SINAPISME
péchait le dégagement de l'huile volatile ; que le sinapisme n'agissait que quand cette eau était refroidie. Il a encore dômontré que le vinaigre dont on se servait autrefois comme véhicule, quand on faisait des sinapismes, altérait aussi Thuile volatile; et qu'ainsi préparé, le sinapisme agissait bien plus lentement que lorsqu'il était confectionné avec de Feau froide. On doit donc, pour faire un sinapisme, prendre de la farine de moutarde pure ; toute substance autre que la farine de moutarde générait Faction du sinapisme ; la môler avec de Teau froide ou de Teau dont la température ne serait pas au-dessus de 50 degrés, de manière à en faire une pâle assez consistante que Ton étend sur un linge comme la pâle destinée à un cataplasme. On replie les bords du linge sur tous les côtés, afin d'empôcher la pâte de s'étendre au delà du point sur lequel on veut agir, puis on rapplique sur la peau.
Quelquefois on ajoute aux sinapismes des corps qui, par leur âcreté, puissent augmenter leur énergie, comme le poivre, Tail, la poudre ou la teinture alcoolique de cantharides. Le poivre pulvérisé et la poudre de cantharides sont étendus à la surface du cataplasme ; Tail doit être réduit en pulpe à froid et mêlé à la substance môme de ce dernier ; enûn on mêle la cantharide à la masse, ou mieux encore , on se borne à la mélanger avec la couche superficielle. On peut encore accroître la force active des sinapismes en les préparant avec la farine dont on a préalablement extrait l'huile fixe douce par ..expression. Si, au contraire, on veut donner au médicament Ae moindre énergie, on y parvient en mêlant la farine de moutarde avec des quantités plus ou moins fortes de farine de graine de lin, ou bien on se contente de saupoudrer de farine de moutarde un cataplasme de farine de graine de lin (4).
On peut appliquer le sinapisme sur toutes les parties du corps, selon le but que l'on veut atteindre ; la face est presque la seule partie sur laquelle on ne met pas de sinapisme.
La durée de temps pendant lequel le sinapisme doit rester appliqué est très-importante à déterminer ; car, enlevé trop tôt, il ne produirait presque rien ; laissé trop longtemps, il pourrait amener la vésication. Il faut, en général, laisser le sinapisme d'un quart d'heure à une demi-heure, suivant le degré d'irritation qu'on veut produire, suivant le degré de sensibilité des individu». D'ailleurs on est averti le plus souvent par les malades, qui m plaignent de douleurs très-vives aux points où le sinapisme est
(1) Soubeiran, Nouveau traité de pharmacie^ t. l, y^» KVl .
appliqué. Chez les individus qui ont perdu connaissance, il faut surveiller ce topique avec Foin; car non -seulement les malades ne sentent point son action, mais encore le sinapisme paraît ne pas avoir agi sensiblement, et ce n'est qu'au bout de quelques jours, lorsque la sensibilité est revenue, que la rougeur, et mémo la vésicalion et les cscharcs se manifestent. Cependant, dans ces circonstances, le plus souvent lo sinapisme agit sur la peau sans qu'il y ait aucune sensation pour le malade : tel est le cas d'un malade paraplégique que nous avons observé à l'hôpital de la Pitié, et sur la jambe duquel un sinapisme avait déterminé une large eschare.
MM. Blanc et Trousseau pensent < que jamais on no doit laisser un sinapisme préparé à l'eau, appliqué plus d'une heure, et que, dans le cas même où le malade ne se plaint pas, il faut l'enlever au bout de ce temps, si toutefois la sensibilité est éteinte ou émoussée (4). »
Cette règle est sujette à de nombreuses exceptions. Voici Topinion de M L. Deslandes : « En général, dit-il, plus la peau est fine, délicate, vivante, plus la sinapisalion est facile. J^insi, reflet des sinapismes est, toutes choses égales d'ailleurs, plus rapide, plus intense, chez les enfants que chez les vieillards, chez les femmes que chez les hommes, sur des membres pleins de TÎe que lorsqu'ils sont insensibles et glacés, sur les parties fines de la peau que sur celles dont Tépiderme est épais, calleux. Cependant et malgré ces données, on peut ne prévoir que très-imparfaitement Teffet qu'aura un sinapisme. Il ne faudra qu'un quart d'heure chez un sujet pour que la rubéfaction ait lieu, tandis qu il faudra deux, trois et même six fois plus de temps chez un autre sujet qui cependant parait être dans des conditions analogues. On ne peut donc prescrire d'une manière absolue le temps que doit durer l'application d'un sinapisme. A quoi donc reconnaître qu'il faut la faire cesser? Ce n'est pas à la rougeur de la peau, car, le plus souvent, ce n'est que postérieurement à Tenlèvement du cataplasme que la rubéfaction se montre. Ce ne peut donc être qu'à la douleur, à l'irritation locale qu'il cause ; aussi ai-je l'habitude de dire : c Vous retirerez les sinapismes » quand le malade les aura suffisamment sentis. » Cependant, j'en conviens, cette indication est extrêmement vague : le sinapisnae, suivant la manière de sentir du malade et colle de juger des assistants, sera retiré ou trop tôt ou trop tard, et l'on sera exposé à
(1) Archives généraies de médecine, t. XXIV, p. 74