II faut qu'il n'y entre aucune circonstance impossible , ou qui soit en contradiction avec le reste.

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