ET DE
ou
GUIDE DE l'iKSTlTlITElIR PRIMAIRE.
PR£]9IIEREI PARTIE.
Nécessité de rinstruclion et de réducation. — Les nobles fonctions d'instituteur primaire embrassent l'une et l'autre; par conséquent tout le monde n'est pas apte à s*en charger.
De la nécessité de rinstruclion et de V éducation,
Vous n'ignorez pas, vénérables instituteurs, que, pour défricher un terrain inculte et le rendre une terre fertile, il ne faut épargner ni labour ni engrais; et, même après ces premiers travaux, si on ne l'ensemence d'une manière convenable et si l'on ne choisit
l'espèce de grain que comporte la qualité du terrain, la récolte sera chétive; l'ivraie croîtra en même temps et finira par envahir non-seulement ce terrain, mais tous ceux qui l'entourent.
Or, il en est de même relativement à la jeunesse. Si vous voulez que les enfants deviennent des hommes vertueux, il faut, dès leur bas âge, les cultiver avec soin par une bonne éducation, et semer dans leur tendre cœur la semence d'une solide instruction. Qu'arrive-t-ii d'ordinaire lorsque l'une ou l'autre est négligée? ces enfants deviennent des vauriens, des membres nuisibles à la société, des êtres malheureux et qui en rendent d'autres malheureux.
L'expérience nous l'apprend; elle est d'ailleurs sanctionnée par l'Écriture sainte, dans le livre des Proverbes :
La verge et la correction donnent la sagesse; mais V enfant qui est abandonné à sa volonté, couvrira sa mère de confusion (29. d5).
N'épargnez point la correction à V enfant; car , si vous le frappez avec la verge, il ne mourra point. Oui, vous le frapperez avec la verge et vous délivrerez son âme de V enfer C^^. 45. 14).
§ÎI.
Je conviens que les enfants privés d'instruction et d'éducation, ne se livrent pas tous aux mêmes vices : les divers penchants qu'ils ont reçus de la nature; les divers exemples qu'ils ont sous les yeux; les occasions et les tentations auxquelles leur position les expose, font que les uns commettent le mal d'une manière, les autres, d'une autre; les uns plus, les autres moins; mais, en tous cas, il est certain que l'enfant privé d'instruction et d'éducation est rarement, ou plutôt n'est jamais exempt de quelque mauvaise habitude. Or, s'il s'adonne à une seule habitude
vicieuse, quelle qu'elle soit, c'est assez pour le rendre un membre nuisible à la société et pour le rendre lui-même un être malheureux ; car les remords de conscience et le mécontentement sont les compagnons du vice, et presque toujours la pauvreté, les maladies et même une mort prématurée et déplorable en sont les suites.
Heureux celui dont la première et principale occupation est de faire le bien : celui qui cherche le mal, en sera accablé (Pro\. 11. 27).
§in.
Mais admettons, ce qui est très-rare, qu'un enfant privé d'instruction et d'éducation soit exempt de toute habitude vicieuse, le seul défaut d'instruction suffit pour le rendre très-malheureux et en faire un membre nuisible à la société.
Qu'il soit malheureux lui-même, Texpérience le prouve. Ignorant et par suite borné, il ne sait pas s'aider, se trompe souvent dans la gestion de ses affaires et éprouve des pertes. Il est la dupe de tout fourbe adroit avec lequel il est en rapport. Indécis sur le parti qu'il doit prendre, il ne réussit que rarement dans ses entreprises. De là il contracte une mauvaise humeur, se décourage, néglige tout; il se désespère même et murmure contre la Providence, parce qu'il voit que, malgré son travail, ses affaires empirent chaque jour. Telles sont les suites ordinaires de l'ignorance; le défaut de connaissances et par suite de prévoyance et de tact, empêche que rien soit mené à bonne fin.
Celui qui court sans prudence, se heurte; la folie de l'homme fait que ses pieds glissent et que son cœur murmure contre Dieu (Prov. 19. 2 et 3).
Une autre suite déplorable de son ignorance, c'est que souvent il devient fainéant et méchant; il com-
mence par s*aclonner insensiblement à la boisson pour noyer son chagrin; puis suivent les autres vices l'un après Tautre.
Quant au tort que peut occasionner dans la société l'ignorance d'une seule personne, il se comprend aisément pour peu qu'on veuille réfléchir. Je ne citerai qu'un exemple dont vous êtes à même de sentir la force : combien ne souffre pas une commune, quand elle a un maître d'école ignorant et borné !
§ÎV.
Mais les pertes matérielles, suite de l'ignorance, ne sont rien en comparaison de la perte des âmes qu'on peut à juste titre lui attribuer.
Un enfant que le défaut d'instruction et d'éducation rend vicieux, ne se corrige que bien rarement. Il s'adonne au mal peu à peu, mais ses vices augmentent en proportion de ses années; il y persiste et s'y endurcit tellement qu'il est aussi impossible d'en attendre une conversion sincère, que de voir changer la peau noire d'un maure, ou les taches d'un léopard, pour me servir des comparaisons de l'Écriture sainte. (Jér. 13. 2. 3). Il termine une vie sacrilège par une mort misérable qui le précipite dans l'abîme éternel.
Mais, hélas! ce n'est pas encore tout. Combien un seul enfant indiscipliné et habitué au mal , n'en entraîne-t-il pas d'autres dans le péché et dans le vice, en les rendant semblables à lui, et souvent même pires que lui?
J'admets , toutefois , que la meilleure instruction jointe à la meilleure éducation ne peut rendre les enfants vertueux, s'ils ne veulent absolument pas se soumettre à ce qu'on exige d'eux; je conviens
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i aussi que les enfanls, après avoir reçu de l'instruction et de l'éducation, et être entrés dans la bonne voie, peuvent s'en écarter plus tard; mais l'expérience prouve qu'il y a tout lieu d'espérer d'un enfant instruit et bien élevé, qu'il rentrera un jour dans la voie du bien et qu'il y persévérera ; tandis qu'il n'y a rien à attendre de celui qui n'a reçu ni instruction ni éducation.
Il est également vrai que les enfants, formés par l'instruction et l'éducation à la sagesse et à la vertu , ne sont pas exempts de tribulations et de peines; car Dieu en envoie aussi à ceux qui lui sont cbers : c'est ce que nous apprend surtout l'histoire de Job; mais évidemment ils n'éprouveront pas les peines et les chagrins que s'attirent par leur ignorance et leur imprudence, ou par leurs propres péchés et leurs vices, ceux que le manque d'instruction et d'éducation a rendus vicieux : or, les peines temporelles qu'on s'est attirées, ne sont-elles pas évidemment les plus pénibles à supporter?
L'impie s'attire la perdition par ses lèvres pécheresses • le juste évite ce danger (Prov. 12. d3).
L'homme prudent voit arriver un malheur^ et l'évite ; les insensés continuent leur chemin , et ils en sont la dupe. (Ib. 22. 3).
En outre, les tribulations sont très-utiles à l'homme vertueux, tel que le deviendra l'enfant instruit et bien élevé;, car, puisqu'il aime Dieu, toutes choses lui tourneront à bien, selon la maxime de S.Paul. Les souffrances exercent et redoublent sa patience ; la patience fortifie son espérance; l'espérance lui procure paix, joie et consolation à cause du bonheur éternel qu'il peut espérer avec d'autant plus de certitude , qu'il devient plus semblable à son Créateur. Il sait que bientôt il aura cessé d« combattre, sa course sera finie et il recevra la couronne de justice que Dieu a préparée à ceux qui V aiment. (S, Paul).
Ainsi l'instruction et l'éducation , données d'une manière convenable, procurent le plus grand bonheur en cette vie, même au milieu des tribulations, et la félicité éternelle en l'autre vie.
Et remarquez que le salut éternel d'une âme n'est pas le seul fruit d'une bonne éducation chrétienne ; car, combien un seul enfant craignant Dieu, ne peutil pas, dans le cours de sa vie, en aider d'autres à obtenir le bonheur éternel par ses entretiens, et, à l'occasion, par ses conseils et ses exemples?