VÉSICATOIRES PERMANENTS
membrane ; il s'écoule un peu de sang qui procure un dégagement avantageux.
Quand il existe des fongosilés molles, décolorée?, il faut les réprimer avec le nitrate d'argent. Mais il peut arriver que ces fongoâitésse développent avec une telle rapidité, que la cautérisation n'est plus suffisante ; on doit alors les exciser avec des ciseaux courbÎBs sur le plat. 11 arrive môme, quand on ne fait pas attention, que la cicatrisation a lieu par-dessus, ces fongosités, et que la cicatrice présente des tumeurs pédicellées qui la rendent très-difibrme. Ce n'est que sur de vieux véaicatoires que cet accident peut se rencontrer.
Si le vésicatoire était trop douloureux, il faudrait incorporer de Topium à la pommade ; si la surface était pâle, on l'exciterait légèrement avec du quinquina ; et s'il se formait des eschares gangreneuses, on emploierait le charbon, le citron, etc.; enfin on le traiterait comme une plaie gangrenée.
Lorsque la suppuration est trop abondante ou trop fétide, on renouvelle plus souvent les pansements ; on pourra dans le second cas incorporer à la pommade une certaine quantité de charbon porpbyrisé. Si la surface du vésicatoire est saignante et douloureuse, on calmera l'irritation avec les cataplasmes émollients. Si Texhalation sanguine est sans douleurs, on pourra toucher la surface de la plaie avec un crayon de nitrate d'argent, ou la couvrir avec une poudre astringente de ratanhia ou de quinquina.
Souvent, enfin, les ganglions lymphatiques, auxquels vont se rendre les vaisseaux irrités par la présence du vésicatoire, se tuméfient; il suffit de diminuer l'excitation du vésicatoire et d'appliquer des cataplasmes émollients sur la tumeur ganglionnaire. Des accidenta du côté des voies urinaires peuvent être causés par la pommade dans laquelle seraient incorporées des cantbandes; on lui substituerait alors delà ponimade au garou ou à la Sabine.
II faut éviter que la partie sur laquelle se trouve appliqué un vésicatoire exécute des mouvements trop violents. On pourra encore garantir la surface du vésicatoire, contre des chocs, à l'aide d*on bandage à plaque. Enfin, quand on prendra un bain, on y plongera la partie couverte des pièces de pansement, et l'appareil •ara changé en sortant de l'eau.
Lorsque le vésicatoire permanent a suppuré pendant assez longtemps, le derme se trouve profondément altéré à sa surface et à une profondeur plus ou moins grande : il en résulte après la cicatrisation des traces ineffaçables.
§ a. — De la méthode endermltae.
On applique souvent sur les téguments de petits vésicatoires pour dénuder la surface du derme, afin de faire absorber par la peau des substances médicamenteuses.
Les moyens d'établir les vésicaloires destinés à absorberoe diffèrent pas de ceux que nous avons indiqués dans les deux paragraphes précédents : cependant M. Lambert, à qui Ton doit d'avoir généralisé et fait un corps de doctrine de cette méthode si souvent en usage de nos jours, repousse les vésicatoires fails avec Teau bouillante. L'action de cet agent, dit>il, estincertaioe; de plus, Teau bouillante mortifie le plus souvent la surface du derme, de sorte qu'il ne peut plus absorber. Il conseille, afin d*épargncr la douleur de la vésication, d'entourer les yésicants de cataplasmes émollients.
Lorsque après avoir enlevé l'emplâtre vésicant, on trouve uae phlyctène intacte, on peut faire une incision de Tépidenne à U partie la plus déclive de la phlyctène, et glisser le médicament par cette petite ouverture : tel est certainement le meilleur moyen do faire absorber les médicaments, car l'action de l'air sur le derme dénudé n'a en aucune façon modifié sa faculté d'absorber. Lorsque Ton ne peut user de ce procédé, on se contente d'enlever répiderme, et de placer sur le derme la substance destinée à être absorbée.
La présence du corps étranger sur le derme mis à nu, détermine une irritation qui se manifeste par la formation d'une peUi<cule plus ou moins épaisse ; celle-ci se reproduit à chaque pansament, jusqu'à ce que la suppuration soit définitivement établie. Cette fausse membrane doit être enlevée chaque jour. Des concrétions couenneuses se manifestent même après l'établissement de la suppuration ; dans quelques circonstances on est obligé» pour les faire disparaître, de faire usage de l'eau chlorurée.
On a remarqué que l'absorption était moins active, lorsque Tinflammation était très-violente ; lorsqu'un exutoire existe depuis longtemps, qu'il est couvert de bourgeons charnus, de fongosités, il ahsorbe peu : aussi conseillons-nous de le remplacer.
Le siège de l'exutoire n'est pas indifférent : ainsi on a remarqué que l'action du médicament absorbé était d'autant plus énergique que le vésicatoire était plus rapproché du point malade. M. Lambert a observé que l'absorption était plus active à la partie interne qu'à la partie externe des membres ; qu'elle s*exercait mieux le
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soir OU la nuit, dans les temps humides que dans les temps secs, en été qu'en hiver.
L'étendue du vésicatoire présente aussi une grande importance ; elle doit être pro()ortionnée à la quantité de substance que Ton veut admini^tre^. M. Bally pense qu'on retirera plus d'avantage de l'application des médicaments sur un grand nombre de petites surfaces, que de celle qui aurait lieu sur un exutoire unique qui les égalerait tou'es en étendue.
Le médicament sera appliqué de préférence sur les points les mieux dénudés : on choisira la substance qui jouit de propriétés . actives à petites doses : s'il est possible, celle-ci sera réduite en poudre impalpable. Si le topique est trop irritant, il sera mélangé à de la gélatine ou à de Taxonge. Les liquides seront versés lentement et goutte à goutte, les corps résineux seront étalés comme des emplâtres. La dose des médicaments sera graduellement élevée, lorsque l'affection pour laquelle ils auront été administrés le nécessitera.
On peut aussi appliquer fur le derme dénudé des papiers dits médicamenteux. On les pripare en imbibant une certaine étendue de papier non collé, avec une quantité connue du principe actif dirsous soit dans l'eau, soit dans l'alcool, etc.
Oo conçoit que divisant cette feuille de papier en carrés égaux-, on peut doser exactement la quantité de médicament contenue dans chaque carré, et, par cela même appliquer facilement à la surface des vésicatoires , de très-petites doses de substances actives.
Les papiers médicamenteux ont été tout d'abord préparés avec Fatropine, non pour appliquer sur le derme dénudé, mais pour iottoduire sous les paupières, afin d'obtenir la dilatation delà pupille. C*est un pharmacien anglais qui, le premier, eut cette idée ; ^depuis leur emploi a été généralisé et on les a proposés pour 1 wtroduciion des matières actives par la méthode endermiqne. ^ '
Noos ne pouvons nous arrêter à décrire l'action des médicaments administrés par la méthode enderroique, nous signalerons quelques observations faites par M. Lambert. L'extrait de scille, la strychnine et l'émétique sont les médicaments qui entretiennent le mieux la 8up{)uration des surfaces , la quinine, la mor- ' phine, l'extrait de jusquiame occupent le second rang. Parmi les substances qui ont une action dessiccative, nous pouvons noter le protochlorure de mercure et l'acétate de plomb. « Il est à remarquer que la propriété qu'a tel ou tel médVcarcv^wV ^^ \i\^^
suppurer ou dessécher une surface ne parait pas en raison directe de l'irritation qu'il produit, car les principes qui nous ont paru les plus douloureux au contact sont l'extrait de jusquiame, Textrail de belladone, le protochlorure de mercure et l'iode. Ces deux dernières substances oût produit la mortification des points sur lesquels elles avaient reposé (1). »
La dose d* extrait de belladone que Ton peut mettre sur la surface du vésicatoire ne doit pas dépasser 60 centigrammes, et il convient de commencer par une moindre quantité, autrement on voit survenir du délire et quelques-uns des accidents propres à r intoxication par les solanées.
c 11 est une chose dont on doit prévenir les praticiens : c'est que Tapplication de l'extrait de belladone sur le derme dénudé cause de très- vives douleurs. Pour y obvier, nous avons l'habitude d'enduire d'extrait an morceau de toile une que nous appliquons du côté où nous n'avons pas mis d'extrait. Nous recouvrons le tout d'un morceau de sparadrap agglutinatif : l'extrait se dissout ainsi peu à peu et ne cause pas de douleur (â). »
L'application des médicaments ser la surface dénudée da dprme détermine deux effets bien tranchés, une action topique immédiate et une action consécutive à l'absorption. Le premier, généralement irritant, conniste ordinairement en un prurit ou upe sensation de brûlure qu'accompagnent la rougeur et l'injection des parties dénudées. Le second se manifeste dix minutes, une, deux, trois heures après les applications ; il s'annonce, en général, par un sentiment de chaleur qui se répand de la partie dénudée vers la cavité splanchnique la plus voisine et qui de là se propage dans toute l'économie en suivant le trajet des princi* paux troncs vasculaires et nerveux (3).
Dans les cas où des accidents se déclarent à la suite de l'application des médicaments, la première indication est de lever le pansement, de laver la surface de l'exutoire ; on peut ensuite le couvrir d'une substance qui neutralise le poison ou en suspende les effets. M. Barry propose d'appliquer une ventouse sur la surface absorbante ; M . Bouillaud a démontré que la compression de l'exutoire pouvait être efficace.
(1) Lambert^ Essai sur fa méthode endermique , p. 48.
(2) Trousseau et Pidoux, Traité dp thérapeutique et de matière médicale, t. II, p. 60, 2« édition.
(3) Lambert, lac. rit., p. 2S.