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CHAPITRE m

VÉSlCATlON.

La vésicalion est une irritation de la peau dans laquelle on fait naître sous Tépiderme des ampoules remplies de sérosité.

Nous avons vu que les agents qui rubé^aient la peau pouvaient déterminer la vésication lorsque leur action était prolongée; mais de même qu'il est des moyens particuliers pour la rubéfaction, de même il y en a d'autres exclusivement destinés à la vésication.

La plupart des plantes acres sont vésicantes, comme presque toutes les renonculacées : la renoncule acre, la renoncuJ^ scélérate, la clématite ; presque toutes les euphorbiacées: les tithymales, répurge, etc. ; mais les vésicants dont on fait de nos jours un plus fréquent usage sont Tammoniaque, Teau bouillante, la cantharide.

Vammoniaquey lorsqu'elle est pure, produit très-rapidement la vésication. Pour s*en servir, il suffit d'imbiber de ce liquide concentré une compresse pliée en plusieurs doubles et d'appliquer le linge sur la peau : l'effet est presque instantané ; elle est fort peu employée, à moins qu'il ne soit très-urgent d'agir rapidement ou qu'on ne possède pas de moyens meilleurs.

M. Darcq (de Stenay) propose, pour obtenir la vésication à l'aide de l'ammoniaque, un procédé fort ingénieux :

Dans un verre de montre plat, il verse huit ou dix gouttes d'ammoniaque très- concentrée, il recouvre le liquide d'une pièce de linge taillée sur un diamètre un peu moindre que celui du verre et applique lestement ce petit appareil sur la peau préalablement rasée.

Aussitôt qu'autour du verre on remarque une zone rosée large d'environ 2 centimètres, on peut être certain que la vésication est achevée. Dans certaines occasions, trente secondes sont à peine nécessaires pour obtenir ce résultat. 11 ne reste plus qu'à ôter l'appareil, laver la place et à arracher avec des pinces à dissection, 1 épiderme qui vient aisément et d'un seul lambeau (\),

Cependant nous croyons utile d'indiquer un moyen plus simple d'appliquer les vésicatoires à l'ammoniaque. Pour cela, il suffit d'un disque d'amadou de la grandeur du vésicatoire à poser, et

(1) Builetin de thérapeutique, 1843, t. XXV, p. 368,

d'un morceau de diachylon plus grand que le disque. L'amadou préalablement imbibé d'ammoniaque est placé sur la peau et recouvKrt aussitôt du morceau de diachylon. L'évaporation da liquide actif est ainsi empêchée, et au bout de quelques minutes Teffel vésicant est produit.

L'ammoniaque mélangée avec Taxonge forme ]di pommade de Gondrel ; elle est d'un usage assez fréquent. Lorsqu'au moyea de cette pommacle on veut produire la vésication, on étale sur an linge upe couche épaisse de Si millimètres environ, de la grandeur qu'on veut dpnner au vésicatoire, et Ton a soin, au moyen d'une baft* d^letle de diachylon, de circonscrire la peau tout autour du lieu d'élection. Sans cette précaution, la pommade pourrait fondre et déterminerait une irritation au delà du point où l'on veotla produire. Cela fait, on laisse la pommade en cqptact avec la peau pendant quelques minutes, jusqu'à ce que le malade se plaigne de vives douleurs, puis on l'enlève en retirant le linge. S'il en restait quelque portion, on la laverait avec un peu d'eau tiède. La pommade de Gondret ne détermine pas toujours la yésicallon, souvent il n'y a qu'une très-forte rougeur avec quelques petites phlyciènes insuffisantes pour établir un vésicatoire permanent. Cela tient à la volatilité de l'ammoniaque, aussi celte pommade s'altère- t-elle très -vite, et ne doit pas être employée lorsqu'elle ^t préparée depuis longtemps.

Quand e^lte pommada est fraîche, il ne faut pas la laisser appliquée pendant plus d'un quart d'heure, car elle pourrait déterminer la cautérisation : aussi le chirurgien ne doit-il jamais abandonner un malade auquel il applique un vésicatoire de cette nature, car il peut en résulter des accidents. En soulevant le cpin de la compresse, il est facile de s'assurer de l'effet qu'a pu produire la pommade ; et lorsque la vésication est assez considérable il fapt enlever l'appareil.

Pour éviter l'évaporation de l'ammoniaque, M. Tonnelé conseille de remplir de pommade ammoniacale une de ces petites cupules de fer-blanc que détachent les ferblantiers quand ils pratiquent des trous dans les plaques de tôle étamée, et de maintenir l'appareil en contact avec la peau pendant dix à douze minutes. Le contour de cette petite cupule sera passé à la lime, aGn de la débarraseer des bavures, de détruire les inégalités, de cette manière la pommade liquéfiée ne peut fuser sur la peau,

La pommade de Gondret est employée encore pour déterminer de la rougeur sans vésication ; dans ce cas, on en frotte matin et soir avec le doigt la partie que l'on veut irriter, jusqu'à ce que la peau devienne rouge.

VÉSIGiTION. 511

Le mélange d*une partie d*aininoniaque avec doux parties d'huile camphrée, étendu sur un morceau de ouate et appliqué pendant di^L à quinze minutes, est un très-bon \ésicant plus facile à préparer et à manier que la pommade de Gondret.

La chaleur produit au>si très-rapidement des vésicatoires ; mais il est difficile d'en mesurer les effets. On l'emploie do diverses manières : tantôt on trempe un linge dansTeau bouillante, et on rapplique sur la peau pendant quelques secondes. Mais si par ce procédé on peut avoir trèâ-vite un vésicatoire, il peut arriver que Ton produise des eschares. On peut encore appliquer un cautère nummulaire, chauffé au rouge brun, sur un linge mouillé plié en quatre doubles, et placé sur la partie que Ton veut irriter. Ce moyen n'est pas plus sûr que le précédent. La vésication à Taide d'un marteau trempé dans Teau bouillante, et appliqué ainsi sur la peau, est un moyen plus certain ; il est plus commode ; il ne faut le laisser appliqué que pendant un temps très-court. Nous y reviendrons, du reste, on décrivant la cautérisation.

Plusieurs insectes de la famille des coléoptères ont la propriété d'être vésicants ; ce sont : la caniharide (Meloe vesicatoria), le Mylabris variabilis, la Coccmella quinquepunclaia. Mais la première, la cantharido, est beaucoup plus active que les autres, et il est beaucoup plus facile de s'en procurer. La cantbaride doit sa propriété à un principe immédiat, la cantharidine.

Diverses préparations ayant pour base la cantbaride, sont employées pour faire un vésicatoire, ce sont :

4° La cantharidine, qui, appliquée sur la peau au moyen d*un papier ou d'un linge huilé, produit d'une manière très-rapide et très-sûre la vésication.

2° Un papier véiicant dont il suffit de tailler un morceau de la grandeur que Ton veut donner au vésicatoire.

3° Mais le moyen le plus sûr et le plus communément employé est celui-ci : on taille un morceau de peau fine, de diachylon, ou môme de linge un peu plus grand que le vésicatoire que Ton veut établir, et l'on y étale soit l'emplâtre épispastique, soit du levain, du diachylon gommé, etc., ou tout autre emplâtre qui puisse recevoir les cantharides à sa surface. On a scinde laisser tout autour un espace de 4 à 5 millimètres. On saupoudre cet emplâtre de cantharides finiment pulvérisées et l'on exerce une légère pression sur tous les points de la surface, afin que la couche de, cantharides fasse corps avec l'emplâtre. On borde l'emplâtre tout entier avec du diachylon gommé, aftiv d^ \ft iw^

adhérer à la peau. Puis, la peau étant convenablement nettoyée, rasée» frottée avec du vinaii^re, si Ton veut obtenir une action plus prompte, on y applique Templâtre. que l'on fixe avec une compresse et des bandelettes de diachylon, ou au moyen d'un bandage contentif approprié.

L'application d'un papier huilé sur la surface de Pemplâtre \ésicant, on attendant son app'icalion, le dispose à bien agir et ranime au besoin cette disposition ; de telle sorte que, par ce moyen, il est possible de faire servir au besoin plusieurs fois le même vésicatoire. M. Lauray, avec le même écus^on, a établi successivement trois vésicatoires volants, et en l'appliquant une quatrième fois il a produit encore de la rubéfaction ; il s'était contenté d'essuyer légèrement avec un linge humide l^emplâtre qui venait de servir et de le conserver en le recouvrant (Tûn papier huilé.

4° Depuis quelques années on a remplacé les anciens emplâtres à vésicatoires par une toile vésicante plus active que le pa^uer vési* cant signalé plus haut. Nous donnons ici la formule de M. Lavie (de Brezolles) :

Poix noire et poix de Bourgogne, de chaque. . . iOO grrammes.

Axongc et cire jaune, de chaque 50 —

Poudre de cantharides » 4 20 ^—

On coupe des bandes de toilo cirée, larges de \ 5 centimttres et longues d'un mèlre, on les tend convenablement et on les coavre de la matière em plastique chauffée au bain- marie. Celle-ci doit être étendue à Taide d'un couteau jusqu'à ce que la couche soit d'une épaisseur convenable ( I ).

Outre son action vésicante, l\a cantharide possède la propriété d'agir d'une manière spéciale sur les organes génitaux urinaires :' aussi faut- il, lorsque l'on fait usage de cet insecte, s'assurer s'il n'existe pas déjà une irritation de la vessie. Il faut aussi remarquer qu'il y a quelques personnes dont l'irritabilité de cet organe est tellement grande, que l'application de la cantharide sur lu peau est pour ainsi dire impossible : ainsi Gerdy rapporte qu'une jeune fille de vingt ans rendit avec ses urines des flocons de fausses membranes, dix heures après l'application d'un vésicatoire. MM. Mérat et Delens (2) disent que les accidents sont

(1) Répertoire de pharmacie, 1852, t. IX, p. 29.

(2) Mérat et Delens, Dictionnaire de thérapetitique^ etc. t. lî, p. 300.

VÉSIGATION. 513

d'autant plus fréquents que la poudre employée contient ces insectes plus en nature et plus grossièrement pulvérisés. Ces accidents sont toutefois assez rares; mais chez les personnes nerveuses prédisposées aux irritations de la vessie, il faut prendre de grandes précautions. On a proposé de saupoudrer de camphre la surface du vésicaloire qui doit être en contact avec la peau. La propriété sédative du camphre empêche- 1- elle Taction des cantharides sur les organes génitaux urinaires? Il faut Tavouer, cette précaution est souvent insufBsanto : ainsi j'ai observé à rhôpital de la Charité un malade affecté d'épanchement pleurélique, et chez lequel l'application d'un vésicatoire saupoudré de camphre déterminait une irritation de la vessie assez grande pour que Ton ait élé obligé d'abandonner la vésication par les cantharides.

Quoi qu'il en soit, il n'y a aucun inconvénient à saupoudrer de camphre la surface d'un emplâtre vésicant.

Il n'est pas toujours facile de couvrir l'emplâtre d'une couche unifornfe de camphre, cette substance, quand elle est pulvérisée, se prenant en grumeaux. M. Vie a conseillé <fe dissoudre le camphre dans l'élher jusqu'à suturation de ce liquide, de répandre une quantité suffisante de cette dissolution sur l'emplâtre et de rétendre rapidement avec le doigt. Bientôt l'éther s'évapore et laisse une couche de camphre très-uniforme. M. Cadet Gassicourt humecte la surface des emplâtres avec la teinture éthérée de canUiaride saturée de camphre.

Les accidents dont nous venons de parler sont beaucoup moins à redouter lorsque la cantharide n'est pas appliquée directement sur la peau : aussi l'emploi dun vésicatoire anglais, c'est-à-dire dans lequel on aurait incorporé la cantharide avec l'emplâtre, pourrait-il quelquefois prévenir l'irritation des voies urinaires. On a aussi proposé de couvrir les cantharides d'une couche de cérat, ou bien d'interposer entre la surface du vésicatoire et la peau une feuille de papier huilé. En effet, les corps gras, ainsi que Ta démontré M. Robiquet, sont d'excellents dissolvants de la cantharide. Cette propriété a conduit M. Bretonneau à employer des vésicatoires légèrement humectés d'huile : il a remarqué que l'action du vésicatoire était plus prompte, plus énergique, et qu'elle n'était pas même sensiblennent diminuée par l'interposition entre le vésicatoire et la peau d'une feuille de papier Joseph qui se laisse facilement pénétrer par le principe vésicant dissous dans l'huile. Ce mode d'application offre plusieurs avantages que nous nous empressons de signaler. L'épiderme n'est en contact ni avec la poudre de cantharide, ni avec la ma*

51ft OPÉRATIONS DR PETITE CHIRURGIE.

lière emplaslique, qui alors n*adhère point à l*einplàtre lorsqu'on enlève le vésicatoire. On évite^donc, par ce proeédé, la déchirure de i*épiddrme que l'on voudrait quelquefois conserver quaad on applique, par exemple, un vésicatoire volant ; d'un autre côté, on n'a pas à craindre l'action prolongée de parcelles de cantbaride qu'il est toujours très-difûoile d'enlever. Il faut faire attention à n'employer qu'une très-légère quantité d*buile« car si elle était en trop grande abondance elle pourrait couler sur la peau et déterminer une vésieation plus étendue qu'on ne le désire ; on peut, quand on craint des accidents do côté des voies urinaires, se servir d^buile camphrée au lieu d*huile ordi* naire.

D'après M. Hish, pharmacien à Saint-Pétersbourg , le. collodion combiné avec la cantharidine peut remplacer avec avantage les emplâtres et les pommades épispastiques ordinaires. On l'applique sur la peau, préalablement enduite de cérat on d'axonge, à l'aide de pinceaux imbibés de liqueur cantharidala Ce collodion est préparé ainsi qu'il suit : par la méthode de déplacement on épuise une quantité voulue, 600 grammes par exemple, de poudre grossière de cantharide par 500 grammes d'étber sulfurique et 90 grammes d'éther acétique; puis dans 60 grammes de ce soluté de cantharide on dissout 4 % décigrammes 50 centigrammes de poudre-coton. Le collodion cantharidal se conserve très-facilement et très-longtemps, sans altération, dans un flacon hermétiquement fermé (1).

Enfin on peut encore obtenir la vésieation en mettant en contact avec la peau de l'écorce de garou [daphne gfntdmm), après ravoir fait macérer dans du vinaigre.

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