VACCINATION
La vaccination est une opération dans laquelle on introduit dans une plaie faite à la peau un virus appelé vaccin qui préserve de la variole.
Je ne m*arrèterai pas à discuter si la vaccine préserve tous les individus de la variole, si au bout d'un, temps plus ou moins long un individu a besoin d'être revacciné, si enfin la vaccination exerce une aetion qui, ultérieurement, doit devenir fâcheuse pour la constitution des individus. Toutes ces objections qui ont été faites à la vaccine ne me paraissent pas d'une très-grande valeur. Si quelques individus vaccinés, môme parfaitement, ont contracté la variole, après un temps plus ou moins long, toujours est-il que presque toutes les personnes bien vaccinées sont préservées. 11 nous est difficile de comprendre qu'il y ait des gens pour lesquels cette découverte ne soit pas une de celles qui ont fait le plus pour le bien de l'humanité.
g 1. —Opération.
On peut inoculer le vaccin sur toutes les parties du corps, mais le lieu d'élection est au bras, au-dessous du deltoïde. Placées dans ce point, les cicatrices ne sont point apparentes, puisqu'elles sont cachées par les manches des vêtements ; et les personnes vaccinées n'éprouvent jamais de répugnance à montrer celte partie lorsqu'il est besoin de constater l'existence du vaccin. D'ailleurs, les chirurgiens ont agi sagement en choisissant un endroit toujours le même chez tous les individus, car on évite de cette manier^ des investigations souvent très-difficiles pour le chirurgien, et toujours très-désagréables pour les ma-
On peut vacciner de plumors manières, soit en frottant fortement la peau jusqu'à l'excoriation de l'épiderme, et en plaçant sur la surface excoriée un linge imprégné de vaccin, soit en plaçant du vaccin sur une surface dépouillée de son épiderme par un véàicatoire, soit en introduisant du liquide préservateur dans une plaie faite aux téguments. Mais à tous ces procédés, qui sont douloureux, on a préféré, avec raison, la simple piqûre^ au moyen de laquelle on inocule le vaccin d'un^ inarôfet^ ^wl-îsvVfc^
Cl qui a Ta van l âge de no point faire souffrir les malades. Il est des cas cependant où la vaccination doit être faite à Taide d'un j)rocé(lé tout spécial : lorsqu'il s'agit, par exemple, de détruire, à faidedu virus vaccin, une tumeur érectile veineuse d'un grand volume, il est ulile de faire pénétrer le virus jusque dansTinlérieur des tissus ; on imprègne alors de vaccin les fils qui doivent traverser la tumeur comme des sétons.
On se sert pour cette opération d'une aiguillé à vaccin (fig. 17), qui n*est autre chose qu'une lancette ordinaire trèsaiguë, terminée en fer de lance, et présentant sur une de ses faces une rainure dans laquelle se trouve le liquide que Ton veut inoculer. Mais le plus souvent on emploie une lancette ordinaire qui remplit aussi bien le but, et Ton ne s'embarrasse pas d'an instrument à peu près inutile.
On charge la lancette en couvrant une de ses faces de vaccin, ou bien en plongeant la pointe dans un bouton vaccin du sixième au dixième jour, et l'instrument étant droit et tenu de la main droite comme une plume à écrire; la main gauche, embrassant le membre au-dessous du point où l'on veut faire les piqôres, tend assez la peau pour que celles-ci soient plus faciles à faire. On pratique alors entre l'épiderme et le corps papillaire une petite ponction très- oblique et de 2 millimètres environ de profondeur. On laisse la lancette dans la plaie pendant quelques instants, on ogftuio ses deux faces sur la plaie, puis on la retire. Cette opération n'est presque point douloureuse ; elle Test si peu, que lee enfants endormis ne se réveillent même pai$ pendant qu'on les vaccine, elle se fait avec une très-grande rapidité et donne lieu à récoulement d'une gouttelette de sang tout au plus.
Une seule piqûre peut suffire pour vacciner un individu et le préserver de la variole; mais, comme souvent la vaccinatioD ne réussit pas, il est bon d'en faire plusieurs : on en pratique ordinairement trois à chaque bras ; mais, je le répète, il suffit qu'un seul bouton de vaccin se développe pour que le siyet soit préservé.
Lorsque Topéralion est terminé^, il faut laisser la peau à l'air libre, afin que le sang se dessèche sur la surface, et que le frottement ne fasse pas sortir la portion de virus qui est dans la plaie; on couvre ensuite le bras d'un linge fin que l'on maintient fiié au moyen d'un bandage circulaire peu serré.
On peut vacciner les enfants à tout âge ; niais, à moins de circonstances particulières, telles que les épidémies de variole dans "'^ voisinage, il sera bon d'attendre qu'ils aient deux ou trois mois;
18 les cas exceplmTve\adoiv\.\ft NS«w9»^^^vclw^Ufaut vacci-
MARGHB DE LA TAGGINE. 587
ner Ids 'eurants aussitôt que cela est possible. Enfin il n^e^t jamais trop tard pour vacciner un individu : la vaccine réussit tout aussi bien chez un veillard qui n*a pas eu la variole que chez un enfant.
g a. — Uarelie de la vaccine.
Dans les deux ou trois premiers Jours qui suivent l'inoculation, on ne voit rien ; mais à la fin du troisième au plus tard, en aperçoit un point rouge à la place de chaque piqûre. Cette petite rougeur parait reposer sur une base dure ; le sommet présente
Fig. 276.
Fig. 277.
à peu près l'apparence d'une piqûre de puce. Le quatrième jour, la rougeur est plus apparente, circulaire, ombiliquée au ceuin^ (fig. 276). Le cinquième jour, la teinte rouge est circulaire et enveloppe le bourrelet du centre, qui est plus saillant. Le sixième, le bourrelet augmente encore, devient plus large,. et s'entoure d*une auréole argentée distendue par du liquide (6g. 277). Le septième Jour, le bourrelet se distend, l'auréole inflammatoire ft'étend encore, le tissu cellulaire sous-cutané s'enflamme. Le huitième jour, le bourrelet est plus large, plus rempli de matière ; l'auréole s'étend d'une piqûre à l'autre quand elles ne sont pas éloignées de plus de 3 centimètres (fig. 278). Le neuvième jour, la pustule acquiert son maximum de développement ; le sommet commence à se recouvrir d'une petite croûte nbiràtre; la chaleur est mordicante, le bras pesant ; le malade éprouve de la douleur, quelquefois môme il fxiste un léger mouvement fé«
Fig. 279.
brile. Le dixième Jour, le bourrelet vaccinal q&\ v\\i% ^^\^M\^ ^^w^ large, r^poBe $ur une tuméfadion irte-^iumctep\ \^ ^«^^x^^
588 OPÉRATIONS DE PETITE CBIRURGiE.
qu*éprouvent les malades est plus considérable; quelquefois les ganglions de Taisselle s* engorgent. Le onzième jour, la dessiccation commence; le bouton, dur, aplati, dépourvu d« liquide, se recouvre d'une croûte d'une couleur grise ou d'un jaoM sale (fig. 279). C'est ainsi que se termine la période d'inflamiMtion. A partir du douzième jour, on trouve sous la croûte du pw au lieu de liquide; la quantité de pus devient de mmosearâi considérable, l'inflammation disparaît complètement, etdDviiV tième au vingt- cinquième jour les croûtes tombent enlièwsK laissant apercevoir une cicatrice pointillée très-facile à reennattre, et qui ne s'eflace jamais.
La description que nous venons de donner de rémptionwW" nale peut facilement faire reconnaître la fausse vacdoe de b vraie vaccine. Nous allons décrire la différence qui existe eil» ces deux éruptions.
La fausse vaccine s'observe chez les individus qoi ontdéji» vaccinés et qui le sont pour la seconde fois ; chez ceux qdoil* la variole ou bien qui auraient été vaccinés avec ud infitnnpaj en mauvais état, tel qu'une lancette émousséeou oxydée;" vaccin de mauvaise qualité peut encore déterminer la fu^ vaccine. Dans la fausse vaccine il n'y a pas de période dl**" lation, la suppuration se manifeste dès le lendemain, le deoû^ le troisième ou le quatrième jour ; la croûte est quelquefois Wf" longue à se détacher ; elle tombe souvent au bout de doq mK jours pour se reproduire, comme il arrive dans toutes leseefiW d'ulcères. Enfin la fausse vaccine ne laisse point surlapea*^ traces poinlillées qui puissent la fuire reconnaître.
Sous le nom de vaccinoïde, M. Adde-Margras (4) ^'JJJ forme défausse vaccine sur laquelle il est important de W l'attention, a Celte vaccine, dit-il, ne présente pas de dift** (avec la vraie vaccine) dans sa marche jusqu'au septiè^^JJ huitième jour, c'est à partir de ce moment qu'elle dia«g>* roule ; le huitième et le neuvième, elle devient blafarde, tern* ^ pâîe, puis s'étale et se détache, si bien que les croûtes »*'' ment irrégulières et tombent du douzième au quatorziém^J^
Cette forme serait, pour l'auteur, à la vaccine franche ce q" la varioloïde esta la variole?
(1) Manuel du vaccinateur des vi7/es et des campagiif'i^ p. 109. Paris, 1856.