‹ Manuel de petite chirurgieChapitre 101 sur 152 · SINAPISME · texte numérisé non relu

SINAPISME

voir leffel ullcr au delà ou rester en deçà de celui qu on voulait obtenir. Mais les inconvénients sont plus à craindre encore lorsqu'on prescrit d'une manière ab-o!ue la durée de Tapplication. Mieux vaut donc encore s'en rapporter à la sensation du malade pour la limiter (I). »

Lorsqu'on a retiré le sinapisme, il faut laver la place avec de l'eau liède et seulement l'essuyer avec un linge sec ; si l'irrilation était trop vive, on pourrait couvrir la partie malade d'un linge enduit de cérat,ou avec une carde de ouate, ainsi qu'il a été conseillé pour les brûlures.

Il arrive quelquefois que les douleurs sont extrêmement opiniâtres ; on a conseillé pour les calmer l'éther sulfurique, versé goutte à gouite sur le point douloureux. On a recommandé encore des onctions avec un mélange à parties égales d'eau de chaux et d'huile d'amandes douces, ou avec un mélange composé d'onguent populéum, 30 grammes, et 6 décigrammesd extrait de belladone, de stramoine et de jusquiame. Enfin, on peut appliquer un cataplasme de farine de graine de lin, préparé avec une décoctien de 8 grammes de feuilles de belladone, de jusquiame et de stramoine, par litre d'eau.

Lorsqu'on ne veut produire qu'une rubéfaction très- légère, on se contente d'appliquer des cataplasmes saupoudrés de farine de moutarde. On peut laisser ces cataplasmes sinapisés beaucoup plus longtemps que les sinapismes ; il faut néanmoins les surveiller. Si Ton voulait que l'action du sinapisme fût plus lente, on pourrait le préparer avec du vinaigre.

Si l'on veut déterminer une irritation prolongée, on promène des sinapismes ; c'est principalement aux membres inférieurs que l'on détermine cette action. Pour user de cette médication, il ne faut laisser les sinapismes appliqués que pendant dix ou quinze minutes au plus. Cet espace de temps est nécessaire pour produire une rubéfaction légère et suffisante, car une rubéfaction trop violente et en même temps trop étendue pourrait causer des accidents.

Lorsqu'on veut, au contraire, obtenir une action très-énergique et très-rapide, on peut remplacer le sinapisme par la solution révulsive de moutarde de M. Fauré (de Bordeaux). Elle consiste en un mélange de 12 parties en poids d'huile volatile de moutarde, et de 250 parties d'alcool à 25 degrés. On applique cette liqueur avec un morceau de flanelle fine ou de linge fin, que l'on

(i) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, en 15 vol., l XIV, p. 626.

506 OPÉttATlONS DE PEliTE CHIRURGIE,

peut humecter à plusieurs reprises. Après deux ou trois minutes l'effet est produit. Celte liqueur excite sur la peau une vive irri- I H tation ; toutefois en réglant convenablement Tapplicalion de ce I =^ moyen , on peut à volonté obtenir la rubéfaction simple de la peau, | f ou le ?oulcvemenl de répidernie et la formation d'une ampoule.

Beaucoup d'autres substances irritantes peuvent être employées comme rubéfiants, Tail pilô, la poix de Bourgogne, la pommade d'Autenrieth, Thuile de croton, par exemple; mais la farine de moutarde est d'un usage beaucoup plus facile

Les bains de pieds, Icsmanuluves, soitsinapisés, Foit dansTeau chargée do potasse, de soude, d'ammoniaque, d'acides minéraux, pouvent encore servir comme rubéfiants ; il en a déjà été question.

L'eau chaude appliquée pendant un temps assez court, le feu à distance, peuvent encore déterminer la rubéfaction. Mais ces moyens sont peu employés : il en sera question, du reste, en parlant de la cautérisation.

Les ôinapiâmes sont conseillés ddns le cas où Ton veut établir une excitation générnle ; mais le plus ordinairement c'est comme moyen révulsif ou dérivatif qu'on s'en sert. Le premier mode d'agir leur est commun avec tous les topiques excitants; le second offre quelque chose qui leur est propre : effectivement, les èinapismes se prescrivent surtout dans les cas où les maladies sont mobiles de leur nature, comme le rhumatisme et la goutte; leur prescription dans les affections du poumon, du cœur, de l'estomac, est, pour ainsi dire, populaire et domestique. On emploie aussi les sinapismes danâ les affections cérébrales.

C'est un moyen d'essai plus doux que le vésicaloire, et auquel les malades ne répugnent pas comme à celui-ci. On ne se sert même quelquefois que de cataplasmes de graine de farine de lin saupoudrés de farine de moutarde, pour ne produire qu'une légère sinnpisalion. On prescrit cette modification du sinapisme pour provoquer la sueur aux extrémités, en les enveloppant chacune d'une sorte de chausson semblable, dans les cas de douleurs vagues, de congestions vers la tète ou la poitrine, etc., pour provoquer les règles, etc. Dans des cas analogues, nous avons prescrit avec avantage des cataplasmes de farine de lin, très-chauds et dont le \êhicule était l'eau salée ou le vinaigre. Suivant M, Trélal, on peut aussi guérir la colique métallique en appliquant des sinapismes sur les membres (1).

(i; Méiat i«t Delons, IHrtioumiùr flf^ iherapenfùjiu', t. VI, p. 359.

tJRTlGATION. S07

Les rubéfiants agissent comme révulsifs. Quel que soit Tagent dont on se sert, l'action est toujours la même. Ils ont sur les autres dérivatifs un avantage très-grand : d*abord on peut les faire agir sur une très-large surface sans qu'il en résulte d*inconvénients pour le malade, à moins que Ton n'emploie un agent trop énergique qui cause une très-vive douleur à un malade déjà en proie à uni fièvre intense ; ensuite on peut faire durer leur action aussi longtemps qu*on le désire, en les promenant sur les téguments, ainsi que nous Tavons exposé en décrivant les sihapismes.

Page 1