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SAIGNÉE LOCALE

On entend par saignée locale toute saignée faite dans le but de dégorger principalement la partie affectée, et pratiquée le plus près possible de l'organe malade. On lui donne aussi le nom desofgnée capillaire: elle se pratique, non pas exclusivement sur des vaisseaux capillaires, mais encore sur des vaisseaux d*un trop petit calibre pour qu'une seule ouverture par la lancette donne une quantité suffisante de sang. Cette saignée s'obtient par les sangsues et les scarifications. Mais, je le répète, comme on ne peut agir que sur des vaisseaux d'une trop petite dimension, on est obligé de faciliter l'écoulement du sang en appliquant sur les incisions un appareil qui a reçu le nom de ventouse^ dans lequel on raréfie l'air, et Ton procure ainsi au sang un écoulement beaucoup plus facile et plus abondant. Lorsqu'on se sert de sangsues pour faire des saignées capillaires, il est rare que Ton ait besoin d'ap-

pliquer des ventouses pour tirer une plus grande quantité de sang; la sangsue fait Toffice de ventouse, et par conséquent, à moins d'indications spéciales, on obtient une quantité de sang presque toujours suffisante.

Un médecin anglais, le docteur Sloane, ayant à placer sur luimême une douzaine de sangsues et remarquant qu*elles étaient faibles et sans activité, s'avisa de les recouvrir d'une ventouse dans laquelle il fît le vide avec quelques coups de pompe. Aussitôt ces animaux sortirent de leur léthargie, s'attachèrent à la peau et tirèrent autant de sang qu'auraient pu faire les meilleures sangsues.

Soit que Tafflux du sang dans la ventouse affriande la sangsue, soit que Ton considère la sangsue comme un sac distendu par le vide, ce phénomène n'en est pas moins très-remarquable et peut être facilement mis en pratique.

ARTICLE PREMIER

La sangsue est un animal de la famille des hirudiuées; elle a le corps allongé, mais rétractile, formé d'un très-grand nombre de segments. Chacune de ses extrémités est pourvue d'un disque aplati. L'antérieur, plus étroit, porte la bouche; celle-ci placée au centre du disque, offre trois petites mâchoires cartilagineuses, finement découpées sur leurs bords en dents trèsaiguës. Le disque postérieur est beaucoup plus large ; il sert à la progression. La sangsue est hermaphrodite, mais elle ne peut pas se féconder elle-même ; deux individus se fécondent mutuellement. Les seules hirudinées pourvues de dents peuvent entamer la peau des animaux. Savigny en a fait un genre qu'il a appelé Scuiguisuga, Les espèces qui sont employées de préférence, car on pourrait, à la rigueur, se servir de toutes, sont au nombre de deux.

4° La sangsue verte, sangsue officinale {Sangnisvga officina- /«», Sav.; Hirudo officinalis. Lin.). Elle a le corps d'un vert peu foncé, le dos marqué de six bandes longitudinales, de couleur ferrugineuse, et tachetées de points noirs sur les bords et à leur partie moyenne ; le ventre est d'un vert jaunâtre, largement bordé de noir, les segments sont très-lisses. C'est If plus grosse du genre.

2° La sangsue grise, sangsue médicinale [Sanguisuga medieinalis, Sav.; Hirudo medicinalis, Lin.), est d*UD v^

son dos esl marqué de six bandes longitudinales maculées de taches noires triangulaires ; le ventre est verdfttre, maculé et largement bordé do noir ; les segments da corps sont hérissés de mamelons grenus.

11 ne faut pas confondre ces deux espèces avec la sangsue noire, sangsue de cheval (//trtido sangfuisurya, Lin.; Hcemopis vonx, Sav.), si commune dans les marais et les eaux douces de France, dont le dos est olivâtre, déprimé, le ventre plus foDcé que le dos et immaculé. Cette espèce a été considérée à lort comne causant les accidents qui surviennent à la suite des piqûres de sangsues; car, à la forme émoussée des dents qui garnissent ses mâchoires, on a reconnu qu'il était impossible qu'elle pût entamer la peau de Thomme ou d'aucun vertébré.

Les sangsues habitent les étangs, les marais ; on en trouve quelquefois dans certains ruisseaux, mais c'est dans tes eaux stagntmtes qu'on les rencontre le plus souvent. On les pêche à la mnin ou dans dos filets de crin tendus sur des cerceaux. D'autres fois on leur jette des foies d'animaux sur lesquels elles viennent s'attacher ; mais prises de cette manière, gorgées de sane et engourdies, elles sont moins bonnes.

Les grosses sangsues coûtent plus cher que les autres, surtout lorsqu'elles sont vendues au poids : aussi faut>il se mettre en garde contre cette fraude, qui consiste à les nourrir de foie de veau dans lo lieu où on les conserve : ces sangsues ne valent presque rien ; elles se meuvent très-lentement. On doit préférer celles qui sont pêchécs depuis quîiue jours, qui sont de moyenne grosseur et très- agiles.

La question de la conservaiion des sangsues est très-importante, car dans ces dernières années on en a fait une si prodigieuse consommation, que l'on a été obligé d'aller les chercher jusqu'en Turquie et en Bohème; de plus, on en perd quelquefois une trèsgrande quantité. On les conserve en grand dans des réservoirs où leur reproduction peut se faire; les pharmaciens les mettent dans (les vases remplis d'eau qui doit être changée assez souvent, et qu'il faut toujours maintenir à l'abri du contact des rayons solaires. M. Piègu les aurait parfaitement bien conservées dans la mousse humide.

M. Ferniond rapporte un très-grand nombre d'expériences qu'il a faites à la Salpôlrière, dont il est pharmacien en chef; nous allons reproduire ici les points de son travail qui nous ont paru avoir le plus d'importance pour la pratique (1).

(1) Fcfmond, Monographie des sangsues méfUcinaies, 1854. i vol. in-8, 3G %.

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Les bassins dans lesquélâlefi sangsaes doivent être conservées seront construits de telîd manière que ces annélides ne puissent se perdre, que Teau puisse facilement s*échauffcr sans toutefois s'élever à une trop haute température, et sans qu'on puisse y observer des changements trop brusques de température : le fond .du bassin sera couvert d'une couche d*argilede 25 à 30 centimètres d'épaisseur ; dans ce' bassin seront plantés quelques végétaux, tels que massettës, iris de marais, diverses espèces de chara. Le Chara hispida^ dont la tige est chargée d'aiguillons trèsdéliés, est très-propre à débarrasser la sangsue de la matière muqueuse qui la recouvre. A l'aide des plantes on assure la nourrituro des sangsues, car ces végétaux attirent les insectes dont les larves sont dévorées; d'un autre côté, les végétaux décompo8.ent l'acide carbonique et l'acide sulfhydriquo contenus dans î*eau. 11 résulte des expériences de M. Fermond que ces plantes sont indispensables à la conservation des sangsues, et que ces animaux vivent beaucoup mieux dans de l'eau qui n'est pas renouvelée; d'un autre côté, en ne renouvelant pas l'eau, on ne court jamais le risque de perdre les jeunes sangsues qui sont, au sortir de l'œuf, tellement déliées, qu'il serait très -difficile de les apercevoir dans le courant d'eau qui les emporterait. L'eau de la Seine est préférable à l'eau du canal et surtout à l'eau de puits. Pendant l'hiver, il faut préserver le bassin d'un froid trop rigoureux, de manière que le froid ne soit jamais assez intense pour congeler toute l'eau, et. encore moins celle dont la glaise est imbibée. Le niveau d*eail des bassins doit être constant, afin d'assurer la conservation des œufs jusqu'à leur entière éclosion.

Peul-on faire servir les sangsues plusieurs fois? Cette question a beaucoup préoccupé les médecins et les pharmaciens : Henry, chef de la pharmacie centrale des hôpitaux, s'est prononcé pour la négative ; MM. Pallas et Bouchardat penseni au contraire que les sangsues peuvent servir plusieurs fois. On a proposé de leur faire rendre le sang qu'elles avaient sucé en les pressant entre les doigts, ou bien en les déposant sur de la cendre peu chargée d'alcali, ou en les mettant dans de l'eau salée. Mais M, Bouchardat pense que le meilleur moyen est de les enfermer pendant au moins six mois dans des réservoirs glaises, de les conserver pendant un autre mois dans l'eau ; cet intervalle de temps esl suffisant pour que la digestion se soit opérée et qu'elles soient aptes à servir de nouveau. 11 est prudent de jeter celles que l'on aurait mises sur des bubons, et en général sur toutes les parties malades, lorsqu'on aura à craindre la contagion.

La gastrotomie a été proposée poor vider 1*estoinac des sangsues. Je ne sais si ces annélidei guérissent facilement après qu'os leur a pratiqué cette opération ; toujours est-il que M. Pièguet arrivé à ouvrir Testomac des sangsues appliquées sur la peu, sans leur faire lâcher prise ; que le sang sortant facilement par la plaie et la sangsue suçant toujours, il a pu par ce moyen oblair un écoulement de sang très-considérable, et en économisera cette manière une grande quantité, puisqu*il a pu tirer autantè sang avec ((Uelques-uns de ces animaux seulement que s'il n avait mis un très-grand nombre. Toutefois cette opération est très-délicate, car leur sensibilité est très-grande ; elles qoittflii facilement prise ; il faut que leur estomac soit complètement distendu. Il va sans dire que la section doit se faire sur le dos, car on no doit pas oublier que chez ces animaux le système nerveux est au-dessous du système digestif.

M. Moquin -Tandon (1), qui a publié une excellente monographie des sangsues, dit qu'une sangsue de petite taille peut absorber 2P%70 de sang, c'est-k-dire deux fois et demie son poids, qu'une grosse en absorbe la même quantité ou son poids. Mais il faut en outre tenir compte de la quantité de sang qui s'écoule après qu elles sont tombées, car elle varie avec les prédispositioiis individuelles, la nature des vaisseaux blessés, les circonstances dans lesquelles on place le malade après la chute des sangsoes. Toutes ces considérations sont d'une très-grande importance : aussi trouvera-ton plus loin un paragraphe dans lequel on verra comment on doit favoriser l'écoulement du sang et comment il faut l'arrêter.

Les sangsues peuvent être posées sur toutes les parties du corps, excepté sur le trajet des gros vaisseaux et des gros troncs nerveux. On peut encore les appliquer sur quelques membranes muqueuses facilement accessibles, dans les fosses nasales, sur les amygdales, les gencives, le col de l'utérus, etc.

Nous avons à signaler quelques particularités importantes dans l'application des sangsues sur diverses parties du corps : ainsi, lorsque la peau est fme, doublée d'un tissu cellulaire lâche, susceptible de s'infiltrer facilement de sérosité, leur morsure est le plus souvent suivie d'une infiltration considérable plus effrayante que dangereuse : tels sont les paupières, le scrotum. La piqûre est souvent suivie, dans ces mômes régions, d'une ecchymose assez large : aussi quelques praticiens ont-ils conseillé de n'en

(1) Moquin-Tandon^ Monographie des hirudinées, 2* cdit., 1846. 1 vol in-8^ et atlas in-A» de 14 pi.

tt jamais appliquer sur ces parties, de crainte de gangrène. Je ne m gais si cette crainte est fondée ibr quelques observations ; louai jours est-il que j'ai vu fort souvent Gerdy appliquer des Il sangsues sur les paupières, l'infiltration a été très-considérable, ■ la résolution s*est faite rapidenient, et jamais il n'a eu d'accidents ff à. déplorer.

I Doit-on appliquer des sangsues sur les parties enflammées ? I On a craint; et avec plus de raison que dans le cas précédent, I la gangrène des téguments : aussi, comme la saignée locale faite r autour de la partie malade dégorge aussi bien que si elle était pratiquée sur le mal lui-même, il vaut mieux s'abstenir, lorsque cela est possible, d'appliquer des sangsues sur un érysipèle ou sur un phlegmon. D'ailleurs la morsure de ces animaux causerait une douleur qui serait d'autant plus vive que l'inflammation serait plus considérable. Il va sans dire qu'il n'est ici question que de l'inflammation des téguments ; car, lorsque ce sont des organes internes qui sont malades, c'est toujours le plus près possible et, autant qu'on le peut, sur le réseau capillaire des vaisseaux qui vont se rendre à ces organes que les sangsues doivent être appliquées.

On doit, autant qu'il est possible, éviter d'appliquer des sangsues, principalement chez les femmes, sur des parties qui restent découvertes, comme le visage, le cou, la partie antérieure et supérieure de la poitrine, l'avant-bras, le dos de la main ; car la morsure de ces animaux laisse des cicatrices, d'un blanc mat, ineffaçables, et qui souvent deviennent diflbrmes.

La piqûre de la veine jugulaire externe par une sangsue a été suivie, dans un cas, d'une hémorrhagie que l'on a eu beaucoup de peine à arrêter : aussi ne doit-on jamais les appliquer sur les points où il existe de grosses veines assez superficielles pour que la morsure de ces animaux puisse atteindre les parois du vaisseau.

On doit, à moins d'absolue nécessité, éviter d'en faire usage sur les parties où l'on pense qu'une opération sera nécessaire, carlo sang épanché autour des piqûres masquera les parties sur lesquelles devra porter l'instrument tranchant.

La vascularité de la région où l'on veut faire une évacuation sanguine doit toujours déterminer le praticien à prescrire une plus ou moins grande quantité de sangsues : c'est ainsi que, dans les régions vasculaires, il ne faut en mettre qu'un petit nombre. Au contraire, dans celles où il n'existe que peu de vaisseaux, où la peau est doublée d'une très -grande épaisseur de tissu cellulaire graisseux, elles doivent être prescrites en grand nombre ;

662 OPÉnATIONS DE PETITE CHIRURGIE.

Tage, la conslilulion du sujet, la finesso de la peau, doivent égaluinent onlrer en ligne de compte.

La difficullé de poser des sangsues sur la surface des membranes muqueuses, la répugnance qu* éprouvent les malades à se laisser introduire c«s animaux dans la bouche, font qœ rarement elles sont appliquées sur les gencives, les amygdales: ce n'est guère que sur le col de Tutérus que Ton place quelquefois des sangsues. Cette opération est assez délicate, et exige b^QConp de patience. On a pensé que des ulcérations pouvaient êlrelacoiséquence de cette pratique, surtout Iorsqu*il y avait lieu de craindre une dégénérescence cancéreuse.

Mode iVapplicalion. — Pour appliquer les sangsues, il faat laver la peau avec un peu d'eau tiède ; si elle est couverte de poils, on la rasera soigneusement, puis on la lavera : silessan^ sucs sont vives, bien alfcimées, elles peuvent facilement prendn sans qu*il soit besoin d'autres précautions; dans le casconlraiff, il faudrait faire de légères frictions avec un peu d'eau tiède, pBi essuyer la peau. On a quelquefois T habitude d'étendre sur la tégument un peu de lait ou d'eau sucrée, mais cette précaili» est au moins inutile. Il ferait mieux, si elles ne voulaieat|tf mordre, de prendre un peu de sang pour en couvrir lape* Lorsqu'elles devront être appliquées sur une partie déjà coowrti d'un corps gras, il faut la laver avec un peu d'eau deaini» essuyer et laver une seconde fois, afin de dissoudre entièrea* l'alcali.

Les sangsues seront placées dans un linge où elles seront roiloes, afin de les essuyer et de les exciter légèrement; ii^ môme bon do les tenir quelque temps hors de l'eau, poorll affamer, puis on les mettra en contact avec la peau. Il ne W pas cependant qu'elles restent à sec pendant plusdetroii* quatre heures.

Les sangsues devront être posées en masse ou une à une.Q*" i on voudra appliquer plusieurs sangsues à la fois, on lésant* dans un verre dont la grandeur sera en raison de l'étendoeiW partie sur laquelle on voudra les placer. Le vase sera renverséi* les téguments, et bientôt on ne tardera pas à les voir, fixantl*, ventouse postérieure au haut du verre, venir mordre la peai^ leur ventouse antérieure, et les morsures seront disposées di* lairement autour du bord du verre. S'il arrivait que queli^ unes restassent au fond, il serait facile de les faire descendu* refroidissant le sommet du vase par un corps froid qu'» • approcherait Ce ptocM^^Ni ^wsws^q, mais il présente ri>

vénient de réunir les morsures dans un espace souvent trop rétréci, et de les disposer d'une manière qui. dans certaines circonstances, serait trop régulière; d'ailleurs il n'est pas applicable à tous les cas, puisque jamais on ne peut poser une grande quantité de sangsues, et jannais on ne peut les disposer sur une large surface. Un autre procédé est plus commode, et ne présente pas les inconvénients qui ont été mentionnés plus haut : ou place les sangsues dans une compresse un peu plus grande que la partie de laquelle on veut tirer du sang, on renverse la compresse de manière à mettre ces annélides en contact avec les téguments. Celles-ci seront maintenues fixées dans la paume de la main, et les doigts appuyant sur les bords de la compresse empêcheront ces animaux de fuir et de se disséminer sur le corps.

Il arrive quelquefois que les sangsues placées aux environs des oriûces naturels pénètrent dans leur intérieur. Lors donc qu'on les applique dans une région où cet accident est à craindre, il faut les surveiller attentivement. On a conseillé, lorsqu'on applique des sangsues à Tanus, et c'est à celte région que l'on doit le plus souvent se mettre en garde contre cet accident, on a congeillé, dis-je, de fermer l'orifice du rectum avec un petit tampon de charpie renfermé dans un linge huilé. On prend rarement cette précaution, et l'on n'a pas à se repentir de la négliger, car l'odeur des matières fécales les éloigne, et la contraction du sphincter suffit le plus souvent pour les empocher de pénétrer dans l'intestin.

Les sangsues peuvent être également appliquées une à une. Ce procédé est plus douloureux que le précédent, car dans le premier cas elles mordent toutes à la fois, tandis que dans le second la douleur persiste plus longtemps, puisqu'elles doivent mordre les unes après les autres. On doit néanmoins le préférer lorsqu'elles sont en petit nombre et qu'elles doivent s'appliquer sur un point fixe, enfin lorsqu'on les pose sur les membranes muqueuses.

On peut appliquer les sangsues en les saisissant par la queue, et en dirigeant la ventouse inférieure vers les parties qui doivent ôtre mordues ; mais, comme leur peau est très-glissante, on a peine à saisir convenablement l'animal, il vaut mieux l'envelopper d'un linge. Le meilleur procédé consiste à mettre la sangsue dans un tube de verre, la ventouse buccale dirigée vers les téguments, et le tube immédiatement appliqué sur la peau ; on est toujours sûr, par ce moyen, de faire mordre le point d'où l'on veut tirer du sang. Une carte roulée atteint tout aussi bien le bui que le tube de verre, et se trouve beaucoup plus facilement.

Lorsque la peaa est entamée, on enlève le tube ou la carte. Celte dernière est encore plus commode, en ce qu'on peut la dérouler, et qu*il ii*y a pas la crainte de faire lâcher prise à la sangsue en la tiraillant. Il faut faire attention encore à garantir les parties voisines lorsqu'elles doivent être mises sur des parties profondes. Le spéculum, que 1 on introduit dans le vagin quand on les applique sur le col utérin, a Tavantage de protéger les parties environnantes du col qui pourraient être mordues, dedilater le vsgio, sans quoi Tapplication serait impossible, et enGn de permettre une surveillance toujours nécessaire.

Dès que la sangsue est mise sur les téguments, elle 8*aTTéte. fixe sa queue sur Fépiderme ; ses lèvres adhèrent à la peau, et SCS dents ne tardent pas à Tentamer, et continuent d*agir jusqu'à ce qu'elles aient ouvert un assez grand vaisseau pour quelle puisse sucer le sang. Celte section de la peau est quelquefois trèsdouloureuse, la succion est à pdne sensible.

Les sangsues ne prennent pas avec une égale facilité chez les diRérents sujets : ainsi chez les enfants elles mordent trèsvite, sucent beaucoup de sang en peu de temps ; les plaies qu'elles laissent après leur chute sont très-profondes ; elles mordent plus difficilement chez les adulte.«<, et encore plus chez les vieillards. Chez les femmes, elles prennent plus facilement que chez les hommes.

Pendant la succion, il faut avoir soin de ne pas les remuer, on les dérangerait et on leur ferait lâcher prise : aussi est-ce une mauvaise méthode de les toucher à plusieurs reprises pour les exciter à la succion, car il arrive fort souvent qu'on leur fait abandonner la plaie. Il est vrai que quelquefois les sangsues percent la peau en plusieurs endroits, mais presque toujours celles-ci tombent sans être gorgées do sang, et les plaies qu'elles font ne sont jamais assez profondes pour permettre à une quantité assez notable do sang de s'écouler : aussi est-il préférable, quand on veut avoir une émission sanguine abondante, de retirer cette sangsue et de la remplacer par une autre. La succion dure de trois quarts d'heure à deux heures ; mais elle n'est pas toujours également active, il existe fort souvent des intervalles de repos après lesquels elle reprend toute son activité première.

Dans le but de procurer Tévacuation d'une grande quantité do sang, quelques chirurgiens ont proposé de couper la queue des sangsues, oubliant que cette opération leur fait lâcher prise. M. Piègu, ainsi que nous l'avons dit, leur ouvre l'estomac, procure l'écoulement d'une quantité considérable de sang ; mais cette opération est extrêmement délicate, et est loin de réussir toujours.

Lorsque ios sangsues sont gorgées de sang, elles se détachent et tombent d elles-mêmes; quelquefois cependant elles restent fixées à la peau, quoique très-fortement distendues. On pourra leur faire lâcher prise en les saupoudrant avec un peu de tabac ou de sel marin ; il faut bien se garder de les arracher, car on déchirerait leurs mâchoires, qui resteraient dans la plaie, celle-ci aurait alors beaucoup plus de peine à guérir. S'il survenait quelques accidents causés par la sensibilité du malade, ou par sa répugnance pour les sangsues, il faudrait les faire tomber do la môme manière, sauf à pratiquer une saignée locale par un autre procédé. En effet, les convulsions et tous les autres symptômes nerveux qui se manifesteraient chez ces malades rendraient souvent le remède pire que le mal.

La plaie qui succède à la morsure de ces animaux présente la forme d'un triangle équilatéral de chacun des angles duquel partiraient des lignes qui se réuniraient au centre; elle donne issue à une quantité de sang variable avec Page et la constitution du sujet, la vascularilé de la région, la vigueur de la sangsue. Ce sang coule toujours en nappe, à moins que quelques. Y|isseaux artériels un peu volumineux n'aient été blessés, ce qui est assez rare.

Lorsqu'on veut arrêter immédiatement l'écoulement du sang, il suffit de laisser les plaies exposées au contact de l'air ; si ce moyen était insufûsant, il faut avoir recours à d* autres procédés; nous les décrirons tout à Theure avec les accidents qui peuvent survenir après Tapplication des sangsues.

Il est rare que la perte de sang causée par la succion soit assez considérable : aussi faut-il la plupart du temps favoriser Técoulement du sang, et quelquefois même appliquer une ou plusieurs ventouses, afin d*en tirer une plus grande quantité. Mais il arrive que, malgré toutes les précautions les mieux dirigées, on ne peut faire couler le sang, soit que les morsures n'aient pas été assez profondes, soit que le sang se coagule avec une très-grande rapidité. Il fautalorsréappliquer d'autres sangsues, ou déterminer une évacuation sanguine par un autre moyen.

Lorsqu'il est nécessaire de tirer une quantité de sang plus grande que celle qui a été sucée par la sangsue, on favorise l'écoulement de plusieurs manières : on peut faire sur les plaies des lotions continuelles d'eau chaude, exposer cette partie a la vapeur de l'eau presque bouillante, l'immerger, s'il est 'possible, dans un bain local. Quand la disposition des parties ne permet pas d'employer ces derniers moyens, on se borne à laver sans cesse les piqûres avec de l'eau tiède, et à enlever en les frottant douce-

ment avec un lin^e mouillé les caillots qui empêchent le sang de couler. Comme los malades sont le plus souvent couchés, on applique presque toujours sur les plaies des cataplasmes émollients que Ton renouvelle au moins toutes les deux heures : on évite ainsi de mouiller le lit des malades. Les cataplasmes n*empècbeQl pas toujours le sang de se coaguler.

accidents des sangsues. — Les accidents qui accompagnent l'application des sangsues, et dont nous parlerons ici, sont Yhéam* rhagie et V inflammation ; car les symptômes nerveux que ToQ rencontre chez les individus à sensibilité excessive sont asseï rares, et Ton peut les faire cesser, ainsi que nous Tavons vaplos haut, en faisant lâcher prise à la sangsue.

4° Hémorrhagie, — Souvent, après Tapplication des sangsues, récoulement est assez considérable pour qu'il soit néc^sain d'en suspendre le cours. On emploie pour cela différents moyens; le plus fréquent consiste à appliquer sur les plaies un petit Ino^ ceau d'agaric ou de chiffon brûlé, ou une toile d'araignée que Ton maintient, quand faire se peut, par deux petites compresses graduées, fixées par un bandage contentif. On peut encore toucher la plaie avec du coton imbibé d'une solution de perchlorure de fer, ou saupoudrer sa [surface avec une poudre styplique et astringente, telle que l'alun, le sulfate de fer, le carbonate de fer, ou une poudre inerte qui fasse magma avec le sang, comme Tamidon, la colophane.

Ces moyens sont souvent insuffisants, soit que le sang ait été appauvri et qu'il se coagule difficilement, ou que la sangsue ait ouvert un vaisseau artériel un peu volumineux; alors on saisit entre les mors d'une petite pince les lèvres de la plaie, et on maintient la compression pendant quelques minutes, on bien on fait une ligature qui embrasse toute la partie comprise entre les mors de la pince. D'autres fois il faut cautériser, et si la pierre infernale ne suffit pas, on emploie un stylet rougi au feu. Vidal (de Cassis) conseille un procédé fort simple et qui est ordinairement suivi de succès : il taille de petits cônes d'agaric, les place dans la morsure triangulaire, les recouvre de poudres styptiques, place par-dessus un morceau plus grand d'agaric qu'il maintient serré à l'aide d'un bandage approprié.

C'est surtout chez les enfants qu'il est important de surveiller l'écoulement du sang, car non-seulement les sangsues font chez eux des morsures plus profondes que chez les adultes, mais leur sang a moins de tendance à se coaguler; il faut encore remarquer qu'ils sont moins propres que les adultes à avertir les personnes qui les entourent, et que chez eux l'hémorrhagie a des

, suites souvent très-fâcheuses. 11 faut également tenir la même ! conduite à régarddes sujets trop affaiblis, che2 lesquels on aurait ' appliqué les sangsues sur une partie abondamment pourvue de vaisseaux.

Lorsque les pièces d'appareil sont très-épaisses, il arrive aussi que le malade a perdu une énorme quantité de sang sans qu'on ait pu s'en apercevoir : aussi, je le répète, il faut surveiller avec soin l'écoulement, et c'est pour avoir manqué à ce précepte qu'on a quelquefois à déplorer des accidents fort graves.

Quant à la douleur qui persisterait après la lésion d'un petit filet nerveux, on la ferait bientôt disparaître en achevant sa section.

2° Inflammation. — Aussitôt que les sangsues sont tombées, il survient un léger gonflement ; au bout de quarante-huit heures en général la douleur et la tuméfaction disparaissent ; on trouve autour de la piqûre une ecchymose violette qui no larde pas à s'effacer, et il reste une petite cicatrice blanchâtre indélébile. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi : les bords de la morsure s'enflamment, finissent par suppurer, et la plaie se trouve convertie en un petit ulcère qui est quelquefois long à se cicatriser. D'autres fois, enfin, Tinflammation s'étend aux environs, et chaque petite plaie devient le point de départ d'un érysipèle. et quelquefois môme d'un phlegmon. Cette inflammation doit être combattue par des cataplasmes émollients, et si le phlegmon était trop considérable, il faudrait diriger contre lui un traitement approprié, et ne plus s'occuper des morsures des sangsues.

Cet accident est assez rare et n'arrive que lorsque Von a posé un trop grand nombre de sangsues sur un espace peu étendu, che? des personnes prédisposées aux aflections inflammatoires ; ou bien lorsqu'il existe de ces circonstances qui font développer, sans qu'on sache pourquoi, ces érysipèles qui, dans les grands hôpitaux, compromettent souvent la vie des opérés.

Effets thérapeutiques des sangsues. — Les sangsues sont employées : 1" pour déterminer un dégorgement local ; dans ce cas elles doivent être appliquées tout près de la partie malade, en nombre assez considérable pour obtenir un écoulement de sang suffisant. C'est au moyen de sangsues que Sanson obtenait des écoulements de sang permanents en appliquant un petit nombre de sangsues sur la partie malade, et dès qu'une sangsue élail tombée, il la remplaçait par uneaulre de manière à obtenir quelquefois pendant vingt-quatre heures un écoulement de sang continuel. Ce moyen qui, dans une multitude de circonstances, a produit d'excellents résultais, ne pourrait pas être employé chez

les sujets trop affaiblis, et chez lesquels on craindrait de voirie sang s'arrôler difficilement. 2° Les sangsues sont appliquées comme dérivatif; alors elles doivent être niises à une certaine distance du point malade : c'est ainsi qu'on /es applique q ranos dans les congestions cérébrales, à la partie interne des caisses dans Taménorrhée, etc. Ces sangsues sont en général employées en bien plus petit nombre que dans le cas précédent. 3° Enfii, on conseille les sangsues à titre de saignée générale chez les sujets pléthoriques et qui redoutent la saignée. Dans ce cas, peu importe le point sur lequel on les applique. Il faut seolemeat faire attention à choisir une partie pourvue d'un grand nombrede vaisseaux : c'est à Tanus qu'elles sont mises de préférence.

Quelques praticiens ont pensé que les sangsues ne pouvaient être remplacées par aucun autre moyen thérapeutique. En eflét, elles produisent une irritation qu'ils ont regardée comme fort importante ; mais les mouchetures et les scarifîcations sur lesquelles on applique des ventouses irritent aussi la peau et permettent d'extraire une quantité de sang que Ton peut plus facilement évaluer, et si les sangsues doivent être préférées aux ventooses, ce n'est que dans le cas où la ventouse ne pourrait être appliquée à cause de la forme des parties.

11 arrive quelquefois que les sangsues s'introduisent dans les ouvertures naturelles : ainsi on en a vu entrer dans le pharyoi d'individus qui buvaient dans des ruisseaux, dans l'œsophage et jusque dans l'estomac; on cite même des cas dans lesquels celles-ci s'étaient introduites dans les voies aériennes. Outre l'irritation que l'animal en contact avec les membranes muqueuses est susceptible de produire, il peut survenir des hépoorrhagies très-inquiétantes, et la suffocation peut être le résultat de leur introduction dans le larynx. Il faut donc remédier rapidement à cet accident. Une solution de sel marin suffira lorsque la sangsue aura pénétré dans les voies digestives ; mais si elle se trouvait dans la trachée, il ne faudrait pas hésiter à pratiquer l'opération de la bronchotomie. Nous avons vu plus haut quels étaient les moyens de prévenir l'introduction de sangsues dans le rectum lorsqu'on en fait une application à la marge de l'anus, et si, les précautions étant négligées, cet accident survenait, un lavement d'eau salée suffirait pour détacher la sangsue. Quoi qu'il en soit, quand bien môme on pourrait atteindre l'extrémité de l'animal avec des pinces, il faudrait se garder d'exercer des tractions trop fortes, de crainte de lui déchirer la bouche; caria présence des mâchoires dans la plaie pourrait causer des accidents inflammatoires qu'il faut avoir soin d'éviter.

DtS VENTOUSES.

ARTICLE II

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