CXLVII
4" Passez du connu à l'inconnu , du facile au difficile.
a) Du connu à Vinconnu. — Vos élèves ont déjà quelque idée de beaucoup d'objets que vous devez leur expliquer, ou du moins ils ont quelques autres connaissances, d'où vous pouvez deviner ce qui leur
est inconnu. Par exemple, vos élèves savent que tous les jours ils doivent manger, et que d'eux-mêmes ils ne peuvent se procurer leur nourriture. Vous pouvez donc commencer par là, si vous voulez leur montrer quel bonheur ils ont d'avoir encore leurs parents, et quelle reconnaissance ils leur doivent; ou combien nous sommes heureux d'avoir un Père commun dans le ciel, auquel nous devons toute notre reconnaissance. — On doit faire des épargnes : 1° afin d'avoir pour les jours suivants; 2" afin d'en pouvoir faire part à d'autres qui ont faim. — On doit tâcher de devenir raisonnable et habile, afin de pouvoir un jour gagner honorablement son pain quotidien. — Si vos élèves connaissent l'histoire de Gain et d'Abel, vous pouvez la leur rappeler si vous voulez leur montrer : 1" avec quelle facilité l'on peut, étant mécontent de son sort, s'abandonnera l'envie, passer de l'envie à la haine, et de la haine à d'autres grands crimes; 2° que des petites choses on passe aisément aux grandes, lorsqu'on ne cherche pas à corriger ses mauvais penchants; 5** qu'on doit veiller sur son cœur, c'est-à-dire qu'on doit faire une scrupuleuse attention sur ce qui se passe dans notre âme, parce qu'autrement on ne peut apprendre à connaître ses mauvais penchants, ni les corriger.
b) Du facile au difficile. — On considère comme facile dans la comparaison avec l'opposé : i" tout ce qui est plus sensible, c'est à-dire, ce dont les sens ; eux-mêmes peuvent se convaincre. Commencez donc toujours par le sensible et venez-en aux choses semblables qui ne sont pas entièrement du domaine des sens, afin de leur faire connaître le moins sensible par le plus sensible. Par exemple, l'amour de Dieu envers nous, par l'amour que de bons parents portent à leurs enfants; l'amour envers Dieu , par l'amour de tendres enfants pour leurs parents ; la Providence
palenielle de Dieu, par le soin des parents pour leurs enfants; la confiance en Dieu, par la confiance en ses parents ; la crainte de Dieu , par la crainte d'un enfant envers ses parents; la conduite de Dieu envers les bons et les méchants, par la conduite de bons et raisonnables parents envers leurs enfants obéissants ou désobéissants; la douleur d'avoir péché ou désobéi à Dieu, par la douleur qu'éprouve un enfant après avoir désobéi à ses parents; ce qui fait du bien ou du mal à autrui, par ce qui leur fait du bieu ou du mal à eux-mêmes; et les devoirs envers autrui, par ce qu'ils aimeraient bien qu'on leur fît, selon cette belle maxime : « Faites aux hommes tout ce que vous voudriez qu'ils vous lissent. » 2" Ce qui est moins composé; c'est l'objet de la règle suivante.
§ CXLVllL
Sixième Règle. — Analysez ce qui est composé.
Supposé que vous eussiez à donner à vos élèves ridée précise d'une horloge ordinaire; comment vous y prendriez-vous? Serait-ce assez de leur dire, en leur montrant une horloge : Voyez, mes enfants, cet objet qui est là suspendu, c'est une horloge. — Non, sans doute; car l'horloge est composée de beaucoup de parties, dont chacune contribue à l'ensemble; par conséquent, quiconque veut avoir une idée bien claire d'une horloge, doit en connaître aussi bien chaque partie en particulier que leur réunion entre elles. Or, en possédant cette connaissance, comment parviendrez-vous à la communiquer à vos élèves? Pourriez-vous y parvenir plus sûrement qu'en démontant une horloge en leur présence; leur faisant voir successivement chaque partie, chaque roue, chaque crénelure, pour les leur faire connaître chacune séparément, et leur en montrer ensuite l'usage et le rapport qu'elle a avec les autres, et, par conséquent ^
comment el pourquoi elle doit avoir telle forme et être placée de telle manière? Si vous ne pouviez ou ne vouliez pas démonter Thorloge pièce à pièce, pour en donner une idée à vos élèves, vous devriez du moins le faire dans la pensée, c'est-à-dire que vous devriez : 1° leur faire bien remarquer quelles pièces se trouvent à une montre et quelle est la forme de chacune; 2" pourquoi chaque pièce s'y trouve et quel rapport elle a avec les autres.
En agissant ainsi, vous démonteriez l'horloge dans votre pensée, et cela serait indispensable, si vous vouliez être en état de la démonter dans l'esprit de vos élèves. Pour atteindre ce but, portez leur attention sur les diverses parties qui composent une horloge; apprenez-leur à les connaître chacune en particulier, et faites-leur comprendre pourquoi chaque pièce s'y trouve et comment elle est en rapport avec les autres.
Suivez cette manière d'agir lorsque, dans votre instruction., il se présente quelque chose de composé. Vous devez l'analyser, soit réellement, soit dans la pensée, si vous voulez vous-mêmes en concevoir une idée bien claire et exacte, ou si vous voulez la faire concevoir à vos élèves. Bien analyser est un point des plus utiles et des plus nécessaires dans l'enseignement. Que tout instituteur s'applique donc diligemment à le faire d'une manière convenable; les quelques remarques qui vont suivre, pourront être d'une grande utilité pour apprendre à bien analyser.
§ GXLIX.
Que doit-on analyser?
a) Les idées composées, c'est-dire, celles dans lesquelles se trouvent plusieurs idées simples distinctes les unes des autres.
h) Les propositions. Toute phrase qui énonce un
jugement se nomme proposition. Dans chaque proposition il y a toujours le sujety Vattribut et le verbe^ mais , outre ces trois parties constitutives de toute proposition, il peut encore s'y trouver des accessoires qui déterminent l'une de ces parties. Celles qui n'ont qu'un sujet se nomment simples; et celles qui en ont plusieurs, complexes.
c) Les périodes. Si deux ou plusieurs propositions ne donnent un sens complet que réunies ensemble, on les nomme périodes.
d) Les discours plus étendus : preuves, narrations, instructions. Il s'y trouve souvent plusieurs parties principales dont chacune se divise d'ordinaire en plusieurs points ou articles, qui souvent se subdivisent encore eux-mêmes.