LXXXII
Les exemples et les narrations sont plus agréables aux enfants et leur font plus d'impression quand on les leur raconte d'une manière intéressante, que quand ils les lisent eux-mêmes. De plus, tous les exemples qu'il leur est utile de savoir, ne se trouvent pas dans leurs livres; il est donc nôn-seulement avantageux, mais même nécessaire que vous tâchiez d'acquérir le talent de raconter avec ordre, clarté, intérêt ou bon goût. Ne regardez pas la narration comme chose très-difficile. Vous n'avez pas besoin de raconter avec art et érudition; la manière la plus simple est la meilleure. Mais l'essentiel c'est que vous sachiez très-bien vous-mêmes l'histoire que
VOUS voulez raconter. Vous devez tellement l'avoir présente à la mémoire dans tonte sa suite et ses détails, que vous n'ayez pas besoin de faire des efforts pour vous les rappeler en racontant; autrement vous vous arrêterez souvent , vous tousserez et vous vous moucherez en vain pour ne pas faire apercevoir à vos élèves que vous ne connaissez pas suffisamment le fait que vous rapportez; s'il en est ainsi , votre narration les ennuiera et ne leur sera d'aucune utilité. Il en sera de même si vous ne savez pas bien l'histoire, si vous ne l'avez pas présente à la mémoire, ou si vous leur racontez des choses qui ne sont ni vraies ni vraisemblables.
Quand il s'agit donc de raconter, tachez de vous représenter le fait que vous avez en vue, comme s'il se passait réellement sous vos yeux; commencez ensuite le récit en vous servant de termes aussi familiers, que si vous racontiez une action dont vous eussiez été témoins. Évitez toute longueur inutile, sans toutefois omettre les circonstances nécessaires pour peindre vivement un fait aux enfants. On doit tâcher de raconter brièvement et de telle manière que les enfants voient aussi sensiblement les événements que s'ils avaient lieu en leur présence.
L'Écriture sainte nous offre les meilleurs modèles pour être racontés de cette manière; par exemple, l'histoire du sacrifice d'Isaac, celle de Joseph, de Tobie, etc. Si on lit attentivement ces histoires, on remarquera que deux choses surtout contribuent beaucoup à en rendre la représentation vive; savoir :
1° Que toutes les petites circonstances qui parlent à l'imagination, y sont minutieusement rapportées : par exemple : Abraham sella son âne , prit deux domestiques, coupa le bois, etc.
2° Que les personnages sont représentés comme parlant; par exemple, Dieu dit : Abraham! Abra-
J IG MA?JUEL
ham ! — Abraham répondit : Me voici. — Faites disparaître de ce récit les petites circonstances, les dialogues, et vous remarquerez combien il perd par là de son charme, de son énergie, et combien il produit moins d'impression. De là, il résulte qu'il est trèsavantageux de faire souvent parler les personnages et de rapporter soigneusement les moindres circonstances qui peuvent rendre l'histoire plus attrayante. On augmentera encore l'impression et la vivacité de la narration, en imitant un peu la manière de parler du personnage dont il est question , en prenant à cet effet en considération son caractère et sa position.
Plus vous vous exercerez à la narration, plus vous y deviendrez habiles. Si cependant vous n'avez encore aucune aptitude pour la narration, défaut qu'on ne devrait trouver chez aucun instituteur, lisez les histoires à vos élèves ou qu'ils les lisent eux-mêmes.
Mais, soit que vous les racontiez, que vous les lisiez, ou que vous les fassiez lire par vos élèves, mettez en pratique les trois points suivants :
§ LXXXÏII.
Premièrement, vous aurez soin que vos élèves comprennent très-bien l'histoire qui leur est racontée , vous leur en expliquerez ce qui est obscur pour eux, ou au-dessus de leur portée; et, pour savoir au juste ce qu'ils en ont compris, il faut les questionner après le récit. Par lu , vous découvrirez ce qui exige encore quelque explication. Les questions sont fort utiles pour imprimer plus fortement l'histoire dans leur cœur, et pour la graver plus vivement dans leur mémoire.